ÉDITORIAL DÉCEMBRE 2020

C’ÉTAIT LE TEMPS D’AVANT !

L’HISTOIRE D’UNE TRADITION EXCEPTIONNELLE NÉE EN ESPAGNE

Estampe de Gustave Doré

J’ai déjà évoqué l’émotion suscitée par la Corrida de Toros auprès d’intellectuels ou chroniqueurs français qui la découvrirent à partir de 1830 dans leurs voyages initiatiques en Espagne. La grandeur de cette vision poignante se révéla à eux et les impressionna malgré la violence extrême qu’elle pouvait dégager. Après les personnages importants de leur temps comme Prosper Mérimée, Théophile Gautier, Alexandre Dumas… sans oublier les prestigieux artistes peintres Gustave Doré, Édouard Manet ou Delacroix, j’ai découvert la description d’Alexis de Valon de la Decima Corrida. Il s’était rendu à Madrid expressément en 1840 pour réaliser cette chronique inouïe par sa passion et ses connaissances : Je m’étais bien attendu à un combat véritable mais j’avais mal deviné et il est impossible de pressentir l’émotion poignante si différente des émotions du théâtre… Plus étonnante que tous les drames de Shakespeare. Quant à Victor Hugo, il fut très marqué dans sa prime jeunesse par Madrid. Il avait accompagné son père général d’Empire qui suivait le roi Joseph Bonaparte désigné par son frère (1808-1813). Hugo put même connaître et assister à ces scènes terribles après les combats entre les révoltés espagnols et les troupes françaises, dignes des gravures sombres et brutales de Goya Les désastres de la Guerre. Il ne pouvait qu’être influencé par ce combat sauvage de l’homme espagnol et du toro sauvage. Pour autant, il ne déclara jamais ouvertement son attirance pour la Corrida où il n’arrivait pas à trouver sa place entre la magnificence du combat et l’extrême violence subie par les chevaux des picadors. Pourtant, la civilisation espagnole inspirera plusieurs de ses œuvres et même la corrida éveilla les échos les plus profonds en lui-même. Toujours aussi habile et brillant, il les exprima souvent au second degré. Le poème La Légende de la Nonne écrit en 1828 sur une inspiration profondément hispanique, est remarquable par son éblouissante virtuosité et par le texte du refrain répété pour clôturer chacune des 24 strophes :
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Le toro et le leurre de la muleta sont présents dans cette image répétitive par les bœufs et les rouges tabliers. Ce n’est pas un hasard si ces vers répétitifs s’ajoutent à la tragique et symbolique fin de la Nonne Doña Padilla del Flor. J’apprécie l’adaptation musicale, fidèle au texte, de ce poème par l’inoubliable chanteur poète sétois Georges Brassens en reprenant neuf strophes dans sa chanson. C’est lui qui m’a fait connaître cette complainte et savourer les vers du Maître de la littérature française du XIXème siècle avec les nuances qui prouvent encore son talent inné.

C’était un temps déraisonnable, Et pourtant ils surent évoluer !
Pour arriver à créer un spectacle authentiquement artistique à partir d’un élément traditionnel imprévisible, il fallut une longue évolution de plusieurs siècles influencés par des évènements politiques majeurs et le génie de personnages hors du commun.

La lecture du livre de Francisco Montes Paquiro, ordonnateur de la corrida de toros (1843), nous explique l’évolution des combats contre le descendant direct de l’auroch et parfois vivre à ses côtés jusqu’à la phase des jeux de combat sauvage qui s’organisèrent progressivement autour de la noblesse espagnole. Elle démontra sa maîtrise et son courage dans des combats épiques avec la lance, montés sur des chevaux sans protection dans cette lutte à mort. Ces combats impressionnants attiraient cette noblesse espagnole malgré le danger mortel pour les cavaliers les plus émérites. Ce spectacle eut un écho important dans les terres méditerranéennes. Au point que les jeunes seigneurs italiens qui disposaient de cirques romains compatibles, voulurent même l’adapter au début du XIVème siècle. Les taureaux affrontés étaient certainement issus de la race rustique Maremana implantée dans la région d’Orbetello en Toscane, zone marécageuse au bord de la mer, appelée la Camargue italienne. De nos jours, il ne reste que quelques centaines de bovins restés proches de leur typicité d’origine avec leurs cornes développées, leur stature et leur force. Devant le manque de pratique des cavaliers à s’adapter à ce combat, les taureaux sortaient souvent vainqueurs. En 1332, dix-neuf seigneurs romains périrent dans leur cirque, entraînant l’interdiction de ces pratiques en Italie.
Les premières interdictions en Espagne viennent d’Isabelle la Catholique (1451-1504) qui, après avoir assisté à un de ces spectacles très populaires, annonça son intention de les supprimer dans tout le royaume. Après de longs conflits avec la noblesse, la reine abandonna et laissa au combat son caractère meurtrier où il fallait de la dextérité mais surtout du courage, de l’énergie et de la fermeté. Ce fut Philippe V, petit-fils de notre Louis XIV, devenu Roi d’Espagne après la guerre de Succession en 1713, qui prenant de l’hostilité pour cette pratique, l’interdit avec l’appui de l’église. Le peuple ne renonça pas à ses traditions séculaires malgré les interdictions.

Ce fut le temps où le peuple ne renonça pas à ses traditions, Le combat changea de caractère avec l’abandon de la noblesse !

Ce sont d’autres personnages qui les remplacèrent dont le fameux Pedro Romero de Ronda qui aurait été le premier à tuer le toro à pied, face à face, d’une seule estocade, sans d’autres défenses que l’épée et le leurre qui deviendra la muleta actuelle. La passion des combats de toros augmente dans la population avec la participation des hommes à pied aidés du picador.

C’était le temps d’un combat très violent, inscrit progressivement dans un fonctionnement codifié par les toreros qui marquèrent cette époque :

Pepe Hillo écrit La Tauromaquia o el arte de torear en 1796, avant d’être tué en 1801 à Madrid par le toro Barbudo. Plus tard, c’est la grande figura du XIXème siècle, Francisco Montes Paquiro qui dans la Tauromaquia Completa, créé dans le détail la corrida moderne en 1836. Ce fut le temps où cette corrida va s’implanter en France à partir de 1850, alors que les espagnols l’introduisirent au Mexique en 1530 et progressivement dans la quasi-totalité de l’Amérique Latine. Ces pays se libérèrent du pouvoir espagnol à partir de 1815 derrière Simon Bolivar, conservant la tradition tauromachique, contrairement à l’argumentaire actuel des néos Bolivariens.
Plusieurs Maestros ont marqué cette époque. Je m’interdis de les citer car il serait injuste d’oublier le rôle que tous ont joué dans l’installation progressive de ce combat transformé. Les historiens de la Tauromachie du XIXème siècle nous ont appris qu’en 120 ans, (1800-1920), plus de 30 personnages exceptionnels ont subi des cornadas mortelles. J’ai choisi ces dates car ces issues fatales ont même touché des figuras historiques de cette époque : Pepe Hillo en 1801 et Joselito en 1920.

