Toro de MIURA ,607 kgs , El Toro que Vuela
LES TOROS DU XXIème SIÈCLE
La temporada 2026 s’est terminée, outre les corridas de l’Hispanidad du 12 octobre, par la Feria Madrilène d’octobre, celles de Zaragoza et de Jaen qui retrouve son image taurine du passé : deux cartels importants avec les ganaderias de Victorino Martin et de Paralejo. Je ne tirerai pas encore de conclusion globale sur le comportement des toros classés dans les 20 premiers de l’escalafon qui correspondent parfois à la force des groupes empresarios-apoderados, grâce aux fameux « intercambios ». Nous y reviendrons plus tard.
L’apparition de quelques jeunes toreros, qui ont montré des débuts intéressants devant des toros de 4 et 5 ans, n’a pas encore révolutionné l’équilibre des matadors de toros confirmés dans leur place dans l’ordre des corridas combattues. Pour le moment, je m’intéresse plutôt à l’avenir de la corrida dans les prochaines années alors que Morante de la Puebla paraît indécis sur son proche avenir dans les ruedos. Nous connaissons bien le rôle qu’il a joué sur le public dans le regain populaire de la corrida de toros, même si je pense qu’il a trop toréé étant donné l’exigence de sa tauromachie. Comme j’ai déjà pu le déclarer dans de précédents éditos, il est nécessaire que parmi les générations de matadors de toros en activité, la competencia revienne dans les ruedos. Elle donnerait une autre dimension à la corrida. Elle peut maintenir l’intérêt du public avec cependant des risques de chauvinisme dans l’aficion.
S’il veut maintenir l’attirance actuelle du public dans les arènes, le monde taurin dans son ensemble, doit se préoccuper de conserver dans la corrida, l’Emotion indispensable à l’attrait du public créée par le talent et l’engagement des toreros face à un toro encore plus noble et dynamique grâce à sa bravoure. Pour cela, les toreros doivent s’habituer à des faenas moins longues afin de maintenir la passion et l’exaltation du public.
Le rôle du toro est bien entendu primordial :
1/ Il doit avoir des capacités physiques nécessaires pour conserver sa mobilité et sa motricité pour des raisons plus physiques que mentales qui se sont améliorées depuis plus de 20 ans, grâce à une sélection mieux ciblée.
Au niveau des ganaderos les plus performants, le travail sur la bravoure a donné des résultats positifs dans le tercio de piques où nous avons constaté la récupération de l’agressivité initiale et son engagement sur le peto qui protège les chevaux et les picadors depuis plus d’un siècle. Cette bravoure doit croître pour l’émotion de la corrida pendant les trois tercios. Malheureusement, si les faenas sont trop longues, elles se ressentent sur leur impact. La vivacité de la noblesse et la dynamique dans la charge, issue de cette bravoure, s’épuisent et perdent leur engagement. Les toreros les plus performants arrivent à les maintenir dans le « trazo » de la muleta mais la qualité de leur charge et l’émotion diminuent.
2/ La sélection des ganaderos sur la bravoure améliorée par l’alimentation et l’âge (plus de 5 ans) a modifié la majorité des élevages, tant au niveau du trapio mais surtout du poids pour répondre aux critères des organisateurs, des vétérinaires du reconocimiento, de la presse et aficionados toristes. Les toros de certains élevages montrent des images impressionnantes à leur sortie dans le ruedo mais nous constatons souvent des conséquences sur leur mobilité en cours de faena. Il est regrettable aussi de voir dans des arènes de 1ère et 2ème catégorie en Espagne, des novillos qui peuvent passer les 500 kg, combattus par des novilleros de 18 ans. Les toros de 4 et 5 ans sont présentés au reconocimiento entre 550 et 700 kg, trop souvent éloignés des critères de leurs encastes.
Je tiens à préciser qu’une dizaine de ganaderias a lidié près de 100 toros de 5 et 4 ans dans la temporada 2026 correspondant à des troupeaux de 500 bêtes mâles dans la finca notamment dans les ganaderias de Victoriano del Rio et de Juan Pedro Domecq. J’ai constaté que ces deux élevages ont eu pourtant des qualités inconstantes dans la temporada. C’est normal, la génétique est une science compliquée mais cette constatation s’est vérifiée surtout en fin de saison par des lots insuffisants. Peut-être les éleveurs à succès diminuent les « novilladas de prueba * » pour répondre à la demande de toros de 4 ans, cela aux dépens des exigences de sélection. Pourtant la majorité des toros du début de temporada était excellente.
Par contre, j’ai eu l’opportunité et la chance de voir dernièrement 3 lots de toros exceptionnels de Victorino Martin à Alicante, Malaga et Jaen. L’éleveur a présenté 3 corridas de haut niveau, différentes suivant les exigences de ces arènes. Ces dix-huit toros présentés dans le trapio de leur encaste, ont démontré un niveau émotionnel exigeant, dans des charges différentes mais qui répondaient au besoin émotionnel de la corrida de toros et à l’intérêt du public grâce à l’engagement des toreros. Ces comportements étaient conformes à cette encaste avec leur mobilité, leur agressivité correspondant à leur bravoure et à leur instinct.
En étudiant dans diverses circonstances, l’évolution de ce toro issu de l’auroch et de son croisement avec le « Bos primigenius africanus », j’ai rencontré des races bovines très différentes où l’usage de l’homme et leurs origines sauvages ont fait évoluer les caractéristiques.
