ÉDITORIAL AOÛT 2017

ET MAINTENANT QU’ALLONS-NOUS FAIRE ?
NOUS NE POUVONS PAS EN RIRE POUR NE PAS PLEURER !

Les exigences qui me bloquaient à l’hôpital ne me permirent pas d’assister et de participer à la Feria 2016. D’où mon intérêt supplémentaire pour 2017. Pendant l’intersaison, tant la presse locale que la Fédération des Clubs Taurins manifestaient publiquement la nécessité de rénover les cartels de la Feria de Béziers pour lui redonner intérêt, passion, émotion, en particulier au niveau des toros. L’annonce des cartels de 2017 a suscité un intérêt de la Commission Taurine et de l’aficion en général, tant au niveau du choix des élevages, notamment avec le retour des Victorino Martin, que celui des toreros aux cartels qui présentaient pour la plupart un intérêt évident, même si celui des Victorino ne me paraissait pas adapté à la ganaderia et à son encaste. Nous avons appris par le bouche à oreille que les commentaires de la Commission Taurine portaient sur les lots de Cuvillo et Garcia Jimenez qui étaient desiguales et sur celui de Miura qui était d’une présentation inférieure à celle des corridas lidiées par les ganaderos de Zahariche depuis 20 ans à Béziers. Le communiqué officiel de la Commission Taurine ne parut pas dans la presse ? L’absence imprévue de Manzanares blessé, enleva à la première corrida l’intérêt du mano a mano entre deux figuras des toros : Castella et Manzanares avec la présentation à Béziers de la jeune rejoneadora française prometteuse : Léa Vicens. Cette défaillance inattendue fut malheureusement les prémices de nombreux autres désenchantements. La présentation de 2 des Cuvillo, leur faiblesse et l’absence de caste de l’ensemble enleva tout intérêt (malgré les oreilles) à la corrida. Tout le public s’ennuyait. Il fallut que le comportement violent du 6ème donne l’émotion à l’après-midi grâce à Sébastien. Certes sa sortie en triomphe n’était pas autorisée par le nouveau règlement taurin biterrois qui exige que le torero coupe 2 oreilles au même toro pour sortir par la grande porte. Ce nouveau règlement me paraît déplacé pour notre plaza de toros. La nouvelle Commission Taurine qui l’a décidé en 2014 me paraissait déjà avoir d’autres problèmes et priorités pour l’avenir de nos arènes. Cela n’excuse pas le fait que certains aient initié et permis cette infraction dans le callejon à la fin de la corrida. C’est inacceptable car ils connaissent le règlement.

La corrida de Garcia Jimenez d’origine Jandilla confirma dans sa majorité les qualités de l’encaste Domecq : mobilité, charge, noblesse mais le trapio indécent des 2ème, 4ème et 5ème (malgré les poids annoncés), enleva de l’intérêt à la tarde. Il fallut un bon 6ème d’un trapio décent pour permettre au jeune Roca Rey de réveiller le public et de couper deux oreilles malgré une estocade caïda mais efficace. La vuelta al ruedo au toro me parut exagérée mais permit au public de terminer la corrida dans une alegria inespérée. Remarque : malgré un cartel de qualité, la fréquentation des arènes fut sensiblement inférieure à celle de la veille pourtant handicapée par l’absence de Manzanares (- 2000 ?).

Que dire des toros de Victorino dont nous attendions tant : les 3 premiers démontreront une faiblesse inattendue qui enleva tout intérêt à la première partie de la course. Le 4ème aurait pu être valable s’il avait eu plus de moteur. Escribano qui avait très bien banderillé le 1er, sut tirer quelques séries intéressantes mais ses échecs à l’épée terniront la fin de son actuation. Les 5ème et 6ème présentaient un intérêt. Le violent et temperamental 5ème aurait pu permettre une faena certes difficile, mais avec de l’émotion comme celle que j’ai décrite dans l’éditorial du mois de mai une bravoure d’un autre temps qui faisait référence à la lidia et au combat entre Antonio Ferrera et le 4me Victorino Martin à la Feria 2017 de Séville. Tout y est si vous voulez le relire. Mais il aurait fallu des qualités physiques et une capacité technique adaptées, comme celles de Ferrera, pour envisager de l’affronter réellement, ce qui ne fut le cas à aucun moment. David Mora n’avait confiance ni sur son physique, ni sur sa technique pour essayer. Quant au 6ème, il avait une qualité évidente sur le côté gauche pour transmettre la maîtrise et l’émotion mais Medhi Savalli toréait le 14 août sa première corrida de l’année !

Quant aux Miura, la présentation et le comportement dans les corrales faisaient craindre une corrida faible. Ce fut un ersatz de Miurada même si les sobreros (3) ont permis deux faenas (notamment le 6ème). Je regrette que durant toute l’après-midi, il y eut un malaise permanent entre Bautista (torero que j’aime bien) et le Président. Le comportement de Jean-Baptiste apparemment basé sur des malentendus, me choque. Il ne doit pas être accepté, tant pour le respect du public, de nos arènes, que de l’Autorité. Il en dépend de la défense de notre identité : Aqui es Béziers.

