Éditorial – Février 2019

QUE SERA, SERA…

Février vient de se terminer et la temporada européenne 2019 s’annonce avec plus de précisions et toutes les difficultés qui viennent de notre environnement. Je me réjouis de la présence de Victorino Martin à la présidence de la Fédération du Toro de Combat. Il a déjà entrepris un travail important pour repositionner la corrida dans le monde politique espagnol Les responsables antérieurs, par égoïsme ou par incapacité, avaient abandonné la place officielle du monde taurin en Espagne. En ce qui concerne la tauromachie hivernale, qui se déroule aux Amériques, nous avons retrouvé avec intérêt le toro mexicain, connu pour les opportunités qu’il offre au torero, qui sait s’adapter à son embestida, de réussir des faenas qui donnent de l’émotion au public. La fixité, je dirai même la classe de sa charge et la faculté des meilleurs de la répéter inlassablement, me laisse toujours des sensations que nous pouvons apprécier sur internet. Il n’est pas exigeant comme son congénère européen et permet le triomphe à celui qui arrive à s’entendre avec sa charge si particulière. On dit qu’il pardonne beaucoup par sa fixité sur le leurre mais il découvre aussi les limites de certaines muletas. L’Amérique du Sud est perturbée par les luttes des modernes adversaires des vestiges de la culture espagnole, tout comme en Catalogne. Je n’aborderai pas le chaos qui touche l’ensemble du Vénézuela après la mort de Chavez, mais je constate avec regret que la corrida est toujours en lutte avec les pseudos bolivariens à Quito.

Cette magnifique ville et ses vestiges coloniaux, encadrée par l’allée des volcans légendaires (Chimborazo, Cotacachi, Quilotoa) a fermé ses portes à la vraie corrida dans sa plaza monumental (15 000 places) en 2012, après l’échec populaire de la corrida sans mise à mort. Elle avait été imposée par le tout puissant Président Chaviste, Rafael Correa, bien que limitée à la province de la capitale pour des raisons politiques ? L’exil de Correa en Belgique, après son putsh refondateur raté contre son ex-ami Lenin Moreno président en fonction, nous donne quelque espoir. Reverrons-nous à Quito la fameuse Feria du Christ du Gran Poder en 2020 ? Elle attirait beaucoup de touristes étrangers : perte estimée à 100 millions de dollars par an. En Colombie, la récupération de la corrida dans les arènes de Bogota n’a pas été facile. Notre ami Laurent Pallatier, Loren, vient de décorer avec son talent et sa génialité, la corrida goyesque du 25 février avec Enrique Ponce, Sébastien Castella et le colombien Ramsès, pour clôturer la temporada dans une plaza llena. Je vous rappelle que Loren sera notre invité au Musée Taurin, avec son exposition « Le Minotaure », du 15 juin au 15 septembre prochain.

En Europe, les premières grandes férias commencent à annoncer leurs cartels, après Arles :
– Fallas de Valencia
– Fêtes de la Magdalena à Castellon
– Feria de Séville avec la majorité des Figuras et Sébastien Castella face aux Miura
– Ouverture de Las Ventas avec les Victorino et la Feria de la San Isidro 2019 « La mejor Feria de la Historia » dixit Simon Casas. Je ne reviendrai pas sur l’épiphénomène du Bombo. J’ai déjà donné en septembre 2018 mes arguments défavorables sur cette invention médiatique. Ce n’est pas la présence de Roca Rey face aux Adolfo Martin qui me fera changer d’idée… Pourquoi ne l’avoir pas fait comme pour tous les contrats jusqu’à ce jour. Las Ventas peut se le permettre. Si le torero avait refusé les Adolfo, il ne serait pas rentré dans le Bombo. « Pour le moment, il semble que la révolution est restée dans le marketing » (Jorge Arturo Diaz Reyes).

Que sera sera…
Qui vivra verra.

La présence de Sébastien Castella face aux Miura de Séville, entouré de Chacon et de Pepe Moral, pour clôturer la féria d’avril est certainement un évènement (sans bombo). J’étais dans les jolies arènes couvertes de Valdemorillo (Madrid) le 10 février pour la Feria de San Blas. Manuel Escribano et Pepe Moral affrontaient un beau lot de Miura intéressant, avec des comportements divers, qui aurait pu être lidié dans une plaza de segunda.

