ÉDITORIAL – SEPTEMBRE 2022

QUE FERAIS-JE ? QUE FAIRE ?

Mes commentaires sur notre dernière Feria 2022 sont basés sur près de 60 ans de présence aux corridas dans les arènes du Plateau de Valras et de tous les pays de tradition taurine. De plus, j’ai participé directement à l’organisation de plus de cent spectacles majeurs (corridas et novilladas avec picadors) en France et en Espagne, de plusieurs manières : empresa, collaboration avec les comités des fêtes ainsi que dans notre ville sous forme de Régie Municipale.

Aficionado Biterrois, je souhaite que nos arènes enregistrent une amélioration dans la fréquentation du public pour conforter leur rentabilité, leur ambiance, la qualité des corridas et leur impact sur le public et sur l’image de la Feria. Je n’ai aucun intérêt personnel à l’organisation de l’activité taurine de nos arènes et je souhaite la réussite des empresarios choisis par la municipalité. Pour autant, je ne me désintéresse pas du type de fonctionnement qui à mes yeux, doit associer davantage l’aficion locale si on veut qu’elle participe à son succès et à son avenir. Cette année, certains Biterrois étaient à la Feria d’août de Dax… On ne motivera pas cette aficion par une annonce laconique des cartels sans aucune information ou consultation préalables de la base qui peut peser sur nos amis et les aficionados qu’il faut reconquérir. M. le Maire affirme son intérêt sur l’activité tauromachique des arènes, je puis le comprendre. La solution ne viendra pas toute seule. Le choix d’une empresa classique qui a été fait n’empêche pas ces professionnels de faire mieux participer l’aficion locale. Elle est sensée bien connaître les fondamentaux de son arène et de son public pour appuyer les démarches de l’organisation qui doit avoir le dernier mot sur les décisions finales, en pleine connaissance de tous les éléments du marché.

Pour mieux illustrer la situation, nous pouvons approfondir la dernière Feria. Elle nous a apporté beaucoup de déception avec les toros des figuras, tant les deux Bohorquez de Léa Vicens que les Victoriano qui étaient censés avoir le fond de race pour permettre à Manzanares et Andrès Roca Rey de briller pour lancer la Feria. Ces six toros ont déçu par leur tendance à rajarse en tablas (se défiler), refusant le combat et ne permettant pas de faena intéressante. Le 6ème donna illusion mais je considère que c’est Andrès qui sut le provoquer au début de sa faena de muleta par un enchainement magnifique et très risqué de 6 passes très ajustées. Positionné sur la ligne des Tercios, il sut provoquer et extraire le toro des barrières où il s’était réfugié comme ses congénères. Le toro, se sentant agressé mais dominé par cette volonté d’engagement total du jeune Maestro péruvien, a accepté le contact comme s’il n’avait pas d’autre alternative. Le torero aurait coupé les 2 oreilles après cet exploit sans les échecs à l’épée. Il faut noter que les Victoriano del Rio lidiés à Béziers ce 12 août sont certainement les plus décevants de cet élevage dans cette temporada. Je me rappelle avoir remarqué aux corrales l’attitude d’un fils de Victoriano que l’on pouvait, a posteriori, qualifier de soucieuse. L’élevage du toro bravo n’est pas une science exacte mais 4 sur 4 ! Pour vous parler des Algarra, ce sera bref. Ils ont montré, comme pouvaient le craindre les aficionados Biterrois, une soseria, une absence totale d’agressivité. Cela donne une corrida ennuyeuse, sans émotion d’autant plus que les toreros, dont El Juli, n’ont pas montré de volonté pour compenser cette absence de fiereza et un engagement que mérite le public. Conclusion : une tarde sans intérêt qui ne mérite pas le nom de corrida d’autant plus que le physique des toros était limité. Par ailleurs l’oreille coupée par Aguado ne vaut que pour les statistiques du jeune sévillan.

Après cette corrida, le public et l’aficion étaient très déçus. Heureusement, la corrida de Margé a confirmé ses nettes améliorations de bravoure, de mobilité et même de noblesse (4/6) qui ont permis au public de voir une corrida pleine d’agressivité et de mobilité dans un combat profond avec les toreros, comme les aime le public de Béziers. Je pense que les toros méritaient mieux même si Lopez Simon a confirmé son professionnalisme avec la volonté de maintenir son image de 2021 chez nous alors que Ferrera reste dans sa tendance trompeuse que je lui reproche malgré des exceptions.

La joie des Biterrois fut de retrouver un bon lot de Miura, tout en trapio, en charge et mobilité qui a permis des faenas à Lopez Chavès et Ruben Pinar. Le deuxième était plus compliqué mais surtout le 6ème qui a rendu au public la sauvagerie ancestrale des toros de Zahariche. Le public sortit enchanté des arènes et les Miura redonnèrent, après les Margé, cette émotion et ce combat qu’il attend. Je sais que certains aficionados ont même eu les larmes aux yeux de retrouver cette lutte ancestrale qui leur manquait avec leurs qualités et leurs défauts même s’ils ne permettaient pas tous aux toreros de triompher.

