ÉDITORIAL DÉCEMBRE 2021

« SALUT, SALUT, ÇA FAIT LONGTEMPS QU’ON SE CONNAÎT »

Ces premiers jours de la nouvelle année me laissent nostalgique de notre passé. J’écoutais Michel Sardou dans son succès symbolique SALUT, dans lequel je retrouve des sensations qui me sont propres dans un monde qui me laisse toujours plus circonspect, avec un horizon incertain. Comme lui, je vous lance ce cri :
SALUT, SALUT
Je suis venu vous dire Salut
Et puis merci d’être venu (de m’avoir lu)
Une autre année, un autre endroit
Adieu jusqu’à la prochaine fois
SALUT
J’ai choisi cette strophe de Sardou sur la fin de sa carrière où l’on retrouve la mélancolie du contact avec ses fidèles. Elle me parait correspondre à mon état d’esprit nostalgique dans ces moments traditionnels qui auraient du apporter tant d’illusions au début d’une nouvelle année.
Je n’y arrive pas même si vous savez que je suis toujours prêt à me battre pour mes idées. Je pense avoir tout dit depuis longtemps et les lumières que j’attends ne s’allument pas. Heureusement, j’en ai gardé une pour moi précieusement. De nos jours, il ne vaut mieux pas parler de ceux qui nous gouvernent. Je ne puis que dire qu’ils me désolent. J’ai toujours évité de mêler notre association aux guerres politiques pour garder notre indépendance. Vous me direz arrête de pleurer ! Nous t’avons connu plus vaillant. Certes, les conséquences des conditions sanitaires sont en partie à l’origine de mon blues, surtout quand la majorité du peuple taurin reste en place dans les plazas majeures, avec leur immobilisme classique. Nous pouvons démontrer que ce combat né depuis l’Antiquité entre l’Homme et le Taureau sauvage ne peut s’éteindre par la volonté de certains nouveaux penseurs sous des prétextes divers incohérents qui vont de motifs politiques à des discours inadaptés d’écologistes et de végans. Cet affrontement avec le taureau a évolué depuis près de 2000 ans quand des hommes exceptionnels ont voulu dans les terres du sud, affronter en public cet animal puissant et agressif qu’il avait appris à admirer dans des combats pour sa vie et la subsistance de son groupe. J’estime que la corrida a encore un avenir si les hommes qui la dirigent, les pouvoirs publics, les associations d’aficionados, les organisateurs, les éleveurs, savent lui maintenir son intégrité. Quand je vois le jeune Marco Perez (12 ans) sortir en triomphe sur les épaules de César Rincon à Manizales, je peux dire les toreros eux seront là comme dans les écoles taurines.

En France, j’en appelle aux élus de nos villes taurines. Même s’ils font appel à des organisateurs professionnels, ils doivent s’appuyer localement sur des aficionados connaisseurs et intègres qui aiment leur ville et la tradition qui a marqué l’histoire de leur cité depuis près de 200 ans. Le grand aficionado Claude Pelletier a su écrire dans son « Histoire des arènes de Bayonne », que la participation active de l’aficion locale est indispensable, tant pour concevoir des corridas adaptées à leur ville que pour la défense de leur intégrité. Il savait de quoi il parlait. Les villes de Dax, Céret, Vic et Bayonne ont déjà annoncé le choix de leurs toros et même certains cartels pour 2022. La présence des aficionados est encore plus nécessaire aujourd’hui pour faire pression sur les empresarios qui sont devenus souvent des apoderados de toreros. Vous avez certainement remarqué qu’ils utilisent les échanges avec d’autres professionnels pour compléter les cartels, même si ces accords mercantiles donnent souvent des résultats décevants, tant pour l’image des arènes que pour le déroulement et le succès des corridas. Ils utilisent trop souvent nos arènes pour faciliter leurs négoces, toros et toreros. Je fais une exception pour le grand Manolo Chopera disparu il y a 20 ans. Il savait organiser, dans ses intérêts professionnels, tout en pensant aux arènes et aux aficionados locaux. Certaines municipalités n’ont pas manqué de sanctionner les commissions taurines et leurs collaborateurs professionnels défaillants pour défendre l’image de leurs arènes et la vérité de leurs racines.

Pouvons-nous rêver d’un retour à la normale après les élections des mois d’avril et juin prochains ? Cette année, les organisateurs disposent d’un choix important de toros et de toreros pour nous faire revivre des moments passionnants. Ils n’auront pas d’excuses. Je suis surtout inquiet pour tous ces jeunes novilleros qui ont si peu toréé depuis près de 3 ans. On peut considérer qu’il y aura cette année sur le marché, trois générations de ces jeunes méritoires et passionnés.

Carlos OLSINA

Nous connaissons bien chez nous les cas de Carlos Olsina et du Chiclanero-Biterrois Christian Parejo qui a été blessé au moment de sa préparation mexicaine et de ses débuts intéressants en Espagne.

Christian PAREJO

Il a perdu plus de 10 novilladas avec picador qui lui faisaient espérer une temporada décisive pour son avenir immédiat. Il est indispensable que ces jeunes passionnés soient restés confiants pour obtenir une alternative avant la fin de l’année ou même au début 2023. Je n’en reste pas moins soucieux.

Notre Union Taurine Biterroise prépare de son côté une temporada de qualité, tant au Musée Taurin qu’au campo avec un projet de déplacement prestigieux en Espagne. Je laisse à la présidente le soin de vous la présenter dans le détail lors de notre prochaine assemblée générale. Vous devez penser que j’ai déjà retrouvé la flamme de mon aficion. En fait, je garde confiance tout en étant lucide, car j’ai vécu tant de joies mais aussi tant d’histoires douloureuses dans la vie de nos arènes et de nos associations d’aficionados biterrois depuis plus de 50 ans. C’est dans cet esprit que je nous souhaite à tous une temporada 2022 excellente.

Je rêve après toutes ces années car je pense encore à nos folles organisations passées mais aussi à nos propres désillusions. Nous avons su y faire face en maintenant le patrimoine légué par nos anciens que nous avons su conforter et mettre en valeur. Restez déterminés comme Sardou qui a su résister tout au long de sa carrière au comportement injuste à son égard de l’intelligentsia. Il a su faire face avec succès, persévérant dans ses adieux sans écouter les sirènes de la facilité.
Comme lui, je vous dis : SALUT
Et même si on ne s’est pas toujours compris
Restons unis pour défendre nos acquis
SALUT, SALUT

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 103 – Décembre 2021

éditorial novembre 2021

BIENVENUDO A LA PLANETA TIERRA

La temporada se termine en Europe avec des résultats influencés par la situation sanitaire que nous subissons depuis 2 ans. La pandémie a eu des conséquences économiques très lourdes à supporter, en particulier dans le monde taurin.

