ÉDITORIAL NOVEMBRE 2018

EL MUNDO

Une vingtaine de sociétaires de l’UTB participa au voyage organisé par le club pour la Feria de San Isidro 1985. Les nuits madrilènes nous permirent de découvrir Les Chavorillos qui animaient avec succès le fameux cabaret « La Villa Rosa » sur la plaza Santa Ana. Les quatre jeunes chanteurs furent retenus par l’Union Taurine pour animer notre première bodega de feria située dans l’espace de l’ancien Trianon. Ils revinrent à Béziers pour d’autres Ferias et les Journées Taurines 1988. Miguel, le talentueux chanteur soliste du groupe, interprétait notamment « El Mundo » que fit connaître Sergio Dalma à la fin des années 80. Ces souvenirs restent toujours dans ma mémoire. Ils me rappellent tant de choses positives mais aussi tant d’amis disparus. J’ai toujours aimé cette chanson et je retiens aujourd’hui le texte de sa dernière strophe :

El Mundo
No se ha parado ni un momento
Su noche muere y llega un dia
Y ese dia vendra

Je trouve qu’il s’adapte parfaitement au monde qui nous entoure, lui laissant la possibilité de renaître comme le message d’amour du poète : Y ese dia vendra… Je me limiterai dans le Monde de la Tauromachie qui nous intéresse dans ces éditos. Il est loin d’être parfait. Nous nous préoccupons pour son avenir mais celui qui nous entoure l’est encore moins. La plupart des pays sur la terre d’aujourd’hui sont officiellement gouvernés par des régimes démocratiques… et la plupart s’en réclament. La Démocratie naquit à Athènes au VIème siècle avant JC, pendant une grave crise que vivait la cité. La démocratie athénienne ne naît pas d’insurrections populaires mais de l’engagement de citoyens en politique pour assurer l’unité de la cité. Ils surent la créer pour assurer cette unité dominée jusque là par de profondes injustices. Le thème est complexe car elle évolua des lois écrites par Dacron (610-620 avant JC) aux réformes de Périclès (451 avant JC) en passant par les réformes de Solon et Clisthène. Ce ne fut pas parfait mais c’est la première démarche connue dans le détail pour régler les lourdes différences qui marquaient leur civilisation.

Les gouvernants actuels devraient s’inspirer de cette partie de l’histoire des civilisations et de ses principes pour chercher des solutions pour mieux vivre ensemble. Le monde taurin n’échappe pas aux comportements injustes. La tauromachie est une tradition puissante qui touche les peuples du sud et ceux des Amériques hispanisantes à qui elle fut transmise. Elle est basée sur un équilibre instable. Le torero a besoin du public pour le soutenir, tant dans le ruedo face au toro que dans la vie, car sans lui, il n’existe pas. Pourtant le torero développe en lui un ego qui relève parfois de l’égoïsme lorsqu’il sort de sa situation d’homme public où il doit soigner son relationnel. Les personnes qui vivent professionnellement dans son entourage doivent pourtant avoir une solidarité de groupe importante et de fidélité vis-à-vis de son maestro pour que la cuadrilla fonctionne. Ce qui ne veut pas dire que la démocratie y fonctionne car l’interprète majeur, s’il écoute parfois les conseils de ses proches, doit décider et agir seul. Dans ce groupe uni, il existe pourtant des incompatibilités qui, à la longue, peuvent entraîner des ruptures. En fait, le maestro qui les jours de corrida joue sa vie dans le ruedo, seul face au toro bravo, développe automatiquement en lui un sentiment, parfois un comportement, individualiste. Il le cache le plus souvent mais j’ai pu le ressentir auprès de ceux que j’ai eu la chance d’approcher, sans remettre en cause cependant notre amitié. Après réflexion, je me suis rendu compte que c’était souvent une réaction inconsciente pour ces êtres qui pendant leur carrière doivent assumer seuls des instants extrêmes. Par le passé, le torero et son apoderado faisaient bloc pour affronter la loi du monde taurin et les empresas qui de nature ne font pas de cadeau. J’ai eu l’occasion de dénoncer l’évolution des rapports entre les empresarios et les toreros. J’ai évoqué la constitution de véritables « teams » de toreros rattachées directement à un groupe empresarial qui bloque une majorité des cartels des férias, avant même le début de la temporada. Trois groupes majeurs maîtrisent une majorité de toreros qui fonctionnent ainsi que les spectacles taurins directement avec la collaboration de simples satellites. Il est compréhensible que les toreros aient besoin de sûreté sur la qualité ou la quantité des corridas qu’ils vont affronter. Cela leur apporte la sérénité mais a malheureusement des conséquences sur la qualité et l’intensité du monde taurin que nous vivons, par l’absence de competencia entre les toreros et parfois même entre les empresas majeures qui se partagent le gâteau. La competencia a une double définition et peut entraîner un double comportement. D’une part, elle entraîne un affrontement (contienda) qui peut se traduire à titre physique ou psychologique entre deux personnes de deux groupes pour prendre le pouvoir en gagnant le combat et en dominant le monde qui l’entoure. D’autre part, elle entraîne aussi une rivalité saine entre ceux qui prétendent arriver à la même chose, aux mêmes objectifs. Si on veut limiter l’importance des conséquences, on parlera plutôt d’émulation qui s’adapte bien au monde taurin en général et surtout aux toreros.

Récemment, le maestro Ruiz Miguel qui ouvrit 10 fois la grande porte des arènes de Madrid, a déclaré « autrefois, nous nous gagnions le droit de toréer jour après jour. Maintenant, tout est engagé au préalable ». Cette situation est préjudiciable à la tauromachie qui demande cette competencia, cette saine rivalité qui n’empêche pas le respect mais pousse les toreros à s’engager tous les jours avec autant d’envie et de motivation pour gagner ou conserver sa place dans l’estime du public, pour l’intérêt des empresas à les engager dans leurs arènes. Le danger existe tous les jours dans le ruedo mais la volonté et la prise de risque née de cette competencia, sont indispensables pour motiver le public, l’aficion, tant avant que pendant et après la corrida. Ceux qui ont connu les tertulias d’antan savent de quoi je parle. Je puis comprendre que le torero recherche cette sécurité que peut lui apporter ce type d’accord, c’est humain d’autant plus qu’il assure aussi théoriquement des rémunérations. Même si les toreros de second niveau ont parfois des surprises au moment des liquidations en fin de temporada. Je n’ai pas l’espoir que le monde de la tauromachie devienne un monde de démocratie. Ce serait un contresens, tout du moins pour ce qui se passe dans le ruedo. Il serait souhaitable qu’il le soit en ce qui concerne son comportement vis-à-vis de son public qui le fait vivre. C’est lui qui doit savoir utiliser ses mouchoirs comme des votes sur le comportement des toreros mais qui doit savoir faire entendre SA VOIX sur ce qu’on lui propose ou sur ce qu’on ne lui propose plus. Devant le comportement de ce MONDE et de celui qui l’entoure, je ne devrais pas avoir beaucoup d’espoir, pourtant je conclurai quand même :

« Y ESE DIA VENDRA… »

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 67 – Novembre 2018

Éditorial Octobre 2018

ET MAINTENANT…

Nos amis Jacques Nougaret et Alex Bèges, toujours aussi passionnés par le passé de Béziers, de sa culture et de ses traditions, ont sollicité tous les représentants de l’aficion biterroise pour les aider à réaliser un livre sur l’Histoire des Arènes de Béziers, qu’ils souhaitaient fêter en 2018 sous le titre « 120 ans de Passion ». La partie réservée à la tauromachie représentera évidemment la majorité de cet ouvrage réalisé par l’éditeur local « Le Chameau Malin ». Les multiples autres activités et spectacles qu’a connu cet édifice emblématique de notre ville ne sont pas oubliés. Ces 120 ans comprennent les époques tragiques des deux guerres et de l’Occupation qui ont entraîné l’arrêt des spectacles taurins dans nos arènes pendant 15 ans. Malgré l’appel aux aficionados, c’est Hugues Bousquet qui a réalisé la première phase taurine des arènes de 1898 à 1944, alors que j’ai été chargé de la longue période d’après-guerre, de 1945 à 2018, hormis la période 1980-1984 traitée par Max Tastavy. Ce long travail de recherche et de rédaction a pu être réalisé grâce à la précieuse collaboration de Michel Mathieu et de notre secrétaire Marie-Françoise Rouzier sans laquelle je n’aurais pas concrétiser cette étude (comme pour les éditos). Nous pouvons faire confiance à l’expérience de nos amis Jacques et Alex, sans oublier leurs collègues habituels. Ils arriveront à présenter leur ouvrage le 8 décembre.
« Et maintenant que vais-je faire ?
De tout ce temps… »
Je n’ai pas l’intention, comme Gilbert Bécaud chanta sur les paroles de Pierre Delanoe, de vous dire
« Je n’ai vraiment plus rien à faire
Je n’ai vraiment plus rien… »