Devant ces constats trop typiques de nos arènes, la solution repose sur les ganaderos et les toreros qui doivent respecter nos arènes. Il faut aussi tenir compte de l’absence de Sébastien Castella, le grand Maestro de Béziers dont nous attendons le grand retour. Il devrait faciliter la constitution de cartels de haut niveau qui entraînent la présence de maestros avec la competencia nécessaire. Il est nécessaire de faire appel à des toreros attachés à nos arènes. Rappelons-nous à partir de 1970 les irremplaçables comme Paco Camino, Paquirri, Nimeño II, Espartaco, Richard Milian, Paco Ojeda, Damaso Gonzalez, Victor Mendez, Enrique Ponce, Sébastien Castella que le public a adorés.

En 2023, il y aura de nouveaux jeunes qui pourront entrer en concurrence chez nous pour créer une arène de référence. Nous pouvons citer Daniel Luque, Tomas Rufo, Paco Ureña, Juan Leal, Angel Tellez, Leo Valadez… et espérer l’alternative de Christian Parejo qui est apprécié du public biterrois.

Ce ne sont que des simulations qui s’attachent à démontrer que la relève existe, si certaines figuras ne montrent pas un intérêt pour nos arènes. Quant aux ganaderias, l’empresa doit en trouver correspondant au goût de notre aficion sans recevoir de vétos des toreros. Plusieurs ne sont jamais venues : Paralejo, Jandilla, El Pilar, Valdefresno (indulto Cara Alegre à Béziers), Pedraza de Yeltes et les Santa Coloma : La Quinta, Ana Romero, Rehuelga ou les anciens encastes revenus Jose Vazquez, Francisco Galache. C’est un problème de confiance et de respect avec l’empresa. Quand une ganaderia même fameuse n’a pas sept toros pour faire un lot homogène, elle ne doit pas l’embarquer comme Victorino et Miura qui malheureusement en 2017, perdirent leur mémorable ancienneté dans nos arènes. Ces corridas font beaucoup de mal auprès du public si elles se répètent ou les sauver comme cette année.

La corrida en France est en danger face à certaines alliances prêtes à tout pour des raisons politiques face au gouvernement alors que d’autres sujets de lutte et de défense ne manquent pourtant pas quand les Verts n’ont fait que 5% à l’élection présidentielle. En fait, ces médias et intellectuels parisiens et ces unions anti-nature, soucieux de leur pensée unique invariable, veulent la perte de nos traditions ancestrales du Sud, provençales, occitanes, catalanes, ibériques, je dirai même méditerranéennes et latines. Mon édito n’a pas d’autre but que de ramener plus de public dans nos arènes grâce à la qualité mais aussi par une démarche plus concertée entre les organisateurs et l’aficion, moteur indispensable si on sait la solliciter sur des objectifs précis.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – sept 2022

«QUAND LES TOREROS VEULENT… »

Les 6 premiers mois de la temporada en cours m’ont apporté de grandes satisfactions qui peuvent nous procurer un rêve d’avenir si l’on se réfère à ces dernières années du monde taurin. Pendant cette période, j’ai pensé que les deux toreros majeurs, à mes yeux, de ce début des années 2000 n’avaient pas apporté leur vrai potentiel dans nos plazas. Certes, Juli depuis sa carrière triomphale de novillero et après son alternative, a démontré une intelligence, une maîtrise, une puissance qui lui ont permis de battre dans les premières années les records quantitatifs de triomphes en remplissant les arènes. Je regrette par la suite ses misérables querelles matérielles avec les empresas entraînant avec lui quelques collègues majeurs. Je pense que ce n’était pas son rôle, même avec un monde empresarial taurin défaillant à plusieurs titres. Les aficionados, dans leur majorité, n’ont pas compris cette démarche qu’ils ont ressentie comme égoïste. Il aurait fallu une mise en cause globale incluant ganaderos et aficion pour être efficace. Il aurait pu utiliser son prestige d’une autre manière pour apporter ce renouveau nécessaire, autre que celui du pouvoir financier, qui n’a pas été obtenu. Ils ont même desservi à mes yeux la cause de la corrida. Juli alternera trop souvent des triomphes faciles et des banalités ayant pour conséquence un découragement du public qui ne lui trouvait plus sa puissance et son alegria caractéristiques. Si progressivement depuis 2010, Juli a pris une autre attitude, c’est surtout à mes yeux depuis le début de la temporada que nous vivons qu’il a montré un très haut niveau, tant par ses recours techniques qu’il n’avait pas vraiment perdus, mais surtout poussés à l’extrême par l’envie qu’il démontre notamment dans les grandes ferias. Je me rappelle voir à la télévision en direct à la Feria de Séville, El Juli avant le paseo avec Manzanares et Aguado. J’ai remarqué sur son visage, dans son attitude, une détermination de bête fauve qui ne laissa aucun doute sur le fait qu’il allait les manger. Ce fut le cas.

