Édito n° 20 – Avril 2026

LES FERIAS DU PRINTEMPS

Après l’agréable Feria d’Olivenza (6,7,8 mars), les férias majeures de Valencia, Castellon, les Fallas coïncident presque à la mi-mars. Cette année, la Feria de la Magdalena a ouvert les 8 et 9 par 2 corridas marquées par les fêtes locales de la cité pour les « Primers de los Canies.. » et la procession jusqu’à l’ermitage de la Magdalena pour se terminer le dimanche 15 mars après 2 novilladas d’erales et 4 corridas. Les Fallas clôturent toujours le 19 mars pour la San Jose qui cette année tombait un jeudi après 6 corridas et 2 novilladas. Daniel Luque, apodéré cette année par Antonio Barrera, empresario du groupe mexico-espagnol Balleres-Chopera, a démarré en force comme triomphateur de la Feria de Castellon après 4 oreilles face aux Zalduendo (propriété du groupe créé par Alberto Balleres. Nous noterons aussi les succès du jeune Tomas Rufo face aux Montealto ainsi que Roca Rey, Pablo Aguado et Sébastien Castella. Pendant les Fallas voisines (70 km), le retour du jeune valencian Samuel Navalon a marqué le public après plusieurs mois d’absence suite à la grave cornada subie au mois de septembre. Roca Rey a démontré à Valencia ses forces physiques et mentales préparées à lutter pour la competencia avec ses compagnons, particulièrement avec Morante de la Puebla qui a fait le paseo le 5 avril à Séville.

LES CORRIDAS DE PÂQUES

 

Le retour de Morante de la Puebla pour la Corrida del Domingo de Resureccion à la Maestranza était attendu par l’ensemble du public et de l’aficion qui sont sortis convaincus par cette tarde organisée par la nouvelle empresa des arènes de Séville Jose Maria Garzon après plus de 90 ans de l’empresa Pagès.

Jose Maria Morante n’est pas le seul maestro à redécouvrir des suertes de la corrida comme la « Chicuelina » de Manuel Jimenez Chicuelo qui reste une passe de base de la tauromachie moderne. Jose Maria Manzanares (père) l’a exécutée plus tard main basse, alors que Paco Camino entourait sa tête des « vuelos » de sa cape. Les deux expressions étaient magnifiques et restent gravées dans ma mémoire et dans celle de l’aficion des années 60-80.

Comme ses prédécesseurs, Morante n’imite pas les suertes des anciens. En fait, il fait revivre l’inspiration initiale de ces figures en les adaptant à son « corte » personnel.

J’ai relu mon édito de septembre 2021 « Les Miura du Dimanche » : Il se présenta à genoux, face au toro le long des tables pour réaliser un geste taurin que personne n’avait vu de nos jours. C’était indescriptible et inattendu pour la plupart d’entre nous. Il commença apparemment par une larga de rodillas !! tout en entourant la cape lentement et avec maîtrise sur le haut de son corps jusqu’au niveau des épaules. Il répéta cette suerte, à priori inconnue, alors qu’en fait elle était issue de la « Saga des Gallos ». N’oublions pas que cette famille était composée de grands capeadores : le père Fernando Gomez El Gallo et ses fils Rafael Gomez El Gallo « Le divin chauve » et Jose Gomez Gallito ou Joselito.

Luis Gomez Ortega- Joselito

De même, dans la corrida de ce 5 avril dernier, il prit la muleta dans sa droite et se rapprocha de son deuxième Garcigrande qui s’était réfugié dans les tablas. Sans le brusquer, en marchant, en conduisant le toro par une dizaine de passes devant son corps pour arriver jusqu’au tercios où il se positionna après un remate suave et dominateur pour suivre « erguido » (fièrement) par des derechazos tout aussi templés. J’espère que ma description vous a fait ressentir l’ensemble de ces passes.

Il faut donner l’origine de cette passe à Domingo Dominguin (père de la célèbre fratrie) qui apodérait au début des années 30 un jeune agriculteur laboureur de Borox (Tolède) : ce sera l’inoubliable Domingo Ortega. Le père Dominguin considéra que les toros de l’époque n’étaient pas compatibles avec la tauromachie, forte et impressionnante, que le Maestro de Triana Juan Belmonte, avait imposé en son temps (bilan de 1921 à 1936 : 9 matadors de toros et 48 novilleros moururent dans les arènes).