Ce fut le temps où la Corrida changea ses fondamentaux avec l’émergence d’un toreo nouveau basé sur l’attente immobile de la charge du toro pour essayer de l’entraîner et même d’enchaîner des passes sans céder de terrain. Lorsque Juan Belmonte apparaît dès 1913 dans le monde taurin, avec cette volonté exceptionnelle et cette technique inattendue, que les toreros, dont le fameux Guerrita vedette de la fin du XIXème, déclarèrent ouvertement que cette tauromachie était impossible. En même temps, Joselito, jeune torero sévillan (frère d’El Gallo), s’est déjà fait remarquer par ses recours privilégiés basés sur sa connaissance prodigieuse du toro et ses qualités physiques et esthétiques qui firent l’admiration de tous. Malgré leur amitié, ils assumèrent leur concurrence, leur competencia. Ils avaient accepté leur saine rivalité que le public recherchait. Contrairement à la prévision de Guerrita, c’est Joselito qui sera tué dans l’arène le 16 mai 1920 par le toro Baïlador, créant une grande stupéfaction tant il paraissait dominer toutes les suertes du toreo, même les banderilles. Ce fut une véritable tragédie nationale.

Belmonte (a droite) avec Joselito « El Gallo) »en la Plaza de Murcia en avril 1920

Certes, le toreo n’était plus celui du siècle antérieur, mais dans les 20 ans qui suivirent, près de 20 matadors décédèrent des suites de cornadas dont les toreros majeurs comme Granero, Manuel Baez Litri, Gitanillo de Triana et Ignacio Sanchez Mejias. Cette période vit naître dans les années 20, le caparaçon pour protéger les chevaux ainsi que l’adoucissement progressif de la pique sur le toro. Juan Belmonte continua de dominer la tauromachie avant de se retirer en 1935. Il avait su approfondir sa technique, sa capacité à toréer si près, liant les passes qu’il savait conclure par des passes de pecho dominatrices, dans son style personnel qu’il fit apprécier aussi avec ses fameux molinetes ou ses demi-véroniques. Il a imposé cette nouvelle tauromachie très exigeante et dangereuse pour les autres qui voulaient le suivre.
Domingo Ortega, torero important des années 30, adopta une technique très personnelle, dominatrice et templée, qui était très goûtée par le public puriste qui appréciait sa sobriété et sa dignité si particulière. Il déclara Il est impossible de toréer ces toros comme Belmonte. Il est vrai que vous avez pu constater que dans les années 20, plusieurs toreros ou novilleros qui ne dominaient pas leur technique comme le torero sévillan de Triana, périrent dans les arènes. Malgré ce, le toreo avait changé définitivement, sans arriver à sa perfection. La Tauromachie du XIXème siècle était terminée.

Après les premiers conflits à partir de 1934, Ce fut le temps de la Guerre Civile (1936-1939) qui brisa la vie de nombreux espagnols des deux bords. Elle porta aussi atteinte à l’intégrité de l’élevage du toro bravo dans ses terres de prédilection, soit par des abattages punitifs ou alimentaires causés par les belligérants, soit par l’abandon des ganaderias dans les zones les plus virulentes. Ce combat fratricide appuyé par des forces étrangères, laissa des traces indélébiles dans le pays. Alors que la deuxième guerre mondiale éclatait en 1939, les corridas reprirent en Espagne. Ce fut l’arrivée de Manolete qui, dès la cessation du conflit armé, va changer la tauromachie. Il prit l’alternative en juillet 1939 à Séville avec les Maestros Chicuelo et Gitanillo de Triana, confirmée rapidement des mains de Martial Lalanda.

Ce fut le temps d’une nouvelle tauromachie !
L’apport de changement amené par Manolete est majeur, considéré comme le fondateur de la tauromachie moderne. Il est vrai qu’après les effets négatifs de la guerre civile, Manolete et ses concurrents vont affronter un toro plus jeune, moins charpenté, que les puristes reprochèrent aux triomphes du cordouan. Sa tauromachie va privilégier la faena de muleta, avec un toreo à la recherche du sitio idéal, du positionnement de son corps par rapport à son adversaire devant lequel le matador ne fera qu’un, en contrôlant et en templant sa charge. Manolete par son physique, son visage, sa personnalité austère et sa mort tragique, est resté LA figura légendaire qui a marqué la corrida jusqu’à nos jours.

Manolete et le toro Islero à Linares – 29/08/1947

Ce fut le temps que les gens de 20 ans ne peuvent pas connaître !
Manolete n’a jamais toréé en France, suite aux conflits armés que connurent nos deux pays taurins voisins de 1936 à 1945 et la fermeture des frontières jusqu’en 1948. Sa mort violente devant le Miura Islero en 1947 ne permit pas à la grande majorité des aficionados français de le voir toréer. Malgré ce, son mythe va marquer fortement les années 50 qui virent revenir à la corrida l’aficion et même le grand public.

Ce fut le temps où des intellectuels, des personnages publics importants, des artistes, à côté de l’aficion, vécurent enfin libres notre tradition sudiste qui leur avait manqué pendant près de 10 ans. Ce fut le temps de Picasso, de Jean Cocteau et de personnages qui, comme leurs ancêtres du XIXème siècle, surent reconnaître le côté exceptionnel de la corrida. N’oublions pas que de 1850 à 1900, l’aficion française dut subir les brimades qui portaient atteintes à leur liberté. Le pouvoir parisien prenait les excuses de la sensiblerie d’une partie de la population pour imposer interdictions et contraintes.

Ce fut le temps de personnages taurins majeurs contemporains de Manolete qui arrivèrent chez nous à partir de 1945 : Luis Miguel Dominguin, Domingo Ortega, Antonio Bienvenida, Antonio Ordoñez, la Déesse blonde Conchita Cintron et les fameux mexicains Fermin Rivera et Carlos Arruza.

Il faut préciser que Manolete était une idole pour les mexicains et particulièrement celui que l’on appelait Le Cyclone de Mexico qui, bien que rival auprès du public, avait une admiration pour lui. Arruza, contrairement à Manolete, était un athlète, torero puissant tant à la muleta qu’aux banderilles et inventeur d’une passe de muleta revenue à la mode de nos jours l’Arrucina. Nous connaissons maintenant cette anecdote qui se déroula à Béziers le 5 octobre 1947 où il alternait avec Fermin Rivera et Parrita. Son mozo d’espada, inquiet du comportement du torero pendant la corrida lui demanda Qu’est-ce que tu as Carlos ? : J’ai rêvé qu’un toro me détruisait comme le Miura a détruit mon frère Manolete. J’ai continué ce rêve en piste. Arruza, très touché, abandonna rapidement le toreo à pied pour devenir un excellent rejoneador et même un acteur de cinéma chez les Yankees.

Ce fut le temps d’une nouvelle génération de toreros éminents qui apparut dans les années 60 et 70 !
Je retiens l’image et le toreo de figuras qui marquèrent cette époque très active : la paire Julio Aparicio et Litri (pères), le duo sévillan Diego Puerta et Paco Camino si différents mais complémentaires, Santiago Martin El Viti, la Majesté historique de Salamanque qui sortit 16 fois en triomphe par la grande porte de Las Ventas, sans oublier Sebastian Paloma Linares, dernier matador de toros à sortir des arènes madrilènes en 1972 en apothéose après avoir coupé le rabo à un toro d’Atanasio.