Le cas de Morante est encore plus étonnant. Le Maestro de la Puebla nous a montrés pendant 20 ans d’alternative, un comportement si irrégulier, paraissant désintéressé au point de le rendre parfois désagréable. Dans l’édito de septembre 2021, j’ai attiré l’attention sur les mots qui le caractérisent actuellement à mes yeux : torero génial. Effectivement, depuis ces dernières années, Morante a démontré un changement brutal dans sa manière d’être. Progressivement, il s’est comporté comme s’il avait compris que sa classe, hors du commun, lui imposait de donner un autre niveau à sa tauromachie. Il est devenu ce torero génial responsable tant vis-à-vis du public que je l’espère, par nécessité de relancer le monde taurin tellement indispensable à sa survie. Cette situation ne peut que nous préoccuper alors qu’en Espagne le monde taurin est confronté au gouvernement de Pedro Sanchez II (PSOE – Unidas – Podemos) avec des accords avec les indépendantistes qu’il confirme par ses actes avec l’appui des animalistes, malgré la protection trop souvent théorique du Tribunal Constitutionnel. Il faut quand même constater le maintien de la corrida à Palma de Majorque. Quand on veut…
Le monde empresarial a sa part de responsabilité dans cette situation, d’autant plus qu’il est confronté au comportement illégal (Gijon…) de quelques maires. Je pense que la meilleure des solutions, en dehors des aides pour les éleveurs et pour les novilladas, est le comportement des toreros figuras pour ramener un public fidèle dans les arènes.

Quelle joie de voir ces jours-ci les arènes de Pamplona et les encierros. Cette passion existe surtout quand elle est soutenue par un comportement exemplaire des toreros ainsi que des toros comme ceux de Victoriano del Rio, la Pamosilla, Jandilla… alors que pourtant le pouvoir navarrais, en accord avec les Basques de Bildu, a un comportement ambigu.

En France, les déclarations contre la corrida des élus sont plus discrètes en dehors des animalistes englobés dans Nupes qui préparent un projet de loi. Le président Macron et les autres partis ont déclaré leur soutien à la corrida dans les zones de tradition. Merci à ceux qui, chez nous, ont mis en place un système qui nous a permis de nous défendre par une création institutionnelle comme l’UVTF. Malheureusement, nous n’empêcherons pas les déclarations inacceptables de quelques extrémistes peu nombreux et bruyants, notamment à Béziers. Je pense, comme plusieurs, que nous devons réagir avec les moyens légaux pour démontrer à la population les vraies motivations de ce groupe qui fait de la désinformation sans aucun scrupule, profitant de la complicité de la presse locale. Les dernières enquêtes sérieuses démontrent que dans les zones de tradition, la population, nettement majoritaire, souhaite que les politiques ne touchent pas à la corrida : chez nous pas de débat, c’est oui !!

Je suis beaucoup plus inquiet sur la situation aux Amériques avec un comportement agressif d’une partie des pouvoirs publics (issus des mouvements révolutionnaires) surtout dans les capitales : Caracas, Bogota ( ?), Quito… Un juge vient même de fermer les arènes de La Mexico suite à une plainte déposée par une association. Quand on sait le peu de volonté et d’efficacité que les pouvoirs publics, la justice et la police démontrent dans ce pays pour protéger les êtres humains et leurs biens contre les mafieux ! Le monde est-il sérieux ? Espérons que l’appel auprès d’autres instances sera efficace et que les temps puissent changer… Le Mexique est une grande nation taurine. En fait ce mouvement correspond plus à une attitude que l’on peut considérer comme anti espagnole, typique du chavisme, qu’à la corrida de toros proprement dite.

Il est vrai que depuis quelques temps la lassitude ou l’âge m’amène à aller moins aux arènes, notamment pour des ferias parfois trop longues à mes yeux. Je choisis mes déplacements par goût personnel qui tient à des souvenirs, à des amitiés avec des aficionados locaux ou voir toréer des toreros de connaissance. Il est vrai que, par ailleurs, internet ou les télévisions espagnoles nous permettent de suivre l’actualité avec plus de facilité que par le passé.
Lors de mon voyage à la Feria de Cordoba avec l’UTB pour le jumelage avec le Circulo Taurino, j’ai pu admirer une tarde exceptionnelle du rejoneador Diego Ventura et de Morante, avec des gestes géniaux, un engagement, une prédisposition, une manière d’être, une envie de triompher rarement égalée. Était-ce le moment, le lieu symbolique : la Plaza de los Califas. Juli et Morante ont montré aussi à Las Ventas pour la San Isidro des tardes parmi les meilleures de leur carrière, étonnant une partie du public. Ils atteignirent ce niveau à Pamplona et à Burgos particulièrement pour le maestro sévillan. J’espère ne pas me tromper, tout cela n’est pas du hasard. Le public, l’aficion ont aussi un rôle à jouer dans cet éventuel renouveau. Quelques jours plus tard dans les arènes de Las Ventas où l’UTB a présenté avec Pepe Puente Jerez l’exposition exceptionnelle du 8 juillet au 18 septembre pour le 75ème anniversaire de la mort de Manolete, je suis allé au Tendido 5 regarder la corrida de la tarde. J’étais voisin du Tendido 7 des insupportables aficionados qui se veulent connaisseurs avec leurs a priori. J’ai été témoin de l’engagement extrême mais lucide, sans perdre sa maîtrise, du jeune Maestro Roca Rey.

