ÉDITORIAL

« IL ÉTAIT UNE FOIS…« 

Cet intitulé fut longtemps utilisé pour présenter les histoires et les contes merveilleux pour les enfants. Traduit en anglais Once Upon a Time, il a maintenu cet usage. Il eut plus récemment, en 1968, une utilisation commerciale pour présenter le film de Sergio Leone aux États-Unis Once Upon a Time in the West alors que son metteur en scène aurait préféré la version italienne C’era una volta… il west. La musique originale du film d’Ennio Morricone est un grand classique resté dans notre mémoire. Chaque fois qu’elle sonne à mes oreilles je l’écoute avec nostalgie, avec les images de cette histoire, référence des évènements mystiques et symboliques de l’histoire de l’Ouest américain au XIXème siècle. Le film de Sergio Leone est basé sur l’arrivée du chemin de fer dans les territoires nouvellement conquis de l’ouest des states américains, avec des personnages typiques de l’arrivée de ce modernisme et de la création de richesses dans ces lieux désertiques : les travailleurs, le truand et ses complices, la belle et le héros vengeur et redresseur de torts accompagné de l’inoubliable musique de son harmonica. Ce titre évoque une époque symbolique d’un changement du monde. Cette musique et ces images m’ont inspiré pour ouvrir l’évocation (il était une fois) du monde de l’auroch vers le toro de combat jusque dans les régions du Sud en commençant dans les territoires orientaux pour évoluer vers l’ouest méditerranéen.

IL ÉTAIT UNE FOIS LE BOS TAURUS 

C’est l’histoire de l’évolution des contacts entre l’Urus, ancêtre de l’auroch (Bos Primogenus) et l’homme de Cro-Magnon (Homo Sapiens) dont le but était de tuer cet animal puissant et dangereux pour vivre grâce à la ruse et à la force du groupe tribal. Pendant l’Antiquité, les peuples qui vivaient en Perse, en Mésopotamie, ont laissé des traces de ces rapports et des sacrifices de l’animal-Dieu. Le dernier livre d’André Viard « La Chair et le Sens, une religion du taureau » présenté à l’UTB le 16 juillet 2021, décrit avec précision cette époque. Plus tard, l’homme-chasseur va attaquer l’auroch pour le tuer en utilisant son intelligence basée sur son courage.

L’un d’entr’eux va même montrer sur les murs des grottes, cette lutte basée sur l’esquive il y a près de 25 000 ans (Villars – Dordogne) Roc de Sers (20 000 ans) ou périr comme à Lascaux 17 000 ans. Plus tard, le chasseur-cueillir, l’homme, tout en se dirigeant vers l’ouest, devient agriculteur-éleveur en commençant à domestiquer l’auroch et ses troupeaux pour se déplacer. L’auroch retrouvé souvent sur les murs des grottes et le bison d’Europe (Bos Benassus Linaeros) veut se cantonner dans le nord/nord-ouest de l’Europe. Si le dernier auroch sauvage a été officiellement tué en 1620 par l’homme qui le chassait à cheval, les populations des zones polonaises ont pu sauver ce bison qui existe de nos jours à l’état semi sauvage. On peut les évaluer à quelques milliers répartis dans les pays de l’est. Au sud de nos territoires, le Biù de Camargue, le Betizu basque, la Massanaise des Pyrénées-Orientales et les toros ensillados (ensellés) de Navarre : Carriquiris que Goya a dessiné au XIXème siècle, sont des races qui ont peu évolué depuis des milliers d’années. Les races espagnoles semi sauvages de la Morucha de Salamanque et la Retinta d’Andalousie seraient plutôt le résultat de la domestication de l’auroch.
Les chercheurs considèrent que le Bos Primogenius a évolué aussi dans l’implantation de ces peuples vers l’Afrique du Nord (Bos Primogenus africains et le mauritanien). Les spécialistes espagnols pensent que cette branche de Bos africanas aurait fait un apport non négligeable en Espagne par le Détroit de Gibraltar au cours de la Préhistoire.

Le toro de combat ou toro de lidia est le résultat des échanges entre toutes ces races migratoires et la race spécifique ibérique qui s’installe surtout dans le Sud (Andalousie, Extremadura jusqu’aux limites des territoires de la Mancha). Dans la Tauromaquia, Goya montre le rôle majeur qu’ont joué les envahisseurs arabes pendant 5 siècles en utilisant ces Bos pour des jeux et combats sanglants. Après la Reconquista, les combats sont réservés aux seigneurs à cheval avec la lance comme ont pu le faire les seigneurs francs et wisigoths dans les forêts du nord et de l’est de l’Europe avec les aurochs. La décision du Roi d’Espagne Felipe V de nier ce droit à la jeunesse des nobles ibériques va être l’évènement majeur de la culture tauromachique en Espagne pour la faire évoluer vers la corrida. Il faut évoquer le rôle d’Hernan Cortes dans le rôle que va jouer la corrida dans l’implantation de nouvelles normes spirituelles dans les Amériques du Sud. En 1520, Hernan Cortes et ses compagnons espagnols s’emparent du Mexique pour le compte du Roi d’Espagne. Quelques années plus tard, il amène des toros pour le combat. En implantant la corrida de toros présentée aux populations indigènes comme un nouveau sacrifice opposé aux sacrifices humains pratiqués dans ces terres : il devint le Toro de Lidia.

