ÉDITORIAL SEPTEMBRE 2018

OÙ S’ARRÊTERONT-ILS ?

Je suis préoccupé par les défaillances trop nombreuses du monde taurin au niveau de son manque de sincérité et de l’utilisation d’artifices, certes habituels dans le monde du spectacle, mais inappropriés à la corrida de toros. Nous ne devons pas la voir comme un spectacle banal mais comme une tradition universelle venue de la nuit des temps, qui est propre dans ses origines au Moyen Orient et aux peuples et taureaux du bassin méditerranéen. Je ne mets pas en cause les toreros qui ont payé trop souvent, par des blessures graves, leur courage et leur professionnalisme. Je mets en cause leur entourage qui malheureusement les perturbe par contagion et profite de façon abusive de leur suprématie sur le système. Je vous invite à lire la très intéressante plaquette réalisée par André Viard « La Course de Taureaux, un rituel de partage et de courage apparu avant le langage ». Les « taurinos » n’ont pas le droit de la galvauder pour des motivations trop souvent mercantiles. Ils doivent respecter toutes les composantes vivantes de ce « chef d’œuvre éphémère » (André Viard), les toros et ceux qui les élèvent, les hommes qui les affrontent, sans oublier le public qui a imposé cette tradition au pouvoir royal au XVIIème et surtout au début du XVIIIème siècle où la noblesse espagnole qui les combattaient à cheval l’avait abandonnée aux ordres de leur Roi. Au début du XIXème siècle, les toreros majeurs de l’époque de Pepe Hillo et Francisco Montes Paquiro, ont ordonné, grâce à leur prestige, un déroulement rationnel de l’affrontement de l’homme et du toro dans les arènes, limitant sa sauvagerie et ses désordres initiaux afin de lui donner une identité esthétique et même artistique, sans lui enlever sa sincérité et sa tragédie inhérente à la naissance de ce combat. Le comportement du monde taurin a permis que la corrida soit magnifiée grâce au courage exceptionnel, à l’intelligence des toreros et à l’évolution voulue par l’homme qui sélectionna progressivement le toro pour l’excellence de sa bravoure au point de démontrer sa noblesse dans le combat. Certes, tout n’a pas fonctionné idéalement, contrarié notamment par les guerres cruelles qui ont bouleversé l’Espagne et la France en affaiblissant l’élevage, portant atteinte à la magnificence du toro bravo. Cependant, des personnages exceptionnels, tant ganaderos que toreros, ont permis de sauver les fondements de cette « Histoire ».

Le monde actuel, gouverné par la communication et ses techniques parfois désinformatrices (financées par des intérêts lucratifs), nous amène journellement des nouvelles frelatées de tous bords, reprises malheureusement par les bien-pensants. D’une part, nous assistons à des déclarations irrespectueuses de certains qui vivent confortablement dans les villes, ignorant les difficultés de ceux qui peuplent et vivent de la nature. Ces gens-là trouvent dans les nouvelles philosophies du véganisme et de l’antispécisme, des illusions absurdes sur l’évolution de l’humanité, mais rassurent et induisent en erreur certains spectateurs béats sur leur place sur la terre, leur donnant une sensation « d’être bons » et se souciant à l’extrême des êtres vivant sur notre planète.