Manuel Escribano m’a étonné par sa maîtrise, sa technique et une lucidité sereine appuyée sur une préparation physique étonnante. Burladero écrira  parece que tiene 20 festejos ya. Il avait demandé explicitement les corridas de Victorino et de Miura à la prochaine Feria de Séville. L’empresa n’a pas jugé bon de l’inclure dans la classique corrida de clôture de Miura. Quand on lit les commentaires de la presse unanime et qu’on écoute l’aficion madrilène, qui n’a pas toujours été tendre à son égard, on ne peut que le regretter. Mundotoro titra Triunfo Paquirrista d’Escribano. Celui d’un torero qui fait de sa préparation physique une des bases fondamentales de sa tauromachie et qui, par concept, par ses qualités naturelles, sa capacité et sa voyante facilité dans tous les tercios, fit rappeler le Maestro de Barbate. Quel compliment pour Manuel qui admire la carrière, les triomphes de Francisco Rivera, sa trajectoire taurine et sa personnalité. Le torero espérait effectivement affronter les toros des deux élevages qui ont joué un rôle essentiel dans sa carrière pour se relancer en début de temporada, avec l’appui de son nouvel apoderado le matador de toros cordouan Jose Luis Moreno. Si le système monopolistique le laisse toréer dans leurs arènes, il me parait préparé et motivé.

Que sera sera…
Qui vivra verra

Je souhaite un prompt rétablissement à Pepe Moral qui, blessé à son premier, n’a pu terminer sa tarde. C’est un bon torero et de plus sympathique.

Chez nous, j’espère que malgré toutes les inconnues qui nous entourent (élections législatives anticipées en Espagne, élections au Parlement Européen, réponses et réactions des gilets jaunes…), nous assisterons à une temporada d’intérêt. J’espère surtout la renaissance de l’aficion biterroise qui cherche à prendre des initiatives pour l’information et la formation d’un public jeune. Malgré toutes ses bonnes intentions, je l’attends sur deux points majeurs qui démontreront sa motivation et son efficacité de manière concrète :
– dès le 24 mars, elle aura l’occasion de montrer son attachement et le respect qu’elle porte au dévouement de Christian Coll pour le Xème Gala Taurin qu’il organise. De plus, ce jour-là, Tomas Cerqueira fera son retour dans nos arènes après la terrible cornada de Mauguio en 2017. J’espère que les aficionados et les amis seront nombreux pour le soutenir.
– dans les semaines qui viennent, j’attends de l’aficion locale qu’elle agisse auprès des divers intervenants de la corrida à Béziers : propriétaires, municipalité et organisateur pour faire remonter leur volonté avec pour objectif des corridas authentiques qui sont la première solution pour faire revenir le public dans nos arènes. S’ils sont ennuyés pour retrouver leurs racines, le livre des 120 ans des arènes de Béziers qui vient de paraître, leur fournira les références sur le type de toros et de toreros qui ont apporté de l’émotion au Plateau de Valras et qui ont attiré le public.

Que sera sera…
Qui vivra verra

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 70

ÉDITORIAL – JANVIER 2019

JE ME SUIS PRIS A RÊVER…

Le 19 janvier au matin, j’ai appris sur les sites internet spécialisés, que la Commission taurine de Dax avait annoncé publiquement les ganaderias et les dates des corridas de deux férias locales :

* Feria d’août :
– 5 corridas de toros : Pedraza, Jandilla, Victoriano del Rio et Ana Romero (pour moi les purs Santa Coloma issus directement des magnifiques toros de Joaquin Buendia Peña des années 70-80).
– 1 novillada de Jose Cruz de Ciudad Rodrigo dont nous avons vu un très bon toro sobrero à Béziers en 2016.