Dans la corrida, nous savons tous que le toro est l’élément principal. Le blocage imposé en Europe par l’inactivité de la majorité des plazas en 2020 (90 corridas contre plus de 800 en 2019) a limité fortement la quantité de toros combattus. L’âge des bêtes lidiées en 2021 a dépassé largement les 5 ans. L’âge influe tant sur leur physique (poids et trapio) que sur leur mental. Le bravo peut développer progressivement un comportement plus nerveux, plus malin et présenter plus de genio dans son combat dans l’arène. En conséquence, le nombre de toros de près de 6 ans (interdits d’être lidiés en public) a augmenté en 2021 dans les ruedos. Plusieurs ont été tués à puerta cerrada ou sacrifiés à l’abattoir ou ont couru dans les rues (bous al carrer) dans les pueblos traditionnels. Malgré ce, nous avons vu sortir des toros chargés de kilos peu compatibles à leur mobilité ou des toros qui se rendent compte rapidement de l’objectif artistique des toreros. Il faut bien reconnaître quand même que plusieurs toros de cet âge ont su garder leur mouvement dans le ruedo. Les difficultés ont été aggravées par les décisions du gouvernement (socialo-chaviste) qui n’ont pas amélioré la situation économique des taurins par l’absence d’aides tant au niveau culturel et social (comparativement à tout le monde du spectacle), qu’au niveau de l’élevage. Ce comportement a fortement pénalisé ses acteurs : toreros, novilleros, banderilleros, ganaderos et les personnels du campo.

Heureusement, sur le plan artistique, malgré toutes ces contraintes, les toreros ont connu des tardes importantes avec une volonté plus intense que les années antérieures. C’est le cas de Roca Rey, Manzanares, Luque, Juli, Ferrera, Aguado… qui ont mis en exergue leurs qualités dans diverses suertes du toreo. Face aux corridas exigeantes, l’aficion a remarqué Emilio de Justo qui continue son étonnante progression, Manuel Escribano qui reste le spécialiste des ganaderias prestigieuses de Victorino Martin et Miura. Observez bien en 2022 le jeune Sergio Serrano qui a surpris, outre ses compatriotes dans la féria d’Albacete, plusieurs arènes des provinces manchegas et de Madrid.

La grande majorité de l’aficion et des professionnels a noté avec joie l’apothéose des temporadas 2020 et 2021 de Jose Antonio Morante de la Puebla. Ils ont apprécié ses qualités exceptionnelles et son génie. Je l’ai vu à ses débuts précoces, novillero sans picador, dans les pueblos sévillans où il toréa sa première piquée à Guillena (Séville), à moins de 16 ans, avec un physique quasi enfantin. Il confirma rapidement les espérances de l’aficion des bords du Guadalquivir et prit l’alternative à Burgos en avril 1997, ses mentors ne voulant pas lui faire prendre l’alternative à la Maestranza. Il confirma rapidement son adaptation au toro de 4 ans dès sa première temporada. Le 29 avril 2000 à la Maestranza, alors qu’il a déjà coupé 2 oreilles à son premier, le public attend le sixième pour le triomphe de la Porte du Prince. Dès le début, après son travail exceptionnel à la cape, il attaque sa faena avec détermination par deux séries de naturelles étonnantes, suivies par de précieuses trincheras. Il reprend la muleta dans la main gauche pour exécuter cette passe géniale très sévillane, exceptionnelle mais très dangereuse, El Cartucho de pescado. Morante, très décidé, cite de face, tient la muleta à mi hauteur repliée autour du palo, comme un cornet à poisson, avant de l’ouvrir subitement, quand le toro se lance après son cite de 10 mètres pour une nouvelle passe de la gauche. Malheureusement, il est pris dans une cojida importante avec deux trajectoires dans la cuisse. Le torero est emporté à l’infirmerie avec une grande émotion dans le public. La faena avait été impressionnante dès le début mais Morante n’ouvrit pas la Porte du Prince, ce que tout le monde attendait.
Cet incident majeur dans la carrière du jeune torero de la Puebla del Rio va perturber le génial sévillan, avec des hauts et des bas pouvant aller jusqu’au fracaso. Il dut même subir des traitements lourds aux Etats-Unis pour soigner des périodes dépressives importantes.

Je termine cette période dramatique qui lui a fait connaître parfois des attitudes difficiles avec un public désenchanté. Pourtant, le torero de la Puebla montrait encore des grands moments, surtout à la cape et même des instants exceptionnels à la muleta, venus du passé. Il remit notamment à l’honneur la passe de la Silla que Rafaël El Gallo exécutait, citant le toro avec la muleta assis sur une vieille chaise andalouse. Morante l’utilisa aussi pour provoquer la charge du toro avant de poser une paire de banderilles.
Pour comprendre le personnage, lisons ses déclarations : Un torero génial doit être un homme obsédé par le passé, Dans la tauromachie, il faut toujours regarder derrière, Etre moderne ne correspond pas et ne cadre pas avec cette profession. Progressivement, la situation s’améliore pour le Maestro et ses dernières temporadas ont montré une nette évolution dans son comportement, tant en dehors que dans les arènes, notamment cette année. Morante vient de se voir attribuer les récompenses majeures pour 2021 :
– Triomphateur de la Feria de Séville
Oreja de Oro de Clarin
– Prix National de Tauromachie avec le commentaire du jury La singulière personnalité créative d’un artiste qui recréé et renouvelle le toreo classique pour le public actuel.

Il a toréé le plus grand nombre de corridas de l’escalafon 2021 avec le plus grand nombre de trophées. Morante a voulu décorer ses actuations de cet éclat qui rend spécial ceux qui le possèdent. Alors que dans les époques moins brillantes il a pu chercher au début si le toro pouvait lui servir, Morante dans ces dernières temporadas a démontré sa volonté de dar la cara et celle de triompher. Récemment, il est intervenu dans des conférences notamment devant les aficionados madrilènes du 7, association du Toro de Madrid : Il est bon qu’il existe un tendido critique mais parfois il est trop cruel dans sa manière de s’exprimer. Personne n’a pu lui faire une remarque contraire. Comme il a pu dire dans d’autres circonstances : Gérer ce monde est un summum. Chaque époque a eu son monarque : Pepe Hillo, Francisco Montes Paquiro, Lagartijo, Joselito, Belmonte, Manolete, SM El Viti, Jose Tomas… Actuellement Morante… Cette temporada 2021 a été exceptionnelle pour le torero de la Puebla del Rio : Séville dont je vous ai déjà parlé et ses moments historiques, Malaga, Jerez, Madrid, Jaen… Tout lui paraissait facile mais il conservait sa profondeur, sa génialité et son désir de triompher, même devant les ganaderias que ne toréent plus les figuras.