Ce résumé démontre que la situation de nos arènes est très préoccupante : présentation des toros d’élevages prestigieux nettement insuffisante pour ne pas dire plus. Certains me demandent parfois le prix d’un lot de toros de corrida. Je réponds que les lots de toros d’une ganaderia reconnue peuvent être comparés aux automobiles. Dans les gammes des marques, vous en avez à tous les prix, suivant la puissance du moteur, la carrosserie et les accessoires… C’est simpliste mais cela me paraît réaliste et facile à comprendre.

Pour conclure, il faut avoir le courage et la lucidité de dire et d’écrire que nos arènes ont touché le fond en 2017 et cela risque de s’aggraver car le public fidèle, sans être vraiment aficionado, s’interroge sur sa venue prochaine aux corridas dans nos arènes. Je l’ai entendu plusieurs fois sur les gradins et dans la rue pendant la Feria. Les Biterrois intéressés ou impliqués doivent démontrer leur volonté de changement : la situation s’aggrave progressivement depuis le début des années 2000. Cela va continuer si des mesures importantes ne sont pas prises car nous allons constater les conséquences inévitables sur la Feria : taurines et festives. Elles concernent les propriétaires actionnaires des arènes pour le maintient du prestige de leur monument (120 ans), la Municipalité et le Maire responsable règlementairement du déroulement des corridas dans sa ville et enfin les aficionados et les clubs taurins. J’ajouterai même le monde économique rattaché notamment au tourisme et au commerce en général qui doit se motiver pour la défense de l’image de la Feria qui va fêter son 50ème anniversaire en 2018.
L’organisation est bien entendu un élément majeur pour relever notre Feria. L’
Etablishment biterrois et le tissu socio-économique bien spécial de notre ville ne doivent pas ignorer ce recul. Cela prendra un certain temps pour recréer l’ambiance des années 80-90. Certes les corridas ne sont pas un problème majeur pour eux mais le symbole historique des Arènes et la Feria SI. Il y a des solutions mais elles demandent de la lucidité et des décisions courageuses. Béziers l’a déjà fait pour sortir de ses crises au niveau des arènes, d’autres l’ont fait, d’autres le font. Il ne faut pas écarter au préalable les solutions qui paraissent difficiles.

Prochain rendez-vous : Feria des Vendanges de Boujan sur Libron – Paseo à 18h
Samedi 2 septembre – Corrida Charra avec 4 toros des Frères Gallon pour Roman Perez et Michelito
Dimanche 3 septembre – Corrida concours de ganaderias pour Jérémy Banti et Cayetano Ortiz

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 52 – Août 2017

ÉDITO – JUILLET 2017

Et pendant ce temps-là, 
La Méditerranée 
Qui se trouve à deux pas 
Joue avec les galets. 

(« La corrida » de Gilbert Bécaud – 1956)

Louis Amade, écrivain et parolier* catalan natif d’Ille sur Têt, proposa ces paroles à Gilbert Bécaud pour sa chanson « La Corrida » qui s’ajouta au répertoire à succès de « Monsieur 100 000 volts », comme celles qu’il écrivit pour lui : Les croix, la ballade des baladins, l’important c’est la rose, les marchés de Provence, l’absent…

En ce mois de juillet je me réjouis des succès de la récente Feria de Céret organisée depuis 1988 par les Aficionados de l’ADAC, qui se réunirent pour le renouveau de leurs arènes. Les arènes de la capitale du Vallespir se sont remplies avec les toros des élevages historiques : Miura, Escolar et Saltillo qui correspondent aux critères des Cérétans. Le mano a mano face aux Escolar vit un bon Robleño malheureux à l’épée et le triomphe d’Alberto Aguilar. Ils maintiennent, avec la novillada concours de Millas, l’aficion dans cette partie française de la Catalogne alors que les élus catalans du Sud, pour montrer leur volonté séparatiste avec l’Espagne, n’ont pas trouvé mieux que d’interdire la corrida. A contrario, c’est avec une profonde tristesse et mélancolie que j’écoute cette chanson car Louis Amade l’écrivit en pensant au symbole des traditionnelles corridas de Collioure (Cotlliure). En effet, la municipalité a décidé « de suspendre temporairement » en 2012 les spectacles taurins. Les vraies raisons répondent à des motifs fonciers et urbanistiques… Les arènes métalliques inaugurées à l’état neuf en juillet 2001 par une corrida mixte organisée avec le cartel : Richard Millian, Sébastien Castella et le rejoneador Alvaro Montes, ont été démontées. Oui, j’ai organisé pendant 6 ans ces spectacles taurins et j’ai conservé un attachement viscéral à la tradition taurine de ce magnifique site de la Côte Vermeille, entre la chaîne des Albères et la Méditerranée. Elle a inspiré l’émotion du poète attaché à l’histoire et à l’origine catalane et latine de ce lieu unique. Quelle image inoubliable de cet ancien port de pêche et de sa magnifique baie abritée par l’église de Notre-Dame des Anges et son fameux clocher, le Château Royal modifié par Vauban et protégée par le château Saint-Elme du 16ème siècle. J’ai fait une première connaissance de Collioure, de ses fêtes et de sa tradition taurine, enfant, dans les années 50 grâce à mon grand-père Andreu qui aimait bien y revenir avec mon père, amoureux de son familial Roussillon catalan, qu’il quitta en 1932 pour venir travailler à Béziers. Quand vous écoutez Louis Amade, chanté par Gilbert Bécaud, vous vous rendez compte que cet homme avait tout compris au mystère de la Corrida, grâce à la tradition taurine de Collioure à laquelle il avait participé plusieurs fois comme on l’imagine devant la vérité et la sensibilité de son texte jointes à l’émotion qui le reliait à la Méditerranée.

