ÉDITORIAL JUIN 2019

LE CULTE DU TORO


L’étonnante exposition BLEUS MINOTAURE qui est présentée du 20 juin au 22 septembre au Musée Taurin, sera reliée à l’illustration par LOREN (Laurent Pallatier) du ruedo de nos arènes pour la corrida du 15 août – Scénographie de la culture méditerranéenne –

Ces organisations m’ont inspiré une réflexion sur les origines des rapports de l’Homme et du Toro dans l’Antiquité, autour de l’Arc Méditerranéen. En fait, cette réflexion nous amène même à la préhistoire. L’homme des cavernes a représenté souvent l’auroch sur les parois de ses lieux de vie. Est-ce par admiration pour ce symbole de fertilité ou pour conjurer le sort pour ses futurs combats avec cet adversaire pour subvenir aux besoins alimentaires de son groupe ? Je pense qu’il ne faut pas oublier ses besoins de gloire et de prestige auprès de ses congénères pour sa victoire sur l’animal mythique craint et admiré afin d’asseoir son autorité. Devant ces expressions matérielles, on pourrait dire artistiques, nous revenons à la question initiale : d’où vient ce comportement de l’Homo Sapiens ? Il a eu un sentiment d’admiration de cet auroch, qui deviendra le toro, de sa puissance, de sa masse musculaire, de sa fougue lorsqu’il est dérangé ou attaqué. L’homme accepte de l’approcher, je dirai même mieux de le combattre malgré ses capacités physiques nettement inférieures. Je pense qu’il sait déjà à cette époque-là, qu’il a la connaissance et progressivement l’expérience pour faire face à la charge, aux puissantes armures, même si tout paraît lui être défavorable. L’Homo Sapiens est attiré par ce puissant animal qui vit le plus souvent en troupeau, avant de s’isoler en prenant de l’âge car il ne peut plus affronter les mâles ambitieux plus jeunes et plus puissants. Cet instinct grégaire l’a amené, parfois semi domestique, d’Afrique et d’Asie Mineure vers des zones plus tempérés et plus riches, vers l’ouest, la Méditerranée et de nouveaux pâturages. Contrairement aux gros félins carnivores qui sont les concurrents et adversaires de cet homme dans leur recherche de nourriture carnée, l’auroch a été la cible risquée mais idéale. L’auroch lui a permis aussi d’essayer d’affirmer sa supériorité déjà par ses ruses, son courage qui l’ont poussé à réaliser ce qui pouvait paraître impossible. Si l’on examine les premières traces de ces affrontements, nous sommes étonnés par la peinture pariétale de la grotte de Villars en Dordogne où l’homme est représenté les bras levés et armés, défiant l’animal qui le charge. Cette confrontation datée de – 23 000 ans avant JC reste une exception. Par la suite, l’homme sera peu représenté dans ces phases de combat individuel, parfois mortel comme à Lascaux. Certaines illustrations représentent des scènes collectives de chasse ou de combat, particulièrement en Mésopotamie ou en Perse avec le culte de Mithra (- 1500 avant JC). Cependant, nous retrouvons ces traces de confrontations individuelles de l’homme et du toro sur les céramiques crétoises (-1700) où l’homme joue par des sauts et des esquives prémonitoires des pratiques du sud de la France dès le XVème siècle et même de nos jours. L’île de Crète apparaît dans la mythologie imprégnée du culte du toro dans des facettes inattendues : séduction, création de Minotaure (homme-toro) suite à la désobéissance aux dieux et domination finale de l’homme. Ces évènements relient la Crète avec trois personnages majeurs et le toro dans l’antiquité grecque :
– Zeus lui-même, dieu des dieux, qui se transforme en toro pour séduire Europe, la femme du roi de Tyr qui enfantera Minos et ses deux frères ;
– Thésée, personnage à multiples visages, tue Minotaure dans le labyrinthe du Palais grâce à l’aide du fil d’Ariane qui lui permettra d’en sortir. Il l’abandonnera pour faire d’Athènes la cité majeure de l’antiquité grecque et la base de la démocratie ;
– Héraclès accomplira dans l’île de Crète le septième de ses travaux en s’emparant du taureau crétois que Minos avait protégé mais dont il voulait se débarrasser à cause de sa sauvagerie.

Toutes ces histoires de l’antiquité grecque sont devenues mythiques dans le monde méditerranéen. Elles incluent le taureau qui séduit tout en démontrant sa force, la création d’un monstre que l’homme pourra tuer grâce à son intelligence, la domination par la force d’Héraclès qui va capturer le taureau avant de le déplacer à Sparte (cité concurrente d’Athènes) et dans le monde grec. Peut-on voir dans cette histoire, très ciblée à l’origine, un lien avec l’implosion de l’île de Santorin qui 1500 ans avant notre ère a dû créer un énorme tsunami dont on parle pendant l’histoire de l’antiquité grecque. Il a frappé toute la mer Egée et en premier lieu la Crète. A mes yeux, il existe un lien autour du taureau avec tous ces mythes de l’antiquité.
Je ne suis pas spécialiste de la mythologie grecque mais il faut reconnaître qu’il y a des coïncidences entre :
– le rôle de la Méditerranée dans le déplacement de tous ces personnages,
– la force et fertilité du taureau,
– l’intelligence de l’homme qui arrive à dominer la force brute de ce taureau.
Ces légendes ajoutées à l’attirance et l’admiration de l’être humain depuis 25 000 ans avant notre ère, sont certainement à l’origine de cette histoire qui, dès le VIIIème siècle et le Xème siècle dans la péninsule ibérique, ont vu les puissants et ensuite le peuple s’affronter, avec des moyens différents, au toro hispanique. Cette nouvelle tradition ajoutée aux jeux taurins locaux des terres du sud de la France, a attiré notre population vers la codification moderne instituée au début du XIXème siècle en Espagne. Dès 1850, elle s’installe en France avec l’arrivée et l’influence de l’Impératrice Eugénie de Montijo. Après une période d’adaptation et de mélange avec nos pratiques locales plus proches des jeux crétois, le peuple du sud impose au pouvoir central parisien la pratique de la corrida avec la mise à mort du toro. Ce que nos prédécesseurs biterrois ont pu faire en plus de 120 ans, attirés par cette tradition entre l’homme et le toro qui, du ludique arrive à la tragédie, nous responsabilise pour la défendre, la maintenir, l’adapter peut-être en s’appuyant sur l’intégrité du toro bravo.