Progressivement, les jeux pratiqués avec les toros de races hispaniques : Navarrais, Castilla, Salamanca et Andalous vont démontrer une agressivité au combat que la noblesse va affronter dans les Plazas Mayors ou les Plazas de Toros conçues à cet effet dans les pueblos. Les exemples les plus fameux de ces combats sont : Le Cid (Rodrigo Diaz de Vivar en 1090 ( ?) et l’Empereur Charles Quint dans la Plaza Mayor deValladolid en 1095. La disparition du combat à mort avec le toro sauvage et bravo dans les arènes pour les seigneurs espagnols va accentuer la volonté du combat à pied avec le picador, ancêtre de la corrida moderne. Le personnage le plus connu de cette période est Pedro Romero qui commença comme seconde épée dans la cuadrilla de son père Francisco Romero connu pour être l’inventeur de la mise à mort à l’épée avec l’aide de la muleta. Pedro Romero terminera comme Directeur de l’Ecole Taurine de Séville créée en 1830 par le Roi Ferdinand VI.

Ses meilleurs élèves, Pepe Hillo et Cuchares, vont inventer l’estocade al volapie alors que les Rondeños tuaient al recibir. La corrida va s’institutionnaliser avec les écrits des maestros de l’époque, Pepe Hillo et surtout Francisco Montes Paquiro qui écrivit en 1836 La Corrida completa o el Arte de Torear en Plaza. J’ai retrouvé une parution d’Alexis de Valon de 1846 dans la Revue des deux mondes qui continue de nos jours à paraître par des articles de qualité commentant les actualités. M. de Valon intéressé par les écrits de ses fameux prédécesseurs, Prosper Mérimée et Théophile Gautier, décide d’aller voir cette corrida à Madrid qu’il décrira dans La 10ème corrida de la temporada. Cet intellectuel voyageur français estime que l’ancienne tradition de combattre le taureau à la lance, interdite par Felipe V, est beaucoup moins dangereuse en comparaison avec l’actuelle intervention du lidiador qui pour tuer doit attaquer le toro de front, frapper en face, à une place donnée, en passant le bras entre les deux cornes. Valon nous décrit la course qui selon lui fut la plus belle de l’année : C’était un animal énorme, presque noir, dont chaque mouvement trahissait à la fois la force prodigieuse et la légèreté surprenante. Il nous décrit deux hommes exceptionnels à ses yeux : le picador Gallardo et le matador Chiclanero, neveu du grand Montes qui sauva la vie du varilarguero dans les affrontements terribles avec la cavalerie, le même toro tuant 3 chevaux. Pour lui, la scène de la mise à mort : C’est le moment de l’une des émotions les plus violentes qu’il soit possible de supporter. Le récit d’Alexis de Valon est passionnant. Cet homme, en plus des références visuelles de la corrida, s’est très bien informé sur les détails auprès des acteurs directs du spectacle et décrit et explique parfaitement la sauvagerie, l’agressivité et la puissance de ce toro bravo du XIXème siècle ainsi que le courage exceptionnel du picador Gallardo et l’habileté, la prestance, l’ardeur et l’héroïsme du torero El Chiclanero, notamment au moment de l’estocade. L’homme et la bête se mesurent avec une rage muette. En ce moment, votre cœur roule dans votre poitrine et votre respiration s’arrête.
C’est la corrida du toro bravo et de ses personnages principaux. Sans ces fondements, la corrida n’aurait pas existé et ne se serait pas maintenue. Sans cet animal exceptionnel et sans ces héros, nous n’aurions pas assisté de nos jours à la corrida : ce combat entre l’homme et le taureau sauvage. La corrida de toros continua selon les mêmes principes, basée sur la volonté d’affrontement pour le toro, la témérité et l’intelligence pour le torero.
Les seules évolutions sur les principes de la corrida jusqu’à nos jours ont été :
– l’apparition en 1920 du peto protecteur pour le cheval du picador alors que la corrida pouvait se terminer par une hécatombe de chevaux de pique ;
– plus tard dans les années 60, le marquage au fer des toros du dernier chiffre de l’année de naissance qui doit avoir 4 ans pour être considéré comme animal adulte et 6 ans maximum.
De 1850 à 1900, la corrida a suivi une lente évolution par l’éclosion de toreros majeurs qui ont marqué leur temps par leur technicité et leur personnalité face au toro. Je choisirai Bombita, Cuchares, El Espartero, Frascuelo, Guerrita, Lagartijo, Mazzantini… Le toro a évolué lentement dans sa bravoure par la volonté des ganaderos. Pour autant, il est toujours difficile à fixer pour des faenas maîtrisées pleinement par le torero.
Nous arrivons début du XXème siècle lorsqu’en 1908 un jeune sévillan connu du nom de Gallito se fait connaître à 13 ans dans les tientas en Andalousie. Il est le frère du matador Rafael El Gallo torero connu pour sa tauromachie inventive mais fantasque. Très précoce à 15 ans, Joselito El Gallo va occuper la première position dans le toreo de l’époque par sa facilité, sa connaissance et ses qualités physiques. On dit que les fameux Machaquito et Bombita se retirèrent du toreo face à cet adversaire exceptionnel.
En 1910, un jeune du barrio de Triana, Juan Belmonte, torée son premier becerro. Dès le début, il étonne tout le monde taurin par sa conception statique de positionner son corps face à l’animal, avec des gestes étonnants et impressionnants. A ses débuts, personne ne croit qu’il puisse maintenir cette tauromachie novatrice. En fait, la rivalité entre Jose Gomez Joselito et Juan Belmonte, dans leur tauromachie si différente, va bouleverser le public entre 1914 et 1920.