C’est l’enchevêtrement de deux monstres qui bougent. 
La lutte a commencé, hissée par les bravos, 
Dans les valses de bonds, de bonds à cape rouge, 
Qui donc est le plus seul de l’Homme ou du Taureau ? 

Et pendant ce temps-là, 
La Méditerranée 
Qui se trouve à deux pas 
Joue avec les galets. 

Cette tradition taurine très ancienne, commença par les jeux taurins et les capeas qu’organisaient les garçons bouchers et la jeunesse colliourenque, avec les toros et les vaches sauvages de la race Negra (nègre en catalan) des Albères appelée race Massanenque qui vivaient sur les hauteurs des monts de la Massane qui surplombent Collioure et Port-Vendres. Il reste actuellement huit cents à mille animaux vivant en semi liberté dont certains s’efforcent de conserver leur race. Ces animaux sont à l’origine de cette tradition. L’histoire dit qu’ils étaient amenés en petits troupeaux par le Rec de Doui (torrent à sec, violent lors des orages) qui se jette dans le port au centre du village et au pied du Château Royal. Ils étaient alors toréés dans des arènes de charrettes et de bois qui s’appuyaient sur les remparts du château. Certains se retrouvaient ensuite aux abattoirs proches. Progressivement, avant 1900 ces arènes de bois, partiellement démontables, se sont inscrites dans la vie et la sociologie locale avec l’organisation de véritables novilladas ou corridas pour les Fêtes d’août (4500 personnes). Elles étaient fameuses pour le platane situé au milieu du ruedo. Brûlées par les Allemands en 1944 et reconstruites en 1946, le premier déplacement des arènes vers les terrains de la gare SNCF en 1960 se fit pour laisser le parking de la place de la mairie s’implanter officiellement.

Après cet échec de 2012, je préfère parler des solutions d’avenir. Il y a toujours de l’espoir si on le souhaite vraiment. Collioure est un lieu magnifique, avec des vues inégalables, qui a abrité des artistes illustres : des peintres historiques de réputation mondiale y ont vécu et travaillé. Matisse et Derain suivis par Braque, Duffy, Chagall et même Picasso ont fréquenté Collioure. Ce fut l’origine de l’aventure Fauve, comme l’aventure Cubiste trouve ses origines dans les terrasses cérétanes.

Tous ces grands artistes ont accepté de vivre dans la culture taurine de Collioure, sans montrer leur dédain ou leur rejet. Nous n’oublierons pas aussi que le grand sculpteur Maillol, natif de la Côte Vermeille (1861) où il résidait souvent entre ses voyages à Paris.

Je m’adresse aux actuels édiles et aficionados Colliourenqs et j’ose leur dire : Si votre port reste un lieu résidentiel magnifique, il ne peut se permettre de perdre ses origines – même les pêcheurs par force sont partis à Port-Vendres et la tradition des fameuses salaisons de Collioure (anchois) n’est plus maintenue que par la volonté de ceux qui s’accrochent à leur métier ancestral. Vous vous devez d’imaginer ou faciliter la création d’un lieu de spectacles multi usages adapté à la corrida et aux jeux taurins. La spéculation immobilière et le règne des parkings ne peuvent être une fin en soi. C’est un DEVOIR pour l’histoire de vos anciens qui a plus de valeur que les cris et les insultes de quelques antis qui, dans leur grande majorité, sont étrangers à votre vie et à votre histoire. Vous êtes restés officiellement VILLE DE TRADITION TAURINE. Confirmez-le par des décisions courageuses et innovantes. Vous ne pouvez rester insensibles à ces textes du poète catalan :

Demain quand sonnera à l’heure catalane, 
Le Midi au soleil éreinté de repos, 
Vous verrez, j’en suis sûr, à l’église romane 
Entrer le matador pour dire son credo, 

Et pendant ce temps-là 
La Méditerranée 
Qui se trouve à deux pas 
Joue avec les galets 

B
écaud changea plus tard le dernier vers de la chanson par « Joue à l’éternité ». Est-ce un présage ?

