ÉDITORIAL – JANVIER 2019

JE ME SUIS PRIS A RÊVER…

Le 19 janvier au matin, j’ai appris sur les sites internet spécialisés, que la Commission taurine de Dax avait annoncé publiquement les ganaderias et les dates des corridas de deux férias locales :

* Feria d’août :
– 5 corridas de toros : Pedraza, Jandilla, Victoriano del Rio et Ana Romero (pour moi les purs Santa Coloma issus directement des magnifiques toros de Joaquin Buendia Peña des années 70-80).
– 1 novillada de Jose Cruz de Ciudad Rodrigo dont nous avons vu un très bon toro sobrero à Béziers en 2016.

* Feria Toros y Salsa de septembre : Santiago Domecq et Victorino Martin. Ne prenons pas comme référence la très décevante corrida de Victorino de 2017 à Béziers. Cet élevage qui revient aux Fallas 2019, reste une référence dans la majorité des grandes férias d’Europe.
Deux points majeurs :
– La Commission taurine de Dax est directement reliée à la Régie municipale des arènes constituée de plusieurs aficionados ou représentants des clubs taurins dacquois. Ils connaissent donc déjà les élevages de qualité qui fouleront le sol de leurs arènes des bords de l’Adour en 2019 et les ont annoncés officiellement. Le programme comprend aussi un grand concours landais, trois novilladas sans picador et habituellement une corrida de rejon. Le point important de cette annonce est la confirmation de la place prise par la Commission Taurine qui, depuis plus de quarante ans, prépare et organise les corridas des férias de Dax dans le cadre de la régie municipale des arènes. Ce type d’organisation a connu ses heures de gloire dès les années 70 avec une personnalité inoubliable, Pierre Molas, pianiste de talent, qui marqua ses arènes par sa recherche de la qualité. Il a su écrire avec ses amis, les lettres de noblesse de leur féria qui unit qualité et ambiance. Cette féria, inégalable en France à mes yeux, créée en 1948, a progressivement mis en place un système qui dans sa recherche de la qualité, a su faire participer l’aficion, dans la transparence, la rigueur financière et la rentabilité de la partie taurine.
– Le prix moyen des places pour des spectacles de qualité, est inférieur de 15 % à celui des arènes du sud-est de première catégorie, avec seulement 8000 places payantes. Certes, le taux de TVA sur les prix des places est inférieur pour les régies municipales, pourquoi ne pas en faire profiter le public ? Le prix le plus bas au soleil est de 20 €. L’aficion locale vit toute l’année au rythme de sa féria. Elle sait être exigeante envers les membres de la commission désignée par le Maire mais elle participe aussi activement à l’ambiance qui fait de la Feria de Dax une des plus festives et appréciée de plus en plus par les aficionados français, même du sud-est, qui viennent à Dax. Ils sont malheureusement moins nombreux à venir à Béziers.

Oui, je me suis pris à rêver de retrouver l’ambiance de notre féria et l’authenticité dans nos arènes. Elles s’étaient bien reprises entre 1980 et 1990, grâce à la participation de l’aficion et des sympathisants. Elles se sont maintenues sur leur lancée jusqu’en 1995 et même jusqu’au début des années 2000 grâce aux exceptionnels lots de Guardiola, Valdefresno et certains Miura… sans oublier les toreros attachés à l’histoire de nos arènes. Mais nous constatons tous qu’outre la qualité des toros, l’ambiance et l’affluence baissent alors que pourtant l’aficion de Béziers a la chance d’avoir actuellement un de ses enfants, Sébastien Castella, au sommet de la tauromachie.