Dans l’actualité taurine française, nous constatons des déclarations virulentes dues aux concurrences dans les appels d’offres pour la future gestion des arènes d’Arles et de Nîmes dont les contrats arrivent à échéance. Il est souhaitable que quelles que soient les décisions des municipalités, le choix puisse améliorer la situation bloquée depuis quelques années. Il est souhaitable aussi que tout ce remue-ménage ne soit pas seulement des effets de com et de marketing, très appréciés par certains, sur le dos de l’aficion. Des rumeurs annoncent la disparition du Bombo madrilène. Je m’en réjouis. Ce n’était que de la fumée. Ce n’est pas le bombo qui est à l’origine de jeunes talents : Aguado, de Justo, Juan Leal… Au contraire, le système inventé par PLAZA 1 à Madrid, a fermé la porte à des toreros valeureux, pour laisser la place aux protégés des grands groupes empresariales où ils sont malheureusement taillables et corvéables, s’ils ne sont pas figuras institutionnalisées. Mon opposition aux nouveautés artificielles ne signifie pas mon accord pour le statu quo stérile qui n’ouvre pas la porte aux toreros méritants qui veulent gagner leur place, bien au contraire. J’ai déjà écrit que le système doit ouvrir et inciter la competencia entre tous les toreros. Cela doit permettre à la corrida de retrouver ses incertitudes avec ses émotions. Le but n’est pas non plus de rechercher les blessures et les tragédies pour attirer le public vers le morbide malsain qui incite parfois une partie de l’aficion ou des communicants. Ces accidents parfois gravissimes ont toujours existé dans l’histoire de la tauromachie. C’est le travail technique, la connaissance des toros qui doivent permettre aux toreros de les éviter, tant en créant l’intérêt des aficionados dans des styles différents, non stéréotypés, adaptés à la personnalité de chacun (voir édito de mai).

En ce qui concerne l’avenir des arènes de Béziers, je ne rentrerai pas dans le monde des rumeurs. Personnellement, j’ai eu l’occasion d’écrire quel était, à mes yeux, le système que j’estime le mieux adapté pour organiser des corridas en France, adapté à la règlementation en vigueur chez nous. Ce n’est pas une question de personnes, moyennant qu’elles soient compétentes. Quoiqu’il en soit, la décision pour le futur appartiendra en premier lieu aux représentants de la municipalité et de la société propriétaire des arènes de s’entendre pour éviter les erreurs de 1995 qui auraient pu avoir des conséquences encore plus graves. Dans un deuxième temps, dans le cadre d’un accord viable, les représentants de ces deux entités devront choisir d’un commun accord un système pour maintenir l’édifice en état pour l’organisation moderne de spectacles de qualité. Dans un troisième temps, la municipalité, si ces conditions sont réunies, devra mettre en place une solution qui lui permette de suivre efficacement le fonctionnement, en s’appuyant sur des personnes qualifiées (tant au niveau taurin que de tout autre spectacle artistique), afin d’assurer un suivi de qualité des programmes proposés au grand public par l’organisation. C’est un domaine sensible qui ne peut supporter la médiocrité et où l’intérêt de l’image de la cité est essentiel. J’attends la Feria 2019 avec intérêt. Des initiatives intéressantes ont été prises. Il faut les soutenir pour qu’elles atteignent leurs objectifs. Ce n’est pas le moment d’avoir des états d’âme. Les cartels annoncés sont attractifs. Espérons qu’ils amèneront le public indispensable à la fête et que les toros donneront le jeu que l’on espère, en conformité avec le trapio indispensable à nos arènes. Ce comportement agressif et noble est bien celui que l’aficion attend avec l’admiration que les peuples du sud lui portent, inscrite dans leur culte du toro depuis des siècles, des millénaires…

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 74 – Juin 2019

ÉDITORIAL MAI 2019

ON DIRAIT LE SUD…

« On dirait le sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d’un million d’années… »

Le décès récent du chanteur Nilda Fernandez, qui m’avait inspiré l’édito de mai 2016 Madrid,Madrid me pongo triste… m’a poussé à réécouter avec émotion le Sud, en duo avec son créateur Nino Ferrer. Je précise que Nino Ferrer (Ferrari) n’a pas été que l’auteur de l’amusante Mirza. Le prestigieux Pedro Almodovar sut traduire de l’Italien sa chanson Un año de amor que Luz Casal interprétait avec Pienso en mi dans le film mythique Talons aiguilles.

La disparition tragique de Nino à 64 ans et celle de Nilda à 61 ans, attirent d’autant plus mon attention que ces deux artistes avaient décidé de résider dans nos terres d’Oc où ils s’étaient réfugiés et y terminèrent leur vie. Ces départs, près de leurs sensibilités sudistes toujours revendiquées, suscitent en moi tristesse et mélancolie, mais me confortent sur leur amour de nos terres. Oui, je considère les dernières strophes de Sud comme un appel à résister pour défendre nos traditions millénaires. Cet appel, plus mental que guerrier à mes yeux, a été écrit pourtant il y a plus de 50 ans. Était-il si lucide sur notre avenir ?