17 juillet 2022 – Roca Rey à Lunel face à un Nuñez del Cuvillo

Pourtant, les interventions bruyantes des spectateurs du 7, insuffisamment couvertes par les spectateurs de l’ombre qui ne les acceptaient pas. Son adversaire de Fuente Ymbro puissant et manso perdido s’était réfugié aux tablas, entre la porte du toril et la porte du paseo. Le jeune péruvien, impassible, parvint à le maîtriser, à le toréer véritablement malgré ses réactions dangereuses et imprévisibles. Certes, il perdit les trophées à cause de plusieurs échecs à l’épée alors qu’il avait démontré une maîtrise, un courage impressionnant qui méritaient l’appui de tout le public pendant la faena. Malheureusement, ces inqualifiables du Tendido 7, heureux d’avoir perturbé un torero important, ont conforté une décision qui me coûtera : ne plus assister à une corrida à Las Ventas. Qu’attend le reste du public madrilène compétent pour faire taire ceux qui croient, se basant sur des théories erronées, dans une plaza représentative comme Las Ventas ?

J’ai remarqué aussi des faits exceptionnels qui par leur envie et leurs qualités techniques me redonnent l’espoir, parmi les novilleros. En premier, j’ai remarqué le jeune mexicain Isaac Fonseca qui a réalisé déjà en 2021 une temporada d’exception avec son triomphe dans la Finale Nationale de la Ligue des Novilleros en coupant trois oreilles, suivies de trois oreilles et la queue dans les arènes toristes de Cadalso de los Vidrios et l’Alfarero de Oro de Villafranca de la Segra. Dès le début 2022, l’ouragan Fonseca continua ses actuations triomphales. Blessé le 25 juin avec une fracture à la mâchoire et deux légères cornadas après avoir coupé une oreille dans la Finale des Triomphateurs de Las Ventas, il a coupé 4 oreilles à Pamplona à dix jours d’intervalle. Ce jeune héros va prendre l’alternative à la Feria de Dax au mois d’août prochain.

Le cas du jeune chiclanero Christian Parejo, bien connu de l’aficion biterroise, vient de démontrer une force de caractère impressionnante ajoutée à une technique et un sens artistique qui impactent sur le public.

Istres le 19 juin 2022

Le 19 juin à Istres il toréa à partir de 11 heures une novillada piquée médiocre d’Espartaco, coupant une oreille. Autorisé à quitter les arènes avant 13 heures, il part de Salon de Provence en petit avion privé Cesnna 182 limité à quatre personnes en tout, pilotes compris pour un voyage de 1500 kms (escale obligatoire) vers Palos de la Frontera (Huelva). Arrivé juste pour le paseo à 22 heures 30, il coupa trois oreilles après une journée si éprouvante et se qualifia pour la grande finale des novilleros d’Andalousie à Antequera du 25 juin où il termina second avec trois oreilles. Christian fut important le 3 juillet à Boujan après deux faenas excellentes qui auraient dû lui rapporter quatre oreilles après avoir manqué l’estocade à son premier. La faena de son second Valdefresno m’a particulièrement impressionné tant par sa qualité esthétique que son engagement dans le combat. C’était du haut niveau !

Ces faits positifs, hors du commun, sont représentatifs de certains matadors et novilleros qui peuvent nous faire encore rêver au renouveau de la tauromachie. Ils peuvent repousser par leur force et leur succès les comportements abjects et malhonnêtes des activistes, de certains politiques et de la presse servile. Ils nous attaquent avec d’autant plus d’efficacité que le monde taurin n’a pas su s’organiser pour faire valoir les succès et la qualité exceptionnelle que peut atteindre la tauromachie. Nous ne pourrons résister qu’en nous organisant et nous unissant autour des toreros pour démontrer l’exception que représente la corrida de toros dans le monde actuel. Je suis reconnaissant à ces personnages qui nous rendent notre honneur alors que le monde taurin l’a trop souvent trahi.