IL ÉTAIT UNE FOIS L’ÂGE D’OR DU TOREO

Les aficionados admiratifs de ces deux phénomènes vont assister à un changement total apporté par Juan Belmonte au toreo et au toro. Toujours impassible, il aurait déclaré que la bravoure du toro devait évoluer vers la noblesse. Dans les années 20, plusieurs toreros vont mourir des suites de leurs blessures en voulant suivre la tauromachie du Pasmo de Triana, Domingo Dominguin, le père de Luis Miguel et de la fameuse fratrie, abandonna les ruedos en 1922 et prend en main le jeune Domingo Ortega déclarant que la tauromachie de l’immobilisme de Juan Belmonte est insoutenable devant les toros de cette époque. Il formera la technique très personnelle du Maestro de Borox qui toréait en marchant avec une maitrise et une classe étonnantes.

C’EST LE TEMPS DE LA BRAVOURE ET DE LA NOBLESSE DU TORO

A partir de Manolete, la tauromachie va exploiter cette évolution du toro marquée par le stoïcisme et le toreo sacrificiel grâce au temple exceptionnel du Maestro de Cordoba. L’évolution de la bravoure vers la noblesse ne consiste pas à supprimer l’agressivité indispensable à la charge du toro, son galop, sa bravoure face au cheval. Il ne faut surtout pas en faire un adversaire tontito, mollasson et simplement obéissant. J’ai pu constater dans mon parcours d’aficionado, l’apparition des maestros qui ont fait faire une transformation étonnante à l’expression tauromachique exigeant des autres un effort pour les suivre.

J’ai personnellement admiré le toreo complet, tant à la cape qu’à la muleta, de Paco Camino avec un temple naturel moins compassé que celui du Faraon de Camas Curro Romero dont je reconnais la majesté que l’on ne retrouve pas chez ses élèves actuels, Diego Urdiales et le jeune Pablo Aguado. Rafael de Paula, lui, est resté inimitable dans son toreo de cape jerezano. L’arrivée en 1985 de Paco Ojeda a créé un choc important dans le monde taurin. La tauromachie d’Ojeda ne se limite pas à l’encinisme que l’on voit un peu trop de nos jours. Son toreo est empreint de puissance et de majesté.
Jose Tomas a voulu tout bouleverser dès son apparition à la fin des années 90 par son toreo fait de temple, d’immobilisme, en se positionnant dans le terrain du toro afin de l’obliger à charger sa muleta. Cette volonté a entraîné des blessures très graves qui l’ont certainement amené à arrêter précocement sa carrière. C’est le seul torero à remplir plusieurs fois de nos jours les arènes dans tous les pays des mondes taurins. Certains l’ont appelé l’extra terrestre, lui qui déclara : Quand je vais toréer, je laisse mon corps à l’hôtel. Il affronta le danger sans concessions ni artifices. La temporada 2022 exceptionnelle de Morante de la Puebla et la confirmation du jeune Andrès Roca Rey démontrent que la corrida est vivante. Ce n’est pas du passé même si les prédécesseurs créateurs étaient nécessaires.

Je conclurai qu’il existe cet art particulier dans nos terres du Sud depuis des siècles, issu d’une tradition d’admiration du toro de combat que les hommes exceptionnels, toujours régénérés, ont accepté de combattre depuis des siècles pour le magnifier, sans esprit de cruauté comme veulent le faire croire nos adversaires animalistes, végans, soutenus par des politiques opportunistes.
Je laisse à nos représentants de l’Observatoire National des Cultures Taurines et de l’UVTF le soin de prendre toutes les initiatives pour faire face à l’attaque ignoble d’un député végan et antispéciste dont la carrière à ce jour dans la presse et le petit monde du spectacle (?) démontre des à priori dangereux. Nous devons êtres prêts à toutes les actions pour défendre notre vie, même imparfaite et les souvenirs des pays de nos anciens.

Qu’em d’aqueth pais deus qui nos an aimat !! (Nadau)
Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimés !!

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – 2022
(Images extraites du catalogue de l’expo Tauromachies universelles de l’UVTF)

ÉDITORIAL – SEPTEMBRE 2022

QUE FERAIS-JE ? QUE FAIRE ?

Mes commentaires sur notre dernière Feria 2022 sont basés sur près de 60 ans de présence aux corridas dans les arènes du Plateau de Valras et de tous les pays de tradition taurine. De plus, j’ai participé directement à l’organisation de plus de cent spectacles majeurs (corridas et novilladas avec picadors) en France et en Espagne, de plusieurs manières : empresa, collaboration avec les comités des fêtes ainsi que dans notre ville sous forme de Régie Municipale.

Aficionado Biterrois, je souhaite que nos arènes enregistrent une amélioration dans la fréquentation du public pour conforter leur rentabilité, leur ambiance, la qualité des corridas et leur impact sur le public et sur l’image de la Feria. Je n’ai aucun intérêt personnel à l’organisation de l’activité taurine de nos arènes et je souhaite la réussite des empresarios choisis par la municipalité. Pour autant, je ne me désintéresse pas du type de fonctionnement qui à mes yeux, doit associer davantage l’aficion locale si on veut qu’elle participe à son succès et à son avenir. Cette année, certains Biterrois étaient à la Feria d’août de Dax… On ne motivera pas cette aficion par une annonce laconique des cartels sans aucune information ou consultation préalables de la base qui peut peser sur nos amis et les aficionados qu’il faut reconquérir. M. le Maire affirme son intérêt sur l’activité tauromachique des arènes, je puis le comprendre. La solution ne viendra pas toute seule. Le choix d’une empresa classique qui a été fait n’empêche pas ces professionnels de faire mieux participer l’aficion locale. Elle est sensée bien connaître les fondamentaux de son arène et de son public pour appuyer les démarches de l’organisation qui doit avoir le dernier mot sur les décisions finales, en pleine connaissance de tous les éléments du marché.

Pour mieux illustrer la situation, nous pouvons approfondir la dernière Feria. Elle nous a apporté beaucoup de déception avec les toros des figuras, tant les deux Bohorquez de Léa Vicens que les Victoriano qui étaient censés avoir le fond de race pour permettre à Manzanares et Andrès Roca Rey de briller pour lancer la Feria. Ces six toros ont déçu par leur tendance à rajarse en tablas (se défiler), refusant le combat et ne permettant pas de faena intéressante. Le 6ème donna illusion mais je considère que c’est Andrès qui sut le provoquer au début de sa faena de muleta par un enchainement magnifique et très risqué de 6 passes très ajustées. Positionné sur la ligne des Tercios, il sut provoquer et extraire le toro des barrières où il s’était réfugié comme ses congénères. Le toro, se sentant agressé mais dominé par cette volonté d’engagement total du jeune Maestro péruvien, a accepté le contact comme s’il n’avait pas d’autre alternative. Le torero aurait coupé les 2 oreilles après cet exploit sans les échecs à l’épée. Il faut noter que les Victoriano del Rio lidiés à Béziers ce 12 août sont certainement les plus décevants de cet élevage dans cette temporada. Je me rappelle avoir remarqué aux corrales l’attitude d’un fils de Victoriano que l’on pouvait, a posteriori, qualifier de soucieuse. L’élevage du toro bravo n’est pas une science exacte mais 4 sur 4 ! Pour vous parler des Algarra, ce sera bref. Ils ont montré, comme pouvaient le craindre les aficionados Biterrois, une soseria, une absence totale d’agressivité. Cela donne une corrida ennuyeuse, sans émotion d’autant plus que les toreros, dont El Juli, n’ont pas montré de volonté pour compenser cette absence de fiereza et un engagement que mérite le public. Conclusion : une tarde sans intérêt qui ne mérite pas le nom de corrida d’autant plus que le physique des toros était limité. Par ailleurs l’oreille coupée par Aguado ne vaut que pour les statistiques du jeune sévillan.

Après cette corrida, le public et l’aficion étaient très déçus. Heureusement, la corrida de Margé a confirmé ses nettes améliorations de bravoure, de mobilité et même de noblesse (4/6) qui ont permis au public de voir une corrida pleine d’agressivité et de mobilité dans un combat profond avec les toreros, comme les aime le public de Béziers. Je pense que les toros méritaient mieux même si Lopez Simon a confirmé son professionnalisme avec la volonté de maintenir son image de 2021 chez nous alors que Ferrera reste dans sa tendance trompeuse que je lui reproche malgré des exceptions.

La joie des Biterrois fut de retrouver un bon lot de Miura, tout en trapio, en charge et mobilité qui a permis des faenas à Lopez Chavès et Ruben Pinar. Le deuxième était plus compliqué mais surtout le 6ème qui a rendu au public la sauvagerie ancestrale des toros de Zahariche. Le public sortit enchanté des arènes et les Miura redonnèrent, après les Margé, cette émotion et ce combat qu’il attend. Je sais que certains aficionados ont même eu les larmes aux yeux de retrouver cette lutte ancestrale qui leur manquait avec leurs qualités et leurs défauts même s’ils ne permettaient pas tous aux toreros de triompher.

Devant ces constats trop typiques de nos arènes, la solution repose sur les ganaderos et les toreros qui doivent respecter nos arènes. Il faut aussi tenir compte de l’absence de Sébastien Castella, le grand Maestro de Béziers dont nous attendons le grand retour. Il devrait faciliter la constitution de cartels de haut niveau qui entraînent la présence de maestros avec la competencia nécessaire. Il est nécessaire de faire appel à des toreros attachés à nos arènes. Rappelons-nous à partir de 1970 les irremplaçables comme Paco Camino, Paquirri, Nimeño II, Espartaco, Richard Milian, Paco Ojeda, Damaso Gonzalez, Victor Mendez, Enrique Ponce, Sébastien Castella que le public a adorés.

En 2023, il y aura de nouveaux jeunes qui pourront entrer en concurrence chez nous pour créer une arène de référence. Nous pouvons citer Daniel Luque, Tomas Rufo, Paco Ureña, Juan Leal, Angel Tellez, Leo Valadez… et espérer l’alternative de Christian Parejo qui est apprécié du public biterrois.