L’homme – son évolution, sa pensée, son intelligence – s’est implanté depuis son existence sur le globe terrestre en utilisant les propriétés basiques qu’il a découvertes dans les règnes animal, végétal et minéral, parfois il est vrai abusivement. Je ne rentrerai pas dans l’analyse fondamentale de ces nouvelles pensées. Il y a des techniciens, des philosophes confirmés et connus par leur sagesse qui, si vous le souhaitez, vous expliqueront leurs fondements et vous démontreront leurs absurdités très souvent dangereuses. L’ethnologue Jean-Pierre Bigard, les philosophes Alain Finkielkraut et G.K. Chesterton sont plus experts et plus talentueux que moi pour écrire sur ces dérives dangereuses. Cette liste n’est pas exhaustive. Mon souci est qu’une partie de la jeunesse actuelle se laisse convertir par cette démarche et rende notre vie et surtout l’avenir impossible et absurde en culpabilisant les individus fragiles. Il est vrai qu’une partie des jeunes de nos jours s’est laissé entraîner vers d’autres « paradis » qui profitent en fait à des intérêts économiques cachés ou pervers. Ne vous trompez pas. Toutes ces nouvelles tendances végans, antispécistes, animalistes sont poussées par des « incitateurs » qui apparaîtront quand ce sera le moment d’en profiter autrement. Cette évolution me paraît absurde mais je tiens à l’écrire car le danger existe et il est de notre devoir d’y résister, sans tomber comme eux dans des informations mensongères ou utopiques. Il est vrai qu’ils ne sont pas les premiers depuis que l’humanité consciente existe, mais maintenant, ils disposent d’une puissance d’information supérieure et complice. D’autre part, les pouvoirs publics réagissent peu (voyez chez nous les attaques inacceptables et dangereuses faites à tous les niveaux des professionnels de l’alimentation) ou au contraire, ils les encouragent comme dernièrement avec les ours face aux éleveurs qui vivent durement de leur travail. C’est plus facile de penser à ces gentils animaux pour les bobos qui vivent en ville et utilisent le monde rural pour leurs vacances. D’autre part, regardons chez nous aussi des déviances regrettables. Notre compatriote, organisateur d’évènements, Simon Casas que j’ai pu côtoyer professionnellement plusieurs fois dans le passé, est en train de jouer un jeu manipulateur en soufflant alternativement le chaud et le froid par ses projets d’organisation du monde de la corrida. Au mois de juillet, j’ai déjà manifesté mon désaccord sur sa décision de tirage au sort des élevages pour les toreros comme dans les phases finales de certaines compétitions sportives. C’est inadapté et une injure aux toreros. Maintenant, il annonce, toujours grandiloquent, que la prochaine San Isidro se fera sur le même système puisqu’il en sera encore le prochain organisateur. Par contre, le même jour, il souffle le froid comme pour éteindre les critiques en déclarant, en tant que Président du Syndicat des Empresarios, qu’il demande à ses collègues de ne plus apodérer de toreros « car cette pratique est néfaste à la corrida ». Il présente son objectif comme un souhait mais doute d’être suivi… Est-ce une manière de se donner bonne conscience alors que tous les aficionados avertis savent que l’Ecurie Casas 2018 comprenait, outre Castella qu’il apodérait officiellement, plus de cinq toreros « protégés ». Il est vrai que par le passé il a eu une activité d’apoderado marginale qui ne le passionnait pas. Simon avait déclaré en mai 2017 « Je suis le chef d’état de la tauromachie ». Il ne faut pas prendre toutes ses déclarations au sérieux. Nous commençons à le connaître depuis qu’il est sur le devant de la scène. C’est sa manière de comprendre sa communication, de faire le buzz pour employer un terme tendance (comme ils disent) mais il faut être cependant attentif car même si elles paraissent irréelles, ses déclarations ont un but. Cet homme est intelligent et de plus très habile. Ces déclarations arrivent à convaincre une partie de l’aficion de ses bonnes intentions. La solution qu’il nous propose n’est qu’une affaire de négoce dans un monde empresarial diminué par la disparition de grands personnages non remplacés (Manolo Chopera, Manuel et Jose Camara qui surent prendre la suite du fameux Pepe Camara, les frères Jose Luis, Eduardo et Pablo Lozano, Diodoro Canorea…) et l’absence d’une figura historique depuis la semi retraite de Jose Tomas. La Casa Matilla a cependant un rôle plus discret mais très influant sur le monde de ce négoce et le mexicain Balleres plante ses jalons. Certes, il existe des organisateurs et empresarios qui en douce protègent leur système au détriment de l’avenir de la corrida. Il en fait partie. Tout ce remue-ménage ne résoudra pas les dangers qui tournent autour de notre corrida : politiques, philosophiques et économiques.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – n° 65

ÉDITORIAL AOUT 2018

PEUT MIEUX FAIRE !