* Feria Toros y Salsa de septembre : Santiago Domecq et Victorino Martin. Ne prenons pas comme référence la très décevante corrida de Victorino de 2017 à Béziers. Cet élevage qui revient aux Fallas 2019, reste une référence dans la majorité des grandes férias d’Europe.
Deux points majeurs :
– La Commission taurine de Dax est directement reliée à la Régie municipale des arènes constituée de plusieurs aficionados ou représentants des clubs taurins dacquois. Ils connaissent donc déjà les élevages de qualité qui fouleront le sol de leurs arènes des bords de l’Adour en 2019 et les ont annoncés officiellement. Le programme comprend aussi un grand concours landais, trois novilladas sans picador et habituellement une corrida de rejon. Le point important de cette annonce est la confirmation de la place prise par la Commission Taurine qui, depuis plus de quarante ans, prépare et organise les corridas des férias de Dax dans le cadre de la régie municipale des arènes. Ce type d’organisation a connu ses heures de gloire dès les années 70 avec une personnalité inoubliable, Pierre Molas, pianiste de talent, qui marqua ses arènes par sa recherche de la qualité. Il a su écrire avec ses amis, les lettres de noblesse de leur féria qui unit qualité et ambiance. Cette féria, inégalable en France à mes yeux, créée en 1948, a progressivement mis en place un système qui dans sa recherche de la qualité, a su faire participer l’aficion, dans la transparence, la rigueur financière et la rentabilité de la partie taurine.
– Le prix moyen des places pour des spectacles de qualité, est inférieur de 15 % à celui des arènes du sud-est de première catégorie, avec seulement 8000 places payantes. Certes, le taux de TVA sur les prix des places est inférieur pour les régies municipales, pourquoi ne pas en faire profiter le public ? Le prix le plus bas au soleil est de 20 €. L’aficion locale vit toute l’année au rythme de sa féria. Elle sait être exigeante envers les membres de la commission désignée par le Maire mais elle participe aussi activement à l’ambiance qui fait de la Feria de Dax une des plus festives et appréciée de plus en plus par les aficionados français, même du sud-est, qui viennent à Dax. Ils sont malheureusement moins nombreux à venir à Béziers.

Oui, je me suis pris à rêver de retrouver l’ambiance de notre féria et l’authenticité dans nos arènes. Elles s’étaient bien reprises entre 1980 et 1990, grâce à la participation de l’aficion et des sympathisants. Elles se sont maintenues sur leur lancée jusqu’en 1995 et même jusqu’au début des années 2000 grâce aux exceptionnels lots de Guardiola, Valdefresno et certains Miura… sans oublier les toreros attachés à l’histoire de nos arènes. Mais nous constatons tous qu’outre la qualité des toros, l’ambiance et l’affluence baissent alors que pourtant l’aficion de Béziers a la chance d’avoir actuellement un de ses enfants, Sébastien Castella, au sommet de la tauromachie.

J’appelle à nouveau notre aficion à se reprendre et à être vigilante, notamment dans l’officielle Commission taurine municipale. Qu’elle remplisse son rôle de conseils et de garanties auprès de M. le Maire. En France, le maire est le responsable majeur de la tauromachie dans sa ville conformément aux statuts de l’Union des villes taurines (UVTF). La Commission taurine municipale a été instituée à Béziers dès 1899 sous la présidence du maire Alphonse Mas avec un règlement précis que l’on peut voir au Musée Taurin. Je souhaite que nous récupérions notre image, notre public et une aficion vivante. Comment expliquer le succès de Dax ? Je vous ai déjà dit qu’ils ont structuré l’organisation des corridas autour de la régie municipale des fêtes, sous la tutelle de la mairie. Elle est dirigée actuellement par un des principaux adjoints au maire, Jacques Pène et un régisseur, agent public, qui gère les questions financières. Trois commissions de bénévoles, sous l’autorité d’un élu ont été désignées : Commission taurine – Commission de la course landaise – Commission des fêtes populaires. La Commission taurine est composée de membres issus de l’aficion dacquoise. Les représentants de cette commission vont voir alternativement les toros au campo quatre fois dans l’année : novembre, janvier, mars et juillet, ce qui leur permet de choisir, de voir l’évolution des toros et éventuellement d’en écarter en fonction de leur évolution des derniers mois. Ils sont aidés dans ce travail par deux représentants techniques (veedores), un pour le sud et un pour le nord. C’est le changement majeur avec l’époque antérieure jusqu’au début des années 70 où l’empresa madrilène Jardon Fils imposait les cartels et les toros de la féria dacquoise. Ils ont su réagir. Cette commission est responsable devant le maire et la municipalité de la qualité des corridas et de l’image de la féria. C’est ainsi qu’après la saison taurine 2011 jugée très décevante par les élus et l’aficion, le maire a dissous la commission en place et désigné son 2ème adjoint à la tête de la nouvelle Commission taurine. Comme vous le voyez, cette solution a l’avantage de faire participer l’aficion locale à la vie taurine de la ville de Dax et de ses arènes. Elle se sent concernée et le résultat se ressent à tous les niveaux : choix et suivi des élevages et des toros et composition des cartels. C’est une solution active mais aussi réactive en cas d’errements majeurs dans l’organisation. Le succès de leur féria est basé sur la qualité. Tout est fait pour le maintenir : qualité, quantité reliées au prix des places dans leurs arènes de 8000 spectateurs. Une bonne fois pour toutes, nos édiles doivent comprendre que la corrida de toros n’est pas un spectacle banal. C’est le résultat de plusieurs siècles qui ont vu l’homme et le taureau sauvage (avant de devenir bravo) s’affronter. Progressivement, le peuple a imposé aux souverains espagnols que ce qui n’était qu’un jeu dangereux réservé à la noblesse, devienne ce combat public, de cet homme à pied exceptionnel, jusqu’à la mort dans le ruedo de cet animal superbe, le toro, symbole de puissance et de fertilité, honoré depuis l’antiquité, du Moyen Orient jusqu’aux limites ouest de la Méditerranée. C’est la base de notre tradition, de son authenticité.