Nous assistons, il est vrai, à un acharnement permanent pour standardiser nos vies en utilisant les arguments les plus fallacieux. Oui, je pense de plus en plus que la corrida est en danger et qu’elle a plus besoin de détermination que de mondanités. La complicité de médias collabos, de penseurs intéressés à détruire nos fondements et de politiques prêts à tous les mensonges pour obtenir le pouvoir, peut faire disparaître des pans entiers de l’histoire de nos terres du Sud. Les instigateurs veulent tout uniformiser car ils ne sont pas arrivés à imposer leur hégémonie dans les années 50-60 après l’échec du message qu’ils voulaient imposer au monde. Beaucoup ont disparu mais leurs idéologies profondes subsistent. Ils reviennent disfrazados en récupérant la crédulité des bobos et la sensibilité d’une jeunesse déboussolée par le monde absurde qui nous entoure.

Je ne pourrai assister à toute la San Isidro en direct à la télévision pendant mon séjour d’une semaine sur les bords de l’Adriatique. D’ores et déjà, sans remettre en cause les triomphes du Juli et Manzanares à Séville ou de Perera à Madrid sans oublier la tauromachie précise et dominatrice de Sébastien devant les Jandilla décevants de San Isidro, j’ai eu quelques satisfactions ces dernières semaines. Malgré l’uniformité apportée par les écoles taurines, la tauromachie est encore capable de créer de nos jours la diversité et de la faire découvrir à un nouveau public.

Séville m’a permis de voir le toreo très personnel de Cayetano Rivera Ordoñez qui ne correspond à aucun des critères actuels. Il transmet une émotion inédite qui a surpris le public, étonné au début, mais que la présidence habituée aux standards des années 2000, n’a pas su voir (vuelta al ruedo après chaque faena avec des pétitions supérieures à celle de la première oreille du Juli le jour de sa Porte du Prince ?…).

Le jeune Pablo Aguado a interpellé immédiatement le public de la Maestranza par ses faenas courtes dans son style néo-sévillan, sans le duende Romeriste, mais imprégnées de pureté et de relâchement tout en restant efficaces, coupant 4 oreilles face à ses deux Jandilla. Le public sut réagir immédiatement à cette interprétation très personnelle de la tauromachie, de ses racines, avec lenteur, temple et douceur conclue par de grandes estocades. Même le public de Las Ventas a réagi très positivement à la personnalité d’Aguado face au sixième Montalvo. La faena fut importante, particulièrement dans les naturelles a camara lenta, d’une grande pureté dans leur exécution. L’épée ne permit pas de conclure mais Madrid sut découvrir Pablo Aguado. Ils devront accepter ses faenas courtes qui permettent de profiter au maximum du meilleur moment du toro. C’est un choix du torero de convaincre sur 30 passes, conditionnées certes à un toro approprié.

Lors de la corrida de Jandilla à Séville, Morante de la Puebla a atteint un niveau et une constance dans sa faena que je ne lui avais plus vus depuis longtemps. Poussé par le paroxysme de la volonté et de la qualité de Roca Rey et la première faena étonnante de Pablo Aguado, Morante se devait de réagir devant le quatrième. Excellent à la cape par ses véroniques de réception qui ne me surprennent pas tant il domine cette suerte, c’est avec la muleta qu’il m’a convaincu dans sa volonté de réaliser une grande faena complète, dans son style si personnel conclu d’une bonne estocade lui permettant de couper une oreille. Enfin ! Merci, car cela m’a confirmé que la tauromachie peut être authentique et diverse.

L’annonce de la mort de Fernando Domecq a remis en actualité le souvenir du remarquable travail de ce grand ganadero, tant à la tête du légendaire élevage, que pour faire renaître le fer de Zalduendo grâce aux origines Veragua des reproducteurs et reproductrices issus de l’élevage familial.

Internet m’a permis de revoir la faena complète d’Emilio Muñoz face à Jarabito à Séville en 1999. Outre les grandes qualités du toro de Zalduendo, elle m’a rappelé la personnalité du toreo du maestro de Triana lorsqu’il le réalisait dans ses bonnes tardes.

J’ai gardé le phénomène Roca Rey pour conclure. Il m’étonne. Je crois pouvoir dire qu’il nous étonne tous les jours par le vuelo exceptionnel de son capote sur les véroniques et ses quites variés. Il arrive à nous transmettre une émotion artistique intense que l’on retrouve dans ses faenas de muleta. Grâce à son jeu de poignet exceptionnel, il exécute des figures dont la pureté me paraît irréelle. Je n’ai pas encore tout compris. Il me surprend tous les jours. Je vous invite à y prêter attention, cela paraît parfois irréel. Mais il ne se satisfait pas de sa maîtrise. Il a déclaré après son triomphe : Para emocionar, yo creo que necessita una pequeña dosis de locura. En el caso del torero a tratarse de un arte, hace falta que le pongas corazon.
Je ne traduirai pas. Il faut que l’aficionado aussi fasse l’effort de suivre dans leur ensemble les prodiges de tels toreros dans leur expression et leur diversité afin de mieux les ressentir.

Surtout n’oubliez pas les derniers vers nostalgiques de Nino Ferrer dans le Sud :
« … C’était pourtant bien
On aurait pu vivre plus d’un million d’années
Et toujours en été »
Dubrovnik 26 mai 2019

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 73

ÉDITORIAL – AVRIL 2019

LE PRINTEMPS EST DE RETOUR…

La temporada 2019 est bien lancée après les premières férias de Valencia, Castellon, Olivenza, sans oublier Valdemorillo. Alors que la corrida du Dimanche de Pâques à Séville fut décevante avec des toros de Victoriano del Rio, fades, la Féria d’Arles fut intéressante à l’exception des toros de Garcigrande.