Curro Romero et Rafaël de Paula

Les toreros Curro Romero et Rafaël de Paula ont marqué la tauromachie artistique de leur Andalousie. Il serait injuste, malgré les polémiques, d’oublier le torero révolutionnaire Manuel Benitez El Cordobes qui bouleversa toutes les arènes d’Espagne des années 60. Le public apprécie ses excentricités alors que j’ai aimé son toreo de ceinture prodigieux qui était la vraie base de sa tauromachie. Plus tard, se dégageront deux toreros qui ont marqué leur passage dans les ruedos :
– à partir de 1982, Paco Ojeda dont le style se rapprochait le plus de Belmonte par la puissance, l’immobilité et la cercania de son toreo,
– à la fin des années 90, Jose Tomas surprend par son toreo extrême, son temple exceptionnel, sa proximité avec son adversaire, sa classe proche de celle de Manolete avec un impact maximum sur le public. Je peux me risquer à écrire : on en redemande !

Ce fut le temps des Ferias !
Elles surent mêler le festif et les corridas, tant dans les grandes villes taurines, Madrid, Sevilla, Valencia, Pamplona, Bilbao, Murcia, Malaga… que dans les plus modestes. L’exemple le plus frappant est Madrid : 4 corridas par an en 1947, 17 en 1969 et 30 à la San Isidro des années 80. Les arènes françaises surent profiter de l’ambiance qu’engendraient les férias comme à Nîmes, Arles, Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan… La reprise des corridas à la fin des années 60 à Béziers est due à la création de la Feria en 1968 qui généra un mouvement inattendu et une expansion du nombre de corridas. Certaines villes organisent même deux ferias par an. Les aficionados biterrois de cette époque se rappellent encore le mano a mano Paco Camino/Francisco Rivera en 1971 qui vit le triomphe de Paquirri qui devint l’idole de nos arènes et de nos ferias pendant plus de 10 ans. Les Ferias sont devenues essentielles à la tauromachie.

Ce fut le temps des toreros français !
Les courageux et admirables ancêtres Félix Robert (1894) et Pierre Pouly III (1921) avaient déjà pris l’alternative. C’est Robert Pilès qui va donner en 1971 le véritable départ à cette aventure, suivi de Christian Nimeño en 1977 qui torea dans tous les pays de la Planète Toro.
En 2020, ce sont 50 toreros qui ont passé ce cap, avec plus ou moins de succès et de continuité. Cette jeunesse a pu franchir cette nouvelle étape de sa passion grâce aux écoles taurines, aux becerradas et novilladas organisées avec le bétail brave de 40 élevages français.
Béziers peut s’enorgueillir du parcours de Sébastien Castella, un des premiers toreros mondiaux après plus de 20 ans d’alternative. Espérons le revoir prochainement à Béziers, dans de nouvelles fonctions et pourquoi pas officiant à nouveau dans le ruedo. Nous pouvons être fiers du rôle qu’ont décidé de jouer les deux autres jeunes matadors biterrois, Tomas et Gaëtan, en encadrant les élèves de l’école taurine.

Avant de conclure, je voudrais attirer votre attention sur le fait que, malheureusement, les toros ont continué à tuer dans les arènes. Dans les années 80, Francisco Rivera Paquirri, figura pendant 15 ans et le jeune prodige Jose Cubero Yiyo (21 ans) en pleine ascension, Ivan Fandiño (2017) prometteur d’une grande carrière et le jeune Victor Barrio (2016) ont subi des cornadas mortelles. Je ne puis oublier le vétéran mexicain El Pana, torero fantasque et génial qui décéda des suites d’une cojida impressionnante et la grave blessure de Julio Robles dans les arènes de Béziers le 13 août 1990. Heureusement, de nos jours, les chirurgiens les plus compétents et les moyens techniques ont pu sauver plusieurs toreros après des cornadas gravissimes.

Et maintenant ?
Le monde vient de connaître une année démoralisante avec la pandémie, malgré les efforts réalisés par certains organisateurs et les télévisions espagnoles. Nous devrons encore attendre plusieurs mois, même si les mesures sanitaires sont efficaces. Espérons que la vie normale reviendra d’ici la fin 2021, tant pour les familles que pour les activités économiques. Je suis persuadé que dans le monde taurin, le travail et la persévérance des ganaderos vont porter leurs fruits et que la nouvelle génération de toreros est prête à revenir dans les ruedos, avec une volonté et des qualités qui nous surprendront. Les grandes empresas doivent préparer une évolution qui respecte les autres composantes et l’aficion, en jouant sur la qualité et les prix, pour que cette dernière soit prête à revenir aux arènes. Pourtant, je suis inquiet à cause des manœuvres anti-taurines incitées ou approuvées par les Pouvoirs Publics qui cherchent à récupérer des voix. Autant les préoccupations écologistes pour la santé des populations peuvent être positives, autant les motivations de militants surexcités et d’illuminés végans et antispécistes ne sont pas réalistes. En Espagne, les activités de Podemos sont dangereuses. Leur leader ayant déclaré La Tauromaquia no es cultura pour refuser des aides comme aux autres secteurs sinistrés, le Ministre de la Culture le contredit en déclarant La Tauromaquia es Patrimonio Immaterial. Le monde taurin espagnol connaît leur double jeu dans des moments très tendus dans le monde public et politique. Chez nous, la convocation des 150 citoyens désignés par le Gouvernement ( ?) cornaqués par le Directeur de Terra Nova, me fait craindre les motivations du pouvoir. Les 149 propositions et le projet de référendum présentés au Président de la République par ces citoyens indépendants ( ?) exigent de nous tous d’être vigilants derrière les initiatives de l’UVTF et de la Fédération des Sociétés Taurines de France.

Les arènes de Béziers vont connaître une nouvelle organisation présentée par M. le maire. Sa composition est crédible. Le plus important est son fonctionnement. L’empresa devra travailler en relation avec l’aficion et la Commission Taurine. C’est la condition essentielle si nous voulons retrouver nos succès passés en remplissant à nouveau le Plateau de Valras.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 91

Édito – Novembre 2020

VA PENSERO SULL ALLI DORATE
VA PENSÉE SUR TES AILES DORÉES

Si ce n’est avec les miens et les amis proches, j’ai peu d’occasions de me féliciter des temps actuels en raison de la tristesse des confinements dus à la pandémie, des menaces du terrorisme et de la vie irritante qu’imposent à la tauromachie les anti-corridas. Ils utilisent toutes les fourberies et les impostures pour nous enlever nos traditions séculaires et nous décourager. Je n’accepte plus de lire ou d’entendre leurs boniments écœurants, avec la complicité des médias prédominants. Heureusement, le Net découverte géniale, même si elle est trop souvent pervertie, me permet de voir et d’entendre des bons souvenirs musicaux de chanteurs et de compositeurs dont une majorité nous a déjà quittés. J’apprécie notamment les chants et les interprètes italiens, tant pour leurs mélodies, leurs voix, que leur langue si musicale. Dernièrement, je me suis pris à écouter plusieurs fois, avec émotion et admiration, deux complices pourtant si différents dans leur admirable tradition.