Des projets de la temporada 2022 sont déjà annoncés dont 3 corridas pour la Feria de Jerez. Morante a déclaré qu’il n’acceptait de participer à l’exceptionnelle corrida-concours du 23 juillet que si les puyas officielles étaient changées. Objectif : ne pas affaiblir les toros et conserver les trois piques d’une corrida-concours de catégorie.
Morante est de retour avec sa personnalité, ses déclarations, sa volonté de revenir aux pratiques du toreo sévillan du XIXème siècle : Bienvenido a la Planeta Tierra.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 102 – Novembre 2021 – photos Stefan Guin

éditorial octobre 2021

ARO, N’I A PRO”

Pris par des engagements antérieurs, je n’ai pu me rendre à Nîmes ce dimanche 14 novembre, à la commémoration du 100ème anniversaire de la Levée des Tridents du 17 novembre 1921, suite à l’attaque de la S.P.A. contre l’organisation de deux corridas dans la capitale gardoise à l’encontre des toreros et de la municipalité. Cette démarche était soutenue par la loi Grammont de 1850 modifiée en 1897 qui assimilait les taureaux à des animaux domestiques. En fait, malgré les plaintes et les interdictions des préfets, le pouvoir judiciaire local donna souvent raison à l’organisation par l’interprétation de cette loi qui incluait dans le texte les termes animaux domestiques.

Le Marquis Folco de Baroncelli-Javon, personnage prestigieux de la Provence, créateur de la Nacioun Gardiano, décide avec Bernard de Montaut-Manse de réagir et d’appeler à la Levée des Tridents pour faire front à cette agression contre la corrida. Il avait compris que derrière la corrida, le pouvoir parisien pouvait aussi atteindre les traditions du Sud, camarguaises et provençales. Il était considéré comme Lou Marques, l’inventeur de la Camargue, fondateur de la Course libre et de la race du taureau Camargue. Convaincu qu’en tant que bon défenseur de ces cultures régionales, il devait protéger la corrida qui avait tant de succès dans les arènes de Nîmes et d’Arles. Il connaissait le rôle joué par son maître, Frédéric Mistral qui sut appuyer par sa présence, dès le 14 octobre 1894 dans les arènes de Nîmes pleines de défenseurs de la corrida qui affrontaient la décision du Ministère de l’Intérieur et la mondanité parisienne d’imposer leur loi contre la corrida. Le Maître de Maillane, futur Prix Nobel de littérature en 1904 pour son œuvre en provençal Mirèio, apportait à la corrida ses liens avec les pays de la langue d’oc. L’initiative de la Levée des Tridents eut un succès exceptionnel avec ses 2000 cavaliers portant fièrement leurs tridents qui donnaient une majesté dans leur simplicité d’habitants de cette terre. Ce succès fut accentué par le résultat de Bernard Montaut-Manse qui réussit à faire débouter l’action de la S.P.A. contre la corrida à l’origine de cette réaction populaire massive. Il ne faut pas donner à cette démarche une image agressive, violente mais fière et guerrière.

La manifestation de ce 14 novembre pour le 100ème anniversaire, n’est pas qu’une commémoration historique dont nous sommes fiers. C’est aussi un rappel de la volonté de défendre, avec tous les moyens légaux, la liberté de nos traditions. Il signifie à mes yeux : pas plus loin, nous sommes là ! J’ai suivi ce jour-là sur internet le défilé de tous ces chevaux, de ces cavaliers partis du stade des Costières. Ils ressemblaient à leurs frères de 1921. Cela m’a profondément ému et m’a inspiré ce titre en langue d’oc « Aro nia pro » (maintenant, il y en assez) adressé à ceux qui nous agressent en permanence avec la complicité de certains élus et même, déclarée, du pouvoir médiatique. Certes, nous pouvons nous réjouir que le pouvoir judiciaire, s’appuyant sur les textes obtenus grâce aux travaux de nos organisations : UVTF, Observatoire National des Cultures Taurines, nous a permis progressivement de 1951 à l’an 2000, d’asseoir juridiquement l’existence de notre culture taurine formalisée aussi par l’appel de Samadet du 4 février 2007 où j’organisais cette année-là, avec les aficionados locaux, la traditionnelle novillada dans ces arènes couvertes des Landes. Cet appel s’adressait aux députés européens pour rejeter la demande anti-taurine de quelques adversaires au Parlement de Strasbourg pour l’arrêt des aides de la P.A.C. aux éleveurs de toros bravos.

Il est évident que les deux récents rassemblements de Mont-de-Marsan et de Nîmes démontrent à nos gouvernants que les défenseurs des traditions du Sud peuvent se réunir pour défendre notre culture avec succès.

Je craignais que l’absence de personnages emblématiques, comme le Marquis de Baroncelli à leur tête, ne permette pas de donner un succès populaire aussi important que celui de 1921. Je pense que si l’évènement de 2021 a profité de cette image et de cette admiration aux anciens, c’est aussi la motivation des gens du Sud écœurés par les projets déclarés de certains députés, les liens étranges entre la lutte des écologistes pour la protection de la nature et celle des animalistes et des végans, qui a poussé notre peuple à renouveler avec succès l’initiative prise par leurs illustres anciens.

Nous vivons à Béziers depuis quelques mois des perturbations inadmissibles menées par un groupe d’une quinzaine d’illuminés manipulés par l’ambition personnelle de leurs leaders.

Mon cri n’appelle pas à la violence contre ces procédés que nous subissons mais nous devons être vigilants, prêts à agir pour faire comprendre à ces personnes qu’elles ne peuvent pas empêcher notre jeunesse, accompagnée par des personnes, responsables et compétentes, avec la volonté et la présence de leurs parents, de connaître leurs racines. Comment accepter la perturbation de soirées comme celles des dernières journées taurines au Théâtre Municipal, avec la joie de revoir les Maestros Richard Milian et Victor Mendes et de les écouter parler de leurs souvenirs et de leur passé dans les arènes. Ils n’avaient pas le droit moral de perturber cette soirée.