Je ne puis terminer sans penser à ces Mozos Pamplonicos, parfois déraisonnables mais si amoureux de leur tradition, qui courent les toros dans les ruelles de la capitale navarraise. Nous avons la chance : après deux ans de pandémie ils n’ont rien oublié, au contraire. Ils ont revu, dans les rues ou dans les ruedos ce qu’ils voyaient en rêve.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 107 – 2022

ÉDITORIAL

« OH WHEN THE SAINTS GO MARCHING IN»

Je me promenais récemment à Séville dans le barrio de Triana, quartier populaire typique au bord du Guadalquivir. J’étais séduit par l’ambiance harmonieuse de ces rues où l’on trouve à tout à la fois le côté enchanteur de certaines maisons marqués par los azulejos et les céramiques avec les tablaos flamencos, les bars et le singulier mercadillo près du célèbre pont qui relie le quartier populaire au centre de la cité. Les quartiers bourgeois, les palais des grandes familles, les magnifiques monuments surmontés par le clocher de la Giralda, ancien minaret hispano-mauresque rattaché à la monumentale cathédrale Notre-Dame construite au XVème siècle. Je marchais seul dans la rue silencieuse et je me suis pris à imaginer ce quartier dont l’histoire artistique est marquée par les toreros majeurs : Gitanilla de Triana, les Chicuelo, Cagancho, Juan Belmonte, créateur de la corrida moderne, sans oublier Emilio Muñoz ; et de nos jours, les célèbres chanteurs de la période moderne, les rockeurs du groupe Triana (Abre la Puerta) sans oublier le classique flamenco Naranjito de Triana et les Gypsies flamencos.
La douceur de ce quartier et de la ville me rappelle une autre grande cité près du grand fleuve du Mississippi aux États-Unis : New Orléans ou La Nouvelle Orléans créée par les colons français au XVIIIème siècle, imprégnée par de nombreux artistes tant dans la littérature que dans la musique. Cette promenade m’a rappelé l’historique chanteur trompettiste Louis Amstrong (Satchmo) qui fit connaître son talent dans le monde entier. Je m’imaginais entendre son interprétation avec sa voix si particulière du fameux negro spiritual qui, étrangement, m’a ramené à la tauromachie sévillane, à la Real Maestranza et à la Porte du Prince.

Oh when the saints go marching in
Oh when the saints go marching in
Oh Lord, how I want to be in that number
Oh when the Saints go marching in

Oh, quand les saints entreront en marchant,
Oh, quand les saints entreront en marchant,
Oh, Seigneur, je veux être du nombre
Oh, quand les saints entreront en marchant.

Le chant de cet hymne gospel a été transformé par l’interprétation exceptionnelle de Louis Amstrong comme celle de « What a wonderful world » (quel monde merveilleux).

Cette flânerie me ramena sur terre quand j’aperçus la statue de la Musicienne Flamenca du Pont Isabelle (Pont de Triana) et le monument à Juan Belmonte (El Pasmo de Triana). Franchissant le pont, nous entrons sur l’autre rive plus bruyante et agitée qui nous attend avec la Plaza de la Maestranza qui est le but de ma présence à Séville pour la fameuse Feria d’avril. Cet évènement majeur de la saison, tant économique que festif pour la capitale andalouse, accentue encore plus la différence entre Triana et le reste de la cité comme les abords de la Cathédrale, le Barrio de Santa Cruz, l’Alcazar, l’Hôtel Colon et les casetas du campo de feria. Cette année, l’empresa et l’aficion étaient satisfaites de retrouver leur vraie feria, aux dates habituelles de la Primavera après la réouverture officielle des festivités, notamment des férias taurines qui avaient tant souffert en 2021.

L’indisponibilité d’Emilio de Justo, après son impressionnante cojida du 10 avril à l’estocade du Pallares, premier de sa corrida à Madrid contre six toros de ganaderias différentes, a marqué ce début de feria. Les fractures des vertèbres cervicales vont l’écarter de l’actualité alors qu’une temporada importante l’attendait suite à ses succès de 2021.

La substitution de Séville fut finalement euphorique pour le public sévillan puisqu’elle a permis de voir triompher son remplaçant Daniel Luque qui coupa 3 oreilles avec sa première sortie par la Porte du Prince. Nous remarquerons particulièrement sa première faena devant un grand toro de Victoriano del Rio bien complétée devant son deuxième Alcurrucen. Même si cela n’enlève rien à ce grand succès qui marque la carrière de Luque, il faut noter que le public de la Maestranza est devenu bondadoso vis-à-vis des toreros dans la pétition des trophées. Cette feria a enregistré les sorties triomphales de Luque, Guillermo Hermoso de Mendoza, l’étonnant jeune toledano Tomas Rufo et El Juli. Par contre, le Président volera le succès de Roca Rey en enlevant une oreille à son 2ème toro. Le toujours jeune Andrès, qui vit à Gerena comme Luque et Escribano, n’est peut-être pas assez sévillan ou bien le Président voulait-il rattraper certaines oreilles antérieures que l’on pouvait discuter ? J’ai été surpris par l’actuation du Juli devant ses toros préférés de Garcigrande. Julian n’a pas toujours répondu à l’attente des aficionados ces derniers temps. Le public était venu pour voir deux des toreros préférés de la Maestranza, Jose Maria Manzanares et Pablo Aguado. Avant le paseo, j’ai aperçu sur son visage une concentration et une marque de volonté inhabituelles alors qu’après 25 ans d’alternative au plus haut niveau il paraissait avoir perdu son ambition. Ses deux concurrents ont paru tellement impressionnés par sa première faena qu’ils ont paru décontenancés dans des interprétations banales, sans imagination et hésitantes par moment. La qualité inférieure de leurs toros n’explique pas tout.