J’ai peu écrit, dans les derniers éditos, sur la situation des arènes de Béziers si ce n’est pour souhaiter que la qualité des spectacles se relève et espérer une participation plus importante des corridas de toros, notamment pour la féria biterroise qui nous intéresse au premier chef. Ma préoccupation, comme celle de la majorité des vrais aficionados locaux, est que la qualité et la fréquentation de nos arènes se rehaussent car elles baissent progressivement depuis 2005 et surtout depuis 2014, tant au niveau des cartels que de la sélection des élevages, de leur morphologie et de leur comportement dans le ruedo. Cette situation s’est encore aggravée en 2016 et surtout en 2017. L’inquiétude de la majorité des aficionados est d’autant plus grande que, durant la temporada, la presse locale nous a fait part des difficultés financières de l’empresa Margé, organisatrice dans nos arènes depuis près de 25 ans, en précisant qu’elle était proche du dépôt de bilan. Notre inquiétude était d’autant plus motivée que le calendrier 2018, avec un 15 août le mercredi, était peu propice à la programmation pour bien conclure le programme. De plus, l’environnement de la Feria, imposé par les mesures de sécurité dans les avenues et rues habituelles, complique l’organisation de la fête qui ne peut plus se dérouler dans la sérénité et l’esprit que nous avons connus. Je me suis volontairement abstenu de commenter le programme proposé pour la Feria 2018. Si le cartel d’ouverture avec Ponce et Castella en mano a mano incluait deux toreros importants, il ne me paraissait pas le plus attrayant, tant pour l’aficionado que pour le grand public. En fait, il manquait en particulier à Béziers : Andrès Roca Rey, José Maria Manzanares, sans parler du Juli qui sont plus à même d’attirer le public biterrois et de compléter les cartels des deux premières corridas avec une ou deux jeunes révélations, surtout pour les deux premiers cartels. Cet effet est de plus accentué par le mélange inattendu du cartel du dimanche : Padilla, Ferrera, Bautista.

La novillada du lundi, même si elle a été intéressante, a coupé la Feria en deux. La corrida de Rejon du mardi a proposé deux professionnels importants, Léa Vicens et le Maestro Pablo Hermoso de Mendoza et a donné une bonne image même si j’aurais préféré un cartel de 3 rejoneadors en incluant Andy Cartagena ou Diego Ventura. Cette dernière solution est difficile pour plusieurs raisons. Pourtant, le public n’a pas mal réagi à cette proposition. La corrida de clôture avec les Pedraza de Yeltes était intéressante pour remplacer les traditionnels Miura très décevants notamment en 2017. Bonne idée mais le cartel à mes yeux aurait dû être complété par un torero plus intéressant pour accompagner Escribano. En ce qui concerne le résultat artistique et émotionnel, il y eut des sensations très variables. Ennui total du mano a mano du samedi avec le comportement fade et inintéressant des toros de Garcigrande qui ne permirent pas aux deux toreros de montrer leurs qualités. Le public resta digne même si c’était un très mauvais début. Contrairement à la corrida de 2017, les toros de Nuñez del Cuvillo furent appréciés, tant pour leur comportement (4 sur 6) que pour leur morphologie. Le cartel a contra estilo et les jugements intransigeants, mais justes, de la Présidence, ne permirent pas au public de se retrouver dans ce mélange inhabituel. Il n’y eut pas vraiment de sensations fortes, sincères et profondes, tant par le comportement excessif de Padilla que par l’absence de vraie concurrence entre ces 3 toreros. Cela enleva une réelle dimension à cette corrida. Il y eut des oreilles mais jamais de lien vraiment émotif dans l’ensemble du spectacle proposé. Si la novillada du Tastevin d’Argent permit de découvrir un novillero d’avenir, le mexicain Diego San Roman, nous n’oublierons pas le méritant André Lagravère et le local Carlos Olsina qui ne conclura pas ses efforts méritoires à l’épée. Mes commentaires sur la corrida de rejon seront brefs. Je manque de références sur ce genre de spectacle taurin. Il y eut des oreilles, le public fut satisfait et la fréquentation similaire à celle des 3 corridas traditionnelles, ce qui démontre la baisse de l’aficion à la corrida ou le manque d’intérêt pour les deux premiers cartels proposés. Il était normal que le 15 août cette année soit défavorisé. Selon certains, la fréquentation moyenne des corridas de la feria 2018 s’est limitée à 6500 spectateurs, soit environ la moitié de la capacité des arènes de Béziers : 12 500 places. Je pense que le prix des places nuit aussi à sa fréquentation. Je ne vais pas vous ennuyer par des détails qui sont facilement vérifiables sur internet pour chaque arène française de 1ère catégorie. La comparaison avec Dax et Mont-de-Marsan qui présentèrent des cartels similaires à ceux de Béziers, parfois même un peu plus complets, avec une capacité maximum de 8000 places environ, n’est pas à notre avantage. Le prix des places y évolue suivant chaque rang à partir de la Barrera alors qu’il est le même sur les 8 premiers rangs à Béziers. Le prix moyen des places, ombre et soleil, est inférieur de 20 à 30% à celui de Béziers. Nous savons que ces différences significatives sont surtout dues au taux de TVA appliqué, au prix de vente des billets entre les gestions privées (Nîmes, Arles et Béziers) et les gestions publiques (Régies) à Dax, Mont-de-Marsan et Bayonne. C’est un fait qui existe depuis plusieurs années et c’est un choix. Cela n’a pas empêché nos arènes de se remplir plusieurs fois entre 1985 et 2005. La situation économique générale a aussi des effets indéniables sur l’ensemble de ces résultats et de ces constatations qui rendent plus sensible le prix des places. La qualité et la variété des spectacles proposés ont aussi leur influence sur les décisions des aficionados et des habitués, d’autant plus que dans les arènes concernées par la gestion publique, les aficionados sont souvent impliqués ou consultés dans la constitution des cartels ou le choix des élevages. Vous avez certainement entendu comme moi, surtout depuis 5 ans, les commentaires désabusés d’une partie du public biterrois après les corridas, qui en arrive à exprimer un doute sur sa participation future, notamment même cette année après la corrida du mano a mano Ponce-Castella attendu et décevant, surtout à cause des toros. En ce qui concerne cette dernière Feria, je conclurai comme dans l’appréciation du professeur des écoles « Peut mieux faire ». Les lots de toros de Cuvillo et de Pedraza de Yeltes ont relevé la note. Heureusement ! Mais j’ajouterai plutôt « Doit mieux faire » comme le professeur qui juge l’élève qui se trouve dans une situation délicate pour se maintenir au niveau. Nous sommes dans une situation dangereuse et difficile qui peut mettre en cause l’avenir des prochaines années, alors que certains intellectuels bien pensants, les extrémistes animalistes, les politiques à la recherche de voix, certains médias dans la mouvance, nous « veulent du mal ». Nos arènes ont connu par le passé des époques difficiles. Ce n’est pas une raison de ne pas réagir alors qu’il est encore temps. La Feria de Béziers mise en place difficilement en 1968, a pris un régime de croisière intéressant à partir de 1982. Ne détruisons pas tous ces efforts réalisés. Reprenons-nous !
« Doit mieux faire » !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n°64

 

ÉDITORIAL JUILLET 2018

NO ESTABA COMODO !

Nous avons appris par la presse taurine espagnole, que le Maestro Curro Vazquez vient de déclarer « me voy porque no estaba comodo ». Cette déclaration accompagnait l’annonce de la cessation de son contrat avec l’empresa Plaza 1 de Las Ventas de Madrid dont il avait le titre de directeur institutionnel et artistique. En fait, je sais, pour l’avoir vécu à titre personnel, que Curro Vazquez avait, au moins au début 2017, dans l’organigramme effectif de Plaza 1, la responsabilité des prises de contact et les négociations des contrats avec les apoderados des toreros. La précision de la réponse du maestro madrilène, si on l’introduit dans son contexte castellano, signifie dans son usage traditionnel « je ne suis pas à l’aise dans ce costume ». Il est bien évident que Curro voulait dire : je ne suis pas d’accord pour le rôle que l’on me fait jouer. Il aurait pu dire aussi : no estoy a gusto en vuesta empresa. Je ne pense pas que la raison soit financière mais qu’elle concerne plutôt le rôle qu’il est amené à jouer ou, en particulier, son désaccord sur l’annonce que vient de faire Simon Casas pour la constitution des cartels de la prochaine feria d’octobre : tirage au sort préalable par les toreros des ganaderias à combattre : Puerto de San Lorenzo, Adolfo Martin, Victoriano del Rio, Fuente Ymbro (pour le moment…). Il faut reconnaître que ce montage médiatique annoncé par Casas qui, ne l’oublions pas, revendique le titre d’organisateur d’évènements, n’est qu’une nouvelle forme de communication démagogique, en y incluant en plus le détail que le tirage au sort se fait en public, en présence des représentants d’aficionados, comme pour le tirage au sort de la Coupe du Monde. Je comprends que dans les bureaux ou dans les hôtels, un empresario réuni avec leurs représentants, essaye de proposer aux toreros des ganaderias inhabituelles. Dans cette nouvelle démarche médiatisée si le torero refuse, qui va jouer le premier rôle ? Le beau rôle va toujours à l’empresa organisatrice de cet évènement. Le torero n’est pas un professionnel comme un autre. Autant je peux être exigeant pour leur actuation dans le ruedo, autant j’estime que c’est une profession hors du commun qui demande une certaine intimité, une certaine sensibilité, du respect, tout du moins jusqu’à ce que sa décision soit prise. Le torero doit soigner son image, sa communication mais pas à n’importe quel prix. Certains d’entre eux l’oublient. Curro peut se trouver mal à l’aise après cette décision. Ce comportement ne correspond pas à sa tradition de torero et d’homme de tauromachie pendant 50 ans, d’autant plus qu’il a certainement était choisi par Plaza 1 comme image qualitative représentative de Madrid. La plupart des autres toreros qui font partie du team Casas, en dehors de Sébastien Castella, sont représentés par des collaborateurs de l’empresa. Cela ne peut pas être le cas de Curro, surtout vis-à-vis de Cayetano Rivera Ordoñez qu’il apodère, torero d’une grande personnalité dans le ruedo et qui porte en plus un nom prestigieux. J’ai pu écrire récemment ce que je pense de cette nouvelle organisation du monde empresarial et apoderamiento confondu, qui n’a d’autre objet que de manier les toreros en dehors des cinq figuras qui gardent des représentants indépendants. Un torero n’est pas un homme de spectacle comme les autres. Un chanteur, tout en étant professionnel d’exception parfois (il en reste peu à mon goût), n’a à aucun moment la responsabilité et la pression de se jouer la vie en direct devant 20 000 personnes à Madrid, sans oublier la télévision. Le torero doit être fidèle à sa sensibilité et à son expression, tout en conservant la maîtrise de son adversaire. Il doit adhérer totalement à sa présence dans le ruedo. Je comprends tout naturellement la nécessité pour l’organisateur de rentabiliser son activité dans les conditions difficiles du monde taurin actuel. Mais je comprends aussi qu’un maestro à l’ancienne, comme Curro, qui a vécu dans la recherche d’une expression artistique dans sa propre tauromachie, ne puisse accepter l’évolution mercantile proposée par Plaza 1 en créant l’évènement, le BUZZ du tirage au sort préalable des ganaderias. C’est pervers et ce n’est motivé que par le côté évènementiel tant recherché. Comment se prêter dans ces conditions à un jeu hasardeux qui ne s’accorde pas avec la tauromachie. A mes yeux, le différend vient du principe lui-même, plus que de la différence des difficultés des ganaderias. Le comportement des organisateurs de Madrid est à mes yeux déplacé.