Certes, l’effet des ans et mes obligations de grand-père limitent mon activité, mais je vais essayer de continuer avec vous pour fignoler les détails du Musée Taurin qui s’améliore sans cesse et aider l’activité de notre association en défendant notre passion. Non, je ne répondrai pas à l’invitation des anti-corridas avérés de la FLAC à débattre et encore moins à dialoguer avec des personnages dont le but est de faire disparaître une de nos traditions du sud, si difficilement installée par nos ancêtres par le passé. Maintenant, ces gens-là avancent masqués, avec une couverture de démocrates convaincus. Ils ne sont plus violents, ils dialoguent… Il fut un temps, il y a près de 30 ans, certains aficionados et certains organisateurs, dont Simon Casas, se sont prêtés à ce type de débats orientés. Ce fut un dialogue de sourds où les insultes, les anathèmes, les mensonges représentaient le contenu majeur de ces réunions, de ces débats radiophoniques ou même télévisés. Je considère que c’était un attrape-couillon. Certes, maintenant, ils louent des salles, mêmes municipales, pour inviter la population et les aficionados à débattre. Ils se présentent culturellement corrects. Parlez à nos amis de Rodilhan où ils ont rassemblé encore récemment, une centaine d’individus venus de toute la France et même de pays voisins pour nuire violemment à un festival taurin dans une de nos régions de tradition par excellence. Dans les années 1980-2010, ils ont utilisé la violence et une intimidation vociférante pour essayer de nous fragiliser. Depuis que le législateur et les tribunaux les ont condamnés à plusieurs reprises, ils essayent d’amadouer les intellectuels et certains politiques bien pensants pour pervertir notre jeunesse en leur démontrant que leurs anciens étaient, ou sont, des barbares sanguinaires. Nous savons que la mouvance animaliste dispose de moyens financiers extérieurs importants, qui ne doivent pas venir de leurs cotisations, pour monter leurs coups de com ou amadouer la presse. Leur historique égérie tropézienne vient même de s’adresser officiellement au Président Macron pour qu’il fasse interdire la corrida. Ils savent que par les temps qui courent, l’image de terroristes ou de groupes dangereux est difficile à porter. Ils ont décidé de changer de méthode mais ne nous laissons pas manipuler. Certes, à Rodilhan, ils continuent à nuire et à mettre la pression pour désolidariser la population de l’aficion pour les nuisances apportées par « l’émeute de référence » qu’ils avaient montée en 2016. Les pouvoirs publics sont présents pour maintenir l’ordre mais quelles sanctions ? Ce n’est pas une manifestation légitime pour défendre le travail… Ce n’est pas une manifestation organisée par les locaux… Certains diront que l’autorité publique a d’autres chats à fouetter. En tant que défenseur de nos traditions du sud, de languedocien, je serai toujours présent, tant face à nos adversaires déclarés, que pour rappeler à nos responsables défaillants qu’ils ne défendent pas l’essence de la fiesta brava. Ils découragent les jeunes avides d’émotions vraies et le public en général qui progressivement risque de s’éloigner des arènes, notamment chez nous. Dans cette démarche, j’approuve les réactions des aficionados et des gens du sud contre la présence provocatrice d’une organisation d’anti-corridas dans la salle municipale, même louée, d’une ville de tradition taurine. Cette réaction est légitime. Il n’y a eu par contre aucune violence de la part des aficionados. Ils ont simplement fait connaître leur position. Certains nous diront qu’il ne faut pas faire la politique de la chaise vide. D’accord, mais pas pour dialoguer avec eux. Ne les ignorons pas. Montrons-leur par nos convictions et notre détermination par des images positives, comme l’aficion locale a su le faire par le passé, en faisant revenir vers nous les Biterrois qui s’éloignent à cause de nos disputes et de notre manque d’idées.
Demandons à ceux qui sont responsables de la corrida dans nos arènes, organisateur, municipalité, commission taurine, d’agir pour qu’ils motivent progressivement à nouveau le public, en rendant l’authenticité à la corrida. L’aficion devra alors être là pour les soutenir. La lecture du livre « 120 ans de passion » vous montrera qu’il y eut des périodes difficiles pour des raisons sérieuses (notamment l’économie de notre viticulture en 1907, 1919, 1980…) mais surtout par le manque d’intérêt de l’empresa. C’est toujours l’action des aficionados, des municipalités successives qui ont réagi, sauvé et relancé les corridas dans nos arènes. Elles sont devenues l’une des plus importantes du monde taurin et un lieu festif exceptionnel en maintenant une tradition forte de chez nous et en les faisant connaître aux visiteurs de notre région. Cette tradition était inscrite dans les gènes de nos anciens. A Béziers, depuis plus de 150 ans, ils ont adhéré pleinement à cette culture du taureau brave et à la volonté de l’homme de l’affronter. Ne les trahissons pas !
J’ai répondu rapidement à mon interrogation « Et maintenant que vais-je faire ? ».
J’espère que nous saurons tous nous retrouver avec la même motivation pour défendre cette tradition parmi celles qui sont menacées.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n°66 – Octobre 2018