Je ne dis pas que le système dacquois doit être copié à la lettre. Mais, c’est un fait indéniable qu’il fonctionne. Il est parfaitement adapté à la règlementation française. Je connaissais depuis longtemps leur système d’organisation mais l’actualité m’a brusquement rappelé leur succès et surtout leur participation à ce succès alors que la situation biterroise et le peu de motivation de son aficion me préoccupent. Devant le comportement de nos amis landais, OUI, je me suis pris à rêver !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 69 –

ÉDITORIAL DÉCEMBRE 2018

JOYEUSES FÊTES ET MEILLEURS VŒUX POUR 2019

J’ai revu récemment et avec admiration, le film Cyrano de Bergerac où Gérard Depardieu se montre à la hauteur du personnage d’Edmond Rostand. Certains ont pu comparer Cyrano dans sa recherche d’idéal, d’intégrité et d’indépendance, au Don Quichote de Miguel de Cervantes. J’aurais pu retenir le passage :
« Eh bien oui j’exagère
Pour le principe et pour l’exemple aussi,
Je trouve qu’il est bon d’exagérer… »
de sa célèbre tirade du Non merci ! en réponse à l’incitation de son ami Le Bret vers la recherche de la fortune et de la gloire.

Le héros de Rostand, dans son paroxysme, devient à la fois excessif mais aussi si vrai, trop vrai peut-être dans son idéal d’indépendance. « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ». Je trouve plus abordable Cyrano mourant répondant à son fidèle ami et à Roxane, son amour inavoué :
« Que dites-vous ? C’est inutile je le sais
Mais on ne se bat pas dans l’espoir de succès !
Non ! Non ! C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

Pour autant, j’espère ne pas être inutile pour une partie de ceux qui gentiment me lisent ou ceux qui me liront plus tard (sans illusion). C’est d’abord à eux que je m’adresse lorsque je crie ma détresse devant le comportement d’une partie de la classe politique espagnole qui, pour récupérer quelques voix des animalistes et des Verts, se laisse entraîner dans une lutte anti-taurine qui par nature n’est pas la leur. Il est vrai que leur allié (Podemos) regroupe diverses tendances. Parmi les déclarations anti-corridas de certains ministres du gouvernement de l’ineffable Sanchez, à la recherche du pouvoir au prix de tous les reniements, je retiendrai la ministre Teresa Ribera qui a déclaré publiquement, dans un domaine qui n’est pas le sien, « qu’elle interdirait les toros et la chasse » sans que le chef du gouvernement réagisse. Il n’en prend pas moins des décisions dangereuses pour l’avenir de l’État espagnol, pour ne pas dire pour la continuité de l’Espagne. La corrida, il n’en a rien à faire. Ses ambitions sont plus importantes que tous les fondements et même les dévouements de ceux qui en instituant la Constitution dont ils viennent de fêter le 40ème anniversaire, ont permis autant d’années de paix (en dehors du sinistre ETA basque). Cette Espagne qui fut en guerre civile quasi permanente, entre plusieurs clans de tous bords de 1820 à 1939, a vécu par la suite 40 ans de franquisme. C’est cela que le guapo Pedro (comme disent certains de ses compatriotes) est prêt à mettre en danger pour obtenir le pouvoir. On pourrait presque dire, même s’il est arrivé à la tête du gouvernement démocratiquement au Cortes, que c’était presque un coup d’état contre l’Espagne. Pour avoir sa majorité avec 84 députés sur 350, il a dû faire des promesses en tous genres, notamment aux anti-corridas mais surtout aux indépendantistes déclarés de Catalogne dont les chefs sont, soit en exil, soit en prison en attente de leur procès.