La Feria de Béziers 2018 est là, après cinquante ans de succès, d’émotions, de déboires et de déception de voir nos arènes perdre leur image. Nous lui souhaitons sincèrement un grand succès. Nous en avons besoin.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n°63 – Juillet 2018

ÉDITORIAL JUIN 2018

Nous apprenons avec une infinie tristesse le décès de Francis RIVEROLA, notre Vice-Président.
L’UTB perd un des siens, un homme sur lequel elle pouvait compter et qui apportait beaucoup aux discussions de son Comité Directeur.
Ses obsèques auront lieu le vendredi 27 juillet 2018 à 14 H 30 au Pech Bleu.

Nous présentons à Marie-Claire et à toute sa famille nos plus sincères condoléances.

L’Union Taurine Biterroise

POBRE DE MI !

La Feria de San Fermin de Pamplona est connue pour ses extraordinaires et dangereux encierros des toros de la corrida combattue l’après-midi, courus par les spécialistes navarrais et parfois par des touristes étrangers inexpérimentés. Partir des corrales de la Cuesta de Santo Domingo, calle Mercador et calle de la Estafetta, ils amènent les toros et les cabestros jusqu’au ruedo de la plaza et ses corrales. Cette fête est connue aussi pour la tradition du Chupinazo le 7 juillet à midi. Le coup de canon qui déclenche le début des fêtes sur la plaza del ayutamiento et la déclaration du Maire : « Pamploneses, Pamplonesas Gora (gloire) à San Fermin ». La foule attache le foulard rouge autour du cou avec sa tenue blanche et la faja rouge. Le soir du 14 juillet, ils reviennent sur la plaza de la mairie. Après le discours traditionnel du Maire, le peuple chante « Pobre de mi, Pobre de mi, ya se ban acabando las ferias de San Fermin. Ya falta meses para las proximas San Fermines. Viva San Fermin, Gloria a San Fermin ». Les pamplonicos présents retirent leurs foulards rouges et chantent à nouveau « Pobre de mi… ». Il y a quelques semaines, le Maire actuel Joseba Asiron a déclaré publiquement (provocateur ?) « Je ne vois pas de San Fermines 100 % sans toros, mais par contre je vois, dans un moyen terme, les San Fermines sans corridas ». S’agissant de cet avenir qu’il souhaite, il faut savoir que le dit alcalde en fonction, est élu depuis 2015 sur la liste EH Bildu, face visible de Batasuna dissoute depuis 1978, d’origine indépendantiste reliée à l’ETA (récemment dissoute). En fait, c’est le plan B de Batasuna. Objectif : introduire les militants indépendantistes dans les élections démocratiques après sa dissolution.
Dès leur élection aux municipales de San Sebastian en 2011, ils ont interdit la corrida qui est revenue après l’élection du PNV en 2015. Bildu dans cette déclaration, alliée à quelques animalistes, voulut faire disparaitre la corrida comme les indépendantistes catalans, comme trace de l’hispanité. Le dit maire de Bildu a osé dire en complément « en ce qui concerne le futur, personne ne peut s’imaginer une fête basée sur la souffrance animale». Sans entrer dans la démonstration de la souffrance animale de la corrida de toros, pourrait-on rappeler à ce monsieur que ses inoubliables ancêtres de pensée originelle sont responsables de la mort violente et assassine de plus de 800 personnes depuis 1960. Les réactions à cette déclaration ont été violentes mais le ver est dans le fruit… N’
oublions pas que pour eux, la Navarre est une province basque qui doit être rattachée à l’Autonomie avec les 3 provinces existantes : l’Alava, Biscaya et Guipuscoa.