Jose Maria Manzanares put cependant se mettre en valeur grâce à sa technique et à sa capacité face à des toros décastés, sans oublier son coup d’épée spectaculaire. Les toros de Jandilla démontrent ces dernières années la constance de leur bravoure, leur charge et leur faculté de durer malgré des faenas dominatrices comme celles de Sébastien Castella et Miguel Angel Perera qui ont confirmé en Arles leur grand moment. L’ovation du public après la première faena de Sébastien a été impressionnante, l’obligeant à saluer au centre malgré ses échecs à l’épée. La présence de Chamaco a rajeuni les aficionados des années 90 de 25 ans.
La novillada concours a montré de l’intérêt, tant au niveau des toros que des novilleros français. Sans rentrer dans le détail, le jury a surtout remarqué El Rafi pour son temple et sa sérénité malgré son épée. Solalito, même s’il doit épurer sa tauromachie, a su mettre en valeur le novillo du Lartet. Charles Olsina a démontré une nette amélioration, confirmant sa fin de temporada 2018. Son désir de triompher en impressionnant le public, l’a poussé en fin de faena à l’encimisme qu’il doit maîtriser davantage. L’oreille du novillo de Darré est un bon début pour cette temporada qui doit lui permettre de croître vers la maturité.
Les toros de la corrida de clôture du lundi étaient de qualité. Les ganaderos de Pedraza, Baltasar Iban et le Maestro Joselito ont respecté l’empresa. Je retiens de cette tarde la pureté du toreo de Thomas Joubert qui a confirmé les qualités que je connaissais du jeune novillero Tomasito. Il est indispensable qu’il puisse surmonter sa fragilité, d’autant plus que sa tauromachie est exigeante.

La corrida à Béziers est enfin devenue d’actualité par deux annonces :
– la Feria 2019 sera présentée le 17 mai sur le parvis de l’Hôtel de Ville ;
– la presse locale nous informe, dans sa une, de l’intention de Sébastien Castella de prendre la tête de l’organisation taurine de nos arènes à partir de 2020 ? 2021 ? Sébastien annonce déjà un évènement pour ses 20 ans d’alternative ! L’aficion locale ne peut qu’être interpelée par la décision de Sébastien de déclarer ouvertement sa détermination de prendre en main l’avenir de nos arènes. La volonté d’une figura del toreo de prendre la responsabilité des arènes de sa ville n’est pas neutre. Elle ne peut être au premier abord que positive. Sébastien, outre son attachement à l’aficion locale et à l’avenir de ses arènes, a précisé qu’il voulait continuer sa carrière de matador de toros au plus haut niveau. Cela sous-entend qu’il devra proposer une organisation compétente, avec des idées nouvelles à ses côtés pour assurer l’efficacité et l’avenir de sa proposition. Cette information ne peut qu’intéresser l’aficion et même la cité biterroise. Il ne manque pas de rumeurs. Je n’ai pas à prendre position sur la solution retenue par les décideurs à la fin de la temporada 2020. Elle devra être à la hauteur de l’avenir du monument historique du XXème siècle à Béziers dont l’activité générale a baissé ces dernières années. J’espère que la Société des Arènes et la municipalité de Béziers sauront évaluer l’importance de leur décision pour notre ville et qu’ils ne reviendront pas aux querelles de 1995 que je considère néfastes. Notre tauromachie s’en ressentit, notamment à partir de 2008, avec des accords alambiqués entre les trois parties concernées : propriétaires, municipalité et empresa. C’est la première condition du renouveau.

J’ai appris avec tristesse que Gaëtan Ortiz avait décidé d’arrêter définitivement la profession de torero pour des raisons personnelles. L’aficion biterroise a suivi sa carrière de novillero avant son alternative en 2014. Nous avons apprécié son aficion, ses qualités toreras et son courage. Nous attendions avec intérêt la feria d’Alès où il était annoncé face aux Concha y Sierra.

Son camarade matador de toros après l’école taurine, Tomas Cerqueira, est passé par des moments très difficiles après sa grave cornada de Mauguio. Il a récupéré physiquement une partie de ses capacités et ne veut pas abandonner ce monde qui a été le sien depuis son enfance. Après le gala taurin du 24 mars, nous l’avons vu motivé à la tienta des vaches de Concha y Sierra, lors de l’excellente journée de l’UTB passée au campo à St-Martin de Crau avec El Rafi et les jeunes de l’Ecole Taurine, Anaïs, Gauthier et Lucas. Nous n’oublierons pas l’accueil de la famille Couturier qui nous a particulièrement soignés.

Je viens de prendre connaissance de l’édito de Marc Lavie du 30 avril dans Semana Grande. Je vous incite à le lire, notamment les déclarations du Maestro Paco OJEDA. Je n’ai rien à préciser. Tout y est : l’absence de competencia entre les toreros, son commentaire sur le bombo et la comparaison de qualité du toreo entre hier et aujourd’hui. Si vous revenez sur mes éditos antérieurs…

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU Édito n° 72

Éditorial – mars 2019

FLUCTUAT NEC MERGITUR…

Né près des arènes du Plateau de Valras, j’ai toujours été attiré par l’histoire et l’activité qui entouraient ce monument emblématique du Béziers du XXème siècle. A partir des années 60, ma passion pour le toro bravo et la corrida m’a entraîné dans de nombreux voyages sur les deux continents, tant au campo que dans les ferias ou dans les arènes les plus humbles. Si je me suis investi professionnellement dans le monde taurin pendant 20 ans, à partir de 1995 j’avais déjà participé pendant 10 ans à titre non lucratif, à l’organisation de plusieurs spectacles taurins en tant qu’aficionado. Je venais du monde du rugby où j’ai passé 20 années passionnantes. J’y ai vécu des moments intenses et j’ai pu y créer des amitiés inoubliables. Comme le Grand Georges Brassens l’a écrit et chanté :
« Au moindre coup de Trafalgar
C’est l’amitié qui prenait l’quart
C’est elle qui leur montrait le nord
Leur montrait le nord… »
C’était un sport exigeant, mais la solidarité qui s’est créée dans ces moments de lutte collective, reste inébranlable sans oublier les moments festifs qui clôturaient ces affrontements virils mais corrects.