* Louis AMADE fut aussi haut fonctionnaire de la République et notamment préfet de Versailles.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 51 – juillet 2017

ÉDITORIAL – JUIN 2017

« LA CORRIDA DE TOROS N’EST PAS UN SPORT. C’EST UNE TRAGEDIE ET CELA SYMBOLISE LA LUTTE ENTRE L’HOMME ET LES BETES »

Cette phrase est extraite du papier adressé par le célèbre reporter écrivain Ernest Hemingway à la presse des States « TORONTO STAR WEEKLY » en 1923 pendant les corridas de Pamplona. Il faisait allusion, à la fois à la mort du Toro Bravo en public et au destin des toreros qui jouaient leur vie dans le ruedo. De nos jours, le public et même l’aficion oublient inconsciemment, que la corrida n’est pas un simple spectacle où l’on note les actions du torero : véroniques, naturelles, derechazos, estocades… et où l’on attribue des trophées comme dans certaines épreuves sportives. Certes, ce sont les faenas qui par leur plastique, leur esthétique et leur majesté sont la base des barèmes qualitatifs établis par les spécialistes qui déterminent, trop, la passion du public et les triomphes des toreros oubliant souvent la domination des passes et l’entrega des toreros face à tous les dangers. L’émotion du combat du toro, quand il est brave, et de l’homme, atteint des niveaux inégalés et inégalables mais nous oublions que, si la fin tragique du toro est programmée, les risques maximum pour les toreros existent et existeront toujours face aux cornes et à la puissance du Bravo.

Nous ne sommes pas prêts à admettre l’issue fatale. Après celle du romantique Mexicain EL Pana et du jeune Matador de Toros Victor Barrio en 2016, la mort par cornada du chevronné torero basque Ivan Fandiño à Aire sur Adour le 24 juin a causé une profonde émotion dans le monde taurin. Chers amis aficionados, tout peut arriver durant une corrida où la technique éprouvée du torero doit faire face à la bravoure et à la sauvagerie naturelle du toro qui peut le surprendre par une réaction inattendue comme à Aire. Nous oublions trop rapidement les cornadas gravissimes dont ont été victimes ces dernières années des toreros sauvés miraculeusement et grâce au professionnalisme des équipes médicales spécialisées. Les exemples ne manquent pas. Rappelez-vous en particulier :
Julio A
paricio – Las Ventas de Madrid – San Isidro en 2010
Jimenez
Fortes – Vitigudino (Salamanque) en 2015
Manuel Escribano – Alicante en 2016
Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive. Le danger est toujours présent, même quand on l’attend le moins.

Les premières images vidéo de la cornada fatale à Fandiño montrent au départ, plus une mauvaise appréciation de la vitesse de course du toro, qu’un comportement dangereux préalable. Les cornadas graves sont malheureusement inscrites dans l’essence même de ce combat entre l’Homme et le Toro.

Je me refuse de répondre directement aux commentaires exécrables, ignobles, inhumains de certains antis sur internet et de certains intellectuels modernes, après la mort d’Ivan. Ces gens méritent notre mépris. Je ne parlerai pas de haine car ce serait nous comparer à eux, à leur bassesse et à l’ignominie de leurs interventions. Je me limiterai à faire remarquer que les médias français, dans leur majorité, n’ont pas réagi à l’intervention abjecte le 23 juin sur France Inter (service public) d’un humoriste de bas étage sur la mort tragique de Fandiño. Je n’ai lu aucun commentaire spontané réprobateur, qualitatif et éthique, sur ce comportement accompagné de rires et d’applaudissements des autres participants à l’émission.
Dans quel monde sommes-nous ?
Malgré la plainte de l’UVTF et de l’Observatoire National des Cultures Taurines, France Inter (Service Public), paraît s’accommoder de cette liberté d’expression. Qu’en dira le CSA ? Pourtant, nous connaissons la spontanéité avec laquelle les médias bien pensants interviennent pour juger des évènements ou des déclarations moins équivoques, suivant leur provenance et les sensibilités du
pouvoir. Aux dernières nouvelles, le médiatique Ministre de l’Environnement aurait réagi en s’accommodant de ce comportement scandaleux alors que ce n’est même pas son domaine de responsabilité…

« A la cinco de la tarde ! Ay que terribles cinco de la tarde ! Eran las cinco en todas los relojes ! Eran las cinco en sombra de la tarde ! »
Ce sont les derniers vers du poème de Federico Garcia
Lorca à la mort d’Ignacio Sanchez Mejias en 1934 suite à une gravissime cornada dans les arènes de Manzanarès.

CHERS AFICIONADOS, N’OUBLIEZ PAS…

Cet édito a été écrit avant la terrible blessure de notre ami le Matador Tomas Cerqueira…

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 50 – 30 Juin 2017

ÉDITORIAL – MAI 2017

LA BRAVOURE D’UN AUTRE TEMPS…

Ceux qui ont suivi depuis les tendidos de la Real Maestranza ou à la télévision pendant la Feria d’avril le comportement dans le ruedo du quatrième toro de Victorino Martin, Platino, combattu par Antonio Ferrera, ont vécu une lidia intense. Il fut brave, très brave, peut-être trop brave avec une attitude dans le ruedo de sauvagerie féline qui paraissait hors de notre époque. En fait, il paraissait plus à un toro bronco du passé quand les ganaderos n’avaient pas encore réussi à raffiner la caste brave. Comme Victor Mendes disait récemment : de mon temps la corrida était plus sauvage. Victorino Martin Garcia (Fils) qui déclarait lui-même il y a quelques mois : la bravura sin nobleza es solo fiereza (violence et férocité) reconnaissait le mérite des toreros devant la corrida de Séville qui avait été exigeante, notamment Platino. Ces deux conceptions de la bravoure paraissent se contredire. En fait elles sont complémentaires.