Quelle déception de voir des partis politiques déclarer, comme la France Insoumise et Podemos en Espagne rejoints dernièrement par Marine Le Pen et la marcheuse Aurore Bergé, vouloir déposer des lois contre la présence des mineurs dans les arènes, certainement pour récupérer les voix des animalistes. Aucune étude sérieuse n’a démontré ces affirmations affabulatrices, bien au contraire…
Je suis obligé de vous rappeler mon inquiétude pour la corrida en Espagne où l’alliance Parti Socialiste et Podemos porte des coups très bas à la tauromachie et touche l’ensemble de ce pays, de cette terre où s’est constituée la forme actuelle de la corrida moderne au début du XIXème siècle. Elle reste et doit rester la base de la structure mondiale de notre corrida. Le monde taurin espagnol n’a pas su créer une organisation avec des actions valables pour se défendre des attaques anti-taurines ni promouvoir les corridas de manière collective. De nos jours, malgré des foyers de résistance, les provinces du nord-ouest sont en danger après la Catalogne. Ces dernières années, la création de la Fundacion del Toro de Lidia a permis d’avoir une action efficace dans l’organisation au profit des novilleros et dans les tentatives de discussions sérieuses avec les administrations compétentes. L’intervention de son président, Victorino Martin Garcia devant la Commission de la Culture et des Sports du sénat espagnol dénonçant les conséquences néfastes des actions des animalistes dans la culture du monde occidental, en particulier dans le monde rural, a reçu un accueil compréhensif et encourageant. Ils auraient dû agir depuis plus de 10 ans mais les grands organisateurs des spectacles taurins n’ont jamais voulu l’intrusion des aficionados dans leur monde, sauf pour remplir les arènes en payant. Ce sont eux qui n’ont rien fait, tant chez les organisations d’éleveurs que chez les empresas majeures qui se permettent de blâmer ou d’ignorer le travail de la Fondation et de critiquer les initiatives de nouveaux programmateurs. Ces dernières semaines, les tenants du pouvoir central ont dû reconnaître devant les tribunaux, leur comportement abusif envers le monde taurin espagnol au niveau du gouvernement, notamment dans les ministères compétents : culture, agriculture et social. Cela continuera à être difficile mais grâce aux télévisions des autonomies et privées, des spectacles ont pu se dérouler en 2020 et surtout en 2021 malgré la pandémie.

Chers aficionados, vous voyez les conséquences que l’abandon et les divergences ont apportées au monde taurin espagnol. Heureusement, pourtant minoritaires, les organisations françaises protégées par les textes et par le pouvoir judiciaire, ont agi pour nous sauver, nous défendre et continuer à nous faire rêver. C’était nécessaire car nos adversaires eux n’abandonnent pas leur objectif déclaré. Ne baissons pas les bras face à l’adversité. Sachons que pour faire vivre notre tradition, pour la défendre si nécessaire comme les anciens : Aro, n’i a pro, es ora de luchar avec maîtrise et détermination, si nous voulons maintenir le droit de la corrida dans nos régions de tradition.
Nos anciens ont su le faire depuis 1894 face au pouvoir parisien et aux agitateurs locaux.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU –Édito n° 101 – Octobre 2021

ÉDITORIAL SEPTEMBRE 2021

ENTRE LA GIRALDA ET LA TORRE DEL ORO

Séville avait dû annuler sa Feria d’avril 2021 pour cause de pandémie. L’empresa Pagès a porté ses efforts sur sa Feria de San Miguel en organisant 14 spectacles de qualité, dont une novillada piquée, entre le 18 septembre et le 3 octobre. Si l’on se réfère aux commentaires des professionnels et de la presse, il est regrettable que certains ganaderos aient envoyé des lots préparés pour la feria d’avril avec des toros de plus de 5 ans. Outre le fait que certains avaient près de 6 ans, le trapio, tant en masse musculaire que leur structure, était excessif avec un poids dépassant les 600 kg pour des toros de l’encaste Domecq, en particulier les Santiago Domecq et les Fuente Ymbro. Combien de toros de la majorité des encastes actuels supportant 630 kg avec deux vueltas du ruedo à sa sortie, deux puyazos, 50 capotazos, 3 paires de banderilles peuvent maintenir leur fond de race pendant la faena de muleta ?

Plusieurs toreros ont pu exprimer le fond de qualité espéré de certains toros, habituel dans le toro de Séville bien connu des aficionados de la Real Maestranza. Ma disponibilité et mon envie de retrouver Séville et cette ambiance si spéciale de la Plaza des bords du Guadalquivir où je fus abonné pendant 10 ans, m’ont amené à cette feria atypique. Les succès populaires concernaient surtout les fines de semanas notamment le vendredi 1er octobre et surtout les 2 et 3 octobre qui clôturaient la San Miguel 2021 avec la double présence de Morante. Par contre, les corridas de la semaine ont été contrariées, malgré la qualité des cartels, par l’absence des festivités et de l’ambiance de la rue. J’ai pu assister aux 5 dernières corridas qui m’ont inspiré ces 3 titres représentatifs de ces personnages symboliques dans le lieu mythique de la Maestranza :

El Catedratico : la corrida présentée par la famille Matilla (Garcia Jimenez) était certainement par sa présentation sérieuse, la plus harmonieuse de l’encaste Domecq de cette feria. Juli reçut Ateo III, premier de la tarde, avec une précision et une maîtrise qu’il avait un peu abandonnées les années antérieures mais que nous avons retrouvées à plusieurs occasions dans cette temporada atypique. Bien que portant le nom d’Athée, il crut immédiatement au langage exprimé par Julian Lopez pour qu’il l’accompagne durant toute sa faena. Après ses véroniques douces et templées, ses chicuelinas basses et le tercio de pique, Juli le reçut avec sa muleta par une série de doblones exceptionnels par leur douceur, leur lenteur, leur harmonie dans un palmo de terreno (un pouce de terrain). Je n’avais jamais vu une telle interprétation. Sa faena de muleta se poursuivit par des séries droitières lentes marquées par la grâce et l’harmonie qu’il sut reprendre pour conclure la faena après des naturelles plus compliquées. Il se disait dans les couloirs de la Maestranza que Juli se ressentait de douleurs dorsales suite à une forte voltereta à l’entraînement au campo. Malgré ce, le Maestro sut accompagner Ateo III, toro d’une grande qualité, respectant ses charges dans son rythme et sa fluidité. C’est plus difficile à réaliser que la facilité trompeuse peu faire croire à certains. Le public accompagna, avec la musique, la faena par les fameux Olé légers de la Maestranza de Séville. C’était parfait et même son estocade, pourtant souvent critiquée, respecta la qualité de la faena et la qualité du toro. L’oreille demandée et octroyée correspondait parfaitement à l’excellence et à la maîtrise du Maestro. C’était la faena du grand maître en tauromachie qu’il est devenu. A mes yeux, il correspond bien au Catedratico de las Universidades.