ÉDITORIAL SEPTEMBRE 2018

OÙ S’ARRÊTERONT-ILS ?

Je suis préoccupé par les défaillances trop nombreuses du monde taurin au niveau de son manque de sincérité et de l’utilisation d’artifices, certes habituels dans le monde du spectacle, mais inappropriés à la corrida de toros. Nous ne devons pas la voir comme un spectacle banal mais comme une tradition universelle venue de la nuit des temps, qui est propre dans ses origines au Moyen Orient et aux peuples et taureaux du bassin méditerranéen. Je ne mets pas en cause les toreros qui ont payé trop souvent, par des blessures graves, leur courage et leur professionnalisme. Je mets en cause leur entourage qui malheureusement les perturbe par contagion et profite de façon abusive de leur suprématie sur le système. Je vous invite à lire la très intéressante plaquette réalisée par André Viard « La Course de Taureaux, un rituel de partage et de courage apparu avant le langage ». Les « taurinos » n’ont pas le droit de la galvauder pour des motivations trop souvent mercantiles. Ils doivent respecter toutes les composantes vivantes de ce « chef d’œuvre éphémère » (André Viard), les toros et ceux qui les élèvent, les hommes qui les affrontent, sans oublier le public qui a imposé cette tradition au pouvoir royal au XVIIème et surtout au début du XVIIIème siècle où la noblesse espagnole qui les combattaient à cheval l’avait abandonnée aux ordres de leur Roi. Au début du XIXème siècle, les toreros majeurs de l’époque de Pepe Hillo et Francisco Montes Paquiro, ont ordonné, grâce à leur prestige, un déroulement rationnel de l’affrontement de l’homme et du toro dans les arènes, limitant sa sauvagerie et ses désordres initiaux afin de lui donner une identité esthétique et même artistique, sans lui enlever sa sincérité et sa tragédie inhérente à la naissance de ce combat. Le comportement du monde taurin a permis que la corrida soit magnifiée grâce au courage exceptionnel, à l’intelligence des toreros et à l’évolution voulue par l’homme qui sélectionna progressivement le toro pour l’excellence de sa bravoure au point de démontrer sa noblesse dans le combat. Certes, tout n’a pas fonctionné idéalement, contrarié notamment par les guerres cruelles qui ont bouleversé l’Espagne et la France en affaiblissant l’élevage, portant atteinte à la magnificence du toro bravo. Cependant, des personnages exceptionnels, tant ganaderos que toreros, ont permis de sauver les fondements de cette « Histoire ».

Le monde actuel, gouverné par la communication et ses techniques parfois désinformatrices (financées par des intérêts lucratifs), nous amène journellement des nouvelles frelatées de tous bords, reprises malheureusement par les bien-pensants. D’une part, nous assistons à des déclarations irrespectueuses de certains qui vivent confortablement dans les villes, ignorant les difficultés de ceux qui peuplent et vivent de la nature. Ces gens-là trouvent dans les nouvelles philosophies du véganisme et de l’antispécisme, des illusions absurdes sur l’évolution de l’humanité, mais rassurent et induisent en erreur certains spectateurs béats sur leur place sur la terre, leur donnant une sensation « d’être bons » et se souciant à l’extrême des êtres vivant sur notre planète.