Va Penserio du 3ème acte de Nabucco
https://www.youtube.com/watch?v=DEKVG_RX7TI

Le Maître inégalé Luciano Pavarotti a accepté plus fois l’invitation de son voisin d’Émilie-Romagne, Zucchero Fornaciari, pour chanter en duo dans des spectacles exceptionnels. Ce fut le cas lors d’évènements majeurs comme le Festival de Reggio ou dans des salles majestueuses comme le Royal Albert Hall de Londres. J’ai pu écouter le splendide Miserere et surtout Va Penserio extrait du 3ème acte de Nabucco de Giuseppe Verdi. Ce chant choral est devenu la référence de cet opéra lyrique joué pour la première fois à la Scala en 1842. Le grand compositeur milanais s’est inspiré du psaume 137 de la Bible qui relate la vie et les souffrances des hébreux exilés en esclavage après leur défaite face à Nabuchodonosor, roi de Babylone (600 ans avant JC). C’est un peuple qui subi l’oppression d’une civilisation dominante, nostalgique de sa grandeur passée et qui pense à sa liberté perdue. Cette mélodie majestueuse que l’on connaît de nos jours sous le nom de Chant des Esclaves, s’adapte à la situation du peuple italien du début du 19ème siècle, avide de liberté, je dirai même d’unité. En fait, en dehors du Royaume de Savoie-Sardaigne, les territoires transalpins étaient divisés sous la coupe des autrichiens. Ce chant est devenu un symbole vers leur libération qu’ils obtinrent progressivement dans la deuxième partie du 19ème siècle appelé le mouvement de Risorgimiento (Renaissance). Dans leur intervention en duo à l’Albert Hall de Londres, le message de Verdi interprété en italien par Pavarotti, est plus nostalgique que revendicatif alors que Zucchero, chantant son texte en anglais, fait ressortir dans sa strophe, avec son intonation naturelle de rocker, la colère jusqu’à la révolte.
Dans les temps que nous vivons, j’ai pris conscience sans chercher à dramatiser, de la volonté mondialiste à nous faire perdre progressivement les traditions sudistes méditerranéennes du monde occidental. Dans mes recherches, j’ai trouvé Il Pensiero Meridiano de Franco Cassano, sociologue contemporain originaire des Pouilles au sud de la botte italienne. Cassano nous démontre que le bassin méditerranéen du sud a perdu son statut de sujet de pensée pour celui d’objet de pensée. Pour lui, il faut que le Sud affirme son droit à s’émanciper des pensées préconçues dominantes qui le confinent dans un monde subalterne et le présentent comme un monde arriéré, pour promouvoir un monde autonome. Cassano rejoint la pensée sudiste d’Albert Camus que l’on retrouve dans l’Homme Méditerranéen. Il voit une pensée de la mesure, de l’équilibre qui permet d’échapper aux extrémismes du progrès et aux fondamentalistes notamment économiques : Money is money. Cassano ne refuse pas nos défaillances et nos erreurs. Il demande simplement un rééquilibre de la pensée européenne qui sache reprendre en compte notre héritage méditerranéen et demande à nos peuples du sud de se réapproprier leur histoire et leur devenir.

Albert Camus dans l’Homme Méditerranéen, défend cette culture qui est la base de ses propres fondements. S’il n’est pas connu comme un aficionado éminent, il est évident que tant dans sa vie que dans ses écrits, il montre sa sympathie dans ses références à la corrida. On retrouve cette affinité avec la tradition des combats taurins dans une déclaration qu’il fit en 1950 : Je ne peux admettre le bannissement des (courses) de taureaux étant membre du Club Taurin de Paris.

Albert Camus matador 1ere minute de la vidéo :
https://archive.org/details/AlbertCamusUneTragedieDuBonheurHistoireFev.2008

Le prix Nobel 1957 est plus rassembleur que diviseur, contrairement à certains médias ou penseurs modernes français, comme nous le constatons dans plusieurs domaines. Alors que Verdi termine Va Pensiero par le Chant des Hébreux qui demandent au Seigneur de leur inspirer une harmonie divine qui leur donne le courage de supporter les souffrances, Albert Camus, plus volontariste, se référant à d’autres circonstances, écrivit Allons-nous accepter le désespoir sans rien faire et Cassano fait appel à la resistenza.

Je ne puis me comparer à ces personnalités du 19ème et 20ème siècle. Je me retrouve dans leur amour de la liberté et de leur attachement à leurs racines méditerranéennes et à nos traditions du sud. Je me reconnais aussi dans la confiance divine du Chant des Esclaves et j’y ajouterai mon droit à défendre mes origines que l’on peut retrouver dans l’interprétation de Zucchero. Nous devons démontrer à ces adversaires sin verguenza, qui n’ont aucune limite tant dans leurs boniments que dans leur agressivité et leur bassesse habituelles, que nous résisterons. J’approuve, malgré les imperfections et la tristesse de voir des arènes quasiment vidées par les injonctions sanitaires, les initiatives prises par les télévisions espagnoles tant par les Autonomes que par la Gira de Reconstrucion qui nous montrent en direct des corridas et des novilladas. Il était indispensable de les maintenir car si la pandémie dure, la résignation et le renoncement peuvent atteindre une partie de l’aficion. Nous pouvons perdre du monde en route.

Il sera difficile de nous réunir à nouveau dans nos associations et dans nos tertulias indispensables à la vie de notre passion. Les penseurs, les compositeurs, les interprètes précités montrent que c’est dans leur résistance dans le passé et avec des initiatives motivantes, que nous pourrons envisager de rendre à la pensée méditerranéenne son statut de sujet de pensée. Les antis, leurs penseurs font tout pour nous présenter comme un monde arriéré. La volonté et la qualité des novilleros, que certains ont pu suivre dernièrement à la télévision, prouvent que l’avenir de notre tradition taurine est vivante chez ces jeunes prêts à prendre la relève des figuras actuelles et passées. Il faut agir dès que nous le pourrons, pour les aider et démontrer notre attachement à notre tradition de la lutte magnifiée entre l’homme et le toro bravo depuis des siècles.

Chez nous, j’approuve le rôle majeur que joue l’Union des Villes Taurines Françaises (UVTF) dans cette époque difficile, pour préparer le futur, pour montrer aux autorités en place mais aussi aux professionnels taurins, qu’ils sont conséquents, motivés et représentatifs de leurs territoires. Ils n’accepteront pas que nous soyons détruits et mis en esclavage. C’est le monde méditerranéen, grec et romain, qui est à l’origine de la naissance de la démocratie, même imparfaite, alors que de nos jours nous voyons qu’ils s’en servent contre nous. Les compromis avec des groupes dont les objectifs mis en avant par les pensées dominantes du 21ème siècle sont véhiculés par les réseaux sociaux toujours aussi anonymes et leurs médias manipulateurs à la recherche des idées au goût du jour.
Montrons-leur nos valeurs, mettons-les en avant sans complexe.

Alors que Pavarotti est exceptionnel dans le chant grandiose des esclaves de Va Pensiero… Zucchero s’il pleure avec eux, nous fait comprendre par son cri qu’il faut lutter pour éviter ce monde où certains voudraient nous exiler.
Il est regrettable que l’Association Nationale des Organisateurs Taurins (ANOET), décevante dans son silence assourdissant, le soit encore plus dans cette période difficile. Ils ont autre chose à faire que d’attaquer l’empresario Jose Maria Garzon dans ses initiatives au Puerto de Santa Maria et à Cordoba pour préserver leur suprématie inactive.

Je suis conforté dans mon analyse par la déclaration de l’écrivain et journaliste José Carlos Arevalo dans son dernier ouvrage La Tauromaquia en tela de juiao (la tauromachie remise en cause).
La Tauromaquia debe de aprender a defenderse

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 90

ÉDITO OCTOBRE 2020

SÉBASTIEN : SE DESPIDE DEL TOREO !

J’ai pris connaissance le 30 septembre avec étonnement et regret, de l’annonce par un communiqué personnel de Sébastien Castella, de sa décision Je me retire du toreo. Cette information a créé un choc pour la grande majorité du monde taurin et pour les aficionados Biterrois. Cette décision est d’autant plus surprenante qu’il s’était investi dans les journées Le Sud est à Béziers du 15 août 2020 et surtout du 16 août derniers dans le Festival Caritatif organisé en faveur de l’Hôpital de Béziers et de ses soignants.

Cette tarde émouvante restera gravée dans ma mémoire et m’a rendu confiance en la possibilité pour la tauromachie de réagir chez nous face à l’adversité qui nous entoure et aux faiblesses que nous avons montrées trop souvent pour y résister. La grande majorité de l’aficion biterroise présente dans les arènes, a ressenti une émotion saine et authentique. Nous la devons en grande partie à la volonté de Sébastien Castella qui s’était mobilisé, avec ses amis toreros, pour que cette tarde soit une vraie réussite. C’était le résultat de sa détermination et de l’engagement de la Ville de Béziers et de l’Empresa. Sébastien dans son annonce n’a apporté aucune raison à sa décision inattendue. Il a remercié l’ensemble des personnes qui l’ont aidé, en mentionnant spécialement sa cuadrilla qui traverse un moment difficile, comme l’ensemble des acteurs de la tauromachie. Il a tenu à préciser ce que je sais et ce que j’ai obtenu, je le dois au monde du toro.

J’ai connu Sébastien à ses débuts de jeune débutant lors des spectacles nocturnes que j’organisais à Palavas où il toréait devant des anoubles à l’occasion des toros piscines traditionnels. C’était en 1995. Il était accompagné du regretté Claude Naquer qui m’avait parlé du fils d’André Castella, ex novillero et éleveur bien connu à Béziers. L’idée était de faire intervenir Sébastien face à un jeune mâle sélectionné par l’éleveur en complément des jeux taurins nocturnes dans le ruedo palavasien. C’était un gamin discret mais on pouvait déjà deviner sa passion de toréer. Quelques mois plus tard, lors d’une becerrada capea organisée à Portiragnes par l’Ecole Taurine Biterroise, je fus surpris de ses progrès que je trouvais étonnants pour un jeune biterrois. Plus tard, les confirmations de ses interventions au campo au Portugal, en Espagne et en France, me décidèrent d’inclure Sébastien Castella dans le cartel de sa première novillada sans picador, vêtu de lumières, avec David Fandilla (El Fandi) à Aignan dans le Gers où j’organisais l’après-midi de la corrida de Pâques 1997. Il revint à Aignan en juillet 1998, face aux novillos de Darré, accompagné du débutant du sud-ouest Julien Lescarret. Le Maestro Antonio Ordoñez, empresario des arènes de Ronda, l’avait engagé dans des novilladas de promotion en 1998 dans ce ruedo mythique. Impressionné, il lui voyait un avenir très prometteur. Après ses débuts avec picador au Mexique et le 1er mai 1999 à Aire sur Adour, le jeune Castella a franchi progressivement toutes les étapes de novillero, en France, en Espagne (vainqueur du concours de San Sebastian), sans oublier Mexico.

Sébastien a toujours réalisé une tauromachie marquée par la recherche du temple et par la pureté de son toreo, sans omettre son courage froid et sa volonté de rester quieto pour affronter le danger. Il a toujours recherché une interprétation de toreo classique en apportant plus tard une émotion supplémentaire en fin de faena, en se positionnant de plus en plus près du toro, sans oublier au début ses réceptions immobiles au centre du ruedo et ses passes de muletas cambiadas.

Dès ses débuts, il fut aidé par l’apoderamiento majeur de Robert Margé, suivi par le rôle primordial du Maestro Jose Antonio Campuzano, torero classique qui peaufina la technique et la profondeur du toreo. Alors que notre ville avait pour la première fois un torero à un niveau inespéré, il lui fallut plusieurs années pour s’imposer pleinement auprès d’une partie de l’aficion locale, sans raisons tauromachiques valables. Cela me valut pendant les premières années, même après l’alternative, des discussions passionnées, parfois virulentes, durant les tertulias ou des discussions inopinées. Il est vrai que Sébastien résidait à Séville ou en Amérique du Sud, loin de nos terres, créant peut-être des ressentis inappropriés. Le torero biterrois conservait aussi chez nous sa typique retenue vis-à-vis de l’aficion locale. Malgré ce, nous étions plusieurs à soutenir sa démarche et nous suivions avec intérêt sa progression, sa volonté et ses succès déjà dans toutes les plazas du monde grâce à sa ténacité et à son toreo esthétique, parfois même majestueux.

Après son alternative à Béziers le 12 août 2000 avec les Maîtres du toreo Enrique Ponce et Jose Tomas, Sébastien, accompagné de son nouvel apoderado Luis Alvarez et le soutien de son préparateur technique Campuzano, va entamer cette nouvelle étape de sa carrière avec la même détermination qui va lui permettre de rentrer rapidement dans le groupe des 10 premiers toreros en activité. Il avait su créer l’admiration du public français, tant dans le sud-ouest qu’à Béziers, Nîmes et même auprès des arlésiens, malgré sa concurrence avec Juan Bautista. Son impact va s’accroître en Espagne ainsi qu’aux Amériques. L’année 2006 représenta un déclic majeur avec l’attribution du prix Cossio de la Fédération Taurine espagnole en tant que meilleur Matador de Toros de la temporada. La presse française titrera le jour de la remise du trophée Pour la beauté du geste. Ce jour-là, il répondit à celui qui lui demandait si El Juli était son adversaire majeur pour l’attribution de ce titre Le seul adversaire, c’est le toro. Ce triomphe de 2006 fut conforté par l’attribution du prix Oreja de Oro décerné par tous les correspondants de Radio Nacional (RNE).

La temporada 2009 se termina par une nouvelle attribution de l’Oreja de Oro qui conforta sa place parmi les 5 premiers toreros du monde. Cette place au sommet mondial de la tauromachie fut confirmée par l’accumulation des triomphes et des récompenses dans les arènes de la planète corrida. En 2007, il remporte son triomphe historique à Béziers dans son mano a mano avec César Rincon : 5 oreilles et une queue.

Ces succès lui imposaient d’être toujours plus exigeant envers lui-même, avec ses prises de risques et les blessures comme celle de Cali avec des images impressionnantes, restant épuisé dans le ruedo jusqu’à l’estocade avec 5 fractures des côtes et une atteinte du poumon.