En France, notre situation n’en est pas encore là. Ils ont d’autres soucis que ceux des animalistes. Nous pouvons pourtant constater que ce sont les décisions, motivées officiellement par des préoccupations environnementales, qui ont déclenché le mouvement des gilets jaunes. Malgré certains points positifs, cette réaction a causé à ce jour 10 décès, directement ou indirectement. Nous nous garderons de prendre parti, ce n’est pas le lieu et je ne souhaite pas heurter des positions divergentes sur ce sujet chez les lecteurs. Je me contenterai de citer à nouveau Rostand faisant dire à Cyrano :
« Etre terrorisé par de vagues gazettes
Et se dire sans cesse « Oh, pourvu que je sois dans les petits papiers du…
Non merci ! »

Je terminerai malgré tout cette temporada 2018 positivement. Je veux mettre en valeur un torero qui provoque de l’alegria et l’admiration du public dans une période où la tauromachie ronronne, malgré les efforts valeureux de certains toreros en recherche de reconnaissance. Vous savez ce que je pense du système en cours. Oui, Andrès Roca Rey est arrivé en Espagne à 15 ans pour peaufiner sa tauromachie apprise dans les terres péruviennes et mexicaines. Après une préparation intense et une alternative à moins de 19 ans en 2015, il a confirmé immédiatement ses qualités toreras, son courage et son pundonor qui l’ont poussé à prendre des risques, parfois jugés insensés, sans toucher à la qualité de sa tauromachie. Il a su et pu se remotiver après des cojidas et volteretas impressionnantes. Il continue à se maintenir au plus haut niveau, tant avec la cape qu’à la muleta et la sûreté de ses épées. Après 3 temporadas importantes tant en Espagne qu’aux Amériques, il reste au plus haut niveau. Indispensable dans toutes les grandes ferias, il communique au public cette détermination, cette esthétique, sans oublier sa joie de toréer. Certains ont pu écrire à son encontre durant la temporada européenne que pour devenir un torero historique, il fallait toréer tous les encastes. Cette critique nous parait prématurée, je dirai même mal intentionnée alors qu’il n’avait pas encore 22 ans à ce moment-là. Peu importe, Andrès a reçu en 2018 tous les trophées et reconnaissances, tant en Espagne qu’à Lima où le maire de la capitale lui a conféré le titre de « Péruvien illustre ».

Je conclurai comme Rostand dans la bouche de Cyrano : « CHAPEAU ».

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU Édito n° 68 – Novembre 2018

ÉDITORIAL NOVEMBRE 2018

EL MUNDO

Une vingtaine de sociétaires de l’UTB participa au voyage organisé par le club pour la Feria de San Isidro 1985. Les nuits madrilènes nous permirent de découvrir Les Chavorillos qui animaient avec succès le fameux cabaret « La Villa Rosa » sur la plaza Santa Ana. Les quatre jeunes chanteurs furent retenus par l’Union Taurine pour animer notre première bodega de feria située dans l’espace de l’ancien Trianon. Ils revinrent à Béziers pour d’autres Ferias et les Journées Taurines 1988. Miguel, le talentueux chanteur soliste du groupe, interprétait notamment « El Mundo » que fit connaître Sergio Dalma à la fin des années 80. Ces souvenirs restent toujours dans ma mémoire. Ils me rappellent tant de choses positives mais aussi tant d’amis disparus. J’ai toujours aimé cette chanson et je retiens aujourd’hui le texte de sa dernière strophe :

El Mundo
No se ha parado ni un momento
Su noche muere y llega un dia
Y ese dia vendra