L’homme – son évolution, sa pensée, son intelligence – s’est implanté depuis son existence sur le globe terrestre en utilisant les propriétés basiques qu’il a découvertes dans les règnes animal, végétal et minéral, parfois il est vrai abusivement. Je ne rentrerai pas dans l’analyse fondamentale de ces nouvelles pensées. Il y a des techniciens, des philosophes confirmés et connus par leur sagesse qui, si vous le souhaitez, vous expliqueront leurs fondements et vous démontreront leurs absurdités très souvent dangereuses. L’ethnologue Jean-Pierre Bigard, les philosophes Alain Finkielkraut et G.K. Chesterton sont plus experts et plus talentueux que moi pour écrire sur ces dérives dangereuses. Cette liste n’est pas exhaustive. Mon souci est qu’une partie de la jeunesse actuelle se laisse convertir par cette démarche et rende notre vie et surtout l’avenir impossible et absurde en culpabilisant les individus fragiles. Il est vrai qu’une partie des jeunes de nos jours s’est laissé entraîner vers d’autres « paradis » qui profitent en fait à des intérêts économiques cachés ou pervers. Ne vous trompez pas. Toutes ces nouvelles tendances végans, antispécistes, animalistes sont poussées par des « incitateurs » qui apparaîtront quand ce sera le moment d’en profiter autrement. Cette évolution me paraît absurde mais je tiens à l’écrire car le danger existe et il est de notre devoir d’y résister, sans tomber comme eux dans des informations mensongères ou utopiques. Il est vrai qu’ils ne sont pas les premiers depuis que l’humanité consciente existe, mais maintenant, ils disposent d’une puissance d’information supérieure et complice. D’autre part, les pouvoirs publics réagissent peu (voyez chez nous les attaques inacceptables et dangereuses faites à tous les niveaux des professionnels de l’alimentation) ou au contraire, ils les encouragent comme dernièrement avec les ours face aux éleveurs qui vivent durement de leur travail. C’est plus facile de penser à ces gentils animaux pour les bobos qui vivent en ville et utilisent le monde rural pour leurs vacances. D’autre part, regardons chez nous aussi des déviances regrettables. Notre compatriote, organisateur d’évènements, Simon Casas que j’ai pu côtoyer professionnellement plusieurs fois dans le passé, est en train de jouer un jeu manipulateur en soufflant alternativement le chaud et le froid par ses projets d’organisation du monde de la corrida. Au mois de juillet, j’ai déjà manifesté mon désaccord sur sa décision de tirage au sort des élevages pour les toreros comme dans les phases finales de certaines compétitions sportives. C’est inadapté et une injure aux toreros. Maintenant, il annonce, toujours grandiloquent, que la prochaine San Isidro se fera sur le même système puisqu’il en sera encore le prochain organisateur. Par contre, le même jour, il souffle le froid comme pour éteindre les critiques en déclarant, en tant que Président du Syndicat des Empresarios, qu’il demande à ses collègues de ne plus apodérer de toreros « car cette pratique est néfaste à la corrida ». Il présente son objectif comme un souhait mais doute d’être suivi… Est-ce une manière de se donner bonne conscience alors que tous les aficionados avertis savent que l’Ecurie Casas 2018 comprenait, outre Castella qu’il apodérait officiellement, plus de cinq toreros « protégés ». Il est vrai que par le passé il a eu une activité d’apoderado marginale qui ne le passionnait pas. Simon avait déclaré en mai 2017 « Je suis le chef d’état de la tauromachie ». Il ne faut pas prendre toutes ses déclarations au sérieux. Nous commençons à le connaître depuis qu’il est sur le devant de la scène. C’est sa manière de comprendre sa communication, de faire le buzz pour employer un terme tendance (comme ils disent) mais il faut être cependant attentif car même si elles paraissent irréelles, ses déclarations ont un but. Cet homme est intelligent et de plus très habile. Ces déclarations arrivent à convaincre une partie de l’aficion de ses bonnes intentions. La solution qu’il nous propose n’est qu’une affaire de négoce dans un monde empresarial diminué par la disparition de grands personnages non remplacés (Manolo Chopera, Manuel et Jose Camara qui surent prendre la suite du fameux Pepe Camara, les frères Jose Luis, Eduardo et Pablo Lozano, Diodoro Canorea…) et l’absence d’une figura historique depuis la semi retraite de Jose Tomas. La Casa Matilla a cependant un rôle plus discret mais très influant sur le monde de ce négoce et le mexicain Balleres plante ses jalons. Certes, il existe des organisateurs et empresarios qui en douce protègent leur système au détriment de l’avenir de la corrida. Il en fait partie. Tout ce remue-ménage ne résoudra pas les dangers qui tournent autour de notre corrida : politiques, philosophiques et économiques.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – n° 65