Ce ne sont que des simulations qui s’attachent à démontrer que la relève existe, si certaines figuras ne montrent pas un intérêt pour nos arènes. Quant aux ganaderias, l’empresa doit en trouver correspondant au goût de notre aficion sans recevoir de vétos des toreros. Plusieurs ne sont jamais venues : Paralejo, Jandilla, El Pilar, Valdefresno (indulto Cara Alegre à Béziers), Pedraza de Yeltes et les Santa Coloma : La Quinta, Ana Romero, Rehuelga ou les anciens encastes revenus Jose Vazquez, Francisco Galache. C’est un problème de confiance et de respect avec l’empresa. Quand une ganaderia même fameuse n’a pas sept toros pour faire un lot homogène, elle ne doit pas l’embarquer comme Victorino et Miura qui malheureusement en 2017, perdirent leur mémorable ancienneté dans nos arènes. Ces corridas font beaucoup de mal auprès du public si elles se répètent ou les sauver comme cette année.

La corrida en France est en danger face à certaines alliances prêtes à tout pour des raisons politiques face au gouvernement alors que d’autres sujets de lutte et de défense ne manquent pourtant pas quand les Verts n’ont fait que 5% à l’élection présidentielle. En fait, ces médias et intellectuels parisiens et ces unions anti-nature, soucieux de leur pensée unique invariable, veulent la perte de nos traditions ancestrales du Sud, provençales, occitanes, catalanes, ibériques, je dirai même méditerranéennes et latines. Mon édito n’a pas d’autre but que de ramener plus de public dans nos arènes grâce à la qualité mais aussi par une démarche plus concertée entre les organisateurs et l’aficion, moteur indispensable si on sait la solliciter sur des objectifs précis.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – sept 2022

«QUAND LES TOREROS VEULENT… »

Les 6 premiers mois de la temporada en cours m’ont apporté de grandes satisfactions qui peuvent nous procurer un rêve d’avenir si l’on se réfère à ces dernières années du monde taurin. Pendant cette période, j’ai pensé que les deux toreros majeurs, à mes yeux, de ce début des années 2000 n’avaient pas apporté leur vrai potentiel dans nos plazas. Certes, Juli depuis sa carrière triomphale de novillero et après son alternative, a démontré une intelligence, une maîtrise, une puissance qui lui ont permis de battre dans les premières années les records quantitatifs de triomphes en remplissant les arènes. Je regrette par la suite ses misérables querelles matérielles avec les empresas entraînant avec lui quelques collègues majeurs. Je pense que ce n’était pas son rôle, même avec un monde empresarial taurin défaillant à plusieurs titres. Les aficionados, dans leur majorité, n’ont pas compris cette démarche qu’ils ont ressentie comme égoïste. Il aurait fallu une mise en cause globale incluant ganaderos et aficion pour être efficace. Il aurait pu utiliser son prestige d’une autre manière pour apporter ce renouveau nécessaire, autre que celui du pouvoir financier, qui n’a pas été obtenu. Ils ont même desservi à mes yeux la cause de la corrida. Juli alternera trop souvent des triomphes faciles et des banalités ayant pour conséquence un découragement du public qui ne lui trouvait plus sa puissance et son alegria caractéristiques. Si progressivement depuis 2010, Juli a pris une autre attitude, c’est surtout à mes yeux depuis le début de la temporada que nous vivons qu’il a montré un très haut niveau, tant par ses recours techniques qu’il n’avait pas vraiment perdus, mais surtout poussés à l’extrême par l’envie qu’il démontre notamment dans les grandes ferias. Je me rappelle voir à la télévision en direct à la Feria de Séville, El Juli avant le paseo avec Manzanares et Aguado. J’ai remarqué sur son visage, dans son attitude, une détermination de bête fauve qui ne laissa aucun doute sur le fait qu’il allait les manger. Ce fut le cas.

Le cas de Morante est encore plus étonnant. Le Maestro de la Puebla nous a montrés pendant 20 ans d’alternative, un comportement si irrégulier, paraissant désintéressé au point de le rendre parfois désagréable. Dans l’édito de septembre 2021, j’ai attiré l’attention sur les mots qui le caractérisent actuellement à mes yeux : torero génial. Effectivement, depuis ces dernières années, Morante a démontré un changement brutal dans sa manière d’être. Progressivement, il s’est comporté comme s’il avait compris que sa classe, hors du commun, lui imposait de donner un autre niveau à sa tauromachie. Il est devenu ce torero génial responsable tant vis-à-vis du public que je l’espère, par nécessité de relancer le monde taurin tellement indispensable à sa survie. Cette situation ne peut que nous préoccuper alors qu’en Espagne le monde taurin est confronté au gouvernement de Pedro Sanchez II (PSOE – Unidas – Podemos) avec des accords avec les indépendantistes qu’il confirme par ses actes avec l’appui des animalistes, malgré la protection trop souvent théorique du Tribunal Constitutionnel. Il faut quand même constater le maintien de la corrida à Palma de Majorque. Quand on veut…
Le monde empresarial a sa part de responsabilité dans cette situation, d’autant plus qu’il est confronté au comportement illégal (Gijon…) de quelques maires. Je pense que la meilleure des solutions, en dehors des aides pour les éleveurs et pour les novilladas, est le comportement des toreros figuras pour ramener un public fidèle dans les arènes.