3/ En France, nous trouvons 3 races bovines du Sud vivant en quasi liberté dans les Pyrénées Navarraises, Basques et dans les Aspres Catalanes qui ont peu évolué depuis 5 siècles et périclitent tant au niveau de leurs critères physiques que dans leur comportement. Au contraire, la race Camargue a pu améliorer ses capacités physiques et mentales compatibles avec les critères mis en valeur dans leurs compétitions avec les razeteurs.
En Italie, j’ai fait connaissance lors de mes voyages, avec la race Maremmana originaire de la zone Toscane, implantée dans les terres semi-marécageuses près de Grosseto, longeant la Mer Tyrrhénienne. Elle est caractérisée par un gabarit impressionnant tant en taille (1,50 m au garrot) qu’en armure (70 cm à 1m), mais faible sur la musculature arrière. Elle fut utilisée, dès la Rome Antique, dans les combats «Giostra delle Vaccine » (Joute des Bovins) pour son agressivité et sa combativité. Plus tard nous les retrouvons dans des Colisées et places fermées, tant à Rome qu’à Sienne (Place du Palio) qu’à Venise (Capo San Polo)). La tradition venue d’Espagne d’affrontements avec le toro de cavaliers à la lance, a causé la mort de plusieurs jeunes Seigneurs italiens entraînant l’interdiction de cette pratique décrétée par une Bulle Papale (XVIIème siècle).
Depuis, cette race a périclité tant en usage d’animal de trait qu’alimentaire, avec des tentatives de croisement. Les animaux sont maintenus dans les territoires sauvages peu utilisés, sous la surveillance de vachers à cheval. J’ai choisi un autre cas particulier de combat : l’exemple de la race Hérens originaire des vallées Valaisannes des Alpes Suisse et de la Chartreuse en France (race laitière et viande). Elle est connue par la tradition du « Combat des Reines ». Deux femelles (4 à 5 ans) incluses dans un groupe de 12 à 20 bêtes, luttent frontal contre frontal, jusqu’à l’abandon, pour prendre la suprématie du troupeau dans un spectacle impressionnant. Ces combats par élimination se terminent par un affrontement entre les deux dernières qualifiées. Il existe plusieurs lieux de combat mais l’arène romaine de Martigny (IIème siècle) est le lieu prestigieux traditionnel pour la finale de ces compétitions où chaque année, la Reine des Hérens est proclamée gagnante du dernier combat des vaches sélectionnées dans les vallées.
L’évolution de ces deux races montre que la Maremmana évaluée à 200 000 têtes de bétail au début du XXème siècle est passée à 5000 de nos jours alors que la race Hérens, dans sa zone de tradition très vive, enregistre des résultats honorables tant physiquement par sa grosse musculature que par sa productivité. Cela vient de l’effort sélectif des éleveurs sur les critères traditionnels de lutte pour la suprématie qui détermine leur mental, leur puissance et leur masse musculaire sans oublier leurs autres critères alimentaires.
Ces deux dernières analyses montrent que les races contrôlées et surveillées par les éleveurs maintiennent ou améliorent leurs capacités, au contraire de celles qui survivent et risquent la quasi extinction. L’analyse des résultats dans le comportement et dans le physique des toros de lidia, tant des mâles durant le combat que les femelles lors des tientas, démontre que l’évolution de ce joyau qu’est le toro de lidia dépend de ses origines et des décisions des éleveurs. Ils connaissent les critères de leur élevage, tant physiques que mentaux, qui dépendent de leur agressivité naturelle orientée par la bravoure qui maîtrise à la fois son ressenti à la douleur et sa charge. Je ne suis pas le seul à penser que la surcharge pondérale doit être maîtrisée. La corrida n’a pas le même objectif que les comices agricoles (viande et production laitière). La décision la plus compliquée pour les ganaderos relève des choix sur les reproducteurs (mâles et femelles).
Comme m’a dit un grand ami éleveur «Voir la bravoure dans une tienta est facile (suivant l’encaste), le plus difficile c’est Mendel et sa génétique* qui exige de contrôler l’évolution sur plusieurs sementals dans plusieurs lignées ». L’éleveur doit avoir une parfaite connaissance de son troupeau pour améliorer et maintenir les valeurs exigées du toro de lidia. Il doit savoir les conserver et les améliorer sur de nouveaux critères. Le ganadero du toro de combat doit pouvoir améliorer ou récupérer ses fondamentaux pour conserver l’émotion de son combat avec les toreros qui doivent accepter les critères de base du toro de lidia : bravoure, agressivité et noblesse dans la charge et le combat qui se transmettent par les gènes.
Annexes :
* Novillada de Prueba : les ganaderos tientent toutes les vaches vers 2 ans. Les jeunes mâles provenant de jeunes sementals passent souvent en phase d’essai (pruebar) en novillada de 2 ou 3 ans avant de les approuver comme reproducteurs. Les élevages importants utilisent plus de 10 sementals dont les jeunes et ceux qui proviennent d’indultos. Ils seront testés après les tientas de jeunes vaches et les novilladas de jeunes mâles.
* Gregor Mendel : Moine austro-hongrois (1822-1894), il est considéré comme le père fondateur de la génétique découverte en 1900.
Le responsable de rédaction : Francis ANDREU