Il est certain que la tauromachie actuelle qui s’appuie sur une recherche de verticalité, de stoïcisme, qui consiste en fait à conduire la charge du toro, de la templer afin de pouvoir lier les passes en cédant le minimum de terrain, s’accorde peu avec le comportement de Platino. Certes, après une première pique où il accourut tête basse pour renverser la cavalerie, facilement, simplement avec les reins, il prit une seconde pique règlementaire qui aurait du être suivie d’une troisième rencontre qui s’imposait et aurait peut-être permis au torero qui devait poursuivre le combat avec la muleta et l’épée, de l’effectuer dans des conditions plus réalistes. Déjà avec les palos, Antonio Ferrera dut utiliser tout son métier pour échapper à la charge du Victorino alors que Jose Manuel Montoliu, invité par son maestro pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire de la mort de son père sur ce même sable albero face à un toro d’Atanasio Fernandez, voulut exécuter la suerte avec sincérité pour faire honneur à son sang. Il fut surpris par le démarrage du toro et se fit prendre sans conséquence par un coup de corne dans la cuisse. J’étais présent dans les tendidos il y à 25 ans, sous la banda de musica de la Maestranza quand le regretté et exceptionnel Manolo reçu une cornada précise et brutale qui tua instantanément le brillant et admirable banderillero Valencian. Je garde un souvenir amer et émouvant de cette tarde tragique. Il était impossible pour Antonio de toréer le Victorino par le haut. Insoumis, le toro se retournait comme un ouragan accentué par l’effet du vent qui gênait naturellement la tauromachie dans le ruedo de la Maestranza. Patiemment, sans quitter le regard du brave et déterminé, Ferrera trouva la solution en réussissant avec la muleta légèrement en arrière, à recevoir et adoucir la charge et à la conclure à mi-hauteur en déplaçant la vague de la charge et en évitant la répétition sur une courte distance.

Ferrera, sans lier les passes (impossible), arriva à conduire cette répétée et infatigable force de la nature, sans perdre l’initiative devant les exigeantes charges qui ne permettaient pas le moindre doute, non pas à cause des mauvaises intentions mais à cause du péril que pouvait causer une attaque directe et débordante. Le combat ne se termina que lorsque le torero extremeño put conclure par une estocade profonde, suivie d’une lente agonie de l’infatigable bravoure de Platino. Nous n’avons plus l’habitude de ces combats mais le public de Séville, ému par un tel engagement, ne se trompa pas, exigeant les trophées pour le torero (1 oreille) et ovationnant l’arrastre du Victorino. Séville sut nous montrer, dans la médiocrité ambiante, une dizaine de grands toros modernes que la plupart des toreros ne surent exploiter à leur maximum, par inconstance et formalisme. Seuls Roca Rey, Castella, Garrido, Pepe Moral face à deux miura, le jeune Javier Jimenez et Talavante par moment, ont su démontrer le potentiel réel de leurs adversaires alors que Manuel Escribano, avec plus de décision à l’estocade, aurait pu lui aussi nous confirmer qu’il revenait à son niveau face à un bon Victorino Martin.

Un excellent Torrestrella, 2 Juan Pedro Domecq, 2 Victoriano del Rio et surtout le remarquable 5ème Jandilla d’El Fandi dans un type tout à fait différent de notre Victorino initial, nous ont montré que le nouveau toro brave existe comme 4 des Alcurrucen de San Isidro le 25 mai, malgré quelques signes de mansedubre pour deux d’entr’eux ou les Jandilla du 26 mai. Peu de toreros en activité auraient tiré une faena aussi complète devant le très exigeant Leon, sobrero de Salvador Domecq de cette corrida. Figuras comprises, ils auraient certainement abrégé devant les nombreux avertissements de ce Leon alors que Sébastien Castella a continué jusqu’au bout, sans sortir de sa faena sérieuse et exigeante. Si son estocade avait eu un effet contundente et malgré les difficultés de son adversaire qu’il avait surmontées, son triomphe aurait été maximal et les titres de médias spécialisés auraient été différents après l’oreille qu’il a coupée à son Jandilla. Après la décision du Président d’octroyer la vuelta al ruedo à Hebrea, j’estime que cet excellent toro permit une faena importante, mais qui n’avait cependant reçu que deux simulacres de pique à la demande de Sébastien pour le préserver, ne la méritait pas. Il prit une 2ème pique symbolique en venant de loin avec alegria certes, mais sans avoir reçu un véritable châtiment à la première. Dans ces conditions, le mouchoir orange du Président dans les arènes de Madrid pour cet honneur suprême, me paraît excessif car le combat d’Hebrea, excellent à la muleta, fut incomplet. Quand on veut présider avec exigence, il faut maintenir les critères durant toute la tarde.