A partir de 2015, les succès majeurs s’accumulent : – 2015 : triomphateur et meilleure faena de la Feria de la San Isidro. Même la presse française non spécialisée, le Monde, Libération, Le Point, va mettre en valeur la place d’un torero français au plus haut niveau mondial ;
– 2016 : Sébastien Castella reçoit les prix de triomphateur et de la meilleure faena de Las Ventas attribués conjointement par le Casino de Salamanque et le Casino de Madrid ;
– 2018 : Cinquième Grande porte de sa carrière à Las Ventas confirmée par le triomphe de la Feria de Nîmes le 20 mai : 4 oreilles.
Il serait trop long de citer toutes les tardes exceptionnelles de Sébastien. Je risquerais d’en oublier. Tous ces triomphes et récompenses depuis 2006 ont certainement joué un rôle chez Sébastien pour se rapprocher de l’aficion française et surtout biterroise qui l’admirait depuis plusieurs années. Le Torero de Béziers se montra beaucoup plus à Béziers. Il confirma son attachement à sa ville natale en léguant au Musée Taurin, dans les collections de l’UTB, deux trajes magnifiques placés dans des vitrines :
– le Rose et Or installé à côté de la photo de sa sortie en triomphe de nos arènes en solitaire.
– le traje goyesque qui trône dans la salle dédiée à l’artiste aragonais Francisco Goya y Lucientes, entouré des eaux-fortes de la fameuse Tauromaquia.

Dès avril 2019, le Maestro biterrois fit part de son intention de postuler en 2021 à la direction des arènes de sa ville natale. Lors de sa venue pour la Feria 2019, il confirma officiellement cette volonté d’accéder à la gestion des corridas à Béziers après la fin du contrat de Robert Margé. C’était une décision importante et légitime qui confirmait la volonté de rapprochement de notre grand torero historique avec sa ville et ses arènes à qui il peut apporter à l’avenir des services majeurs dans l’avenir. Par ailleurs, ces derniers temps, il a pris des initiatives qui marquent sa volonté de défendre la tauromachie dans son pays face aux attaques indignes, indécentes et malheureusement politisées pour récupérer électoralement nos adversaires illuminés et même fanatiques. Je vous rappelle deux interventions majeures :
– en septembre 2019, il adresse une lettre à la Députée Aurore Bergé avec autant de respect que de colère après avoir pris connaissance de votre aberrante proposition d’interdire en France l’entrée des mineurs aux corridas. Son intervention est argumentée et il ne cache pas ses affirmations devant les intentions politiciennes de la Députée. – après sa dernière corrida à Nîmes pour la Feria, il fait un appel à tout le monde taurin sur la nécessité de se remettre en cause et de se réunir pour faire face à l’ensemble des problèmes dont il est en partie responsable.

Il avait décidé de commémorer son alternative du 12 août 2000 à Béziers en toréant les 4 corridas de la Feria 2020 et en se produisant dans le plus grand nombre d’arènes du monde. Malheureusement la Covid 19 l’a empêché de réaliser ses projets, les reportant en 2021. Depuis, nous avons appris sa décision de se retirer du toreo. Elle est ferme malgré son âge et le fort potentiel qu’il a de triompher encore. Nous devons la respecter. J’espère qu’il confirmera rapidement la décision de son projet pour nos arènes. Ses intentions paraissaient très motivées même si la temporada 2021 parait encore incertaine à cause de l’épidémie.

Je m’abstiendrai de tout autre commentaire mais, pour ma part je l’espère, en reprenant à mon compte cette citation qui correspond au personnage et à sa classe dans les ruedos : Pour la beauté du geste !!!

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 89 – Octobre 2020

ÉDITO SEPTEMBRE 2020

TAUROMAQUIA ES CULTURA, TOREO ES ARTE

Même si le projet de loi animaliste préparé par des parlementaires français m’interroge sur le danger de sa finalité à l’égard de la corrida, je suis préoccupé de l’évolution de la situation en Espagne dans sa globalité. Selon les informations qui circulent, la situation sanitaire évolue très mal, surtout dans la région de Madrid où tous les spectacles taurins prévus ces dernières semaines à Alcala de Henares, Aranjuez, San Sebastian de los Reyes ont été annulés par les pouvoirs publics. Sans oublier Las Ventas qui n’a jamais eu l’intention d’ouvrir. Cette situation coïncide avec les silences du chef du gouvernement Pedro Sanchez et surtout avec les déclarations de son second Pablo Iglesias qui continue à nier la tauromachie comme culture, fidèle à sa démarche destructive de l’Espagne fondamentale en ajoutant des prétextes écologistes. Les responsables du service public espagnol de l’emploi, SEPE, ont reconnu qu’ils recevaient des ordres de leurs supérieurs et du gouvernement pour ne pas signer l’accord des prestations sociales vis-à-vis des professionnels taurins, pourtant inscrits comme travailleurs culturels rattachés au Ministère de la Culture par un décret-loi. C’est une preuve irréfutable de la volonté destructrice de ce gouvernement envers la tauromachie. Les demandes à ce jour sont refusées abusivement aux professionnels taurins parce que non inscrits dans le régime des artistes. Le personnel du SEPE ne comprend pas cette discrimination à leur égard.

manifestation des cuadrillas – (Photo by Cristina Quicler / AFP)

Les dernières déclarations de la ministre compétente, Yolanda Diaz, ne m’ont pas convaincu : nous allons répondre à vos besoins, nous n’allons abandonner personne, il n’y a pas de motifs idéologiques. J’y crois encore moins quand elle dit que les raisons ne sont pas idéologiques. L’objectif de ces adversaires de la tauromachie est d’interdire cette culture comme expression ethnique et philosophique inscrite dans l’histoire et les traditions. Ils en ont l’habitude, leurs prédécesseurs l’ont déjà fait par le passé dans des nations et civilisations différentes. Censurer une culture a pour objectif d’arrêter son développement, sa vie. En effet, la culture est en général fragile. Si on détruit ne serait-ce qu’une génération de culture dans une ville, dans une région, on arrive à faire comme si elle n’avait jamais existé. La jeunesse ne sait même plus ce qu’elle représente dans la province de Barcelone où elle était si vivante jusqu’à la fin des années 80.

La culture de la tauromachie sous des formes diverses et évolutives, est inscrite depuis des siècles sur les bords occidentaux de la Méditerranée et transportée jusqu’aux Amériques. Ils essayent de l’étouffer en prétendant l’interdire à la jeunesse, même en France, et de la supprimer progressivement dans des villes représentatives comme à Toulouse. En Amérique du Sud, les Bolivariens après l’avoir interdite dans les capitales Caracas et Quito, veulent l’interdire à Bogota. Heureusement, une partie de la population résiste comme nous le démontrent les dernières informations, en Colombie et même en Équateur. En effet, l’union de toutes les forces est la seule solution possible pour être efficace devant cette volonté destructrice. Si les organisateurs ainsi que certains politiques continuent à montrer leur passivité, comme dans le cas de Barcelone, à lutter contre la nouvelle génération d’empresarios, pour défendre leurs privilèges, nous risquons de perdre nos racines. La corrida est un combat légendaire, entre l’homme et le taureau sauvage dont la pratique et la culture ont évolué, notamment dans les terres hispaniques, pendant des siècles. Il ne tient qu’au monde taurin, à ses professionnels surtout, de maintenir cette tauromachie dans les fondamentaux de cette lutte avec cet animal exceptionnel. Ils doivent en conserver sa bravoure qui peut arriver à la noblesse si l’homme arrive à le dominer en utilisant sa technique et son art, en s’appuyant sur son courage.