Quand on voit les photos de sa sortie par la Porte du Prince ave son visage illuminé, on comprend l’importance de ce succès dans la carrière des matadors de toros (le 6ème pour El Juli). Cette envie que nous rappelle cet extrait du chant d’Amstrong « Je veux être de ce nombre – I want to be in that number ».

La corrida n’est pas une activité banale. C’est un évènement où la passion et l’émotion sont prépondérantes. Certes, il a fallu créer un règlement pour éviter les dérives. Il faut le respecter mais comment un président de corrida peut, à Séville, priver Andrès d’une oreille méritée aux yeux de la grande majorité des spécialistes, le dépossédant d’un succès majeur avec une pétition unanime comme, à moindre titre, le 2ème du 5ème Miura de Manuel Escribano, avec une pétition très largement majoritaire. Les défenseurs du pouvoir incontestable et du respect imposé de la décision du président ne m’empêchent pas de penser que d’autres éléments ont un rôle prépondérant dans ces décisions que je juge abusives. J’ai présidé trois ans, sans le moindre incident, les corridas aux arènes de Béziers et j’ai laissé parfois mes sentiments et mon aficion orienter ma décision (sauf pour la première oreille demandée majoritairement par le public) lorsqu’elle paraissait méritée dans l’esprit.

La Plaza n’est pas un tribunal et le président a pour mission de maintenir l’ordre et de récompenser plus que de condamner. N’oublions pas que la corrida, même dans une plaza de 1ère catégorie, est une fête du toro et de son combat avec l’homme qui l’affronte. Nous devons être exigeants sur la défense de l’intégrité de la corrida mais je pense que nous devons aussi lui conserver son esprit festif et sensible et pas inquisiteur. Je n’ai jamais été un admirateur béat des maestros. Je sais apprécier leur comportement lorsqu’ils donnent, en plus de leur technique, un engagement physique et mental pour triompher devant un public connaisseur et sans à priori. Les échecs sincères à l’épée ont toujours existé. Ils ne doivent pas effacer des faenas importantes. Le public, par ses attitudes, doit savoir démontrer au maestro déçu ou même abattu après tous ses efforts, sa reconnaissance. Ce fut le cas dernièrement d’Andrès Roca Rey à Séville le 6 mai et d’El Juli à Madrid ce 11 mai 2022.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 106 – 2022

éditorial fevrier 2022

« LOS CALIFAS DE CORDOBA»

L’Andalousie est considérée par la majorité des aficionados européens comme la zone de prédilection du toro bravo et de la corrida sur le vieux continent. Séville est la capitale de la Province et de la Communauté Autonome Andalouse, tant pour son importance administrative et politique des zones urbanisées de la basse plaine du Guadalquivir, que pour la richesse de son agriculture, ses riches territoires touristiques, notamment des rivages océaniques. Si de nos jours, cette préséance indéniable a apporté à la capitale Bética beaucoup de prérogatives sur toutes les autres capitales provinciales d’Andalousie, on ne peut nier le prestige des autres territoires majeurs maritimes, Cadiz et Malaga. De même, les cités de Cordoue et Grenade qui ont connu l’influence maure pendant leur occupation de l’Espagne du Sud, ont gardé les traces indélébiles de la culture hispano-mauresque démontrant la richesse économique et culturelle de ces régions pendant plusieurs siècles, se prolongeant pendant la Reconquista majeure du XIIIème siècle à partir de la victoire de las Navas de Tolosa en 1212. Cette époque luxuriante pour Cordoue est reconnue par tous les spécialistes, notamment par le classement du centre historique au patrimoine mondial de l’UNESCO. La devise espagnole de la ville Casa de guerrera gente y de sabiduria clara fuente (Demeure d’une guerrière population et de sagesse claire fontaine) exprime tout à la fois la capacité de lutter de cette cité et la richesse de ses penseurs historiques dont les philosophes d’origine romaine Sénèque et Lucain et les penseurs du monde arabe, Averroès et Maimonide. Cela sous-entend Cordoue comme une cité plus austère que Séville. On rattache à Séville dans l’expression de sa culture et de sa tauromachie, un caractère plus facile, plus léger malgré son imposante Semaine Sainte. L’aficion taurine marquée par l’histoire et les toreros historiques du XIXème siècle, décida de décerner le titre honoraire de CALIFE à des toreros exceptionnels cordouans de naissance, marqués par une carrière hors du commun. Ils ont fait l’histoire de cette terre en souvenir du Royaume Maure de Cordoue et dans le monde taurin. Il est vrai qu’ils ont marqué leur époque :

1er Calife de Cordoue : Lagartijo (1841-1900)