Je crois que si l’estocade d’Antonio Ferrera n’avait pas été réussie à Séville face au Victorino, nous n’aurions pas lu les commentaires élogieux, même s’ils étaient mérités pour l’ensemble de sa Feria. Je n’enlève pas à l’exécution et à l’efficacité de l’estocade son importance surtout si elle est sincère, mais j’estime que la faena doit aussi être évaluée dans son intégralité, sans ostracisme publicitaire, comme nous le voyons trop. Il reste à Castella, à Escribano… de résoudre ce moment crucial de leurs faenas. Eux seuls ont la clé de leurs futurs triomphes. La technique actuelle de la majorité des toreros face au toro bravo moderne, noble, préparé dans les torodromes, est excellente et même impressionnante. Mais que feraient-ils devant Platino, l’adversaire de Ferrera ou devant Leon, celui de Castella ? Ils peuvent les affronter avec maîtrise et sincérité mais le feraient-ils ? De son côté, Ferrera prouve à la San Isidro que sa brillante Feria de Séville n’est ni un accident, ni l’effet du hasard, mais le résultat de l’évolution mentale d’un torero chevronné et armé pour ses combats et qui a mûri pendant près de 2 ans d’arrêt (juin 2015) pour la fracture de son bras droit alors qu’il venait de recevoir le prix de la meilleure faena de la Feria de Séville 2015 devant un toro de Victorino. Quand on lit certains titres ou commentaires de 2015 (il y a eu un avant et il y aura un après) de certains médias spécialisés sur les actuations surfaites de jeunes toreros à la mode, ne font que confirmer mes analyses et les éditos que j’ai écris à ce moment-là. Je respecte les toreros mais pas l’utilisation abusive et mensongère d’une certaine presse dans des intérêts inavouables.

BONNE FERIA DE PENTECÔTE A VIC ET A NÎMES SUIVANT AFFINITÉS.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 49 – Mai 2017

 

 

ÉDITORIAL – AVRIL 2017

OUI, ILS LE MERITAIENT BIEN…

Les générations de Biterrois qui nous ont précédés depuis la fin du XIXème siècle, ont connu des événements tragiques et douloureux avec trois guerres européennes sur notre sol, une occupation d’envahisseurs, la collaboration néfaste d’une partie de leurs compatriotes sans oublier les crises viticoles ruineuses et même tragiques parfois. Malgré ce, grâce au développement économique de notre âge d’or, aux ressources de la vigne, à leur courage et à leur détermination, ils ont su passer au travers de ces malheurs en sachant se sublimer, pour certains avec des objectifs et des réalisations de valeur. Avec des hauts et des bas, les aficionados dans leur majorité n’ont pas perdu leur passion. Bien au contraire.

L’objectif de mettre à l’honneur le souvenir de nos prédécesseurs a été atteint les 24 et 25 mars. Ils ont su créer les fondamentaux de l’implantation de la tradition taurine à Béziers, concrétisés par 120 ans d’actions de la première association d’aficionados biterrois qui, par la suite, ont su s’unir dans les moments difficiles pour appuyer la Feria.

Ces journées furent une réussite grâce à la participation de nos illustres invités venus d’Espagne, du Portugal et du Grand Sud, qui nous ont honorés de leur présence. Nous avons bien sûr regretté l’empêchement au dernier moment de notre Sébastien Castella qui viendra spécialement recevoir le grand prix « Société Tauromachique Castelbon de Beauxhostes ». Ce fut une réussite, aussi bien par la qualité du lieu choisi pour célébrer l’événement dans l’historique Théâtre Municipal (1844), que par la participation étonnante de la Lyre Biterroise. La Société Musicale doyenne fait partie de notre patrimoine culturel depuis 150 ans que nous avons fêté avec elle cette année. La nouvelle dynamique qui l’anime démontre qu’après des années difficiles, la passion, le dévouement, le talent ont pu dégager une qualité digne d’être mise en avant dans nos arènes dont elle est écartée depuis de trop nombreuses années. La Lyre Biterroise a donné à la soirée de gala des 120 ans un relief et une émotion qui étonnèrent l’assistance.

Les absents ont eu tort mais je ne leur en veux pas. Ils n’ont même pas gâché mon plaisir, celui de mes amis et des personnalités présentes, tant durant le débat qui donna la parole aux professionnels et aux aficionados, que durant l’évocation de l’Histoire de notre ville et des 120 ans animée par la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers et l’association Réussir à Béziers qui méritent nos remerciements et nos félicitations, sans oublier l’étonnante prestation du noteur-organiste Pierre Charial. Ce sont tous de vrais amoureux de notre ville qui sont heureux de pouvoir la mettre en avant toute l’année lors de manifestations culturelles. J’ai entendu pendant la manifestation de nos 120 ans plusieurs déclarations de personnalités locales qui appelaient les aficionados biterrois à laisser de côté les chamailleries, les jalousies, les rancœurs, le clientélisme : il fallait diviser pour mieux régner. Il faudrait constituer une AFICION forte, dynamique, spécifique de notre ville. Je me réjouis de ces discours car je le demande depuis longtemps. Il n’est jamais trop tard. Chacun doit conserver son identité, ses critères mais nous devons démontrer à la population biterroise, face aux aficionados régionaux, face aux visiteurs venus de l’extérieur pendant la Feria, que notre cité à une AFICION forte, active, participative, fidèle à son passé, qui sait se réunir pour de grandes causes. Il n’en manque pas face aux attaques les plus viles, dangereuses car virulentes, organisées et appuyées tant politiquement que médiatiquement pour des objectifs encore moins avouables. J’ai souvent appelé dans mes éditos à la vigilance et même à l’intransigeance si nécessaire, face aux comportements inacceptables et affligeants de nos adversaires, tant au niveau philosophique que de l’éthique.