Morante, artista genial : la Real Maestranza a vu dans cette San Miguel des moments artistiques notables comme ceux de Jose Maria Manzanares, Andrès Roca Rey, Juan Ortega et Diego Urdiales sur lequel je reviendrai. C’est l’actuation de Morante de la Puebla, face à Jarcio, toro de Juan Pedro Domecq, qui marquera cette feria inhabituelle avec les contraintes sanitaires et les dates réparties sur 3 semaines.
Le torero de la Puebla del Rio a démontré cette année un comportement aux antipodes de sa carrière où trop de tardes médiocres contrariaient des moments brillants. Premier de l’escalafon européen avec plus de 50 corridas, il a accepté des cartels, des élevages, des plazas inhabituels pour lui. De même, après Séville, il a confirmé à plusieurs occasions des moments intéressants, de génialité comme ce dernier 12 octobre à Madrid où il a coupé une grande oreille et le 16 octobre 3 oreilles à la feria de Jaen. La tarde du vendredi 1er octobre restera dans les mémoires de l’aficion andalouse, sans oublier l’aficion française présente à Séville malgré les réservations difficiles pour les cartels des dates fortes. Ceux qui voulaient voir l’Arte de Torear ont vu un artiste unique, génial, à la hauteur des grands maestros andalous de l’histoire : Rafael El Gallo, Juan Belmonte, Pepe Luis Vazquez, Chicuelo, Curro Romero, Rafael de Paula… qui ont marqué l’histoire de la tauromachie.

Je veux distinguer l’Arte de Torear que la majorité des toreros de qualité qui ont affronté le toro bravo ont utilisé et maîtrisé, ce sont les bases dominatrices et esthétiques de ce combat et le Torero Artiste qui démontre une personnalité unique, réalise des gestes inattendus, magnifiques par leur caractère et leur beauté face au toro bravo. Morante ce vendredi 1er octobre était vêtu d’un costume baroque, inesthétique à mes yeux, de couleur rose bonbon avec des broderies d’or et noires. Il m’apparut, ainsi qu’à la majorité du public, que le torero de la plaine sévillane du Guadalquivir avait des intentions majeures. Un premier inutilisable, le 4ème Juan Pedro Domecq Jarcio restait la dernière chance de Morante avant les Miura du dimanche. Il ne laissa pas le public réfléchir. Il se présenta immédiatement à genoux face au toro le long des barrières, pour réaliser un geste taurin dans une arène que personne n’avait vu de nos jours. C’était indescriptible. Il commença apparemment par une larga ( ?) tout en entourant la cape lentement, avec maîtrise, sur le haut de son corps en dessous des épaules. Il répéta cette suerte inconnue, a priori sortie de la saga des Gallo. Le public resta interdit d’autant plus qu’il enchaîna immédiatement par 5 véroniques exceptionnelles en gagnant vers le centre : exceptionnelles de rythme, d’élégance, sans oublier cette puissance qui semble aspirer le toro. Il ne m’est pas possible de vous décrire dans le détail ce moment qui mettait le public en folie qui réagit au quite exceptionnel pour amener le toro au cheval, les mains croisées à la hauteur de la ceinture comme des ciseaux qui s’ouvrent et qui se ferment. Après ces tijerillas et le remate final, la musique joua mais elle fut étouffée par une foule en délire qui exultait debout sur les gradins. Morante réalisa avec la muleta une faena inspirée se positionnant progressivement très près du toro qui le prit pour l’élever, sur la pointe droite dans l’entrejambe, à plus de 2 mètres de haut, heureusement sans conséquence grave. La plaza en folie se tut pour l’exécution d’une bonne estocade entière efficace. L’attribution des 2 oreilles par la présidence était obligatoire, exigée par un public déchaîné. Les aficionados comme enivrés par cette faena, resteront un moment interloqués avant d’acclamer Morante pendant sa vuelta al ruedo avec les deux oreilles. Oui, nous venions de voir un Torero Artiste incomparable par les temps qui courent.

Il est dommage que Pablo Aguado, durement blessé au genou, n’ait pu défendre ses chances. La Feria terminée, il me paraît le seul, dans un style plus classique, à pouvoir s’approcher de la sublime actuation artistique de Morante. Juan Ortega me paraît un peu léger dans cette recherche, même si son exécution des véroniques est parfaite.

Certains me diront, étonnés, que j’oublie de parler du succès de Diego Urdiales. Ce n’est pas le cas mais tout en considérant sa tarde de 2 oreilles comme importante, je préfère qualifier le toreo du riojano de Logroño comme une expression parfaite de l’Art de Torear auquel il manque cette émotion qu’apporte l’exécution artistique de Morante ou dans un autre style, celle de Jose Maria Manzanares. Certains diront qu’il torée avec éducation. Sa tauromachie est reposée, délicate et élégante. Fils spirituel de l’historique Curro Romero, il a retenu chez lui ce toreo vertical, calme et templé, sans l’expression unique du Maître de Camas. Cela correspond plus à un classicisme épuré qu’à une expression artistique éclatante.

Le Spécialiste : le 22 avril 2013, Manuel Escribano, torero sévillan de Gerena, remplaça El Juli blessé pendant la Feria, dans le cartel de la miurada qui la clôturait traditionnellement. Il triompha ce jour-là en coupant les deux oreilles du Miura Datilero. Sa carrière prit ce jour-là un nouveau départ alors qu’il avait vécu 10 années difficiles après son alternative. Les circonstances et les succès l’ont amené souvent à faire face à ces types de corridas dites dures et exigeantes : Miura, Victorino Martin, Adolfo Martin, La Quinta… face auxquels il a subi des blessures graves. Il a connu aussi, heureusement, des triomphes importants, comme celui de l’indulto à Séville de l’excellent Cobradiezmos en 2016 dont il sut mettre en valeur les qualités ainsi que celui du Miura Tahonero, en 2019 à Utrera, premier de l’histoire de l’élevage de Zahariche. Ceux qui ont suivi la termporada 2021 du torero de Gerena savent qu’elle a été satisfaisante qualitativement. Pourtant, malgré l’excellente faena du 26 juin à Madrid devant son deuxième Victorino, limitée abusivement à une oreille après une magnifique estocade sans pinchazo, il n’a pas été répété à Las Ventas. Il n’a pas été invité à toréer dans d’autres arènes de première catégorie (pourquoi ?) tant en Espagne qu’en France, avant celle de clôture de la San Miguel le 3 octobre alternant avec Morante et Pepe Moral.