Je trouve qu’il s’adapte parfaitement au monde qui nous entoure, lui laissant la possibilité de renaître comme le message d’amour du poète : Y ese dia vendra… Je me limiterai dans le Monde de la Tauromachie qui nous intéresse dans ces éditos. Il est loin d’être parfait. Nous nous préoccupons pour son avenir mais celui qui nous entoure l’est encore moins. La plupart des pays sur la terre d’aujourd’hui sont officiellement gouvernés par des régimes démocratiques… et la plupart s’en réclament. La Démocratie naquit à Athènes au VIème siècle avant JC, pendant une grave crise que vivait la cité. La démocratie athénienne ne naît pas d’insurrections populaires mais de l’engagement de citoyens en politique pour assurer l’unité de la cité. Ils surent la créer pour assurer cette unité dominée jusque là par de profondes injustices. Le thème est complexe car elle évolua des lois écrites par Dacron (610-620 avant JC) aux réformes de Périclès (451 avant JC) en passant par les réformes de Solon et Clisthène. Ce ne fut pas parfait mais c’est la première démarche connue dans le détail pour régler les lourdes différences qui marquaient leur civilisation.

Les gouvernants actuels devraient s’inspirer de cette partie de l’histoire des civilisations et de ses principes pour chercher des solutions pour mieux vivre ensemble. Le monde taurin n’échappe pas aux comportements injustes. La tauromachie est une tradition puissante qui touche les peuples du sud et ceux des Amériques hispanisantes à qui elle fut transmise. Elle est basée sur un équilibre instable. Le torero a besoin du public pour le soutenir, tant dans le ruedo face au toro que dans la vie, car sans lui, il n’existe pas. Pourtant le torero développe en lui un ego qui relève parfois de l’égoïsme lorsqu’il sort de sa situation d’homme public où il doit soigner son relationnel. Les personnes qui vivent professionnellement dans son entourage doivent pourtant avoir une solidarité de groupe importante et de fidélité vis-à-vis de son maestro pour que la cuadrilla fonctionne. Ce qui ne veut pas dire que la démocratie y fonctionne car l’interprète majeur, s’il écoute parfois les conseils de ses proches, doit décider et agir seul. Dans ce groupe uni, il existe pourtant des incompatibilités qui, à la longue, peuvent entraîner des ruptures. En fait, le maestro qui les jours de corrida joue sa vie dans le ruedo, seul face au toro bravo, développe automatiquement en lui un sentiment, parfois un comportement, individualiste. Il le cache le plus souvent mais j’ai pu le ressentir auprès de ceux que j’ai eu la chance d’approcher, sans remettre en cause cependant notre amitié. Après réflexion, je me suis rendu compte que c’était souvent une réaction inconsciente pour ces êtres qui pendant leur carrière doivent assumer seuls des instants extrêmes. Par le passé, le torero et son apoderado faisaient bloc pour affronter la loi du monde taurin et les empresas qui de nature ne font pas de cadeau. J’ai eu l’occasion de dénoncer l’évolution des rapports entre les empresarios et les toreros. J’ai évoqué la constitution de véritables « teams » de toreros rattachées directement à un groupe empresarial qui bloque une majorité des cartels des férias, avant même le début de la temporada. Trois groupes majeurs maîtrisent une majorité de toreros qui fonctionnent ainsi que les spectacles taurins directement avec la collaboration de simples satellites. Il est compréhensible que les toreros aient besoin de sûreté sur la qualité ou la quantité des corridas qu’ils vont affronter. Cela leur apporte la sérénité mais a malheureusement des conséquences sur la qualité et l’intensité du monde taurin que nous vivons, par l’absence de competencia entre les toreros et parfois même entre les empresas majeures qui se partagent le gâteau. La competencia a une double définition et peut entraîner un double comportement. D’une part, elle entraîne un affrontement (contienda) qui peut se traduire à titre physique ou psychologique entre deux personnes de deux groupes pour prendre le pouvoir en gagnant le combat et en dominant le monde qui l’entoure. D’autre part, elle entraîne aussi une rivalité saine entre ceux qui prétendent arriver à la même chose, aux mêmes objectifs. Si on veut limiter l’importance des conséquences, on parlera plutôt d’émulation qui s’adapte bien au monde taurin en général et surtout aux toreros.