Quelle joie de voir ces jours-ci les arènes de Pamplona et les encierros. Cette passion existe surtout quand elle est soutenue par un comportement exemplaire des toreros ainsi que des toros comme ceux de Victoriano del Rio, la Pamosilla, Jandilla… alors que pourtant le pouvoir navarrais, en accord avec les Basques de Bildu, a un comportement ambigu.

En France, les déclarations contre la corrida des élus sont plus discrètes en dehors des animalistes englobés dans Nupes qui préparent un projet de loi. Le président Macron et les autres partis ont déclaré leur soutien à la corrida dans les zones de tradition. Merci à ceux qui, chez nous, ont mis en place un système qui nous a permis de nous défendre par une création institutionnelle comme l’UVTF. Malheureusement, nous n’empêcherons pas les déclarations inacceptables de quelques extrémistes peu nombreux et bruyants, notamment à Béziers. Je pense, comme plusieurs, que nous devons réagir avec les moyens légaux pour démontrer à la population les vraies motivations de ce groupe qui fait de la désinformation sans aucun scrupule, profitant de la complicité de la presse locale. Les dernières enquêtes sérieuses démontrent que dans les zones de tradition, la population, nettement majoritaire, souhaite que les politiques ne touchent pas à la corrida : chez nous pas de débat, c’est oui !!

Je suis beaucoup plus inquiet sur la situation aux Amériques avec un comportement agressif d’une partie des pouvoirs publics (issus des mouvements révolutionnaires) surtout dans les capitales : Caracas, Bogota ( ?), Quito… Un juge vient même de fermer les arènes de La Mexico suite à une plainte déposée par une association. Quand on sait le peu de volonté et d’efficacité que les pouvoirs publics, la justice et la police démontrent dans ce pays pour protéger les êtres humains et leurs biens contre les mafieux ! Le monde est-il sérieux ? Espérons que l’appel auprès d’autres instances sera efficace et que les temps puissent changer… Le Mexique est une grande nation taurine. En fait ce mouvement correspond plus à une attitude que l’on peut considérer comme anti espagnole, typique du chavisme, qu’à la corrida de toros proprement dite.

Il est vrai que depuis quelques temps la lassitude ou l’âge m’amène à aller moins aux arènes, notamment pour des ferias parfois trop longues à mes yeux. Je choisis mes déplacements par goût personnel qui tient à des souvenirs, à des amitiés avec des aficionados locaux ou voir toréer des toreros de connaissance. Il est vrai que, par ailleurs, internet ou les télévisions espagnoles nous permettent de suivre l’actualité avec plus de facilité que par le passé.
Lors de mon voyage à la Feria de Cordoba avec l’UTB pour le jumelage avec le Circulo Taurino, j’ai pu admirer une tarde exceptionnelle du rejoneador Diego Ventura et de Morante, avec des gestes géniaux, un engagement, une prédisposition, une manière d’être, une envie de triompher rarement égalée. Était-ce le moment, le lieu symbolique : la Plaza de los Califas. Juli et Morante ont montré aussi à Las Ventas pour la San Isidro des tardes parmi les meilleures de leur carrière, étonnant une partie du public. Ils atteignirent ce niveau à Pamplona et à Burgos particulièrement pour le maestro sévillan. J’espère ne pas me tromper, tout cela n’est pas du hasard. Le public, l’aficion ont aussi un rôle à jouer dans cet éventuel renouveau. Quelques jours plus tard dans les arènes de Las Ventas où l’UTB a présenté avec Pepe Puente Jerez l’exposition exceptionnelle du 8 juillet au 18 septembre pour le 75ème anniversaire de la mort de Manolete, je suis allé au Tendido 5 regarder la corrida de la tarde. J’étais voisin du Tendido 7 des insupportables aficionados qui se veulent connaisseurs avec leurs a priori. J’ai été témoin de l’engagement extrême mais lucide, sans perdre sa maîtrise, du jeune Maestro Roca Rey.

17 juillet 2022 – Roca Rey à Lunel face à un Nuñez del Cuvillo

Pourtant, les interventions bruyantes des spectateurs du 7, insuffisamment couvertes par les spectateurs de l’ombre qui ne les acceptaient pas. Son adversaire de Fuente Ymbro puissant et manso perdido s’était réfugié aux tablas, entre la porte du toril et la porte du paseo. Le jeune péruvien, impassible, parvint à le maîtriser, à le toréer véritablement malgré ses réactions dangereuses et imprévisibles. Certes, il perdit les trophées à cause de plusieurs échecs à l’épée alors qu’il avait démontré une maîtrise, un courage impressionnant qui méritaient l’appui de tout le public pendant la faena. Malheureusement, ces inqualifiables du Tendido 7, heureux d’avoir perturbé un torero important, ont conforté une décision qui me coûtera : ne plus assister à une corrida à Las Ventas. Qu’attend le reste du public madrilène compétent pour faire taire ceux qui croient, se basant sur des théories erronées, dans une plaza représentative comme Las Ventas ?