ÉDITORIAL AOUT 2018

PEUT MIEUX FAIRE !

J’ai peu écrit, dans les derniers éditos, sur la situation des arènes de Béziers si ce n’est pour souhaiter que la qualité des spectacles se relève et espérer une participation plus importante des corridas de toros, notamment pour la féria biterroise qui nous intéresse au premier chef. Ma préoccupation, comme celle de la majorité des vrais aficionados locaux, est que la qualité et la fréquentation de nos arènes se rehaussent car elles baissent progressivement depuis 2005 et surtout depuis 2014, tant au niveau des cartels que de la sélection des élevages, de leur morphologie et de leur comportement dans le ruedo. Cette situation s’est encore aggravée en 2016 et surtout en 2017. L’inquiétude de la majorité des aficionados est d’autant plus grande que, durant la temporada, la presse locale nous a fait part des difficultés financières de l’empresa Margé, organisatrice dans nos arènes depuis près de 25 ans, en précisant qu’elle était proche du dépôt de bilan. Notre inquiétude était d’autant plus motivée que le calendrier 2018, avec un 15 août le mercredi, était peu propice à la programmation pour bien conclure le programme. De plus, l’environnement de la Feria, imposé par les mesures de sécurité dans les avenues et rues habituelles, complique l’organisation de la fête qui ne peut plus se dérouler dans la sérénité et l’esprit que nous avons connus. Je me suis volontairement abstenu de commenter le programme proposé pour la Feria 2018. Si le cartel d’ouverture avec Ponce et Castella en mano a mano incluait deux toreros importants, il ne me paraissait pas le plus attrayant, tant pour l’aficionado que pour le grand public. En fait, il manquait en particulier à Béziers : Andrès Roca Rey, José Maria Manzanares, sans parler du Juli qui sont plus à même d’attirer le public biterrois et de compléter les cartels des deux premières corridas avec une ou deux jeunes révélations, surtout pour les deux premiers cartels. Cet effet est de plus accentué par le mélange inattendu du cartel du dimanche : Padilla, Ferrera, Bautista.