J’appelle à nouveau notre aficion à se reprendre et à être vigilante, notamment dans l’officielle Commission taurine municipale. Qu’elle remplisse son rôle de conseils et de garanties auprès de M. le Maire. En France, le maire est le responsable majeur de la tauromachie dans sa ville conformément aux statuts de l’Union des villes taurines (UVTF). La Commission taurine municipale a été instituée à Béziers dès 1899 sous la présidence du maire Alphonse Mas avec un règlement précis que l’on peut voir au Musée Taurin. Je souhaite que nous récupérions notre image, notre public et une aficion vivante. Comment expliquer le succès de Dax ? Je vous ai déjà dit qu’ils ont structuré l’organisation des corridas autour de la régie municipale des fêtes, sous la tutelle de la mairie. Elle est dirigée actuellement par un des principaux adjoints au maire, Jacques Pène et un régisseur, agent public, qui gère les questions financières. Trois commissions de bénévoles, sous l’autorité d’un élu ont été désignées : Commission taurine – Commission de la course landaise – Commission des fêtes populaires. La Commission taurine est composée de membres issus de l’aficion dacquoise. Les représentants de cette commission vont voir alternativement les toros au campo quatre fois dans l’année : novembre, janvier, mars et juillet, ce qui leur permet de choisir, de voir l’évolution des toros et éventuellement d’en écarter en fonction de leur évolution des derniers mois. Ils sont aidés dans ce travail par deux représentants techniques (veedores), un pour le sud et un pour le nord. C’est le changement majeur avec l’époque antérieure jusqu’au début des années 70 où l’empresa madrilène Jardon Fils imposait les cartels et les toros de la féria dacquoise. Ils ont su réagir. Cette commission est responsable devant le maire et la municipalité de la qualité des corridas et de l’image de la féria. C’est ainsi qu’après la saison taurine 2011 jugée très décevante par les élus et l’aficion, le maire a dissous la commission en place et désigné son 2ème adjoint à la tête de la nouvelle Commission taurine. Comme vous le voyez, cette solution a l’avantage de faire participer l’aficion locale à la vie taurine de la ville de Dax et de ses arènes. Elle se sent concernée et le résultat se ressent à tous les niveaux : choix et suivi des élevages et des toros et composition des cartels. C’est une solution active mais aussi réactive en cas d’errements majeurs dans l’organisation. Le succès de leur féria est basé sur la qualité. Tout est fait pour le maintenir : qualité, quantité reliées au prix des places dans leurs arènes de 8000 spectateurs. Une bonne fois pour toutes, nos édiles doivent comprendre que la corrida de toros n’est pas un spectacle banal. C’est le résultat de plusieurs siècles qui ont vu l’homme et le taureau sauvage (avant de devenir bravo) s’affronter. Progressivement, le peuple a imposé aux souverains espagnols que ce qui n’était qu’un jeu dangereux réservé à la noblesse, devienne ce combat public, de cet homme à pied exceptionnel, jusqu’à la mort dans le ruedo de cet animal superbe, le toro, symbole de puissance et de fertilité, honoré depuis l’antiquité, du Moyen Orient jusqu’aux limites ouest de la Méditerranée. C’est la base de notre tradition, de son authenticité.

Je ne dis pas que le système dacquois doit être copié à la lettre. Mais, c’est un fait indéniable qu’il fonctionne. Il est parfaitement adapté à la règlementation française. Je connaissais depuis longtemps leur système d’organisation mais l’actualité m’a brusquement rappelé leur succès et surtout leur participation à ce succès alors que la situation biterroise et le peu de motivation de son aficion me préoccupent. Devant le comportement de nos amis landais, OUI, je me suis pris à rêver !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 69 –

ÉDITORIAL DÉCEMBRE 2018

JOYEUSES FÊTES ET MEILLEURS VŒUX POUR 2019

J’ai revu récemment et avec admiration, le film Cyrano de Bergerac où Gérard Depardieu se montre à la hauteur du personnage d’Edmond Rostand. Certains ont pu comparer Cyrano dans sa recherche d’idéal, d’intégrité et d’indépendance, au Don Quichote de Miguel de Cervantes. J’aurais pu retenir le passage :
« Eh bien oui j’exagère
Pour le principe et pour l’exemple aussi,
Je trouve qu’il est bon d’exagérer… »
de sa célèbre tirade du Non merci ! en réponse à l’incitation de son ami Le Bret vers la recherche de la fortune et de la gloire.

Le héros de Rostand, dans son paroxysme, devient à la fois excessif mais aussi si vrai, trop vrai peut-être dans son idéal d’indépendance. « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ». Je trouve plus abordable Cyrano mourant répondant à son fidèle ami et à Roxane, son amour inavoué :
« Que dites-vous ? C’est inutile je le sais
Mais on ne se bat pas dans l’espoir de succès !
Non ! Non ! C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

Pour autant, j’espère ne pas être inutile pour une partie de ceux qui gentiment me lisent ou ceux qui me liront plus tard (sans illusion). C’est d’abord à eux que je m’adresse lorsque je crie ma détresse devant le comportement d’une partie de la classe politique espagnole qui, pour récupérer quelques voix des animalistes et des Verts, se laisse entraîner dans une lutte anti-taurine qui par nature n’est pas la leur. Il est vrai que leur allié (Podemos) regroupe diverses tendances. Parmi les déclarations anti-corridas de certains ministres du gouvernement de l’ineffable Sanchez, à la recherche du pouvoir au prix de tous les reniements, je retiendrai la ministre Teresa Ribera qui a déclaré publiquement, dans un domaine qui n’est pas le sien, « qu’elle interdirait les toros et la chasse » sans que le chef du gouvernement réagisse. Il n’en prend pas moins des décisions dangereuses pour l’avenir de l’État espagnol, pour ne pas dire pour la continuité de l’Espagne. La corrida, il n’en a rien à faire. Ses ambitions sont plus importantes que tous les fondements et même les dévouements de ceux qui en instituant la Constitution dont ils viennent de fêter le 40ème anniversaire, ont permis autant d’années de paix (en dehors du sinistre ETA basque). Cette Espagne qui fut en guerre civile quasi permanente, entre plusieurs clans de tous bords de 1820 à 1939, a vécu par la suite 40 ans de franquisme. C’est cela que le guapo Pedro (comme disent certains de ses compatriotes) est prêt à mettre en danger pour obtenir le pouvoir. On pourrait presque dire, même s’il est arrivé à la tête du gouvernement démocratiquement au Cortes, que c’était presque un coup d’état contre l’Espagne. Pour avoir sa majorité avec 84 députés sur 350, il a dû faire des promesses en tous genres, notamment aux anti-corridas mais surtout aux indépendantistes déclarés de Catalogne dont les chefs sont, soit en exil, soit en prison en attente de leur procès.

En France, notre situation n’en est pas encore là. Ils ont d’autres soucis que ceux des animalistes. Nous pouvons pourtant constater que ce sont les décisions, motivées officiellement par des préoccupations environnementales, qui ont déclenché le mouvement des gilets jaunes. Malgré certains points positifs, cette réaction a causé à ce jour 10 décès, directement ou indirectement. Nous nous garderons de prendre parti, ce n’est pas le lieu et je ne souhaite pas heurter des positions divergentes sur ce sujet chez les lecteurs. Je me contenterai de citer à nouveau Rostand faisant dire à Cyrano :
« Etre terrorisé par de vagues gazettes
Et se dire sans cesse « Oh, pourvu que je sois dans les petits papiers du…
Non merci ! »

Je terminerai malgré tout cette temporada 2018 positivement. Je veux mettre en valeur un torero qui provoque de l’alegria et l’admiration du public dans une période où la tauromachie ronronne, malgré les efforts valeureux de certains toreros en recherche de reconnaissance. Vous savez ce que je pense du système en cours. Oui, Andrès Roca Rey est arrivé en Espagne à 15 ans pour peaufiner sa tauromachie apprise dans les terres péruviennes et mexicaines. Après une préparation intense et une alternative à moins de 19 ans en 2015, il a confirmé immédiatement ses qualités toreras, son courage et son pundonor qui l’ont poussé à prendre des risques, parfois jugés insensés, sans toucher à la qualité de sa tauromachie. Il a su et pu se remotiver après des cojidas et volteretas impressionnantes. Il continue à se maintenir au plus haut niveau, tant avec la cape qu’à la muleta et la sûreté de ses épées. Après 3 temporadas importantes tant en Espagne qu’aux Amériques, il reste au plus haut niveau. Indispensable dans toutes les grandes ferias, il communique au public cette détermination, cette esthétique, sans oublier sa joie de toréer. Certains ont pu écrire à son encontre durant la temporada européenne que pour devenir un torero historique, il fallait toréer tous les encastes. Cette critique nous parait prématurée, je dirai même mal intentionnée alors qu’il n’avait pas encore 22 ans à ce moment-là. Peu importe, Andrès a reçu en 2018 tous les trophées et reconnaissances, tant en Espagne qu’à Lima où le maire de la capitale lui a conféré le titre de « Péruvien illustre ».

Je conclurai comme Rostand dans la bouche de Cyrano : « CHAPEAU ».

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU Édito n° 68 – Novembre 2018

ÉDITORIAL NOVEMBRE 2018

EL MUNDO

Une vingtaine de sociétaires de l’UTB participa au voyage organisé par le club pour la Feria de San Isidro 1985. Les nuits madrilènes nous permirent de découvrir Les Chavorillos qui animaient avec succès le fameux cabaret « La Villa Rosa » sur la plaza Santa Ana. Les quatre jeunes chanteurs furent retenus par l’Union Taurine pour animer notre première bodega de feria située dans l’espace de l’ancien Trianon. Ils revinrent à Béziers pour d’autres Ferias et les Journées Taurines 1988. Miguel, le talentueux chanteur soliste du groupe, interprétait notamment « El Mundo » que fit connaître Sergio Dalma à la fin des années 80. Ces souvenirs restent toujours dans ma mémoire. Ils me rappellent tant de choses positives mais aussi tant d’amis disparus. J’ai toujours aimé cette chanson et je retiens aujourd’hui le texte de sa dernière strophe :

El Mundo
No se ha parado ni un momento
Su noche muere y llega un dia
Y ese dia vendra

Je trouve qu’il s’adapte parfaitement au monde qui nous entoure, lui laissant la possibilité de renaître comme le message d’amour du poète : Y ese dia vendra… Je me limiterai dans le Monde de la Tauromachie qui nous intéresse dans ces éditos. Il est loin d’être parfait. Nous nous préoccupons pour son avenir mais celui qui nous entoure l’est encore moins. La plupart des pays sur la terre d’aujourd’hui sont officiellement gouvernés par des régimes démocratiques… et la plupart s’en réclament. La Démocratie naquit à Athènes au VIème siècle avant JC, pendant une grave crise que vivait la cité. La démocratie athénienne ne naît pas d’insurrections populaires mais de l’engagement de citoyens en politique pour assurer l’unité de la cité. Ils surent la créer pour assurer cette unité dominée jusque là par de profondes injustices. Le thème est complexe car elle évolua des lois écrites par Dacron (610-620 avant JC) aux réformes de Périclès (451 avant JC) en passant par les réformes de Solon et Clisthène. Ce ne fut pas parfait mais c’est la première démarche connue dans le détail pour régler les lourdes différences qui marquaient leur civilisation.

Les gouvernants actuels devraient s’inspirer de cette partie de l’histoire des civilisations et de ses principes pour chercher des solutions pour mieux vivre ensemble. Le monde taurin n’échappe pas aux comportements injustes. La tauromachie est une tradition puissante qui touche les peuples du sud et ceux des Amériques hispanisantes à qui elle fut transmise. Elle est basée sur un équilibre instable. Le torero a besoin du public pour le soutenir, tant dans le ruedo face au toro que dans la vie, car sans lui, il n’existe pas. Pourtant le torero développe en lui un ego qui relève parfois de l’égoïsme lorsqu’il sort de sa situation d’homme public où il doit soigner son relationnel. Les personnes qui vivent professionnellement dans son entourage doivent pourtant avoir une solidarité de groupe importante et de fidélité vis-à-vis de son maestro pour que la cuadrilla fonctionne. Ce qui ne veut pas dire que la démocratie y fonctionne car l’interprète majeur, s’il écoute parfois les conseils de ses proches, doit décider et agir seul. Dans ce groupe uni, il existe pourtant des incompatibilités qui, à la longue, peuvent entraîner des ruptures. En fait, le maestro qui les jours de corrida joue sa vie dans le ruedo, seul face au toro bravo, développe automatiquement en lui un sentiment, parfois un comportement, individualiste. Il le cache le plus souvent mais j’ai pu le ressentir auprès de ceux que j’ai eu la chance d’approcher, sans remettre en cause cependant notre amitié. Après réflexion, je me suis rendu compte que c’était souvent une réaction inconsciente pour ces êtres qui pendant leur carrière doivent assumer seuls des instants extrêmes. Par le passé, le torero et son apoderado faisaient bloc pour affronter la loi du monde taurin et les empresas qui de nature ne font pas de cadeau. J’ai eu l’occasion de dénoncer l’évolution des rapports entre les empresarios et les toreros. J’ai évoqué la constitution de véritables « teams » de toreros rattachées directement à un groupe empresarial qui bloque une majorité des cartels des férias, avant même le début de la temporada. Trois groupes majeurs maîtrisent une majorité de toreros qui fonctionnent ainsi que les spectacles taurins directement avec la collaboration de simples satellites. Il est compréhensible que les toreros aient besoin de sûreté sur la qualité ou la quantité des corridas qu’ils vont affronter. Cela leur apporte la sérénité mais a malheureusement des conséquences sur la qualité et l’intensité du monde taurin que nous vivons, par l’absence de competencia entre les toreros et parfois même entre les empresas majeures qui se partagent le gâteau. La competencia a une double définition et peut entraîner un double comportement. D’une part, elle entraîne un affrontement (contienda) qui peut se traduire à titre physique ou psychologique entre deux personnes de deux groupes pour prendre le pouvoir en gagnant le combat et en dominant le monde qui l’entoure. D’autre part, elle entraîne aussi une rivalité saine entre ceux qui prétendent arriver à la même chose, aux mêmes objectifs. Si on veut limiter l’importance des conséquences, on parlera plutôt d’émulation qui s’adapte bien au monde taurin en général et surtout aux toreros.

Récemment, le maestro Ruiz Miguel qui ouvrit 10 fois la grande porte des arènes de Madrid, a déclaré « autrefois, nous nous gagnions le droit de toréer jour après jour. Maintenant, tout est engagé au préalable ». Cette situation est préjudiciable à la tauromachie qui demande cette competencia, cette saine rivalité qui n’empêche pas le respect mais pousse les toreros à s’engager tous les jours avec autant d’envie et de motivation pour gagner ou conserver sa place dans l’estime du public, pour l’intérêt des empresas à les engager dans leurs arènes. Le danger existe tous les jours dans le ruedo mais la volonté et la prise de risque née de cette competencia, sont indispensables pour motiver le public, l’aficion, tant avant que pendant et après la corrida. Ceux qui ont connu les tertulias d’antan savent de quoi je parle. Je puis comprendre que le torero recherche cette sécurité que peut lui apporter ce type d’accord, c’est humain d’autant plus qu’il assure aussi théoriquement des rémunérations. Même si les toreros de second niveau ont parfois des surprises au moment des liquidations en fin de temporada. Je n’ai pas l’espoir que le monde de la tauromachie devienne un monde de démocratie. Ce serait un contresens, tout du moins pour ce qui se passe dans le ruedo. Il serait souhaitable qu’il le soit en ce qui concerne son comportement vis-à-vis de son public qui le fait vivre. C’est lui qui doit savoir utiliser ses mouchoirs comme des votes sur le comportement des toreros mais qui doit savoir faire entendre SA VOIX sur ce qu’on lui propose ou sur ce qu’on ne lui propose plus. Devant le comportement de ce MONDE et de celui qui l’entoure, je ne devrais pas avoir beaucoup d’espoir, pourtant je conclurai quand même :

« Y ESE DIA VENDRA… »

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 67 – Novembre 2018

Éditorial Octobre 2018

ET MAINTENANT…

Nos amis Jacques Nougaret et Alex Bèges, toujours aussi passionnés par le passé de Béziers, de sa culture et de ses traditions, ont sollicité tous les représentants de l’aficion biterroise pour les aider à réaliser un livre sur l’Histoire des Arènes de Béziers, qu’ils souhaitaient fêter en 2018 sous le titre « 120 ans de Passion ». La partie réservée à la tauromachie représentera évidemment la majorité de cet ouvrage réalisé par l’éditeur local « Le Chameau Malin ». Les multiples autres activités et spectacles qu’a connu cet édifice emblématique de notre ville ne sont pas oubliés. Ces 120 ans comprennent les époques tragiques des deux guerres et de l’Occupation qui ont entraîné l’arrêt des spectacles taurins dans nos arènes pendant 15 ans. Malgré l’appel aux aficionados, c’est Hugues Bousquet qui a réalisé la première phase taurine des arènes de 1898 à 1944, alors que j’ai été chargé de la longue période d’après-guerre, de 1945 à 2018, hormis la période 1980-1984 traitée par Max Tastavy. Ce long travail de recherche et de rédaction a pu être réalisé grâce à la précieuse collaboration de Michel Mathieu et de notre secrétaire Marie-Françoise Rouzier sans laquelle je n’aurais pas concrétiser cette étude (comme pour les éditos). Nous pouvons faire confiance à l’expérience de nos amis Jacques et Alex, sans oublier leurs collègues habituels. Ils arriveront à présenter leur ouvrage le 8 décembre.
« Et maintenant que vais-je faire ?
De tout ce temps… »
Je n’ai pas l’intention, comme Gilbert Bécaud chanta sur les paroles de Pierre Delanoe, de vous dire
« Je n’ai vraiment plus rien à faire
Je n’ai vraiment plus rien… »

Certes, l’effet des ans et mes obligations de grand-père limitent mon activité, mais je vais essayer de continuer avec vous pour fignoler les détails du Musée Taurin qui s’améliore sans cesse et aider l’activité de notre association en défendant notre passion. Non, je ne répondrai pas à l’invitation des anti-corridas avérés de la FLAC à débattre et encore moins à dialoguer avec des personnages dont le but est de faire disparaître une de nos traditions du sud, si difficilement installée par nos ancêtres par le passé. Maintenant, ces gens-là avancent masqués, avec une couverture de démocrates convaincus. Ils ne sont plus violents, ils dialoguent… Il fut un temps, il y a près de 30 ans, certains aficionados et certains organisateurs, dont Simon Casas, se sont prêtés à ce type de débats orientés. Ce fut un dialogue de sourds où les insultes, les anathèmes, les mensonges représentaient le contenu majeur de ces réunions, de ces débats radiophoniques ou même télévisés. Je considère que c’était un attrape-couillon. Certes, maintenant, ils louent des salles, mêmes municipales, pour inviter la population et les aficionados à débattre. Ils se présentent culturellement corrects. Parlez à nos amis de Rodilhan où ils ont rassemblé encore récemment, une centaine d’individus venus de toute la France et même de pays voisins pour nuire violemment à un festival taurin dans une de nos régions de tradition par excellence. Dans les années 1980-2010, ils ont utilisé la violence et une intimidation vociférante pour essayer de nous fragiliser. Depuis que le législateur et les tribunaux les ont condamnés à plusieurs reprises, ils essayent d’amadouer les intellectuels et certains politiques bien pensants pour pervertir notre jeunesse en leur démontrant que leurs anciens étaient, ou sont, des barbares sanguinaires. Nous savons que la mouvance animaliste dispose de moyens financiers extérieurs importants, qui ne doivent pas venir de leurs cotisations, pour monter leurs coups de com ou amadouer la presse. Leur historique égérie tropézienne vient même de s’adresser officiellement au Président Macron pour qu’il fasse interdire la corrida. Ils savent que par les temps qui courent, l’image de terroristes ou de groupes dangereux est difficile à porter. Ils ont décidé de changer de méthode mais ne nous laissons pas manipuler. Certes, à Rodilhan, ils continuent à nuire et à mettre la pression pour désolidariser la population de l’aficion pour les nuisances apportées par « l’émeute de référence » qu’ils avaient montée en 2016. Les pouvoirs publics sont présents pour maintenir l’ordre mais quelles sanctions ? Ce n’est pas une manifestation légitime pour défendre le travail… Ce n’est pas une manifestation organisée par les locaux… Certains diront que l’autorité publique a d’autres chats à fouetter. En tant que défenseur de nos traditions du sud, de languedocien, je serai toujours présent, tant face à nos adversaires déclarés, que pour rappeler à nos responsables défaillants qu’ils ne défendent pas l’essence de la fiesta brava. Ils découragent les jeunes avides d’émotions vraies et le public en général qui progressivement risque de s’éloigner des arènes, notamment chez nous. Dans cette démarche, j’approuve les réactions des aficionados et des gens du sud contre la présence provocatrice d’une organisation d’anti-corridas dans la salle municipale, même louée, d’une ville de tradition taurine. Cette réaction est légitime. Il n’y a eu par contre aucune violence de la part des aficionados. Ils ont simplement fait connaître leur position. Certains nous diront qu’il ne faut pas faire la politique de la chaise vide. D’accord, mais pas pour dialoguer avec eux. Ne les ignorons pas. Montrons-leur par nos convictions et notre détermination par des images positives, comme l’aficion locale a su le faire par le passé, en faisant revenir vers nous les Biterrois qui s’éloignent à cause de nos disputes et de notre manque d’idées.
Demandons à ceux qui sont responsables de la corrida dans nos arènes, organisateur, municipalité, commission taurine, d’agir pour qu’ils motivent progressivement à nouveau le public, en rendant l’authenticité à la corrida. L’aficion devra alors être là pour les soutenir. La lecture du livre « 120 ans de passion » vous montrera qu’il y eut des périodes difficiles pour des raisons sérieuses (notamment l’économie de notre viticulture en 1907, 1919, 1980…) mais surtout par le manque d’intérêt de l’empresa. C’est toujours l’action des aficionados, des municipalités successives qui ont réagi, sauvé et relancé les corridas dans nos arènes. Elles sont devenues l’une des plus importantes du monde taurin et un lieu festif exceptionnel en maintenant une tradition forte de chez nous et en les faisant connaître aux visiteurs de notre région. Cette tradition était inscrite dans les gènes de nos anciens. A Béziers, depuis plus de 150 ans, ils ont adhéré pleinement à cette culture du taureau brave et à la volonté de l’homme de l’affronter. Ne les trahissons pas !
J’ai répondu rapidement à mon interrogation « Et maintenant que vais-je faire ? ».
J’espère que nous saurons tous nous retrouver avec la même motivation pour défendre cette tradition parmi celles qui sont menacées.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n°66 – Octobre 2018

ÉDITORIAL SEPTEMBRE 2018

OÙ S’ARRÊTERONT-ILS ?

Je suis préoccupé par les défaillances trop nombreuses du monde taurin au niveau de son manque de sincérité et de l’utilisation d’artifices, certes habituels dans le monde du spectacle, mais inappropriés à la corrida de toros. Nous ne devons pas la voir comme un spectacle banal mais comme une tradition universelle venue de la nuit des temps, qui est propre dans ses origines au Moyen Orient et aux peuples et taureaux du bassin méditerranéen. Je ne mets pas en cause les toreros qui ont payé trop souvent, par des blessures graves, leur courage et leur professionnalisme. Je mets en cause leur entourage qui malheureusement les perturbe par contagion et profite de façon abusive de leur suprématie sur le système. Je vous invite à lire la très intéressante plaquette réalisée par André Viard « La Course de Taureaux, un rituel de partage et de courage apparu avant le langage ». Les « taurinos » n’ont pas le droit de la galvauder pour des motivations trop souvent mercantiles. Ils doivent respecter toutes les composantes vivantes de ce « chef d’œuvre éphémère » (André Viard), les toros et ceux qui les élèvent, les hommes qui les affrontent, sans oublier le public qui a imposé cette tradition au pouvoir royal au XVIIème et surtout au début du XVIIIème siècle où la noblesse espagnole qui les combattaient à cheval l’avait abandonnée aux ordres de leur Roi. Au début du XIXème siècle, les toreros majeurs de l’époque de Pepe Hillo et Francisco Montes Paquiro, ont ordonné, grâce à leur prestige, un déroulement rationnel de l’affrontement de l’homme et du toro dans les arènes, limitant sa sauvagerie et ses désordres initiaux afin de lui donner une identité esthétique et même artistique, sans lui enlever sa sincérité et sa tragédie inhérente à la naissance de ce combat. Le comportement du monde taurin a permis que la corrida soit magnifiée grâce au courage exceptionnel, à l’intelligence des toreros et à l’évolution voulue par l’homme qui sélectionna progressivement le toro pour l’excellence de sa bravoure au point de démontrer sa noblesse dans le combat. Certes, tout n’a pas fonctionné idéalement, contrarié notamment par les guerres cruelles qui ont bouleversé l’Espagne et la France en affaiblissant l’élevage, portant atteinte à la magnificence du toro bravo. Cependant, des personnages exceptionnels, tant ganaderos que toreros, ont permis de sauver les fondements de cette « Histoire ».

Le monde actuel, gouverné par la communication et ses techniques parfois désinformatrices (financées par des intérêts lucratifs), nous amène journellement des nouvelles frelatées de tous bords, reprises malheureusement par les bien-pensants. D’une part, nous assistons à des déclarations irrespectueuses de certains qui vivent confortablement dans les villes, ignorant les difficultés de ceux qui peuplent et vivent de la nature. Ces gens-là trouvent dans les nouvelles philosophies du véganisme et de l’antispécisme, des illusions absurdes sur l’évolution de l’humanité, mais rassurent et induisent en erreur certains spectateurs béats sur leur place sur la terre, leur donnant une sensation « d’être bons » et se souciant à l’extrême des êtres vivant sur notre planète.

L’homme – son évolution, sa pensée, son intelligence – s’est implanté depuis son existence sur le globe terrestre en utilisant les propriétés basiques qu’il a découvertes dans les règnes animal, végétal et minéral, parfois il est vrai abusivement. Je ne rentrerai pas dans l’analyse fondamentale de ces nouvelles pensées. Il y a des techniciens, des philosophes confirmés et connus par leur sagesse qui, si vous le souhaitez, vous expliqueront leurs fondements et vous démontreront leurs absurdités très souvent dangereuses. L’ethnologue Jean-Pierre Bigard, les philosophes Alain Finkielkraut et G.K. Chesterton sont plus experts et plus talentueux que moi pour écrire sur ces dérives dangereuses. Cette liste n’est pas exhaustive. Mon souci est qu’une partie de la jeunesse actuelle se laisse convertir par cette démarche et rende notre vie et surtout l’avenir impossible et absurde en culpabilisant les individus fragiles. Il est vrai qu’une partie des jeunes de nos jours s’est laissé entraîner vers d’autres « paradis » qui profitent en fait à des intérêts économiques cachés ou pervers. Ne vous trompez pas. Toutes ces nouvelles tendances végans, antispécistes, animalistes sont poussées par des « incitateurs » qui apparaîtront quand ce sera le moment d’en profiter autrement. Cette évolution me paraît absurde mais je tiens à l’écrire car le danger existe et il est de notre devoir d’y résister, sans tomber comme eux dans des informations mensongères ou utopiques. Il est vrai qu’ils ne sont pas les premiers depuis que l’humanité consciente existe, mais maintenant, ils disposent d’une puissance d’information supérieure et complice. D’autre part, les pouvoirs publics réagissent peu (voyez chez nous les attaques inacceptables et dangereuses faites à tous les niveaux des professionnels de l’alimentation) ou au contraire, ils les encouragent comme dernièrement avec les ours face aux éleveurs qui vivent durement de leur travail. C’est plus facile de penser à ces gentils animaux pour les bobos qui vivent en ville et utilisent le monde rural pour leurs vacances. D’autre part, regardons chez nous aussi des déviances regrettables. Notre compatriote, organisateur d’évènements, Simon Casas que j’ai pu côtoyer professionnellement plusieurs fois dans le passé, est en train de jouer un jeu manipulateur en soufflant alternativement le chaud et le froid par ses projets d’organisation du monde de la corrida. Au mois de juillet, j’ai déjà manifesté mon désaccord sur sa décision de tirage au sort des élevages pour les toreros comme dans les phases finales de certaines compétitions sportives. C’est inadapté et une injure aux toreros. Maintenant, il annonce, toujours grandiloquent, que la prochaine San Isidro se fera sur le même système puisqu’il en sera encore le prochain organisateur. Par contre, le même jour, il souffle le froid comme pour éteindre les critiques en déclarant, en tant que Président du Syndicat des Empresarios, qu’il demande à ses collègues de ne plus apodérer de toreros « car cette pratique est néfaste à la corrida ». Il présente son objectif comme un souhait mais doute d’être suivi… Est-ce une manière de se donner bonne conscience alors que tous les aficionados avertis savent que l’Ecurie Casas 2018 comprenait, outre Castella qu’il apodérait officiellement, plus de cinq toreros « protégés ». Il est vrai que par le passé il a eu une activité d’apoderado marginale qui ne le passionnait pas. Simon avait déclaré en mai 2017 « Je suis le chef d’état de la tauromachie ». Il ne faut pas prendre toutes ses déclarations au sérieux. Nous commençons à le connaître depuis qu’il est sur le devant de la scène. C’est sa manière de comprendre sa communication, de faire le buzz pour employer un terme tendance (comme ils disent) mais il faut être cependant attentif car même si elles paraissent irréelles, ses déclarations ont un but. Cet homme est intelligent et de plus très habile. Ces déclarations arrivent à convaincre une partie de l’aficion de ses bonnes intentions. La solution qu’il nous propose n’est qu’une affaire de négoce dans un monde empresarial diminué par la disparition de grands personnages non remplacés (Manolo Chopera, Manuel et Jose Camara qui surent prendre la suite du fameux Pepe Camara, les frères Jose Luis, Eduardo et Pablo Lozano, Diodoro Canorea…) et l’absence d’une figura historique depuis la semi retraite de Jose Tomas. La Casa Matilla a cependant un rôle plus discret mais très influant sur le monde de ce négoce et le mexicain Balleres plante ses jalons. Certes, il existe des organisateurs et empresarios qui en douce protègent leur système au détriment de l’avenir de la corrida. Il en fait partie. Tout ce remue-ménage ne résoudra pas les dangers qui tournent autour de notre corrida : politiques, philosophiques et économiques.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – n° 65