Le Miura Cuajadito sortit en deuxième position. Escribano le reçoit à Puerta Gayola dans ce ruedo qu’il connaît bien. Il enchaîna directement une très bonne série de véroniques, encouragé par le public sévillan. Il réalisa une faena classique qui permit de mettre en valeur les qualités de Cuajadito qui a obtenu le prix du meilleur toro de la Feria. Sa faena de muleta sur le côté droit, fut excellente sur plusieurs séries conduites avec temple, citant de loin, donnant l’avantage à ce toro bravo. Il utilisa parfaitement cette charge même si le côté gauche était impossible, ce qui fut confirmé par une voltereta sans gravité. La qualité de l’ensemble de la faena et une très bonne estocade lui permirent de couper 2 oreilles exigées par l’ensemble du public. C’était un triomphe mérité dans ces arènes mais il ne put conclure devant le 5ème impossible. Il peut espérer que les succès de Las Ventas et de la Maestranza lui ouvriront à nouveau les portes des arènes, tant en Espagne qu’en France.

Je voulais vous décrire ces évènements qui ont marqué cette San Miguel de l’espoir. Je ne dois pas oublier le triomphe d’Emilio de Justo, devant les Victorino Martin, coupant deux oreilles au quatrième, dans son mano a mano avec Antonio Ferrera, décevant en fin de temporada. N’ayant pas assisté à cette corrida du 23 septembre, je n’ai pu l’ajouter aux autres titres pour les actuations majeures que j’ai pu admirer.
Cela restera pour moi un grand souvenir ajouté à la magie du ruedo sévillan et à la chaleur de son public.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 100 – Septembre 2021

ÉDITORIAL AOÛT 2021

1970-1980 : C’ÉTAIT UN TEMPS !

Le début des années 70 a connu, dans nos plaines languedociennes, l’apparition et le développement de la machine à vendanger venue de l’état de New-York (Chrislhom-Ryder). Les vendanges représentaient jusque là un travail dur qui demandait une main d’œuvre importante, souvent espagnole, mais qui conservait un côté festif et amical qui a disparu aujourd’hui dans les zones mécanisées. C’était indispensable, mais regrettable au niveau du contact humain.
C’était un temps !

Dans le monde taurin, en 1968, est apparu le marquage au fer pendant l’herradero, du dernier numéro de l’année de naissance des veaux sur l’épaule. Il attestait de l’âge de naissance de l’animal. L’objectif des pouvoirs publics espagnols, appuyés par l’aficion, était d’éviter la lidia de toros-novillos en corrida. Jusque là le seul contrôle imparfait était post-mortem à partir de la dentition. Après une époque décevante due notamment à la faiblesse des toros pour des raisons d’alimentation excessive tardive, de sélection et de manque d’exercice des animaux destinés à la corrida, la situation s’est améliorée. Cela exige de bonifier le comportement des toros durant le combat en travaillant sur son élevage sans oublier le déroulement de la lidia dans le ruedo. Le but était de rendre l’émotion à la corrida sans laquelle l’affrontement du toro avec le torero et la mort dans le ruedo perdent leur raison d’être. Cela dénaturait cet évènement unique qui s’est développé pendant des siècles dans les territoires français du sud, en Espagne et dans les pays latino-américains. Nous avons constaté du mieux par rapport aux années 70-80 mais il reste encore à améliorer, aussi bien dans la lidia que dans la mobilité et la bravoure du toro.
C’était un temps où élevages les plus toréés étaient les descendants de la raza Vistahermosa que l’on retrouve dans la majorité des ganaderias, notamment tous les Domecq. Les Atanasio Fernandez et les Conte de la Corte, représentants majeurs du campo de Salamanca et d’Extremadura avec leurs qualités indéniables qui permettaient de voir ces toros aller a mas après la pique avec des faenas mémorables. Progressivement, on a vu décliner ces deux élevages, à l’exception du résultat du croisement des Atanasio avec les Lisardo Sanchez que l’on retrouve chez la famille Fraile.
La lignée Santa Coloma provenant du croisement Ibarra/Saltillo au début du XXème siècle a permis de dégager deux origines qui ont marqué cette époque. Le comportement typique du petit toro gris de Buendia et plus tard dans les années 70 l’apparition des toros de Victorino Martin d’origine Albaserrada avec plus de trapio, avait récupéré chez Santa Coloma le comportement asaltillado. Nous n’oublierons pas les noms prestigieux de Miura et Pablo Romero, encastes uniques qui ont évolué. Les toros de Zahariche se sont adoucis mais ont conservé la marque de l’encaste alors que les Pablo Romero connaissaient déjà une décadence qui paraîssait difficile à remonter.
C’était un temps !

Les Maestros majeurs de cette époque étaient caractérisés par le classicisme qui suivit la période de style hétérodoxe et spectaculaire de Manuel Benitez El Cordobes qui avait écrasé tauromachiquement et socialement les années 60.
Le trio classique composé des sévillans Diego Puerta et surtout Paco Camino avec le salmantino Santiago Martin El Viti, ont marqué cette période avec leurs triomphes retentissants à Madrid. Paco Niño Sabio de Camas, sorti 10 fois par la grande porte de Las Ventas et le Maestro de Vitigudino triompha 16 fois dans les arènes madrilènes entre 1965 et 1975. N’oublions pas que le Viti coupa 40 oreilles dans sa carrière de novillero et matador de toros dans les grandes arènes de la capitale. Je ne puis négliger Francisco Rivera Paquirri, torero poderoso, avec son répertoire largo. Il a triomphé dans toutes les arènes et plus particulièrement dans celles de Béziers où il fut le torero majeur des années 70-80. Les plus jeunes, notamment originaires du Camp Charro, ont brillé dans des styles différents : Niño de la Capea, Julio Robles et Roberto Dominguez ainsi que les andalous Ruiz Miguel et surtout Antonio Jose Galan qui dans son style non conformiste fut même leader de l’escalafon en 1974. La fin de cette période était devenue trop conservatrice. Heureusement Paco Ojeda vint bouleverser le début des années 80.