La novillada du lundi, même si elle a été intéressante, a coupé la Feria en deux. La corrida de Rejon du mardi a proposé deux professionnels importants, Léa Vicens et le Maestro Pablo Hermoso de Mendoza et a donné une bonne image même si j’aurais préféré un cartel de 3 rejoneadors en incluant Andy Cartagena ou Diego Ventura. Cette dernière solution est difficile pour plusieurs raisons. Pourtant, le public n’a pas mal réagi à cette proposition. La corrida de clôture avec les Pedraza de Yeltes était intéressante pour remplacer les traditionnels Miura très décevants notamment en 2017. Bonne idée mais le cartel à mes yeux aurait dû être complété par un torero plus intéressant pour accompagner Escribano. En ce qui concerne le résultat artistique et émotionnel, il y eut des sensations très variables. Ennui total du mano a mano du samedi avec le comportement fade et inintéressant des toros de Garcigrande qui ne permirent pas aux deux toreros de montrer leurs qualités. Le public resta digne même si c’était un très mauvais début. Contrairement à la corrida de 2017, les toros de Nuñez del Cuvillo furent appréciés, tant pour leur comportement (4 sur 6) que pour leur morphologie. Le cartel a contra estilo et les jugements intransigeants, mais justes, de la Présidence, ne permirent pas au public de se retrouver dans ce mélange inhabituel. Il n’y eut pas vraiment de sensations fortes, sincères et profondes, tant par le comportement excessif de Padilla que par l’absence de vraie concurrence entre ces 3 toreros. Cela enleva une réelle dimension à cette corrida. Il y eut des oreilles mais jamais de lien vraiment émotif dans l’ensemble du spectacle proposé. Si la novillada du Tastevin d’Argent permit de découvrir un novillero d’avenir, le mexicain Diego San Roman, nous n’oublierons pas le méritant André Lagravère et le local Carlos Olsina qui ne conclura pas ses efforts méritoires à l’épée. Mes commentaires sur la corrida de rejon seront brefs. Je manque de références sur ce genre de spectacle taurin. Il y eut des oreilles, le public fut satisfait et la fréquentation similaire à celle des 3 corridas traditionnelles, ce qui démontre la baisse de l’aficion à la corrida ou le manque d’intérêt pour les deux premiers cartels proposés. Il était normal que le 15 août cette année soit défavorisé. Selon certains, la fréquentation moyenne des corridas de la feria 2018 s’est limitée à 6500 spectateurs, soit environ la moitié de la capacité des arènes de Béziers : 12 500 places. Je pense que le prix des places nuit aussi à sa fréquentation. Je ne vais pas vous ennuyer par des détails qui sont facilement vérifiables sur internet pour chaque arène française de 1ère catégorie. La comparaison avec Dax et Mont-de-Marsan qui présentèrent des cartels similaires à ceux de Béziers, parfois même un peu plus complets, avec une capacité maximum de 8000 places environ, n’est pas à notre avantage. Le prix des places y évolue suivant chaque rang à partir de la Barrera alors qu’il est le même sur les 8 premiers rangs à Béziers. Le prix moyen des places, ombre et soleil, est inférieur de 20 à 30% à celui de Béziers. Nous savons que ces différences significatives sont surtout dues au taux de TVA appliqué, au prix de vente des billets entre les gestions privées (Nîmes, Arles et Béziers) et les gestions publiques (Régies) à Dax, Mont-de-Marsan et Bayonne. C’est un fait qui existe depuis plusieurs années et c’est un choix. Cela n’a pas empêché nos arènes de se remplir plusieurs fois entre 1985 et 2005. La situation économique générale a aussi des effets indéniables sur l’ensemble de ces résultats et de ces constatations qui rendent plus sensible le prix des places. La qualité et la variété des spectacles proposés ont aussi leur influence sur les décisions des aficionados et des habitués, d’autant plus que dans les arènes concernées par la gestion publique, les aficionados sont souvent impliqués ou consultés dans la constitution des cartels ou le choix des élevages. Vous avez certainement entendu comme moi, surtout depuis 5 ans, les commentaires désabusés d’une partie du public biterrois après les corridas, qui en arrive à exprimer un doute sur sa participation future, notamment même cette année après la corrida du mano a mano Ponce-Castella attendu et décevant, surtout à cause des toros. En ce qui concerne cette dernière Feria, je conclurai comme dans l’appréciation du professeur des écoles « Peut mieux faire ». Les lots de toros de Cuvillo et de Pedraza de Yeltes ont relevé la note. Heureusement ! Mais j’ajouterai plutôt « Doit mieux faire » comme le professeur qui juge l’élève qui se trouve dans une situation délicate pour se maintenir au niveau. Nous sommes dans une situation dangereuse et difficile qui peut mettre en cause l’avenir des prochaines années, alors que certains intellectuels bien pensants, les extrémistes animalistes, les politiques à la recherche de voix, certains médias dans la mouvance, nous « veulent du mal ». Nos arènes ont connu par le passé des époques difficiles. Ce n’est pas une raison de ne pas réagir alors qu’il est encore temps. La Feria de Béziers mise en place difficilement en 1968, a pris un régime de croisière intéressant à partir de 1982. Ne détruisons pas tous ces efforts réalisés. Reprenons-nous !
« Doit mieux faire » !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n°64

 

ÉDITORIAL JUILLET 2018

NO ESTABA COMODO !