Récemment, le maestro Ruiz Miguel qui ouvrit 10 fois la grande porte des arènes de Madrid, a déclaré « autrefois, nous nous gagnions le droit de toréer jour après jour. Maintenant, tout est engagé au préalable ». Cette situation est préjudiciable à la tauromachie qui demande cette competencia, cette saine rivalité qui n’empêche pas le respect mais pousse les toreros à s’engager tous les jours avec autant d’envie et de motivation pour gagner ou conserver sa place dans l’estime du public, pour l’intérêt des empresas à les engager dans leurs arènes. Le danger existe tous les jours dans le ruedo mais la volonté et la prise de risque née de cette competencia, sont indispensables pour motiver le public, l’aficion, tant avant que pendant et après la corrida. Ceux qui ont connu les tertulias d’antan savent de quoi je parle. Je puis comprendre que le torero recherche cette sécurité que peut lui apporter ce type d’accord, c’est humain d’autant plus qu’il assure aussi théoriquement des rémunérations. Même si les toreros de second niveau ont parfois des surprises au moment des liquidations en fin de temporada. Je n’ai pas l’espoir que le monde de la tauromachie devienne un monde de démocratie. Ce serait un contresens, tout du moins pour ce qui se passe dans le ruedo. Il serait souhaitable qu’il le soit en ce qui concerne son comportement vis-à-vis de son public qui le fait vivre. C’est lui qui doit savoir utiliser ses mouchoirs comme des votes sur le comportement des toreros mais qui doit savoir faire entendre SA VOIX sur ce qu’on lui propose ou sur ce qu’on ne lui propose plus. Devant le comportement de ce MONDE et de celui qui l’entoure, je ne devrais pas avoir beaucoup d’espoir, pourtant je conclurai quand même :

« Y ESE DIA VENDRA… »

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 67 – Novembre 2018

Éditorial Octobre 2018

ET MAINTENANT…

Nos amis Jacques Nougaret et Alex Bèges, toujours aussi passionnés par le passé de Béziers, de sa culture et de ses traditions, ont sollicité tous les représentants de l’aficion biterroise pour les aider à réaliser un livre sur l’Histoire des Arènes de Béziers, qu’ils souhaitaient fêter en 2018 sous le titre « 120 ans de Passion ». La partie réservée à la tauromachie représentera évidemment la majorité de cet ouvrage réalisé par l’éditeur local « Le Chameau Malin ». Les multiples autres activités et spectacles qu’a connu cet édifice emblématique de notre ville ne sont pas oubliés. Ces 120 ans comprennent les époques tragiques des deux guerres et de l’Occupation qui ont entraîné l’arrêt des spectacles taurins dans nos arènes pendant 15 ans. Malgré l’appel aux aficionados, c’est Hugues Bousquet qui a réalisé la première phase taurine des arènes de 1898 à 1944, alors que j’ai été chargé de la longue période d’après-guerre, de 1945 à 2018, hormis la période 1980-1984 traitée par Max Tastavy. Ce long travail de recherche et de rédaction a pu être réalisé grâce à la précieuse collaboration de Michel Mathieu et de notre secrétaire Marie-Françoise Rouzier sans laquelle je n’aurais pas concrétiser cette étude (comme pour les éditos). Nous pouvons faire confiance à l’expérience de nos amis Jacques et Alex, sans oublier leurs collègues habituels. Ils arriveront à présenter leur ouvrage le 8 décembre.
« Et maintenant que vais-je faire ?
De tout ce temps… »
Je n’ai pas l’intention, comme Gilbert Bécaud chanta sur les paroles de Pierre Delanoe, de vous dire
« Je n’ai vraiment plus rien à faire
Je n’ai vraiment plus rien… »