Je vous ai déjà parlé des actions mises en place par les villes taurines françaises et l’Observatoire National des Cultures Taurines. Elles ont été efficaces mais les adversaires fourbissent toujours de nouvelles armes. L’initiative Esprit du Sud doit être encouragée car ces gens-là veulent faire disparaître toute notre identité, nos spécificités et nos traditions. Appuyons-la comme l’ont déjà fait les sympathisants des autres régions. Ne craignons pas d’afficher l’amour de notre mode de vie et celui de nos ancêtres pour protéger nos jeunes du standard que ce monde recherche pour leur avenir. Évoluons certes, mais respectez-nous. Il faut leur montrer que nous réagirons face à leurs manœuvres.

L’actualité taurine pascale nous a montré une bonne feria arlésienne avec les succès de Bautista, Tomas Joubert (Tomasito) et les bons moments de Talavante. Je tiens à faire remarquer que la corrida du lundi fait taire les détracteurs des toros de Pedraza de Yeltes qui avaient étonné en 2014 et 2015 dans plusieurs plazas mais qu’ils voulaient déjà enterrer pour des sorties moins brillantes en 2016. Les toros ne sont pas des machines. Leur comportement peut être influencé par des circonstances parfois incompréhensibles, tant au campo que dans les corrales. Je tiens à mettre en valeur aussi le résultat des arènes d’Aignan (32). Amis aficionados prenez exemple sur nos amis gersois d’une commune de moins de 900 habitants dans une zone rurale, qui arrivent à organiser grâce au dévouement de près de 100 bénévoles la journée du Dimanche de Pâques : une novillada avec 4 novillos sérieux et la corrida de toros de l’après-midi avec des cartels intéressants. Ils sont arrivés à fidéliser les aficionados du sud-ouest et parfois même de chez nous. Ils organisent près de 800 repas dans une ambiance gasconne agréable quand la météo le permet. C’était le cas cette année. Malgré les intempéries qui par le passé ont pu toucher à l’affluence du public, ils ont conservé leur crédibilité et leur passion pendant 25 ans. Ils méritent notre respect et nous responsabilisent encore plus. Il ne s’agit pas de copier mais de prendre des initiatives sérieuses, sans s’éparpiller, pour faire vivre notre aficion, la défendre et inciter chez nous l’organisateur et la ville à reconstruire une Feria qui corresponde aux critères de qualité et de sérieux pour la maintenir au niveau nécessaire à son succès, tant pour les aficionados que pour le grand public et notre cité.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 48 – Avril 2017

Éditorial – mars 2017

cliquez sur l’annonce…

ET POURTANT…

Lorsque les Biterrois se rendirent le 1er juin 1859 dans le cirque énorme du Champ de Mars bâti pour célébrer une corrida de toros, ils ignoraient, hors quelques initiés, le véritable spectacle auquel ils allaient assister. Apparemment, ils furent impressionnés par la personnalité, l’allure, le courage des toreros espagnols. Par contre, ils attendaient mieux des toros qu’ils jugèrent fades et peu sauvages. Les Fêtes de Caritats, support de cette journée, avaient attiré un nombreux public dans un esprit festif qui permit de remplir le cirque de 10 000 places dans lequel la Corrida se célébra. En fait, on ne sait pas grand-chose sur son déroulement. L’évènement marqua cependant les mémoires et permit de créer une nouvelle manifestation ludique malgré les graves crises qui traversèrent la Nation (guerre vaincue en 1870, graves incidents et luttes fratricides dans la Commune de Paris) et le Midi qui s’éveillait à la culture de masse de la vigne (oïdium et phylloxéra) et à la mévente catastrophique du vin (1902-1908), base de l’économie locale. Le spectacle qui n’avait pas de racines locales et appelé de façon hispanique CORRIDA DE TOROS, aurait pu s’éteindre comme une faible braise. Les gens du Midi, habitués à une agriculture manuelle, exigeante mais enrichissante, vont progressivement s’enthousiasmer pour ce combat apparemment inégal entre les hommes et les toros. L’ancrage de cette pratique qui deviendra une tradition, fut d’autant plus fort que le pouvoir parisien voulut les empêcher de vivre leur passion qui consciemment ou non les rattachait à l’histoire et même à la préhistoire de leur territoire méditerranéen et aquitain. Cette évolution se retrouve en effet dans d’autres régions méridionales qui connaissaient mieux que les populations du midi biterrois, les jeux du toro : la Camargue provençale et la Gascogne gersoise et landaise. Sans étude scientifique de la sociologie des peuples, je pense qu’au départ, c’est le courage et la maîtrise des toreros qui vont impacter sur le public au point de transformer leurs interrogations en passion.
Deux toreros vont marquer à Béziers la véritable naissance de la corrida et la mémoire d’un public prêt à s’enthousiasmer devant leurs exploits : Luis Mazzantini et Francisco Sanchez Frascuelo.
Le jeune Luis d’origine basco-italienne a démontré dans sa vie un caractère aventurier que son instruction classique ne freinera pas dans son envie de devenir un personnage important, hors du commun. C’est comme cela qu’après ses échecs dans le chant, désireux de devenir riche et fameux, il décida de devenir torero. Alors que la tradition était de passer par le stade des cuadrillas, il commença directement comme novillero. Les autres toreros le baptisèrent le
señorito loco.