Comme de nombreux toreros des XVIIIème et XIXème siècles, il commença sa carrière comme subalterne de cuadrilla. Il fait remarquer son élégance unique et sa perfection artistique. Torero complet, admirable à la cape, inégalé aux banderilles, à la fois dominateur et artiste avec la muleta. On remarqua avec sa cape, sa larga cordobesa pour conclure les séries en s’éloignant lentement avec la cape sur l’épaule. Son point faible resta son coup d’épée même si sa media lagartijera placée dans le haut du garrot était efficace. Elle est utilisée parfois encore de nos jours. Il commença sa carrière dans les cuadrillas infantiles avant de passer par toutes les étapes de la profession jusqu’à son alternative à 24 ans. Matador de toros pendant 28 ans, il participa à 1632 corridas et tua plus de 4500 toros. Il était admiré par ses compagnons de cartel, notamment Frascuelo, le torero de Grenade ou son compatriote le jeune Guerrita qui déclara : on est payé du prix de sa place à le voir seulement au paseo. Son surnom de Lagartijo (petit lézard) correspondait certainement à une habileté supérieure.

2ème Calife : Rafael Guerra Guerrita (1862-1941)

Son nom est inséparable de l’histoire des toreros originaires de Cordoue. Son père étant concierge des abattoirs, il commence très jeune dans des capeas et continue comme subalterne de matadors. Banderillero extraordinaire, il débute dans les cuadrillas de figuras historiques : Fernando El Gallo et Lagartijo qui l’appréciait pour ses actuations dans le ruedo. C’était la représentation idéale du torero largo qui dominait toutes les suertes avec aisance et sa connaissance des bêtes. Maître incontesté de la tauromachie de 1888 à 1899, sa carrière va être marquée de triomphes importants. Comme souvent, cette supériorité qu’il affichait, commença à lui apporter l’hostilité d’une partie du public au point qu’il décida tout à coup de se couper la coleta. Il déclara ce jour-là en 1899 : Je ne m’en vais pas des toros, on me chasse.

3ème Calife : Rafael Gonzalez Machaquito (1880-1955)

L’arrêt inattendu de Guerrita laissa un vide et en l’absence de figuras, le jeune cordouan employé des abattoirs va démontrer un courage exceptionnel affrontant les toros les plus forts. Les empresas compensèrent la période artistique défaillante par le combat exceptionnel du Cordouan qui réduisait les toros les plus violents dans des corps à corps impressionnants qu’il concluait par des estocades spectaculaires en se jetant sur les cornes. Il sut maintenir ce comportement et cette émotion pendant les treize années de sa carrière (temporada 1904 : 100 corridas). Il se retira en 1913 après avoir donné l’alternative à Juan Belmonte.
Son nom reste toujours à la mode grâce à la marque fameuse d’un anis sec imprimée de la photo du Maestro.

Nous arrivons dans une autre génération née au début du XXème siècle :

4ème Calife : Manuel Rodriguez (1917-1947).

Il porte l’apodo de MANOLETE comme son père et son grand-père et issu d’une famille de toreros dans une situation précaire après le décès du père et de ses oncles dans le ruedo. Comme les jeunes du quartier, il jouait dans les arènes et fit partie rapidement d’une troupe de toreros comiques. Sa rencontre avec son futur apoderado, Jose Flores Camara, aura un rôle majeur dans son comportement dans le ruedo. Nous sommes en pleine guerre civile en Espagne qui traverse des années agitées depuis 1936 avec la création de la République Espagnole. Ancien matador cordouan lui aussi, Pepe Camara va profiter de la période particulière que vit l’Espagne divisée, pour faire évoluer le toreo du jeune Manolete vers le spectaculaire que paraît suivre le goût général du public. Dès que les arènes ouvrent, il constate que le résultat est supérieur à ses espérances puisqu’il remplit les gradins. Après son alternative à Barcelone, la confirmation en octobre 1940 à Madrid est triomphale. Dès 1943, Manolete est le premier à l’escalafon. Contrairement à ses prédécesseurs Lagartijo et Guerrita qui se caractérisèrent par une tauromachie élégante, parfaite dans toutes les suertes, même en banderilles, qualifiée de l’adjectif largo, Manolete se distingue par un répertoire corto, avec une émotion unique dans sa faena de muleta. Ce n’est pas une appréciation qualitative mais technique pour son répertoire. Son admirable courage lui apportait la force morale d’attendre la charge des toros jusqu’à la limite du possible, certains parleront de l’impossible !!! C’est un changement total dans l’évolution du toreo que le sévillan Belmonte avait devancée par son toreo ferme, recevant la charge. Manolete lui, par une marche anticipée en direction de la corne contraire, oriente d’avance la trajectoire du toro. Quand le toro ne chargeait pas, Manolete marchait littéralement sur lui, se positionnant à la pointe de la corne pour déclencher l’attaque du toro. Il ne faut pas négliger l’interprétation artistique exceptionnelle, le corps droit, le geste lent, la gravité de son visage et sa sérénité austère et héroïque. La mort tragique de Manolete suite à la cornada du Miura Islero dans les arènes de Linarès, va créer une onde de choc énorme en Espagne et au Mexique. Même si le torero de Cordoba n’a jamais toréé en France à cause de la guerre civile, de la deuxième guerre mondiale et de la fermeture des frontières par Franco, il est admiré par l’aficion française auprès de laquelle il conserve un impact spécial. A partir du 8 juillet, Béziers et l’Union Taurine Biterroise vont honorer, au Musée Taurin, le 75ème anniversaire de sa mort par l’exposition Soñando de un sueño soñe du sculpteur madrilène Jose Puente Jerez.