Et maintenant…
Au niveau des élevages, nous avons assisté, comme je le craignais, à la quasi disparition regrettable de plusieurs encastes comme les Atanasio, les Conte de la Corte, les Cobaleda… et une généralisation de l’origine Domecq avec des légères variantes suivant les ganaderos. Les origines Santa Coloma se maintiennent à un très bon niveau, soit les Saltillo Albasserrada, les Victorino et Adolfo Martin ainsi que les origines Buendia de La Quinta, Ana Romero, Rehuelga, Flor de Jara avec des résultats intéressants. Les origines Murube conservent un grand intérêt pour les Rejons. Je n’oublie pas les Baltasar Iban et les Cuadri, encastes propios. Cette tendance de l’origine ultra majoritaire Domecq démontre le pouvoir pris par les toreros et les empresas sur le monde ganadero. Le résultat global de la corrida est cependant satisfaisant ces derniers temps avec des toreros très au point pour lidier ce type de toros dans des faenas de muleta longues et millimétrées.
Vous connaissez tous Juli, Castella, Perera, Manzanares, Talavante, Luque et les fantasques Ferrera et Morante qui font une bonne temporada 2021. Nous ajouterons les jeunes Roca Rey, Pablo Aguado, Juan Ortega, Juan Leal… N’oublions pas ceux qui affrontent les élevages de Miura, de Victorino Martin et Adolfo Martin… : Octavio Chacon, Manuel Escribano, Rafaelillo, Gomez del Moral… Ils méritent notre considération et même notre admiration car ils affrontent souvent des adversaires très exigeants. Ils ont leur place dans la tauromachie moderne.
La situation artistique de la corrida paraît excellente mais elle ne reproduit plus à mon goût, les émotions qui m’enchantaient par leur profondeur et leur majesté (Camino, Viti, Angel Teruel, Curro Romero, de Paula, Ojeda et Jose Tomas…). Je regrette aussi le manque d’incertitude que le toro apportait par le passé dans le combat et dans la lidia. Le toro moderne est bien sûr dangereux mais je constate un comportement plutôt uniforme regrettable, dû à la sélection excessive dans certains élevages.

Et l’avenir ?
Depuis une dizaine d’années la tauromachie est fortement remise en cause par les écologistes et plus précisément par les groupes animalistes qui attaquent violemment les activités traditionnelles avec une véhémence particulière, soutenus par les médias habituels. En fait, les pouvoirs publics confrontés à ces remises en cause, ont confirmé par les organismes compétents, la légalité de la corrida dans les pays de tradition, à l’exception de ceux où la vraie démocratie est bafouée. Je pense que les aficionados, les éleveurs, les organisateurs, les toreros doivent se montrer unis face à ces attaques surexcitées, intolérantes et même fanatiques mais pilotées par des esprits malins et organisées avec des objectifs calculés.

Notre monde doit rester très vigilant et faire en sorte que le combat de l’homme et du toro, créé depuis des siècles dans nos terres du Sud, évolue sans perdre son essence et l’émotion sans laquelle il ne pourra se maintenir.

FUERA LES PEURS, FUERA LES COMPLEXES !
Il ne reste plus qu’à se serrer les coudes, se réinventer et travailler unis au bénéfice de la tauromachie dans son ensemble. Certains le font déjà. C’est maintenant ou jamais.
Antonio PURROY UNANUA, Professeur de l’Université Publique de Navarre

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU Édito n° 99 – Août 2021

ÉDITORIAL JUILLET 2021

MAL NOMMER UN OBJET,
C’EST AJOUTER AU MALHEUR DU MONDE

Cette phrase est attribuée par les spécialistes à Albert Camus, philosophe majeur de la Pensée Française du XXème siècle, mort accidentellement à 47 ans. Il a eu le temps de marquer la compréhension du monde notamment dans la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale et par la suite, dans des ouvrages majeurs : L’étranger (1942), Le Mythe de Sisyphe (1942), La Chute (1946), l’Homme Révolté (1951)… Il lutta sans cesse et toute sa vie contre les idéologies qui éloignent de l’humain. Il refusa l’existentialisme mais aussi les totalitarismes, ce qui l’amena à couper les ponts avec Jean-Paul Sartre et ses anciens amis politiques.

Je n’ai pu que réagir récemment selon ces principes devant l’initiative calculée et perfide de la Fondation Brigitte Bardot sur les affiches publiques anti-corridas où ils revendiquent par la phrase Spectacle garanti avec la souffrance animale leurs slogans habituels dénonçant la cruauté, la barbarie et les longues tortures organisées.
L’analyse que je fais de cette phrase correspond parfaitement au commentaire d’Albert Camus sur l’utilisation volontaire de termes provocateurs pour aveugler la pensée de personnes impressionnables, renforcer celle des antis mais surtout heurter les férus passionnés des territoires concernés par la corrida de toros. Ces termes sont non seulement provocateurs mais mensongers car si la corrida est une activité publique organisée où l’être humain et le toro bravo s’affrontent depuis des milliers d’années, elle n’est en aucun cas animée par la cruauté et la souffrance animale. Ce sont bien ces mots qui sont mal nommés pour ajouter au malheur du monde. Ils ne peuvent qu’abîmer le souvenir de nos ancêtres et révolter les aficionados affectés par cette terminologie. Ils cherchent à pervertir la pensée des âmes sincères pour les entraîner vers des incidents majeurs.

En fait, la phrase de Camus est extraite d’un commentaire sur la pensée du philosophe français Brice Patain dont l’œuvre est marquée par son mépris et son rejet du mensonge. Sans savoir ou sans dire comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l’homme est de ne pas servir le mensonge comme l’ont fait ces affiches conçues par les amis de Brigitte Bardot d’autant plus que nous savons que l’actrice, dans son époque brillante, n’a pas toujours eu un comportement aussi violent contre le monde taurin.