J’ai remarqué aussi des faits exceptionnels qui par leur envie et leurs qualités techniques me redonnent l’espoir, parmi les novilleros. En premier, j’ai remarqué le jeune mexicain Isaac Fonseca qui a réalisé déjà en 2021 une temporada d’exception avec son triomphe dans la Finale Nationale de la Ligue des Novilleros en coupant trois oreilles, suivies de trois oreilles et la queue dans les arènes toristes de Cadalso de los Vidrios et l’Alfarero de Oro de Villafranca de la Segra. Dès le début 2022, l’ouragan Fonseca continua ses actuations triomphales. Blessé le 25 juin avec une fracture à la mâchoire et deux légères cornadas après avoir coupé une oreille dans la Finale des Triomphateurs de Las Ventas, il a coupé 4 oreilles à Pamplona à dix jours d’intervalle. Ce jeune héros va prendre l’alternative à la Feria de Dax au mois d’août prochain.

Le cas du jeune chiclanero Christian Parejo, bien connu de l’aficion biterroise, vient de démontrer une force de caractère impressionnante ajoutée à une technique et un sens artistique qui impactent sur le public.

Istres le 19 juin 2022

Le 19 juin à Istres il toréa à partir de 11 heures une novillada piquée médiocre d’Espartaco, coupant une oreille. Autorisé à quitter les arènes avant 13 heures, il part de Salon de Provence en petit avion privé Cesnna 182 limité à quatre personnes en tout, pilotes compris pour un voyage de 1500 kms (escale obligatoire) vers Palos de la Frontera (Huelva). Arrivé juste pour le paseo à 22 heures 30, il coupa trois oreilles après une journée si éprouvante et se qualifia pour la grande finale des novilleros d’Andalousie à Antequera du 25 juin où il termina second avec trois oreilles. Christian fut important le 3 juillet à Boujan après deux faenas excellentes qui auraient dû lui rapporter quatre oreilles après avoir manqué l’estocade à son premier. La faena de son second Valdefresno m’a particulièrement impressionné tant par sa qualité esthétique que son engagement dans le combat. C’était du haut niveau !

Ces faits positifs, hors du commun, sont représentatifs de certains matadors et novilleros qui peuvent nous faire encore rêver au renouveau de la tauromachie. Ils peuvent repousser par leur force et leur succès les comportements abjects et malhonnêtes des activistes, de certains politiques et de la presse servile. Ils nous attaquent avec d’autant plus d’efficacité que le monde taurin n’a pas su s’organiser pour faire valoir les succès et la qualité exceptionnelle que peut atteindre la tauromachie. Nous ne pourrons résister qu’en nous organisant et nous unissant autour des toreros pour démontrer l’exception que représente la corrida de toros dans le monde actuel. Je suis reconnaissant à ces personnages qui nous rendent notre honneur alors que le monde taurin l’a trop souvent trahi.

Je ne puis terminer sans penser à ces Mozos Pamplonicos, parfois déraisonnables mais si amoureux de leur tradition, qui courent les toros dans les ruelles de la capitale navarraise. Nous avons la chance : après deux ans de pandémie ils n’ont rien oublié, au contraire. Ils ont revu, dans les rues ou dans les ruedos ce qu’ils voyaient en rêve.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 107 – 2022

ÉDITORIAL

« OH WHEN THE SAINTS GO MARCHING IN»

Je me promenais récemment à Séville dans le barrio de Triana, quartier populaire typique au bord du Guadalquivir. J’étais séduit par l’ambiance harmonieuse de ces rues où l’on trouve à tout à la fois le côté enchanteur de certaines maisons marqués par los azulejos et les céramiques avec les tablaos flamencos, les bars et le singulier mercadillo près du célèbre pont qui relie le quartier populaire au centre de la cité. Les quartiers bourgeois, les palais des grandes familles, les magnifiques monuments surmontés par le clocher de la Giralda, ancien minaret hispano-mauresque rattaché à la monumentale cathédrale Notre-Dame construite au XVème siècle. Je marchais seul dans la rue silencieuse et je me suis pris à imaginer ce quartier dont l’histoire artistique est marquée par les toreros majeurs : Gitanilla de Triana, les Chicuelo, Cagancho, Juan Belmonte, créateur de la corrida moderne, sans oublier Emilio Muñoz ; et de nos jours, les célèbres chanteurs de la période moderne, les rockeurs du groupe Triana (Abre la Puerta) sans oublier le classique flamenco Naranjito de Triana et les Gypsies flamencos.
La douceur de ce quartier et de la ville me rappelle une autre grande cité près du grand fleuve du Mississippi aux États-Unis : New Orléans ou La Nouvelle Orléans créée par les colons français au XVIIIème siècle, imprégnée par de nombreux artistes tant dans la littérature que dans la musique. Cette promenade m’a rappelé l’historique chanteur trompettiste Louis Amstrong (Satchmo) qui fit connaître son talent dans le monde entier. Je m’imaginais entendre son interprétation avec sa voix si particulière du fameux negro spiritual qui, étrangement, m’a ramené à la tauromachie sévillane, à la Real Maestranza et à la Porte du Prince.

Oh when the saints go marching in
Oh when the saints go marching in
Oh Lord, how I want to be in that number
Oh when the Saints go marching in

Oh, quand les saints entreront en marchant,
Oh, quand les saints entreront en marchant,
Oh, Seigneur, je veux être du nombre
Oh, quand les saints entreront en marchant.

Le chant de cet hymne gospel a été transformé par l’interprétation exceptionnelle de Louis Amstrong comme celle de « What a wonderful world » (quel monde merveilleux).