Il est évident que si la tauromachie est culture, elle le doit aussi à la démarche artistique que le torero est arrivé à développer et qui a évolué dans le temps. Pour que le torero atteigne la maîtrise, il exprime son art de toréer qui diffère suivant son expression personnelle et le toro qu’il affronte. Je n’ai aucune intention de remettre en cause le mérite des toreros pour lesquels j’ai beaucoup de respect. Cependant, je regrette que trop souvent, cette expression soit trop prévisible. La technique des toreros prend alors le dessus sur leur personnalité, leur sentiment, leurs sensations. Il est vrai que c’est d’autant plus nécessaire pour lui que le public demande le toreo de faenas longues pour triompher tous les jours, pour obtenir des oreilles et des sorties en triomphe. Le public actuel de la corrida est devenu progressivement un consommateur, incluant même des sorties triomphales factices comme si elles étaient incluses dans le programme. A mes yeux, il ne faut pas confondre l’acte de torear ou la science de toréer avec torear con arte. J’ai décris et démontré dans l’édito de février 2020, le toreo de Paco Camino à la Corrida de la Beneficiencia 1979 à Madrid où tous ses gestes templés et sa sérénité étaient à mon avis de l’art à l’état pur, jusque dans son exécution de la mise à mort dans la suerte de recibir. Cette démonstration est encore visible sur le site de l’UTB dans cet édito.

J’avais entendu parler et vu quelques images de la demie véronique d’anthologie du Maestro Antonio Chenel, Antoñete, le 15 mai 1966 à Madrid face au toro blanc d’Osborne.. J’ai eu la chance de voir plus tard dans de vieilles images de TVE, l’ensemble de son actuation et je puis affirmer que toute la faena era arte. Chenel, dont les capacités physiques n’étaient pas le point fort, exécuta toutes les séries classiques de la tauromachie dans un état d’inspiration privilégié, sans se rendre compte de la durée de la faena, jusqu’à l’épuisement. Malgré deux pinchazos, le public enthousiasmé durant l’ensemble de son œuvre obtint l’oreille. Certes, le toro était brave et excellent mais le Maestro Chenel a construit une véritable œuvre d’art en pleine harmonie, restant dans les fondements du toreo et la simplicité. Antoñete, à l’exception de sa magistrale demie véronique nécessaire pour conclure au même niveau sa série de véroniques, n’a utilisé aucune astuce pour apporter du clinquant à sa faena.

Le torero qui m’a apporté le plus de sensation artistique dans son toreo de cape et de muleta est Jerezano. Les partisans sévillans de Curro Romero vantent logiquement surtout la lenteur de son capotito alors que personnellement j’admirais davantage le temple de sa muleta. Oui, c’était de l’art. Pourtant je préfère rendre à Rafael de Paula la place qu’il mérite dans la classification Torero de Arte. J’ai eu la chance de voir trois tardes exceptionnelles où j’ai pu apprécier le don de ce gitan fantasque et bohème mais sublime dans son expression artistique, quand il pouvait l’exprimer dans le ruedo. Le 5 juin 1997, j’organisais la corrida du Bicentenaire de la Plaza d’Aranjuez en présence au palco du Roi Juan Carlos. Le jeune Rivera Ordoñez accompagnait au paseo les deux monstres de l’art taurin Curro Romero et Paula. Le torero de Jerez était devenu très diminué, je dirais même handicapé. Il se fit un grand silence lorsque Rafael se dirigea lentement et majestueusement vers le centre pour son quite avec sa démarche typique. Dans le callejon, tous les toreros étaient angoissés, prêts à intervenir, car le ruedo d’Aranjuez est grand. Il cita le toro de Juan Pedro Domecq de loin pour une série de 4 véroniques indescriptibles tant elles paraissaient irréelles, conclues par une demie, dans son style inégalable qui mérite tous les superlatifs. Le public était enthousiaste et les toreros étonnés n’en croyaient pas leurs yeux. Ce moment reste un de mes grands moments d’aficionado à los toros et la définition même de l’expression El Toreo es Arte. J’avais déjà eu cette sensation à la télévision pour la fameuse tarde du 28 septembre 1987 à Las Ventas. Le 4ème toro réserve de Benavides, est devenu célèbre pour l’ensemble de l’actuation du Jerezano. Ce jour-là, Joaquin Vidal, connu pour son exigence, titra Nunca el toreo fue tan bello car sa faena dans son style fut complète, culminée par des naturelles exceptionnelles de face. Le public était un véritable manicomio* tant son exaltation atteignait la folie. Malheureusement son incapacité à l’épée avec son indigence habituelle, le priva des maximos trofeos. Le public exigea une vuelta al ruedo intense. C’était un Toreo de Arte, avec ses limites humaines, physiques et ses instabilités. Les aficionados s’en rappellent encore alors qu’il n’était pas sorti en triomphe. Les choses ont changé. Je préfère demander au grand Barquerito de vous faire part de son émotion. Il écrivit le 29 septembre 1987 sur le Diario 16 : Le délire, la beauté la plus absolue, une extase jamais exagérée.

J’étais aussi présent à Jerez le 18 mai 2000 pour une corrida de feria avec Curro Romero, Rafael de Paula et Finito de Cordoba. Le public assista ce jour-là à un grand triomphe de Curro et à la despedida de Rafael avec admiration et tristesse, mais avec soulagement car l’incapacité de son genou gauche était devenue insupportable pour lui mais aussi pour ses admirateurs. Je préfère laisser à Juan Ortega, dans la revue Cultura, la description de sa dernière tarde Devant le premier, il réalisa (instrumentó) quatre véroniques de prodige et une demie de cartel. La beauté de la simplicité. Dans le quite, la véronique parut durer une année entière. Au cinquième, il toréa à la véronique comme dans un nuage et avec beaucoup de vérité à la muleta. Il cita de loin de la gauche avec sincérité. Il n’arriva pas à le tuer car il lui était impossible de s’appuyer sur sa jambe gauche pour exécuter le volapié dans l’estocade. Il se coupa la coleta dans le ruedo entouré de plusieurs compagnons du toreo descendus des gradins. Gracias Rafael.
Plusieurs toreros sont capables de nos jours de réaliser des faenas inspirées, esthétiques, dominatrices, qui transmettent, même devant des toros compliqués. Je vous ai décrit en 2014 la faena atypique d’Antonio Ferrera à Séville devant Platanito de Victorino Martin. Le toro avait plus de fiereza (sauvagerie) que de bravoure mais ce jour-là, malgré ce, il arriva à réaliser une faena exceptionnelle, adaptée, avec par moment douceur et temple pour ne pas brusquer le Victorino. C’était une représentation de l’Arte de Torear !

Pablo Aguado – photo : Maestranza de Sevilla

J’ai eu l’agréable surprise de voir le 10 mai 2019 à la Maestranza, le jeune Pablo Aguado toréer dans un style absent de fioritures, avec une expression artistique que je n’avais pas vue ces dernières années et qui me rappelait celle des maestros sévillans d’antan. Il peut encore progresser mais ce fut un toreo de arte avec sa simplicité qui n’empêche pas sa grandeur. Elle restera dans ma mémoire avec une sensation d’irréel, surtout devant son premier. Pablo Aguado sortit par la Porte du Prince et obligea ce jour-là Morante à faire un effort inattendu pour réaliser une excellente faena devant son second. Le torero de la Puebla, dans son style et sa toreria si particulière, put couper une oreille méritée. Il s’était rendu compte que l’art de la jeunesse le mettait dans l’obligation d’exprimer tout son talent.