Le monde taurin, même si on peut y créer des amitiés, n’est pas aussi altruiste, bien au contraire. Il développe l’individualisme. Je respecte certes celui du torero qui joue sa vie seul face au toro bravo. Il développe intérieurement, inconsciemment, un ego exacerbé, même vis-à-vis de ses compagnons ou de ses fidèles partisans. Oui, les aficionados doivent en être conscients alors que la qualité de ce combat unique les rend tout naturellement admirables et parfois inconscients de la réalité qui les entoure. Ce comportement est même contagieux dans les rapports des aficionados entre eux où la jalousie maladive règne trop souvent, encore plus s’ils se laissent manipuler contre l’intérêt de leur passion. Heureusement, j’ai eu la chance de rencontrer aussi des personnages exceptionnels dans ce monde : toreros, ganaderos, sans oublier ces vieux mayorales, hommes du campo, qui connurent durant leur jeunesse une vie dure et la pauvreté, dans un environnement difficile. Ils savaient jumeler humilité et fierté tout en respectant l’amitié. C’est surtout les taurinos qui sont devenus un pouvoir monopolistique qui démontre leur égoïsme viscéral. Certes, l’attitude de tout organisateur vers un résultat financier est respectable, c’est la règle de toute activité économique. Je pense pourtant que le manque de respect qu’ils démontrent de plus en plus face aux autres composantes de la tauromachie (aficionados compris bien entendu), entraîne le système vers de grandes difficultés. Pourtant, quand on examine l’histoire de la tauromachie du XXème siècle, on remarque le rôle positif primordial qu’ont tenu dans le monde empresarial, des personnages emblématiques alors que de nos jours les « grands » développent une vision égoïste du système, sans oublier ceux qui sont aveuglés par leur mégalomanie. Don Pedro Balaña Espinos restera à partir de 1927, près de 30 ans à la tête de la Monumental de Barcelone, en en faisant une des plazas les plus importantes du monde mais, ses successeurs… Don Livinio Stuyck, « el loco », inventa la San Isidro en 1947 avec 4 corridas par an pour en organiser finalement 17 en 1969. Manolo Chopera monta la San Isidro à 30 corridas et domina de sa grande personnalité les grandes plazas du nord et du sud-ouest français. Don Eduardo Pagès et Diodoro Canorea (jusqu’en 1996) maintinrent le prestige de la Maestranza de Séville. Les frères Jose Luis, Eduardo et Pablo Lozano ont géré La Ventas avec succès pendant 10 ans et ont relevé l’encaste Nuñez par l’élevage Alcurrucen. Je n’oublierai pas Simon Casas, dans ses premiers 20 ans d’organisateur de corridas dans l’amphithéâtre nîmois. Ils ont marqué leur époque en faisant participer les aficionados à des tardes et des férias qui ont marqué l’aficion. La liste n’est pas exhaustive mais ce sont des références dans la marque de la qualité.

Certes, je n’ai pas connu directement tous ces empresarios mais l’aficion a retenu leurs gestions positives pour le développement de la fiesta. Don Livinio Stuyck déclara à un journaliste : Pour que le succès soit complet, les intérêts des tendidos et de l’empresa doivent se conjuguer à la perfection. Il conclura ce jour-là à son interlocuteur qui lui demandait s’il revendiquait le titre de meilleur empresa taurin en Espagne et dans le monde : Ni hablar. No gobierno solo, sino en colaboracion !! Cela ne signifie pas que ces organisateurs n’étaient pas des hommes d’affaires. Je pense qu’ils avaient conscience que la corrida est un monde unique qui lie la tragédie et l’art, le courage exacerbé de l’homme dans son combat mythique face au toro depuis l’Antiquité. De nos jours, le monde taurin dominé par ses leaders égocentriques, entourés de quelques satellites, est le lieu de l’individualisme affiché (caché parfois) qui tire toutes les ficelles. Les difficultés que rencontrent les toreros face à ces gens-là, les poussent vers encore plus d’individualisme, même s’ils affichent de temps en temps, comme pour s’excuser, une confraternité de circonstance sur des évènements ponctuels. Je n’insisterai pas sur le BOMBO 2019 de Plaza 1 assorti des 3 paseos à la San Isidro comme BONUS. J’ai déjà donné mon impression dans des éditos antérieurs sur cette idée déplacée. L’annonce de la « Meilleure Feria de l’Histoire » ne fait qu’ajouter à ces effets d’égo exacerbé. Avez-vous vu la dernière du « culo al aire » ? C’est ridicule et déplacé. Je ne suis pas sûr que malgré le très intéressant mano a mano Sébastien Castella/Andrès Roca Rey, les aficionados nîmois soient convaincus que le système apporte à leur Féria 2019 le niveau auquel ils étaient habitués il y a quelques années. Je ne crois pas qu’ils se sentent respectés, tant dans leur amour pour leurs arènes, que dans leur passion pour la corrida de toros. Où est la communion nécessaire de l’empresa avec son public ? La communication bling-bling n’est pas ce qu’ils attendent.