Certes, l’effet des ans et mes obligations de grand-père limitent mon activité, mais je vais essayer de continuer avec vous pour fignoler les détails du Musée Taurin qui s’améliore sans cesse et aider l’activité de notre association en défendant notre passion. Non, je ne répondrai pas à l’invitation des anti-corridas avérés de la FLAC à débattre et encore moins à dialoguer avec des personnages dont le but est de faire disparaître une de nos traditions du sud, si difficilement installée par nos ancêtres par le passé. Maintenant, ces gens-là avancent masqués, avec une couverture de démocrates convaincus. Ils ne sont plus violents, ils dialoguent… Il fut un temps, il y a près de 30 ans, certains aficionados et certains organisateurs, dont Simon Casas, se sont prêtés à ce type de débats orientés. Ce fut un dialogue de sourds où les insultes, les anathèmes, les mensonges représentaient le contenu majeur de ces réunions, de ces débats radiophoniques ou même télévisés. Je considère que c’était un attrape-couillon. Certes, maintenant, ils louent des salles, mêmes municipales, pour inviter la population et les aficionados à débattre. Ils se présentent culturellement corrects. Parlez à nos amis de Rodilhan où ils ont rassemblé encore récemment, une centaine d’individus venus de toute la France et même de pays voisins pour nuire violemment à un festival taurin dans une de nos régions de tradition par excellence. Dans les années 1980-2010, ils ont utilisé la violence et une intimidation vociférante pour essayer de nous fragiliser. Depuis que le législateur et les tribunaux les ont condamnés à plusieurs reprises, ils essayent d’amadouer les intellectuels et certains politiques bien pensants pour pervertir notre jeunesse en leur démontrant que leurs anciens étaient, ou sont, des barbares sanguinaires. Nous savons que la mouvance animaliste dispose de moyens financiers extérieurs importants, qui ne doivent pas venir de leurs cotisations, pour monter leurs coups de com ou amadouer la presse. Leur historique égérie tropézienne vient même de s’adresser officiellement au Président Macron pour qu’il fasse interdire la corrida. Ils savent que par les temps qui courent, l’image de terroristes ou de groupes dangereux est difficile à porter. Ils ont décidé de changer de méthode mais ne nous laissons pas manipuler. Certes, à Rodilhan, ils continuent à nuire et à mettre la pression pour désolidariser la population de l’aficion pour les nuisances apportées par « l’émeute de référence » qu’ils avaient montée en 2016. Les pouvoirs publics sont présents pour maintenir l’ordre mais quelles sanctions ? Ce n’est pas une manifestation légitime pour défendre le travail… Ce n’est pas une manifestation organisée par les locaux… Certains diront que l’autorité publique a d’autres chats à fouetter. En tant que défenseur de nos traditions du sud, de languedocien, je serai toujours présent, tant face à nos adversaires déclarés, que pour rappeler à nos responsables défaillants qu’ils ne défendent pas l’essence de la fiesta brava. Ils découragent les jeunes avides d’émotions vraies et le public en général qui progressivement risque de s’éloigner des arènes, notamment chez nous. Dans cette démarche, j’approuve les réactions des aficionados et des gens du sud contre la présence provocatrice d’une organisation d’anti-corridas dans la salle municipale, même louée, d’une ville de tradition taurine. Cette réaction est légitime. Il n’y a eu par contre aucune violence de la part des aficionados. Ils ont simplement fait connaître leur position. Certains nous diront qu’il ne faut pas faire la politique de la chaise vide. D’accord, mais pas pour dialoguer avec eux. Ne les ignorons pas. Montrons-leur par nos convictions et notre détermination par des images positives, comme l’aficion locale a su le faire par le passé, en faisant revenir vers nous les Biterrois qui s’éloignent à cause de nos disputes et de notre manque d’idées.
Demandons à ceux qui sont responsables de la corrida dans nos arènes, organisateur, municipalité, commission taurine, d’agir pour qu’ils motivent progressivement à nouveau le public, en rendant l’authenticité à la corrida. L’aficion devra alors être là pour les soutenir. La lecture du livre « 120 ans de passion » vous montrera qu’il y eut des périodes difficiles pour des raisons sérieuses (notamment l’économie de notre viticulture en 1907, 1919, 1980…) mais surtout par le manque d’intérêt de l’empresa. C’est toujours l’action des aficionados, des municipalités successives qui ont réagi, sauvé et relancé les corridas dans nos arènes. Elles sont devenues l’une des plus importantes du monde taurin et un lieu festif exceptionnel en maintenant une tradition forte de chez nous et en les faisant connaître aux visiteurs de notre région. Cette tradition était inscrite dans les gènes de nos anciens. A Béziers, depuis plus de 150 ans, ils ont adhéré pleinement à cette culture du taureau brave et à la volonté de l’homme de l’affronter. Ne les trahissons pas !
J’ai répondu rapidement à mon interrogation « Et maintenant que vais-je faire ? ».
J’espère que nous saurons tous nous retrouver avec la même motivation pour défendre cette tradition parmi celles qui sont menacées.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n°66 – Octobre 2018