Luis Mazzantini vint à Béziers en 1882 (26 ans) encore novillero et marqua le public de sa personnalité au point de revenir plusieurs fois, après son Alternative des mains de Lagartijo. En 1898 et 1899, dans les arènes du Plateau de Valras notamment, devant les Miura, sa technique et sa certitude au moment de l’estocade devinrent fameuses et l’imposèrent dans le monde taurin. Devenu Don Luis, il saura s’adapter à la vie publique au contact de la haute société, des artistes, fréquentant les opéras et les tertulias littéraires. Après s‘être retiré du toreo en 1905, il se dédia à une brillante carrière politique dans le camp des monarchistes : conseiller municipal, adjoint au maire de Madrid, il devint gobernador civil (préfet) de Guadalajara et d’Avila.
Francisco Sanchez Frascuelo vint à Béziers en 1884. Moins fameux que son frère Salvador plus connu comme torero important et qui avait pris dès sa jeunesse une personnalité extraordinaire, tant dans son comportement
en la calle que dans le ruedo où il retrouvait les Guerrita, Cara Ancha, Lagartijo et Mazzantini… Contrairement à ce dernier qui estimait qu’en dehors de la plaza les toreros devaient être des citoyens normaux (Luis s’habillait comme un bourgeois avec jaquette et chapeau haut de forme), les frères Frascuelo, comme d’autres figuras du moment, s’exhibaient en traje corto dans la rue et dans les lieux publics (comme ils le firent à Paris en 1889 pour l’expo universelle) ornés de ceintures et bottes voyantes. Les plus fameux et riches ajoutaient des bijoux et les boutons de leurs chemises étaient parfois des diamants taillés. Francisco Frascuelo, moins doué que son frère avec la muleta, se caractérisait par son toreo varié à la cape, notamment le Galleo qu’il exécutait parfaitement.

Et pourtant Francisco Sanchez Frascuelo inaugura la plaza de la rue Pergolèse à Paris en 1889 (22 000 places) pour l’exposition universelle, face à des toros de Veragua. Torero bohême, tant dans la vie madrilène que dans ses nombreux voyages, il se retrouva donc à Béziers le 9 juillet 1883 en remplacement du fameux Salvador, avec sa cuadrilla qui eut déjà un gros impact sur le public. La presse locale nous dit que Francisco Frascuelo est maître dans l’art tauromachique qu’il applique d’une façon raisonnée, calme, véritablement admirable. C’est un toreador véritablement beau. Au moment de la mort, Francisco Frascuelo qui avait enthousiasmé au plus haut le public avec ses passes de cape, a exécuté avec une sûreté incroyable la suerte de matar ! L’émotion était à son comble quand il tua d’un seul coup d’épée le toro. Sans que le public s’en rende compte, l’animal chancelait et s’abattait après 2 ou 3 pas accompagnés d’applaudissements exacerbés. Le Maire enthousiaste, organisa pour satisfaire le public, une corrida de bienfaisance le 15 juillet avec Frascuelo et sa cuadrilla qui torea gratuitement au profit des œuvres de la ville. Ces personnages, hors du commun dans le ruedo et dans la rue, ont ébloui le public qui, petit à petit, malgré l’interdiction de la mise à mort, les difficultés économiques et les guerres, va adopter totalement la corrida à partir de 1890. Ils deviennent de véritables aficionados qui imposèrent aux pouvoirs publics et au Maire Alphonse Mas la construction des arènes du Plateau de Valras en 1897. Ce n’est qu’à partir de cette date que les grands élevages espagnols vont être combattus à Béziers dans les corridas de muerte : Veragua, Conradi, Saltillo, Miura, Bañuelos, Perez de la Concha… Le public va pouvoir apprécier le comportement, la stature du vrai toro de combat, bête agressive et fière que l’homme affronte en démontrant sa grandeur, son allure, son expression artistique et sa sûreté pour le tuer.

Et pourtant en 1859 ils n’avaient aucune référence, aucune connaissance mais, 30 ans plus tard, ils étaient devenus de vrais aficionados. Soyons dignes de ces anciens, néophytes au début, mais qui ont été éblouis par ce combat entre le courage, la technique, la prestance de ces hommes qui osaient affronter l’agressivité, la sauvagerie de cet animal unique : le toro brave. Les plus aisés parmi eux surent même prendre des risques économiques pour sauver leurs arènes qui sont devenues l’emblème de notre Feria.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 47 – Mars 2017