Pablo Picasso a certainement été le plus grand peintre du XXème siècle inspiré par la tauromachie et le culte du toro. Les exemples sont multiples. En 1956, l’artiste qui vivait à Vallauris, s’affichait sans retenue avec ses proches, Jean Cocteau et Luis Miguel Dominguin, dans les arènes du sud-est de la France comme Arles et Fréjus, sans oublier Vallauris où avaient lieu aussi des spectacles taurins. Personne ne pouvait méconnaître la passion pour le Maître de Malaga pour le monde de la tauromachie dont on voit tant d’œuvres à plusieurs époques de sa vie. A sa demande, Brigitte Bardot fut reçue à Vallauris chez Picasso à l’occasion du 9ème Festival de Cannes pour la présentation du film de Clouzot Le Mystère Picasso. (voir les photos de Jérôme-Brierre)

Certains affirment qu’elle souhaitait que le grand artiste fasse son portrait attirée par le succès des tableaux réalisés avec le modèle Sylvette David qui avait un physique similaire. Il existe plusieurs photos où la jeune sex-symbol du cinéma français de l’époque s’affiche avec le grand peintre des combats de l’homme, du toro et de la femme sous des formes les plus diverses. Ni la jeune Brigitte, ni ses représentants artistiques ne pouvaient méconnaître la carrière, les œuvres de Picasso. C’était certainement pour eux une manière de se mettre en valeur auprès de ce représentant majeur de l’art dont l’inspiration tauromachique était mondialement connue. Il n’accepta de faire ces tableaux par excès de ressemblance avec le modèle antérieur. Je ne donne aucune importance à l’histoire de cette vingtaine de photos. Je fais simplement remarquer que les mots inacceptables utilisés sur l’affiche des amis de l’actrice tropézienne contre la corrida ne font pas honneur à leurs auteurs qui auraient dû se rappeler de l’épisode des photos de la Villa de la Californie de Vallauris. Il est vrai que la Brigitte Bardot que nous connaissons depuis quelques années n’est plus la sémillante jeune BB que nous avons connue dans notre jeunesse. J’admets que des personnes n’aiment pas la corrida mais je ne puis accepter que des mots aussi agressifs et malveillants soient utilisés sur des affiches publiques pour nuire et certainement faire pression sur le pouvoir actuel et une partie de la population.
Rappelons-nous que le néo-philosophe Michel Onfray, membre de l’Alliance anti-corrida, a écrit un ramassis d’insultes qui mérite le bannissement du titre d’intellectuel que certains lui ont attribué lorsqu’il écrit les mots cerveau reptilien qu’il attribue aux tortionnaires, aux inquisiteurs et autres gens qui font couler le sang dont les toreros. Dans l’arène, il y a tout ce que l’on veut sauf de la vertu. Il y a du sadisme, des passions tristes, de la joie mauvaise, de la cruauté, de la férocité, de la méchanceté. Je préfère arrêter la liste inqualifiable des adjectifs ou des mots qu’il nous attribue. Mais pour qui se prend-il pour utiliser un tel langage rattaché tant aux toreros qu’aux aficionados ? Ce personnage qui se qualifie de philosophe, avec la complicité des détenteurs de la pensée unique ou moderne, est un intellectuel qui a besoin de faire parler de lui pour faire adhérer ses fidèles à ces mots inqualifiables, sensés nous décrier et nous déshonorer.

Oui ! Camus après Brice Patain écrit que la grandeur de l’homme est de ne pas servir le mensonge car mal nommer un objet (une idée) c’est ajouter au malheur du monde. Michel Onfray lui, n’a pas d’autre objectif que de nuire, de détruire ce que son petit esprit est incapable de ressentir, quand il insulte ou prononce une disqualification délétère. Ce personnage n’apporte rien au monde qui l’entoure sauf de vendre son image à ses lecteurs clientélistes. C’est pour ces penseurs mensongers que Camus écrit La vérité n’est pas une vertu mais une passion. Pour lui, la solution c’est la révolte contre la haine et le mensonge. Par contre, il refuse que cette révolte soit une revendication destructrice, une revendication de liberté totale qu’il appelle révolution.

Il nous a déjà demandé à nous, peuples du Sud, s’il le faut de défendre nos idées par rapport aux dominants. Je n’incite personne à la violence mais à une détermination à défendre nos libertés. Il nous incite à résister face aux antis et à leurs penseurs qui veulent nous présenter comme des arriérés. J’ai lu avec étonnement le 15 août, dans l’édition locale du Midi Libre, une page anti-taurine avec les interventions des leaders anti-corridas locaux et nationaux, qui ont utilisé le langage habituel du Colbac, de la Fondation Brigitte Bardot et la représentante du parti animaliste. Rien de nouveau malgré leurs défaites devant les tribunaux de la République. Ils ont des moyens financiers extérieurs et espèrent qu’un jour le pouvoir central, à la recherche de voix avant des échéances électorales, puisse trouver des arguments dans des projets de loi à l’encontre de la corrida chez nous. J’ai été encore plus désabusé, mais pas abattu, par l’aide inattendue, dans cette même page anti-taurine, de l’apparition d’un nouvel intervenant recruté par les animalistes. Le dénommé Loïc Fertin y déclare Le spectacle ne m’a pas du tout séduit. Il a eu recours à des extraits du texte de Francis Cabrel sur la Corrida, pour illustrer ses affirmations. Apparemment, il ne connaît pas la corrida ou fait semblant de ne pas la connaître pour apporter un témoignage d’un authentique candide qui conclue banalement la corrida n’a pas sa place dans notre société. Je lui réponds que les derniers abus utilisés de nos jours pour tromper la jeunesse qu’ils sont sensés protéger, sont dangereux et pervers. La comparaison ne mérite pas de rentrer dans le détail tant ces nouvelles pratiques en tout genre sont destructrices de la pensée humaine et de la santé mentale. Pourtant, elles ne les gênent pas.

Je constate, avec satisfaction, qu’à l’occasion de la Feria 2019, Béziers a repris la tradition de notre chant national chanté à pleine voix par son peuple pour ouvrir les corridas. La clôture par le Se Canto occitan rappelle à nos adversaires en tout genre que chanter avec force deux hymnes anciens illustre l’histoire et la culture de nos terres du Sud : sans insulte mais suffisamment guerriers pour nous défendre devant les infamies, les offenses et les ignominies nous concernant.
La Feria qui s’achève a souffert des diverses conséquences sanitaires et économiques mais elle s’est défendue, tant pour les participations sur les gradins que pour la qualité des spectacles dont les résultats auraient pu être plus éclatants sans les échecs à l’épée du jeudi et du vendredi. Ce n’était pas parfait mais je ne suis pas là pour rabaisser ces efforts dans ces moments difficiles. Je préfère positiver après avoir vu les triomphes de trois jeunes des élèves de l’École Taurine Biterroise en présence, à divers titres, de nos trois matadors de toros à leurs côtés.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 98 – Juillet 2021