Cette flânerie me ramena sur terre quand j’aperçus la statue de la Musicienne Flamenca du Pont Isabelle (Pont de Triana) et le monument à Juan Belmonte (El Pasmo de Triana). Franchissant le pont, nous entrons sur l’autre rive plus bruyante et agitée qui nous attend avec la Plaza de la Maestranza qui est le but de ma présence à Séville pour la fameuse Feria d’avril. Cet évènement majeur de la saison, tant économique que festif pour la capitale andalouse, accentue encore plus la différence entre Triana et le reste de la cité comme les abords de la Cathédrale, le Barrio de Santa Cruz, l’Alcazar, l’Hôtel Colon et les casetas du campo de feria. Cette année, l’empresa et l’aficion étaient satisfaites de retrouver leur vraie feria, aux dates habituelles de la Primavera après la réouverture officielle des festivités, notamment des férias taurines qui avaient tant souffert en 2021.

L’indisponibilité d’Emilio de Justo, après son impressionnante cojida du 10 avril à l’estocade du Pallares, premier de sa corrida à Madrid contre six toros de ganaderias différentes, a marqué ce début de feria. Les fractures des vertèbres cervicales vont l’écarter de l’actualité alors qu’une temporada importante l’attendait suite à ses succès de 2021.

La substitution de Séville fut finalement euphorique pour le public sévillan puisqu’elle a permis de voir triompher son remplaçant Daniel Luque qui coupa 3 oreilles avec sa première sortie par la Porte du Prince. Nous remarquerons particulièrement sa première faena devant un grand toro de Victoriano del Rio bien complétée devant son deuxième Alcurrucen. Même si cela n’enlève rien à ce grand succès qui marque la carrière de Luque, il faut noter que le public de la Maestranza est devenu bondadoso vis-à-vis des toreros dans la pétition des trophées. Cette feria a enregistré les sorties triomphales de Luque, Guillermo Hermoso de Mendoza, l’étonnant jeune toledano Tomas Rufo et El Juli. Par contre, le Président volera le succès de Roca Rey en enlevant une oreille à son 2ème toro. Le toujours jeune Andrès, qui vit à Gerena comme Luque et Escribano, n’est peut-être pas assez sévillan ou bien le Président voulait-il rattraper certaines oreilles antérieures que l’on pouvait discuter ? J’ai été surpris par l’actuation du Juli devant ses toros préférés de Garcigrande. Julian n’a pas toujours répondu à l’attente des aficionados ces derniers temps. Le public était venu pour voir deux des toreros préférés de la Maestranza, Jose Maria Manzanares et Pablo Aguado. Avant le paseo, j’ai aperçu sur son visage une concentration et une marque de volonté inhabituelles alors qu’après 25 ans d’alternative au plus haut niveau il paraissait avoir perdu son ambition. Ses deux concurrents ont paru tellement impressionnés par sa première faena qu’ils ont paru décontenancés dans des interprétations banales, sans imagination et hésitantes par moment. La qualité inférieure de leurs toros n’explique pas tout.

Quand on voit les photos de sa sortie par la Porte du Prince ave son visage illuminé, on comprend l’importance de ce succès dans la carrière des matadors de toros (le 6ème pour El Juli). Cette envie que nous rappelle cet extrait du chant d’Amstrong « Je veux être de ce nombre – I want to be in that number ».

La corrida n’est pas une activité banale. C’est un évènement où la passion et l’émotion sont prépondérantes. Certes, il a fallu créer un règlement pour éviter les dérives. Il faut le respecter mais comment un président de corrida peut, à Séville, priver Andrès d’une oreille méritée aux yeux de la grande majorité des spécialistes, le dépossédant d’un succès majeur avec une pétition unanime comme, à moindre titre, le 2ème du 5ème Miura de Manuel Escribano, avec une pétition très largement majoritaire. Les défenseurs du pouvoir incontestable et du respect imposé de la décision du président ne m’empêchent pas de penser que d’autres éléments ont un rôle prépondérant dans ces décisions que je juge abusives. J’ai présidé trois ans, sans le moindre incident, les corridas aux arènes de Béziers et j’ai laissé parfois mes sentiments et mon aficion orienter ma décision (sauf pour la première oreille demandée majoritairement par le public) lorsqu’elle paraissait méritée dans l’esprit.

La Plaza n’est pas un tribunal et le président a pour mission de maintenir l’ordre et de récompenser plus que de condamner. N’oublions pas que la corrida, même dans une plaza de 1ère catégorie, est une fête du toro et de son combat avec l’homme qui l’affronte. Nous devons être exigeants sur la défense de l’intégrité de la corrida mais je pense que nous devons aussi lui conserver son esprit festif et sensible et pas inquisiteur. Je n’ai jamais été un admirateur béat des maestros. Je sais apprécier leur comportement lorsqu’ils donnent, en plus de leur technique, un engagement physique et mental pour triompher devant un public connaisseur et sans à priori. Les échecs sincères à l’épée ont toujours existé. Ils ne doivent pas effacer des faenas importantes. Le public, par ses attitudes, doit savoir démontrer au maestro déçu ou même abattu après tous ses efforts, sa reconnaissance. Ce fut le cas dernièrement d’Andrès Roca Rey à Séville le 6 mai et d’El Juli à Madrid ce 11 mai 2022.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 106 – 2022