J’aurais pu évoquer d’autres maestros actuels ou anciens qui ont su exprimer leur art. J’ai choisi ces cas que j’ai eu la chance de voir pour vous rappeler que vous pouvez être fiers de votre aficion et démontrer à ces politiques ignares pour certains et mal intentionnés pour d’autres, que la tauromachie est bien une Culture séculaire et que le toreo est bien une expression artistique inégalable dans le monde grâce au talent, à l’inspiration des toreros et à cet exceptionnel toro qui, grâce à la corrida, démontre sa bravoure unique.

* asile d’aliénés

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 88 – Septembre 2020

ÉDITORIAL AOUT 2020

JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE 2020
19 et 20 SEPTEMBRE

HALLELUJAH !

Alleluia, Alleluia, Alleluia, Alleluia,
Tu dis que j’utilise le nom en vain
Je ne connais même pas le nom
Mais au fond qu’est-ce que ça peut te faire ?
Il y a un éclat de lumière dans chaque mot
Qu’importe que tu entendes
Saint ou meurtri l’Alleluia
Alleluia, Alleluia, Alleluia, Alleluia
(Léonard Cohen 3ème strophe)

Pendant que se déroulait le Festival caritatif du 16 août qui clôturait ce si particulier Le Sud est à Béziers, j’entendais au fond de moi avec sérénité, ce cri de louange et de joie, ces paroles et cette mélodie auxquelles s’intègre la signification sacrée. Je préfère l’interprétation originale de Léonard Cohen pour son mythique Hallelujah, avec son texte, sa voix et son intensité sereine. Il disait, saints ou meurtris, tous les Alleluia ont la même valeur.

Oui, j’étais dans une joie intérieure profonde car j’ai pu revivre dans ces deux heures aux arènes, comme un rituel mystique, la mémoire et le rêve de tant d’histoires, tant de passés glorieux, avec les efforts de tant d’aficionados biterrois, avec leur passion, pour que leurs émotions puissent vivre dans le cadre qu’elles méritaient. Cela représentait pour moi ce renouveau que j’attends de tous mes vœux. Nous vivons une époque difficile au niveau sanitaire qui touche toutes les activités. Nous subissons par ailleurs les attaques d’animalistes perturbés ou manipulés, mais aussi les arrière-pensées trop visibles de groupes financiers avec des vues futuristes intéressées qui démontrent bien le complot. Combien de politiques vont-ils se laisser manœuvrer, préoccupés par leur opportunisme électoral ?

Dans ces circonstances, il me paraissait impossible de mettre deux jours de suite 5 000 personnes dans nos arènes, avec le règlement sanitaire imposé. Les aficionados qui avaient voulu malgré tout être présents, avaient compris qu’ils se devaient d’assister et de participer à ces deux tardes symboliques, avec un engagement personnel et collectif. Le résultat, rattaché à leur amour pour la corrida, était accentué par l’objectif caritatif en soutien à l’équipement des soignants. Tous les acteurs ont joué leur rôle dans ce sens.

La Lyre Biterroise, après la Marcha Real, hymne écouté avec attention par les toreros espagnols étonnés, joua la Marseillaise chantée à pleine voix par l’ensemble du public conscient des circonstances. Elle accompagna les faenas de morceaux étonnants comme le Boléro de Ravel ainsi que l’Amour est un oiseau rebelle de Carmen. Ils ont démontré que cet évènement permettait et nécessitait des initiatives qui sortent de l’ordinaire.

Je félicite et remercie tous les toreros associés dans leur démarche autour de Sébastien Castella, les ganaderos qui avaient envoyé un bétail de qualité adapté aux circonstances. Tous voulaient que le résultat artistique soit à la hauteur de l’objectif des organisateurs et des aficionados. L’indulto du toro de Margé, toréé magnifiquement par Miguel Angel Perera, ajouta de la majesté à cette ambiance, sans oublier le 7ème toro avec la participation de tous les toreros. Ceux qui étaient présents à 13 heures au Musée Taurin pour la réception des six toreros du festival, en présence de M. le Maire, de la députée et du directeur de l’hôpital, ont senti qu’il se passait un évènement inhabituel.

La signature du livre d’or de l’Union Taurine par Léa Vicens, Sébastien Castella, Miguel Angel Perera, Manuel Escribano, Paco Ureña et Carlos Olsina, présageait que nous assisterions à une tarde du 16 août exceptionnelle. Déjà la veille, le maire de Béziers avait su répondre aux invectives du groupe de trublions anti-corridas, convoqués par leurs leaders, pour essayer de nous perturber. La qualité et la détermination des déclarations du premier magistrat ont été suffisamment claires pour rappeler la place historique de la corrida à Béziers et la valeur humaine des aficionados locaux. Ce public sut d’ailleurs apprécier la très intéressante corrida du 15 août, avec les toros de Bohorquez et de Robert Margé et les figuras Léa Vicens, Enrique Ponce et Sébastien Castella.

La clôture de ces journées du Sud fut émouvante avec l’hommage à Robert Margé, après 32 ans de gestion des arènes biterroises. Elles ont démontré, sur les trois spectacles taurins, que les arènes de Béziers peuvent et doivent vivre avec intensité pour que l’on rende à ce monument si symbolique, la grandeur et la majesté qu’il mérite, quand nous pourrons avoir une vie sociale normale. L’organisateur, la ville et les aficionados auront, chacun à leur niveau, la responsabilité de le confirmer. Il est vrai que ces derniers jours, la presse locale a beaucoup écrit sur le changement de fonctionnement suite à la fin du contrat de Robert Margé. J’ai lu et entendu beaucoup de commentaires mais je ne souhaite pas intervenir dans le débat, comme j’ai pu le faire par le passé. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises ma vision sur la gestion des corridas dans les arènes françaises, en particulier celles de Béziers, étant donné les pratiques qui s’appliquent sur notre territoire, tant au niveau fiscal que pour le règlement de l’Union des Villes Taurines Françaises. Pour moi, le problème prioritaire n’est pas le choix des hommes. Il existe des compétences et des affinités qui sont propres à chaque ville. La première décision est le choix du système de gestion. C’est une décision propre à chaque arène. Chacun a sa conception, ses exigences, ses expériences, ses connaissances sur ses arènes et ses aficionados. J’ai les miennes et j’ai pu les comparer, après avoir organisé personnellement en France et en Espagne plus de 100 corridas et novilladas piquées. J’ai connu tous les régimes de fonctionnement prévus dans la règlementation d’organisation liés aux collectivités (régie et délégation de service public) ou aux propriétaires privés. On peut avoir ses préférences. J’ai déjà donné les miennes mais je n’en débattrai pas pour éviter la polémique. Le problème majeur est le fonctionnement des organismes locaux conformément au règlement de l’UVTF. Lo Taure Roge conclue très bien ses commentaires Pour qui les arènes de Béziers ? Quelle que soit la solution retenue dans le contexte sociétal, la future empresa ne devra pas oublier l’existence à Béziers d’une Commission Taurine Extra-Municipale, d’une école taurine, de clubs taurins… donc une nécessité de travailler ensemble.

Les journées des 15 et 16 août d’une aficion motivée et réunie confortent son analyse. Ceux qui ont une conception dominatrice et méprisante face à l’aficion, qui n’est pour eux qu’une clientèle, passeraient à côté, même avec quelques succès ponctuels qui ne durent pas. Les exemples sont beaucoup trop nombreux. La fidélité d’un public ne s’achète pas. Elle se gagne.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 87 – Août 2020