Je respecte tous les toreros annoncés et je leur souhaite le succès. Ils en ont besoin. Je ne pense pas que ce comportement maintiendra la corrida face à ses adversaires déclarés. Certains nous dirons qu’elle est anachronique dans la modernité qui nous entoure. Quelle modernité ! Je leur répondrai que si elle ne correspond pas à la philosophie des bien pensants actuels et de leurs amis animalistes, ils n’ont pas de leçon à nous donner. Je leur rappellerai que c’est dans leur petit monde parisien que se sont retrouvés dans les années 90, les cultureux protecteurs endoctrinés de Cesare Battisti, au nom d’une lutte armée « acceptée » bien que condamnée dans un pays démocratique voisin. Il vient de reconnaître devant ses juges qu’il a bien commis ses 4 crimes. Il vient même de déclarer qu’il avait manipulé l’intelligentsia française pendant plus de 10 ans. On ne les entend plus ! Ce sont les mêmes qui n’avaient pas le courage d’attaquer la corrida des années 50 en France quand Luis Miguel Dominguin côtoyait les monstres sacrés Jean Cocteau et Pablo Picasso.

A ce moment-là, c’était de la CULTURE. Maintenant, c’est de la cruauté. En exemple, je rappellerai aux politiciens espagnols opportunistes que les intellectuels de leur pays s’honoraient de l’amitié de Juan Belmonte et qu’ils ont de l’admiration pour S.M. El Viti. Je leur rappelle aussi que Pedro Almodovar s’est déplacé spécialement à Nîmes en 2012 voir l’historique Seul contre Six de Jose Tomas. Ce n’est pas la corrida et les hommes qui affrontent le toro qui sont en cause. Ils ne méritent pas l’opprobre que certains intellectuels ou animalistes lui jettent. C’est le monde taurin au pouvoir qui, à la rigueur, peut mériter leurs critiques. Mais c’est à la corrida qu’ils portent tort, notamment auprès de la jeunesse. Pour faire face à leur malhonnêteté intellectuelle, l’égocentrisme d’une partie du monde taurin ne nous rendra pas notre honorabilité. Le problème est aussi chez nous, les aficionados. J’en connais des compétents qui préfèrent tourner la tête pour éviter de travailler ensemble à défendre la corrida qui doit être protégée ou promue.

C’est dans un comportement solidaire dans la défense de nos valeurs que nous pourrons résister à l’acharnement médiatico-politique et aux trahisons. Faut-il que nous soyons motivés sur des objectifs sains. J’espère que nous continuerons à lutter.
« Ses fluctuat nec mergitur
C’était pas d’la littérature »
Même le Groupe « RAP 1995 » chantait en 2012 :
« Toujours à la limite, on flotte mais jamais ne sombre 
En équilibre faut qu’on s’en sorte avant que tout s’effondre 
Vite, pousse les portes et préviens du monde « 

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 71

VOIR INFOS : https://uniontaurinebeziers.com/cat/annee-2019/

Éditorial – Février 2019

VOIR INFOS : https://uniontaurinebeziers.com/cat/annee-2019/

QUE SERA, SERA…

Février vient de se terminer et la temporada européenne 2019 s’annonce avec plus de précisions et toutes les difficultés qui viennent de notre environnement. Je me réjouis de la présence de Victorino Martin à la présidence de la Fédération du Toro de Combat. Il a déjà entrepris un travail important pour repositionner la corrida dans le monde politique espagnol Les responsables antérieurs, par égoïsme ou par incapacité, avaient abandonné la place officielle du monde taurin en Espagne. En ce qui concerne la tauromachie hivernale, qui se déroule aux Amériques, nous avons retrouvé avec intérêt le toro mexicain, connu pour les opportunités qu’il offre au torero, qui sait s’adapter à son embestida, de réussir des faenas qui donnent de l’émotion au public. La fixité, je dirai même la classe de sa charge et la faculté des meilleurs de la répéter inlassablement, me laisse toujours des sensations que nous pouvons apprécier sur internet. Il n’est pas exigeant comme son congénère européen et permet le triomphe à celui qui arrive à s’entendre avec sa charge si particulière. On dit qu’il pardonne beaucoup par sa fixité sur le leurre mais il découvre aussi les limites de certaines muletas. L’Amérique du Sud est perturbée par les luttes des modernes adversaires des vestiges de la culture espagnole, tout comme en Catalogne. Je n’aborderai pas le chaos qui touche l’ensemble du Vénézuela après la mort de Chavez, mais je constate avec regret que la corrida est toujours en lutte avec les pseudos bolivariens à Quito.

Cette magnifique ville et ses vestiges coloniaux, encadrée par l’allée des volcans légendaires (Chimborazo, Cotacachi, Quilotoa) a fermé ses portes à la vraie corrida dans sa plaza monumental (15 000 places) en 2012, après l’échec populaire de la corrida sans mise à mort. Elle avait été imposée par le tout puissant Président Chaviste, Rafael Correa, bien que limitée à la province de la capitale pour des raisons politiques ? L’exil de Correa en Belgique, après son putsh refondateur raté contre son ex-ami Lenin Moreno président en fonction, nous donne quelque espoir. Reverrons-nous à Quito la fameuse Feria du Christ du Gran Poder en 2020 ? Elle attirait beaucoup de touristes étrangers : perte estimée à 100 millions de dollars par an. En Colombie, la récupération de la corrida dans les arènes de Bogota n’a pas été facile. Notre ami Laurent Pallatier, Loren, vient de décorer avec son talent et sa génialité, la corrida goyesque du 25 février avec Enrique Ponce, Sébastien Castella et le colombien Ramsès, pour clôturer la temporada dans une plaza llena. Je vous rappelle que Loren sera notre invité au Musée Taurin, avec son exposition « Le Minotaure », du 15 juin au 15 septembre prochain.