Nous avons appris par la presse taurine espagnole, que le Maestro Curro Vazquez vient de déclarer « me voy porque no estaba comodo ». Cette déclaration accompagnait l’annonce de la cessation de son contrat avec l’empresa Plaza 1 de Las Ventas de Madrid dont il avait le titre de directeur institutionnel et artistique. En fait, je sais, pour l’avoir vécu à titre personnel, que Curro Vazquez avait, au moins au début 2017, dans l’organigramme effectif de Plaza 1, la responsabilité des prises de contact et les négociations des contrats avec les apoderados des toreros. La précision de la réponse du maestro madrilène, si on l’introduit dans son contexte castellano, signifie dans son usage traditionnel « je ne suis pas à l’aise dans ce costume ». Il est bien évident que Curro voulait dire : je ne suis pas d’accord pour le rôle que l’on me fait jouer. Il aurait pu dire aussi : no estoy a gusto en vuesta empresa. Je ne pense pas que la raison soit financière mais qu’elle concerne plutôt le rôle qu’il est amené à jouer ou, en particulier, son désaccord sur l’annonce que vient de faire Simon Casas pour la constitution des cartels de la prochaine feria d’octobre : tirage au sort préalable par les toreros des ganaderias à combattre : Puerto de San Lorenzo, Adolfo Martin, Victoriano del Rio, Fuente Ymbro (pour le moment…). Il faut reconnaître que ce montage médiatique annoncé par Casas qui, ne l’oublions pas, revendique le titre d’organisateur d’évènements, n’est qu’une nouvelle forme de communication démagogique, en y incluant en plus le détail que le tirage au sort se fait en public, en présence des représentants d’aficionados, comme pour le tirage au sort de la Coupe du Monde. Je comprends que dans les bureaux ou dans les hôtels, un empresario réuni avec leurs représentants, essaye de proposer aux toreros des ganaderias inhabituelles. Dans cette nouvelle démarche médiatisée si le torero refuse, qui va jouer le premier rôle ? Le beau rôle va toujours à l’empresa organisatrice de cet évènement. Le torero n’est pas un professionnel comme un autre. Autant je peux être exigeant pour leur actuation dans le ruedo, autant j’estime que c’est une profession hors du commun qui demande une certaine intimité, une certaine sensibilité, du respect, tout du moins jusqu’à ce que sa décision soit prise. Le torero doit soigner son image, sa communication mais pas à n’importe quel prix. Certains d’entre eux l’oublient. Curro peut se trouver mal à l’aise après cette décision. Ce comportement ne correspond pas à sa tradition de torero et d’homme de tauromachie pendant 50 ans, d’autant plus qu’il a certainement était choisi par Plaza 1 comme image qualitative représentative de Madrid. La plupart des autres toreros qui font partie du team Casas, en dehors de Sébastien Castella, sont représentés par des collaborateurs de l’empresa. Cela ne peut pas être le cas de Curro, surtout vis-à-vis de Cayetano Rivera Ordoñez qu’il apodère, torero d’une grande personnalité dans le ruedo et qui porte en plus un nom prestigieux. J’ai pu écrire récemment ce que je pense de cette nouvelle organisation du monde empresarial et apoderamiento confondu, qui n’a d’autre objet que de manier les toreros en dehors des cinq figuras qui gardent des représentants indépendants. Un torero n’est pas un homme de spectacle comme les autres. Un chanteur, tout en étant professionnel d’exception parfois (il en reste peu à mon goût), n’a à aucun moment la responsabilité et la pression de se jouer la vie en direct devant 20 000 personnes à Madrid, sans oublier la télévision. Le torero doit être fidèle à sa sensibilité et à son expression, tout en conservant la maîtrise de son adversaire. Il doit adhérer totalement à sa présence dans le ruedo. Je comprends tout naturellement la nécessité pour l’organisateur de rentabiliser son activité dans les conditions difficiles du monde taurin actuel. Mais je comprends aussi qu’un maestro à l’ancienne, comme Curro, qui a vécu dans la recherche d’une expression artistique dans sa propre tauromachie, ne puisse accepter l’évolution mercantile proposée par Plaza 1 en créant l’évènement, le BUZZ du tirage au sort préalable des ganaderias. C’est pervers et ce n’est motivé que par le côté évènementiel tant recherché. Comment se prêter dans ces conditions à un jeu hasardeux qui ne s’accorde pas avec la tauromachie. A mes yeux, le différend vient du principe lui-même, plus que de la différence des difficultés des ganaderias. Le comportement des organisateurs de Madrid est à mes yeux déplacé.

La Feria de Béziers 2018 est là, après cinquante ans de succès, d’émotions, de déboires et de déception de voir nos arènes perdre leur image. Nous lui souhaitons sincèrement un grand succès. Nous en avons besoin.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n°63 – Juillet 2018