5ème Calife : Manuel Benitez El Cordobès (1936)

Il naît dans la province de Cordoue à Palma del Rio. Orphelin de père et de mère, il est élevé par sa sœur Angela. Il est passionné par le combat avec les jeunes toros dans le campo, de nuit (furtif) mais il est confronté à beaucoup de problèmes pour toréer au point de sauter dans le ruedo, espontaneo. Sa rencontre avec Rafael Sanchez El Pipo lui permet de faire ses débuts avec picador à Cordoue le 7 août 1960. Le public est étonné par son courage inattendu, incroyable… malgré plusieurs volteretas. Le Pipo est surpris par la réaction des aficionados et investit dans une grande campagne de communication et publicitaire qui a des effets importants et rapides dans toute l’Espagne. El Cordobès attire aux arènes un public populaire dès son alternative en 1963 à Cordoue confirmée en 1964 à Madrid. L’engouement des cordouans pour la corrida a fait naître les nouvelles arènes El Coso de los Califas avec une capacité de 17000 places qui fut inaugurée par El Cordobès en 1965. Manuel Benitez Perez a inventé un style totalement différent de celui de ses 4 célèbres prédécesseurs cordouans. Peu présent à la cape, il va étonner avec la muleta par des passes surprenantes et personnelles basées sur ses qualités physiques et une grande capacité de flexibilité de ceinture qui va lui permettre un toreo spectaculaire avec le liant de ses passes de muleta. Son comportement dans la lidia le distingue de ces « ancêtres » où la maîtrise était prioritaire. Il apporte une sensation de tremendisme avec ses attitudes typiques qui portent sur le public. Manuel Benitez El Cordobès a marqué cette époque. Il fut le premier à recevoir le titre de Calife du Toreo de son vivant, tant son impact fut important sur l’ensemble de la population. L’attribution de ce titre honoraire et prestigieux fut l’objet de critiques de la part des aficionados puristes qui ne retrouvaient pas le style de l’andaloucisme cordouan, marque de fabrique des toreros déjà revêtus du titre de Calife del Toreo.
Depuis le début des années 70 qui vit l’arrêt réel de la carrière d’El Cordobès (malgré des reprises intermittentes), Cordoue n’a pas connu de torero avec le même impact, le même caractère typique, avec ce style d’andalous des hautes terres plus rudes que ceux de Séville et de Jerez. Ils correspondaient bien au titre symbolique qui leur fut attribué.
Cependant, au début des années 90, Juan Serrano Finito de Cordoba, descendant d’une famille du campo cordouan, prit une alternative massive à Cordoue. Je me rappelle ses seguidores qui venaient le soutenir à la Real Maestranza de Sevilla. Il marqua l’aficion dès son début en novillero par la qualité de sa tauromachie, son temple et la classe de sa fameuse main droite. Les premières années de sa carrière ont déchaîné une passion exacerbée chez ses compatriotes qui voyaient en lui le nouveau Calife. Finito fut un excellent torero dont la finesse, comme le dit son apodo, lui permit de grandes tardes (premier de l’escalafon en 2001 et 2002 avec plus de 100 corridas). Sa carrière est marquée par de nombreux indultos adaptés à son style face à des toros braves et nobles. Malheureusement, Finito de Cordoba, torero élégant dans le ruedo jusqu’à ses trajes de tercio pelo (habits de velours), n’avait peut-être pas le caractère endurci des porteurs du titre célèbre.
Quelques temps après, un jeune cordouan intéresse l’aficion par son style classique. Jose Luis Moreno se présente comme novillero à Madrid en 1995 et prend son alternative en 1996 à Cordoue avec Enrique Ponce comme parrain et Finito de Cordoba comme témoin. Cartelazo ! Il commence sa carrière brillamment et intéressait aussi bien l’aficion que le monde professionnel. Fin 2001 il totalisait 160 corridas. Jose Luis Moreno ne put confirmer à son niveau des qualités indéniables qu’avaient remarquées les aficionados classiques. Il est pourtant sorti 7 fois en triomphe du Coso de los Califas (arènes de 1ère catégorie).

Les cinq personnages extraordinaires, détenteurs du titre honorifique de Califa de Cordoba, ont démontré dans leur vie un comportement extrême. Leur personnalité est attachée au territoire qui les a vu naître où les civilisations après des siècles d’affrontements, ont su créer ce caractère cordouan si particulier.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 105 – Février 2022