En Europe, les premières grandes férias commencent à annoncer leurs cartels, après Arles :
– Fallas de Valencia
– Fêtes de la Magdalena à Castellon
– Feria de Séville avec la majorité des Figuras et Sébastien Castella face aux Miura
– Ouverture de Las Ventas avec les Victorino et la Feria de la San Isidro 2019 « La mejor Feria de la Historia » dixit Simon Casas. Je ne reviendrai pas sur l’épiphénomène du Bombo. J’ai déjà donné en septembre 2018 mes arguments défavorables sur cette invention médiatique. Ce n’est pas la présence de Roca Rey face aux Adolfo Martin qui me fera changer d’idée… Pourquoi ne l’avoir pas fait comme pour tous les contrats jusqu’à ce jour. Las Ventas peut se le permettre. Si le torero avait refusé les Adolfo, il ne serait pas rentré dans le Bombo. « Pour le moment, il semble que la révolution est restée dans le marketing » (Jorge Arturo Diaz Reyes).

Que sera sera…
Qui vivra verra.

La présence de Sébastien Castella face aux Miura de Séville, entouré de Chacon et de Pepe Moral, pour clôturer la féria d’avril est certainement un évènement (sans bombo). J’étais dans les jolies arènes couvertes de Valdemorillo (Madrid) le 10 février pour la Feria de San Blas. Manuel Escribano et Pepe Moral affrontaient un beau lot de Miura intéressant, avec des comportements divers, qui aurait pu être lidié dans une plaza de segunda.

Manuel Escribano m’a étonné par sa maîtrise, sa technique et une lucidité sereine appuyée sur une préparation physique étonnante. Burladero écrira  parece que tiene 20 festejos ya. Il avait demandé explicitement les corridas de Victorino et de Miura à la prochaine Feria de Séville. L’empresa n’a pas jugé bon de l’inclure dans la classique corrida de clôture de Miura. Quand on lit les commentaires de la presse unanime et qu’on écoute l’aficion madrilène, qui n’a pas toujours été tendre à son égard, on ne peut que le regretter. Mundotoro titra Triunfo Paquirrista d’Escribano. Celui d’un torero qui fait de sa préparation physique une des bases fondamentales de sa tauromachie et qui, par concept, par ses qualités naturelles, sa capacité et sa voyante facilité dans tous les tercios, fit rappeler le Maestro de Barbate. Quel compliment pour Manuel qui admire la carrière, les triomphes de Francisco Rivera, sa trajectoire taurine et sa personnalité. Le torero espérait effectivement affronter les toros des deux élevages qui ont joué un rôle essentiel dans sa carrière pour se relancer en début de temporada, avec l’appui de son nouvel apoderado le matador de toros cordouan Jose Luis Moreno. Si le système monopolistique le laisse toréer dans leurs arènes, il me parait préparé et motivé.

Que sera sera…
Qui vivra verra

Je souhaite un prompt rétablissement à Pepe Moral qui, blessé à son premier, n’a pu terminer sa tarde. C’est un bon torero et de plus sympathique.

Chez nous, j’espère que malgré toutes les inconnues qui nous entourent (élections législatives anticipées en Espagne, élections au Parlement Européen, réponses et réactions des gilets jaunes…), nous assisterons à une temporada d’intérêt. J’espère surtout la renaissance de l’aficion biterroise qui cherche à prendre des initiatives pour l’information et la formation d’un public jeune. Malgré toutes ses bonnes intentions, je l’attends sur deux points majeurs qui démontreront sa motivation et son efficacité de manière concrète :
– dès le 24 mars, elle aura l’occasion de montrer son attachement et le respect qu’elle porte au dévouement de Christian Coll pour le Xème Gala Taurin qu’il organise. De plus, ce jour-là, Tomas Cerqueira fera son retour dans nos arènes après la terrible cornada de Mauguio en 2017. J’espère que les aficionados et les amis seront nombreux pour le soutenir.
– dans les semaines qui viennent, j’attends de l’aficion locale qu’elle agisse auprès des divers intervenants de la corrida à Béziers : propriétaires, municipalité et organisateur pour faire remonter leur volonté avec pour objectif des corridas authentiques qui sont la première solution pour faire revenir le public dans nos arènes. S’ils sont ennuyés pour retrouver leurs racines, le livre des 120 ans des arènes de Béziers qui vient de paraître, leur fournira les références sur le type de toros et de toreros qui ont apporté de l’émotion au Plateau de Valras et qui ont attiré le public.

Que sera sera…
Qui vivra verra

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 70

ÉDITORIAL – JANVIER 2019

JE ME SUIS PRIS A RÊVER…

Le 19 janvier au matin, j’ai appris sur les sites internet spécialisés, que la Commission taurine de Dax avait annoncé publiquement les ganaderias et les dates des corridas de deux férias locales :

* Feria d’août :
– 5 corridas de toros : Pedraza, Jandilla, Victoriano del Rio et Ana Romero (pour moi les purs Santa Coloma issus directement des magnifiques toros de Joaquin Buendia Peña des années 70-80).
– 1 novillada de Jose Cruz de Ciudad Rodrigo dont nous avons vu un très bon toro sobrero à Béziers en 2016.

* Feria Toros y Salsa de septembre : Santiago Domecq et Victorino Martin. Ne prenons pas comme référence la très décevante corrida de Victorino de 2017 à Béziers. Cet élevage qui revient aux Fallas 2019, reste une référence dans la majorité des grandes férias d’Europe.
Deux points majeurs :
– La Commission taurine de Dax est directement reliée à la Régie municipale des arènes constituée de plusieurs aficionados ou représentants des clubs taurins dacquois. Ils connaissent donc déjà les élevages de qualité qui fouleront le sol de leurs arènes des bords de l’Adour en 2019 et les ont annoncés officiellement. Le programme comprend aussi un grand concours landais, trois novilladas sans picador et habituellement une corrida de rejon. Le point important de cette annonce est la confirmation de la place prise par la Commission Taurine qui, depuis plus de quarante ans, prépare et organise les corridas des férias de Dax dans le cadre de la régie municipale des arènes. Ce type d’organisation a connu ses heures de gloire dès les années 70 avec une personnalité inoubliable, Pierre Molas, pianiste de talent, qui marqua ses arènes par sa recherche de la qualité. Il a su écrire avec ses amis, les lettres de noblesse de leur féria qui unit qualité et ambiance. Cette féria, inégalable en France à mes yeux, créée en 1948, a progressivement mis en place un système qui dans sa recherche de la qualité, a su faire participer l’aficion, dans la transparence, la rigueur financière et la rentabilité de la partie taurine.
– Le prix moyen des places pour des spectacles de qualité, est inférieur de 15 % à celui des arènes du sud-est de première catégorie, avec seulement 8000 places payantes. Certes, le taux de TVA sur les prix des places est inférieur pour les régies municipales, pourquoi ne pas en faire profiter le public ? Le prix le plus bas au soleil est de 20 €. L’aficion locale vit toute l’année au rythme de sa féria. Elle sait être exigeante envers les membres de la commission désignée par le Maire mais elle participe aussi activement à l’ambiance qui fait de la Feria de Dax une des plus festives et appréciée de plus en plus par les aficionados français, même du sud-est, qui viennent à Dax. Ils sont malheureusement moins nombreux à venir à Béziers.

Oui, je me suis pris à rêver de retrouver l’ambiance de notre féria et l’authenticité dans nos arènes. Elles s’étaient bien reprises entre 1980 et 1990, grâce à la participation de l’aficion et des sympathisants. Elles se sont maintenues sur leur lancée jusqu’en 1995 et même jusqu’au début des années 2000 grâce aux exceptionnels lots de Guardiola, Valdefresno et certains Miura… sans oublier les toreros attachés à l’histoire de nos arènes. Mais nous constatons tous qu’outre la qualité des toros, l’ambiance et l’affluence baissent alors que pourtant l’aficion de Béziers a la chance d’avoir actuellement un de ses enfants, Sébastien Castella, au sommet de la tauromachie.

J’appelle à nouveau notre aficion à se reprendre et à être vigilante, notamment dans l’officielle Commission taurine municipale. Qu’elle remplisse son rôle de conseils et de garanties auprès de M. le Maire. En France, le maire est le responsable majeur de la tauromachie dans sa ville conformément aux statuts de l’Union des villes taurines (UVTF). La Commission taurine municipale a été instituée à Béziers dès 1899 sous la présidence du maire Alphonse Mas avec un règlement précis que l’on peut voir au Musée Taurin. Je souhaite que nous récupérions notre image, notre public et une aficion vivante. Comment expliquer le succès de Dax ? Je vous ai déjà dit qu’ils ont structuré l’organisation des corridas autour de la régie municipale des fêtes, sous la tutelle de la mairie. Elle est dirigée actuellement par un des principaux adjoints au maire, Jacques Pène et un régisseur, agent public, qui gère les questions financières. Trois commissions de bénévoles, sous l’autorité d’un élu ont été désignées : Commission taurine – Commission de la course landaise – Commission des fêtes populaires. La Commission taurine est composée de membres issus de l’aficion dacquoise. Les représentants de cette commission vont voir alternativement les toros au campo quatre fois dans l’année : novembre, janvier, mars et juillet, ce qui leur permet de choisir, de voir l’évolution des toros et éventuellement d’en écarter en fonction de leur évolution des derniers mois. Ils sont aidés dans ce travail par deux représentants techniques (veedores), un pour le sud et un pour le nord. C’est le changement majeur avec l’époque antérieure jusqu’au début des années 70 où l’empresa madrilène Jardon Fils imposait les cartels et les toros de la féria dacquoise. Ils ont su réagir. Cette commission est responsable devant le maire et la municipalité de la qualité des corridas et de l’image de la féria. C’est ainsi qu’après la saison taurine 2011 jugée très décevante par les élus et l’aficion, le maire a dissous la commission en place et désigné son 2ème adjoint à la tête de la nouvelle Commission taurine. Comme vous le voyez, cette solution a l’avantage de faire participer l’aficion locale à la vie taurine de la ville de Dax et de ses arènes. Elle se sent concernée et le résultat se ressent à tous les niveaux : choix et suivi des élevages et des toros et composition des cartels. C’est une solution active mais aussi réactive en cas d’errements majeurs dans l’organisation. Le succès de leur féria est basé sur la qualité. Tout est fait pour le maintenir : qualité, quantité reliées au prix des places dans leurs arènes de 8000 spectateurs. Une bonne fois pour toutes, nos édiles doivent comprendre que la corrida de toros n’est pas un spectacle banal. C’est le résultat de plusieurs siècles qui ont vu l’homme et le taureau sauvage (avant de devenir bravo) s’affronter. Progressivement, le peuple a imposé aux souverains espagnols que ce qui n’était qu’un jeu dangereux réservé à la noblesse, devienne ce combat public, de cet homme à pied exceptionnel, jusqu’à la mort dans le ruedo de cet animal superbe, le toro, symbole de puissance et de fertilité, honoré depuis l’antiquité, du Moyen Orient jusqu’aux limites ouest de la Méditerranée. C’est la base de notre tradition, de son authenticité.

Je ne dis pas que le système dacquois doit être copié à la lettre. Mais, c’est un fait indéniable qu’il fonctionne. Il est parfaitement adapté à la règlementation française. Je connaissais depuis longtemps leur système d’organisation mais l’actualité m’a brusquement rappelé leur succès et surtout leur participation à ce succès alors que la situation biterroise et le peu de motivation de son aficion me préoccupent. Devant le comportement de nos amis landais, OUI, je me suis pris à rêver !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 69 –