Domingo Ortega devint une figura légendaire du toreo avec une lenteur « andando con maestria », avec sa muleta en mouvement pour conduire la charge du toro avec douceur, sans provoquer une fougue désordonnée. Il marqua son époque.

Domingo Ortega
DOMINGO ORTEGA

Ce 5 avril, Morante a montré comment il savait s’adapter à la technique de Domingo Ortega, ajoutant sa touche artistique si personnelle. Il a coupé 2 oreilles à ce toro de Garcigrande réussissant à démontrer qu’il revenait avec une grande ambition et avec sa tauromachie d’exception.

Roca Rey ayant pinché son premier toro, il fit le maximum pour triompher. Il aurait pu couper 2 oreilles au cinquième si la Présidence avait suivi la pétition majoritaire.

Le torero de Huelva, David de Miranda, n’eut pas de chance au sorteo mais sa volonté et l’appui du public de Séville lui ont permis de recevoir une oreille du 6ème.

La temporada des corridas et ferias s’est ouverte en France pour le week-end Pascal à Arles et samedi 4 avril à Aignan. Les arènes gersoises ont connu, contrairement à ces dernières années, un très beau temps, avec un lot d’Aranz de Robles bien présenté : Alberto Lamelas, Rafael Serna et Dorian Canton coupèrent chacun une oreille. Bonne corrida.

La Feria d’Arles, ouverte par la traditionnelle Course Camarguaise (triomphes de Bajan de Laurent et du razeteur Cardenas), était suivie de la première corrida du vendredi devant ¾ d’arènes. Les toros de Garcigrande ont été particulièrement décevants tant par leur présentation que par leur faiblesse. Le tercio de piques fut pratiquement inexistant et 2 toros sortis en piste sont revenus aux corrales en raison de leur incapacité à combattre. Le sobrero de Jose Cruz fut acceptable contrairement au Blohorn.

Manzanares a pu sauver la sortie de son premier par sa technique habituelle, son élégance et son épée a recibir qui lui permit de couper l’oreille de son premier.

Talavante a coupé 2 oreilles à son second en réalisant une faena facile, trop longue face à un toro qui plut à une partie du public lui permettant d’ouvrir la grande porte.

Le jeune torero précoce Marco Pérez n’a pas été servi par le sorteo et fut peu efficace à l’épée. Il espérait mieux pour son retour dans les arènes de son mentor.

Le dimanche 5 avril, dans des arènes quasiment pleines, la corrida de Torrestrella bien présentée fut inégale dans son comportement, à l’exception des 4ème et 6ème plus braves.

Luque a pu se montrer à son avantage devant le bon 4ème, avec une faena sérieuse, technique, surtout à gauche et une bonne estocade, confirmant son triomphe de Castellon.

De Justo coupa 1 oreille après une faena templée et une grande estocade à son premier mais n’a pas convaincu le public au 5ème devant un toro peu propice au succès.

Le torero de Talaveira de la Reina, Tomas Rufo, dans le style sérieux qu’on lui connaît, coupa une oreille à chaque toro confirmant ses succès antérieurs dans les arènes majeures : Séville, Madrid et Nîmes.

La corrida du lundi après-midi a enregistré une entrée faible du public. Le ganadero portugais de Murteira Grave a amené une corrida homogène, bien présentée. Les quatre premiers se sont avérés compliqués, la faiblesse du quatrième n’a pas permis de le toréer.

Manuel Escribano, après une faena sérieuse et dominatrice devant le premier compliqué, a malheureusement conclu par un pinchazo. Il ne pouvait rien faire devant le 4ème, un invalide et dut abréger.

Colombo a pu couper une oreille devant le bon 5ème, avec son toreo spectaculaire mais trop racoleur.

Rafi obtint une oreille à son premier grâce à une bonne estocade, après une faena banale et une pétition du public voisin qui représentait plus de la moitié des spectateurs. Sa bonne faena à l’excellent 6ème lui a permis d’obtenir les deux oreilles.

Depuis plusieurs années, la fréquentation du public à la corrida du Lundi de Pâques aux arènes d’Arles est inquiétante (media plaza).

Il faut noter que les novilleros Julio Norte de Salamanque et Mario Villau de Barcelone dominent le début de temporada.

EL RAFI

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU