RECHERCHE

Du 1er juillet au 17 septembre 2023 exposition JEAN DE LABEL au Musée Taurin de Béziers

Tableaux de Jean de Label, artiste-peintre et journaliste taurin biterrois des années 50, de son vrai nom Henri Cavaillès.

Afin de monter cette exposition, l’Union Taurine Biterroise est à la recherche de familles biterroises qui possèderaient des œuvres de cet artiste aux fins d’exposition durant l’été 2023.

Merci à ceux qui auront la gentillesse de prêter leurs tableaux, de se faire connaître auprès de la Présidente de l’UTB, Marie-Françoise Rouzier – 06 07 56 52 81 ou par mail : uniontaurinebiterroise@gmail.com

ÉDITORIAL N°110 – 2022

Dis-moi quelque chose cher ami
Es-tu heureux dans ce monde moderne ?
Ou as-tu besoin de plus ?
N’est-il pas dur de rester soi-même ?

J’ai écouté plusieurs fois la chanson Shallow, Oscar 2019 de la musique du film A star is born interprétée par Bradley Cooper et Lady Gaga. J’ai choisi, pour répondre à ces questions basiques pour tout individu, de retenir volontairement Shallow dans sa signification qualificative : Superficiel. Ce n’est pas le sens choisi par le scénariste du film (surface) mais c’est celui qui s’adapte le mieux pour qualifier trop souvent le monde qui nous entoure quand l’homme oublie les fondamentaux que nous exige la vie en commun sur cette terre plutôt que de tous fuir la surface. Les évènements et les crises que nous vivons peuvent avoir des conséquences alarmantes surtout si nous rencontrons des situations engagées par des personnages (méprisables) trop superficiels, plutôt motivés par leurs ambitions que par les conséquences de leurs actes.

Le monde taurin français a du subir ces dernières années des déclarations calomnieuses des médias bien pensants, de certains représentants du monde politique ou de faux intellectuels engagés. Ils ont approuvé un individu superficiel qui a voulu profiter de sa situation, avantagée par sa dernière élection à l’Assemblée Nationale et d’écrivain ( ?) d’inspiration végane engagé pour essayer de porter un coup fatal aux traditions de notre peuple du Sud. Nous devons être persuadés que la corrida pourra faire face aux tentatives de ces philosophes destructeurs qui feraient mieux de s’organiser pour maintenir notre terre dans une dynamique positive et plurielle. Si face à eux nous nous inscrivons dans la superficialité, nous ne pourrons pas sauver nos forces et notre idéal face aux difficultés de ce monde et aux tendances destructrices de ceux qui veulent faire disparaître nos valeurs, pour des raisons qui relèvent en partie du wokisme qui oublie la vraie motivation de ses origines dans la cause Noire aux États-Unis.

Ceux des défenseurs de la corrida qui sont fermement convaincus dans leur pensée et dans leurs actes, doivent constituer logiquement les fondements de notre tradition. Nous serons d’autant plus fermes que le comportement des acteurs de ce combat sera fidèle à la sincérité du duel entre l’homme et le toro. Il est beaucoup plus désagréable de supporter l’incompétence du monde et de certains dirigeants qui nous gouvernent. Ils existent vraiment même si leurs arguments sont superficiels. En son temps, j’ai déjà dénoncé les termes abjects utilisés par le philosophe Michel Onfray. Il continue à se montrer aussi imbu de sa personne, haineux et dédaigneux tant vis-à-vis des aficionados que des toreros. Aymeric Caron et ses amis se sont trompés car au lieu de nous abattre, son projet nous a réveillés et nous a permis de montrer aux Français, plutôt indifférents et parfois contradicteurs, que notre volonté était sincère et défendable.

Nous avons su nous réunir, tant dans nos déclarations que dans nos manifestations dignes et maîtrisées, démontrant au Pouvoir notre authenticité de citoyen. Connaissant la détermination de certains de nos adversaires et leurs intérêts destructeurs, je n’osais y croire il y a 6 mois. Nous avons aussi démontré au monde taurin espagnol que nous savions réagir pour défendre notre histoire qu’ils avaient appelée en son temps la Fiesta Nacional et trop oublié de l’organiser pour la défendre.

Cet épisode parlementaire ne doit pas nous faire croire que nos adversaires vont abandonner leurs intérêts. Nous connaissons déjà leurs projets. Nous devons continuer notre démarche, je dirai même l’approfondir, tant dans ses fondements que dans son expression. Ne soyons pas superficiels car ce n’est pas un jeu. Nous devons être d’autant plus déterminés que nos acteurs du futur devront confirmer à l’avenir les valeurs exceptionnelles que l’on retrouve dans la corrida. Ceux qui sont fermement convaincus dans leurs actions et leurs déclarations, devraient maintenir sans peine notre aficion intense. Nous devons rester fermes dans nos engagements tauromachiques surtout si le comportement des acteurs de l’affrontement taurin est fidèle à l’authenticité du duel entre l’homme et le toro, fondement de notre vénération.

Nous terminons les semaines que nous venons de vivre assez rassérénés pour le futur proche de notre passion sur l’avenir du toro bravo qui n’aurait pu survivre pendant que notre misérable adversaire se préoccupait davantage de l’avenir des moustiques que de notre magnifique animal inégalé dans le monde. Il est vrai que les végans écologistes considèrent les bovins comme dangereux (!!!) pour leurs émanations de CO2 dans l’atmosphère, naturelles chez les ruminants. Et dire que certains de leurs gourous approuvent ces théories. Si c’est le plus grand danger pour le futur de l’être humain sur terre, je ne m’inquièterais pas trop pour mes petits-enfants et ma descendance. Après avoir repoussé cet argument mal intentionné de la pensée du groupe végan-spéciste, je tiens à magnifier la corrida, évènement né de l’Antiquité et l’évolution de l’histoire de ce bovin majestueux du Bassin Méditerranéen qui doit conserver son agressivité initiale pour maintenir l’admiration de notre jeunesse.

La quantité, la qualité et la volonté que nous montrent ces temps-ci les novilleros, sont les éléments majeurs de l’avenir alors que certains mettaient en cause les résultats des écoles taurines. Les craintes de l’uniformisation de la technique étaient une erreur. En fait, les exigences qualitatives du public actuel ne trouveront de réponse à l’avenir que parce que les fondamentaux seront bien assimilés dans un premier temps, avec l’appui indispensable du courage et de la sûreté avant l’épanouissement de leur personnalité, contrairement au découragement ou au désespoir de Jackson qu’interprète Bradley Cooper.
Si l’on écarte le danger précité par l’écologiste-végan Caron allié à la turpitude de certains groupes parlementaires, la temporada 2022 est marquée par plusieurs satisfactions et même de surprises tant par le niveau de la tauromachie réalisée par le Maestro de la Puebla que par l’aguante et la volonté exceptionnelles de Roca Rey, sans oublier son temple et son esthétique.

Ils remplissent les arènes tous les jours et El Juli aurait pu en faire de même si sa classe indéniable démontrée dans les grandes arènes face à des toros bravos dignes de cette appellation, avait été maintenue dans des lieux moins intéressants à ses yeux. Comme à Béziers face aux sosos et insuffisants Algarra que ses représentants nous ont imposé au lieu des La Palmosilla annoncés qui nous avaient étonnés à Pamplona. Nous avons d’autres toreros que ces trois figuras avec de grandes capacités mais elles doivent viser l’excellence pour maintenir le haut niveau. Je ne puis qu’approuver Léa Vicens lorsqu’elle déclare : Nous ne pouvons démontrer que la corrida est vivante qu’en remplissant les arènes. Si le monde taurin, qui détient le pouvoir d’engager les contrats des toreros au mérite pour combattre dans les ruedos, arrête leurs querelles superficielles et parvient à maintenir l’émotion unique du contact entre l’homme et le toro qui ne soit pas superficiel, nous pourrons imposer aux pouvoirs publics le maintien de la corrida dans nos terres de tradition.

Dans la chanson Shallow l’héroïne Ally demande à son compagnon Jackson dévoré par la drogue et l’alcool qui causeront sa perte : Est-ce si dur de rester soi-même ? (Ain’t it hard keeping it so hardcore). Malheureusement, trop ne résistent pas à la facilité et acceptent toutes les propositions commodes en préférant ne percevoir que la surface (superficialité) des choses et refusent de se battre pour leur profondeur. Pourtant Ally chantera l’espoir de l’arc-en-ciel pour conclure :
Somewhere over the rainbow
Le ciel ouvre une voie magique
Quand tous les nuages assombrissent le chemin
Il y a une route avec un ciel à trouver

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU –Édito n° 110 – 2022

ÉDITORIAL

« IL ÉTAIT UNE FOIS…« 

Cet intitulé fut longtemps utilisé pour présenter les histoires et les contes merveilleux pour les enfants. Traduit en anglais Once Upon a Time, il a maintenu cet usage. Il eut plus récemment, en 1968, une utilisation commerciale pour présenter le film de Sergio Leone aux États-Unis Once Upon a Time in the West alors que son metteur en scène aurait préféré la version italienne C’era una volta… il west. La musique originale du film d’Ennio Morricone est un grand classique resté dans notre mémoire. Chaque fois qu’elle sonne à mes oreilles je l’écoute avec nostalgie, avec les images de cette histoire, référence des évènements mystiques et symboliques de l’histoire de l’Ouest américain au XIXème siècle. Le film de Sergio Leone est basé sur l’arrivée du chemin de fer dans les territoires nouvellement conquis de l’ouest des states américains, avec des personnages typiques de l’arrivée de ce modernisme et de la création de richesses dans ces lieux désertiques : les travailleurs, le truand et ses complices, la belle et le héros vengeur et redresseur de torts accompagné de l’inoubliable musique de son harmonica. Ce titre évoque une époque symbolique d’un changement du monde. Cette musique et ces images m’ont inspiré pour ouvrir l’évocation (il était une fois) du monde de l’auroch vers le toro de combat jusque dans les régions du Sud en commençant dans les territoires orientaux pour évoluer vers l’ouest méditerranéen.

IL ÉTAIT UNE FOIS LE BOS TAURUS 

C’est l’histoire de l’évolution des contacts entre l’Urus, ancêtre de l’auroch (Bos Primogenus) et l’homme de Cro-Magnon (Homo Sapiens) dont le but était de tuer cet animal puissant et dangereux pour vivre grâce à la ruse et à la force du groupe tribal. Pendant l’Antiquité, les peuples qui vivaient en Perse, en Mésopotamie, ont laissé des traces de ces rapports et des sacrifices de l’animal-Dieu. Le dernier livre d’André Viard « La Chair et le Sens, une religion du taureau » présenté à l’UTB le 16 juillet 2021, décrit avec précision cette époque. Plus tard, l’homme-chasseur va attaquer l’auroch pour le tuer en utilisant son intelligence basée sur son courage.

L’un d’entr’eux va même montrer sur les murs des grottes, cette lutte basée sur l’esquive il y a près de 25 000 ans (Villars – Dordogne) Roc de Sers (20 000 ans) ou périr comme à Lascaux 17 000 ans. Plus tard, le chasseur-cueillir, l’homme, tout en se dirigeant vers l’ouest, devient agriculteur-éleveur en commençant à domestiquer l’auroch et ses troupeaux pour se déplacer. L’auroch retrouvé souvent sur les murs des grottes et le bison d’Europe (Bos Benassus Linaeros) veut se cantonner dans le nord/nord-ouest de l’Europe. Si le dernier auroch sauvage a été officiellement tué en 1620 par l’homme qui le chassait à cheval, les populations des zones polonaises ont pu sauver ce bison qui existe de nos jours à l’état semi sauvage. On peut les évaluer à quelques milliers répartis dans les pays de l’est. Au sud de nos territoires, le Biù de Camargue, le Betizu basque, la Massanaise des Pyrénées-Orientales et les toros ensillados (ensellés) de Navarre : Carriquiris que Goya a dessiné au XIXème siècle, sont des races qui ont peu évolué depuis des milliers d’années. Les races espagnoles semi sauvages de la Morucha de Salamanque et la Retinta d’Andalousie seraient plutôt le résultat de la domestication de l’auroch.
Les chercheurs considèrent que le Bos Primogenius a évolué aussi dans l’implantation de ces peuples vers l’Afrique du Nord (Bos Primogenus africains et le mauritanien). Les spécialistes espagnols pensent que cette branche de Bos africanas aurait fait un apport non négligeable en Espagne par le Détroit de Gibraltar au cours de la Préhistoire.

Le toro de combat ou toro de lidia est le résultat des échanges entre toutes ces races migratoires et la race spécifique ibérique qui s’installe surtout dans le Sud (Andalousie, Extremadura jusqu’aux limites des territoires de la Mancha). Dans la Tauromaquia, Goya montre le rôle majeur qu’ont joué les envahisseurs arabes pendant 5 siècles en utilisant ces Bos pour des jeux et combats sanglants. Après la Reconquista, les combats sont réservés aux seigneurs à cheval avec la lance comme ont pu le faire les seigneurs francs et wisigoths dans les forêts du nord et de l’est de l’Europe avec les aurochs. La décision du Roi d’Espagne Felipe V de nier ce droit à la jeunesse des nobles ibériques va être l’évènement majeur de la culture tauromachique en Espagne pour la faire évoluer vers la corrida. Il faut évoquer le rôle d’Hernan Cortes dans le rôle que va jouer la corrida dans l’implantation de nouvelles normes spirituelles dans les Amériques du Sud. En 1520, Hernan Cortes et ses compagnons espagnols s’emparent du Mexique pour le compte du Roi d’Espagne. Quelques années plus tard, il amène des toros pour le combat. En implantant la corrida de toros présentée aux populations indigènes comme un nouveau sacrifice opposé aux sacrifices humains pratiqués dans ces terres : il devint le Toro de Lidia.

Progressivement, les jeux pratiqués avec les toros de races hispaniques : Navarrais, Castilla, Salamanca et Andalous vont démontrer une agressivité au combat que la noblesse va affronter dans les Plazas Mayors ou les Plazas de Toros conçues à cet effet dans les pueblos. Les exemples les plus fameux de ces combats sont : Le Cid (Rodrigo Diaz de Vivar en 1090 ( ?) et l’Empereur Charles Quint dans la Plaza Mayor deValladolid en 1095. La disparition du combat à mort avec le toro sauvage et bravo dans les arènes pour les seigneurs espagnols va accentuer la volonté du combat à pied avec le picador, ancêtre de la corrida moderne. Le personnage le plus connu de cette période est Pedro Romero qui commença comme seconde épée dans la cuadrilla de son père Francisco Romero connu pour être l’inventeur de la mise à mort à l’épée avec l’aide de la muleta. Pedro Romero terminera comme Directeur de l’Ecole Taurine de Séville créée en 1830 par le Roi Ferdinand VI.

Ses meilleurs élèves, Pepe Hillo et Cuchares, vont inventer l’estocade al volapie alors que les Rondeños tuaient al recibir. La corrida va s’institutionnaliser avec les écrits des maestros de l’époque, Pepe Hillo et surtout Francisco Montes Paquiro qui écrivit en 1836 La Corrida completa o el Arte de Torear en Plaza. J’ai retrouvé une parution d’Alexis de Valon de 1846 dans la Revue des deux mondes qui continue de nos jours à paraître par des articles de qualité commentant les actualités. M. de Valon intéressé par les écrits de ses fameux prédécesseurs, Prosper Mérimée et Théophile Gautier, décide d’aller voir cette corrida à Madrid qu’il décrira dans La 10ème corrida de la temporada. Cet intellectuel voyageur français estime que l’ancienne tradition de combattre le taureau à la lance, interdite par Felipe V, est beaucoup moins dangereuse en comparaison avec l’actuelle intervention du lidiador qui pour tuer doit attaquer le toro de front, frapper en face, à une place donnée, en passant le bras entre les deux cornes. Valon nous décrit la course qui selon lui fut la plus belle de l’année : C’était un animal énorme, presque noir, dont chaque mouvement trahissait à la fois la force prodigieuse et la légèreté surprenante. Il nous décrit deux hommes exceptionnels à ses yeux : le picador Gallardo et le matador Chiclanero, neveu du grand Montes qui sauva la vie du varilarguero dans les affrontements terribles avec la cavalerie, le même toro tuant 3 chevaux. Pour lui, la scène de la mise à mort : C’est le moment de l’une des émotions les plus violentes qu’il soit possible de supporter. Le récit d’Alexis de Valon est passionnant. Cet homme, en plus des références visuelles de la corrida, s’est très bien informé sur les détails auprès des acteurs directs du spectacle et décrit et explique parfaitement la sauvagerie, l’agressivité et la puissance de ce toro bravo du XIXème siècle ainsi que le courage exceptionnel du picador Gallardo et l’habileté, la prestance, l’ardeur et l’héroïsme du torero El Chiclanero, notamment au moment de l’estocade. L’homme et la bête se mesurent avec une rage muette. En ce moment, votre cœur roule dans votre poitrine et votre respiration s’arrête.
C’est la corrida du toro bravo et de ses personnages principaux. Sans ces fondements, la corrida n’aurait pas existé et ne se serait pas maintenue. Sans cet animal exceptionnel et sans ces héros, nous n’aurions pas assisté de nos jours à la corrida : ce combat entre l’homme et le taureau sauvage. La corrida de toros continua selon les mêmes principes, basée sur la volonté d’affrontement pour le toro, la témérité et l’intelligence pour le torero.
Les seules évolutions sur les principes de la corrida jusqu’à nos jours ont été :
– l’apparition en 1920 du peto protecteur pour le cheval du picador alors que la corrida pouvait se terminer par une hécatombe de chevaux de pique ;
– plus tard dans les années 60, le marquage au fer des toros du dernier chiffre de l’année de naissance qui doit avoir 4 ans pour être considéré comme animal adulte et 6 ans maximum.
De 1850 à 1900, la corrida a suivi une lente évolution par l’éclosion de toreros majeurs qui ont marqué leur temps par leur technicité et leur personnalité face au toro. Je choisirai Bombita, Cuchares, El Espartero, Frascuelo, Guerrita, Lagartijo, Mazzantini… Le toro a évolué lentement dans sa bravoure par la volonté des ganaderos. Pour autant, il est toujours difficile à fixer pour des faenas maîtrisées pleinement par le torero.
Nous arrivons début du XXème siècle lorsqu’en 1908 un jeune sévillan connu du nom de Gallito se fait connaître à 13 ans dans les tientas en Andalousie. Il est le frère du matador Rafael El Gallo torero connu pour sa tauromachie inventive mais fantasque. Très précoce à 15 ans, Joselito El Gallo va occuper la première position dans le toreo de l’époque par sa facilité, sa connaissance et ses qualités physiques. On dit que les fameux Machaquito et Bombita se retirèrent du toreo face à cet adversaire exceptionnel.
En 1910, un jeune du barrio de Triana, Juan Belmonte, torée son premier becerro. Dès le début, il étonne tout le monde taurin par sa conception statique de positionner son corps face à l’animal, avec des gestes étonnants et impressionnants. A ses débuts, personne ne croit qu’il puisse maintenir cette tauromachie novatrice. En fait, la rivalité entre Jose Gomez Joselito et Juan Belmonte, dans leur tauromachie si différente, va bouleverser le public entre 1914 et 1920.

IL ÉTAIT UNE FOIS L’ÂGE D’OR DU TOREO

Les aficionados admiratifs de ces deux phénomènes vont assister à un changement total apporté par Juan Belmonte au toreo et au toro. Toujours impassible, il aurait déclaré que la bravoure du toro devait évoluer vers la noblesse. Dans les années 20, plusieurs toreros vont mourir des suites de leurs blessures en voulant suivre la tauromachie du Pasmo de Triana, Domingo Dominguin, le père de Luis Miguel et de la fameuse fratrie, abandonna les ruedos en 1922 et prend en main le jeune Domingo Ortega déclarant que la tauromachie de l’immobilisme de Juan Belmonte est insoutenable devant les toros de cette époque. Il formera la technique très personnelle du Maestro de Borox qui toréait en marchant avec une maitrise et une classe étonnantes.

C’EST LE TEMPS DE LA BRAVOURE ET DE LA NOBLESSE DU TORO

A partir de Manolete, la tauromachie va exploiter cette évolution du toro marquée par le stoïcisme et le toreo sacrificiel grâce au temple exceptionnel du Maestro de Cordoba. L’évolution de la bravoure vers la noblesse ne consiste pas à supprimer l’agressivité indispensable à la charge du toro, son galop, sa bravoure face au cheval. Il ne faut surtout pas en faire un adversaire tontito, mollasson et simplement obéissant. J’ai pu constater dans mon parcours d’aficionado, l’apparition des maestros qui ont fait faire une transformation étonnante à l’expression tauromachique exigeant des autres un effort pour les suivre.

J’ai personnellement admiré le toreo complet, tant à la cape qu’à la muleta, de Paco Camino avec un temple naturel moins compassé que celui du Faraon de Camas Curro Romero dont je reconnais la majesté que l’on ne retrouve pas chez ses élèves actuels, Diego Urdiales et le jeune Pablo Aguado. Rafael de Paula, lui, est resté inimitable dans son toreo de cape jerezano. L’arrivée en 1985 de Paco Ojeda a créé un choc important dans le monde taurin. La tauromachie d’Ojeda ne se limite pas à l’encinisme que l’on voit un peu trop de nos jours. Son toreo est empreint de puissance et de majesté.
Jose Tomas a voulu tout bouleverser dès son apparition à la fin des années 90 par son toreo fait de temple, d’immobilisme, en se positionnant dans le terrain du toro afin de l’obliger à charger sa muleta. Cette volonté a entraîné des blessures très graves qui l’ont certainement amené à arrêter précocement sa carrière. C’est le seul torero à remplir plusieurs fois de nos jours les arènes dans tous les pays des mondes taurins. Certains l’ont appelé l’extra terrestre, lui qui déclara : Quand je vais toréer, je laisse mon corps à l’hôtel. Il affronta le danger sans concessions ni artifices. La temporada 2022 exceptionnelle de Morante de la Puebla et la confirmation du jeune Andrès Roca Rey démontrent que la corrida est vivante. Ce n’est pas du passé même si les prédécesseurs créateurs étaient nécessaires.

Je conclurai qu’il existe cet art particulier dans nos terres du Sud depuis des siècles, issu d’une tradition d’admiration du toro de combat que les hommes exceptionnels, toujours régénérés, ont accepté de combattre depuis des siècles pour le magnifier, sans esprit de cruauté comme veulent le faire croire nos adversaires animalistes, végans, soutenus par des politiques opportunistes.
Je laisse à nos représentants de l’Observatoire National des Cultures Taurines et de l’UVTF le soin de prendre toutes les initiatives pour faire face à l’attaque ignoble d’un député végan et antispéciste dont la carrière à ce jour dans la presse et le petit monde du spectacle (?) démontre des à priori dangereux. Nous devons êtres prêts à toutes les actions pour défendre notre vie, même imparfaite et les souvenirs des pays de nos anciens.

Qu’em d’aqueth pais deus qui nos an aimat !! (Nadau)
Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimés !!

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – 2022
(Images extraites du catalogue de l’expo Tauromachies universelles de l’UVTF)

ÉDITORIAL – SEPTEMBRE 2022

QUE FERAIS-JE ? QUE FAIRE ?

Mes commentaires sur notre dernière Feria 2022 sont basés sur près de 60 ans de présence aux corridas dans les arènes du Plateau de Valras et de tous les pays de tradition taurine. De plus, j’ai participé directement à l’organisation de plus de cent spectacles majeurs (corridas et novilladas avec picadors) en France et en Espagne, de plusieurs manières : empresa, collaboration avec les comités des fêtes ainsi que dans notre ville sous forme de Régie Municipale.

Aficionado Biterrois, je souhaite que nos arènes enregistrent une amélioration dans la fréquentation du public pour conforter leur rentabilité, leur ambiance, la qualité des corridas et leur impact sur le public et sur l’image de la Feria. Je n’ai aucun intérêt personnel à l’organisation de l’activité taurine de nos arènes et je souhaite la réussite des empresarios choisis par la municipalité. Pour autant, je ne me désintéresse pas du type de fonctionnement qui à mes yeux, doit associer davantage l’aficion locale si on veut qu’elle participe à son succès et à son avenir. Cette année, certains Biterrois étaient à la Feria d’août de Dax… On ne motivera pas cette aficion par une annonce laconique des cartels sans aucune information ou consultation préalables de la base qui peut peser sur nos amis et les aficionados qu’il faut reconquérir. M. le Maire affirme son intérêt sur l’activité tauromachique des arènes, je puis le comprendre. La solution ne viendra pas toute seule. Le choix d’une empresa classique qui a été fait n’empêche pas ces professionnels de faire mieux participer l’aficion locale. Elle est sensée bien connaître les fondamentaux de son arène et de son public pour appuyer les démarches de l’organisation qui doit avoir le dernier mot sur les décisions finales, en pleine connaissance de tous les éléments du marché.

Pour mieux illustrer la situation, nous pouvons approfondir la dernière Feria. Elle nous a apporté beaucoup de déception avec les toros des figuras, tant les deux Bohorquez de Léa Vicens que les Victoriano qui étaient censés avoir le fond de race pour permettre à Manzanares et Andrès Roca Rey de briller pour lancer la Feria. Ces six toros ont déçu par leur tendance à rajarse en tablas (se défiler), refusant le combat et ne permettant pas de faena intéressante. Le 6ème donna illusion mais je considère que c’est Andrès qui sut le provoquer au début de sa faena de muleta par un enchainement magnifique et très risqué de 6 passes très ajustées. Positionné sur la ligne des Tercios, il sut provoquer et extraire le toro des barrières où il s’était réfugié comme ses congénères. Le toro, se sentant agressé mais dominé par cette volonté d’engagement total du jeune Maestro péruvien, a accepté le contact comme s’il n’avait pas d’autre alternative. Le torero aurait coupé les 2 oreilles après cet exploit sans les échecs à l’épée. Il faut noter que les Victoriano del Rio lidiés à Béziers ce 12 août sont certainement les plus décevants de cet élevage dans cette temporada. Je me rappelle avoir remarqué aux corrales l’attitude d’un fils de Victoriano que l’on pouvait, a posteriori, qualifier de soucieuse. L’élevage du toro bravo n’est pas une science exacte mais 4 sur 4 ! Pour vous parler des Algarra, ce sera bref. Ils ont montré, comme pouvaient le craindre les aficionados Biterrois, une soseria, une absence totale d’agressivité. Cela donne une corrida ennuyeuse, sans émotion d’autant plus que les toreros, dont El Juli, n’ont pas montré de volonté pour compenser cette absence de fiereza et un engagement que mérite le public. Conclusion : une tarde sans intérêt qui ne mérite pas le nom de corrida d’autant plus que le physique des toros était limité. Par ailleurs l’oreille coupée par Aguado ne vaut que pour les statistiques du jeune sévillan.

Après cette corrida, le public et l’aficion étaient très déçus. Heureusement, la corrida de Margé a confirmé ses nettes améliorations de bravoure, de mobilité et même de noblesse (4/6) qui ont permis au public de voir une corrida pleine d’agressivité et de mobilité dans un combat profond avec les toreros, comme les aime le public de Béziers. Je pense que les toros méritaient mieux même si Lopez Simon a confirmé son professionnalisme avec la volonté de maintenir son image de 2021 chez nous alors que Ferrera reste dans sa tendance trompeuse que je lui reproche malgré des exceptions.

La joie des Biterrois fut de retrouver un bon lot de Miura, tout en trapio, en charge et mobilité qui a permis des faenas à Lopez Chavès et Ruben Pinar. Le deuxième était plus compliqué mais surtout le 6ème qui a rendu au public la sauvagerie ancestrale des toros de Zahariche. Le public sortit enchanté des arènes et les Miura redonnèrent, après les Margé, cette émotion et ce combat qu’il attend. Je sais que certains aficionados ont même eu les larmes aux yeux de retrouver cette lutte ancestrale qui leur manquait avec leurs qualités et leurs défauts même s’ils ne permettaient pas tous aux toreros de triompher.

Devant ces constats trop typiques de nos arènes, la solution repose sur les ganaderos et les toreros qui doivent respecter nos arènes. Il faut aussi tenir compte de l’absence de Sébastien Castella, le grand Maestro de Béziers dont nous attendons le grand retour. Il devrait faciliter la constitution de cartels de haut niveau qui entraînent la présence de maestros avec la competencia nécessaire. Il est nécessaire de faire appel à des toreros attachés à nos arènes. Rappelons-nous à partir de 1970 les irremplaçables comme Paco Camino, Paquirri, Nimeño II, Espartaco, Richard Milian, Paco Ojeda, Damaso Gonzalez, Victor Mendez, Enrique Ponce, Sébastien Castella que le public a adorés.

En 2023, il y aura de nouveaux jeunes qui pourront entrer en concurrence chez nous pour créer une arène de référence. Nous pouvons citer Daniel Luque, Tomas Rufo, Paco Ureña, Juan Leal, Angel Tellez, Leo Valadez… et espérer l’alternative de Christian Parejo qui est apprécié du public biterrois.

Ce ne sont que des simulations qui s’attachent à démontrer que la relève existe, si certaines figuras ne montrent pas un intérêt pour nos arènes. Quant aux ganaderias, l’empresa doit en trouver correspondant au goût de notre aficion sans recevoir de vétos des toreros. Plusieurs ne sont jamais venues : Paralejo, Jandilla, El Pilar, Valdefresno (indulto Cara Alegre à Béziers), Pedraza de Yeltes et les Santa Coloma : La Quinta, Ana Romero, Rehuelga ou les anciens encastes revenus Jose Vazquez, Francisco Galache. C’est un problème de confiance et de respect avec l’empresa. Quand une ganaderia même fameuse n’a pas sept toros pour faire un lot homogène, elle ne doit pas l’embarquer comme Victorino et Miura qui malheureusement en 2017, perdirent leur mémorable ancienneté dans nos arènes. Ces corridas font beaucoup de mal auprès du public si elles se répètent ou les sauver comme cette année.

La corrida en France est en danger face à certaines alliances prêtes à tout pour des raisons politiques face au gouvernement alors que d’autres sujets de lutte et de défense ne manquent pourtant pas quand les Verts n’ont fait que 5% à l’élection présidentielle. En fait, ces médias et intellectuels parisiens et ces unions anti-nature, soucieux de leur pensée unique invariable, veulent la perte de nos traditions ancestrales du Sud, provençales, occitanes, catalanes, ibériques, je dirai même méditerranéennes et latines. Mon édito n’a pas d’autre but que de ramener plus de public dans nos arènes grâce à la qualité mais aussi par une démarche plus concertée entre les organisateurs et l’aficion, moteur indispensable si on sait la solliciter sur des objectifs précis.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – sept 2022