« Pobre de mi… » ce n’est pas sûr que leurs descendants écoutent longtemps ce chant qui annonce tous les ans 12 mois d’attente avant les prochaines fêtes de Pamplona. Cela ne sera peut-être plus qu’un jeu symbolique où l’homme se fera poursuivre par des toros de media casta navarraise et perdra toute sa vérité, tragique peut-être, mais authentique. L’Espagne traverse une période politique compliquée où aucun partie n’a de véritable majorité (merci le vote à la proportionnelle) et les indépendantistes profitent de cette faiblesse. La corrida est devenue l’otage des partis politiques qui veulent se distinguer, plaire ou ne pas déplaire, alors que la corrida n’a rien à voir réellement avec leurs divergences. Ils préparent leurs diverses élections prochaines et se positionnent par rapport à leurs ambitions de pouvoir. C’est ainsi que le parti gauchiste de Podemos a déposé des projets de loi contre la présence de jeunes de moins de 18 ans aux corridas. C’est ridicule quand on a un minimum d’honnêteté intellectuelle. Ce projet a été repoussé à Madrid par le vote négatif du PP alors que PSOE et Ciudadanos se sont abstenus. Quel courage politique ! Albert Rivera, leader catalan de Ciudadanos au niveau national, a oublié le jour où il est sorti à hombros de la Monumental de Barcelone avec Serafin Marin en 2010. Il n’ambitionnait peut-être pas encore le pouvoir national car il fit des déclarations ce jour-là à sa sortie devant la porte, en défense des traditions. En Andalousie, PSOE et Ciudadanos n’ont pas osé s’abstenir sur le même projet en votant contre.Chez nous, le danger n’est pas le même mais les animalistes et les végans, après avoir perdu tous leurs procès et la condamnation de leurs actes violents, ont un espoir dans les déclarations du ministre bien pensant au pouvoir qui les représentent officieusement. Le véganisme est devenu « trendy » (tendance) et il est urgent que les pouvoirs publics réagissent vivement contre leurs actes violents. Ils osent parler aussi en convergence avec les mouvements féministes « des victimes des hommes ». Un récent ouvrage de Jean-Pierre Digard, Directeur de Recherche au CNRS, vous éclairera sur ces gens-là « L’animaliste est un anti humanisme ». Restons vigilants mais essayons de vivre dans nos activités journalières mais aussi dans notre passion taurine et notre admiration du toro bravo. Nous constatons malheureusement de nos jours, des apoderamientos (directs ou indirects) avec les groupes empresariales sur la temporada. Cartels et ganaderias standardisés qui permettent difficilement aux indépendants de s’exprimer. Seuls les 5 premières figuras arrivent à toréer en exigeant toros et émoluments. Les cinq figuras indépendantes : Enrique Ponce, El Juli, Perera, Castella (bien qu’apodéré par le groupe Casas) et Talavante (qui vient de quitter la Casa Matilla), ont compris qu’ils pouvaient défendre leur indépendance et leurs cachets. Ils ont tous réussi à se trouver a gusto devant un ou deux toros pour sauver leur passage à la San Isidro et leur Puerta Grande. Cayetano Rivera, apodéré par son oncle Curro Vazquez (arènes de Madrid) a démontré une personnalité intéressante malgré ses carences techniques initiales. Parmi les jeunes, nous distinguerons Octavio Chacon, torero andalou qui confirme après près de 15 ans d’alternative les qualités que nous lui connaissions à ses débuts. De même, Javier Cortes, plus jeune certes, a démontré au prix d’un engagement permanent dans le ruedo, ses qualités, sa technique et son courage qui lui ont permis d’enthousiasmer le public madrilène. Le problème est de durer pour maintenir le niveau de sa tauromachie basée sur une entrega et une authenticité permanente sans faille.

Je ne puis terminer sur l’actualité taurine sans parler de Jose Tomas. J’ai pu voir sa faena du 29 juin à Algesiras. C’est unique par les temps qui courent. Certains diront c’est le toreo à l’état pur. Marc Lavie a écrit mieux que moi : « Ensuite celle de marquer la différence avec les autres toreros… : parvenir à toréer avec autant de serré que de douceur. Prétendre naturellement à la pureté sans forcer le trait. Lier sans reculer ». Mais quand le reverrons-nous ?

A Pamplona, le premier encierro 2018 du Puerto de San Lorenzo s’est déroulé avec une cornada mal placée chez un des coureurs navarrais et quelques contusions. Dans l’arène, Ureña a reçu la première cornada et coupé une oreille. Ils chanteront « Pobre de mi ! » encore pendant quelques années mais que deviendront les San Fermines. A medio plazo comme dit le maire. La solution ne peut venir que d’un assainissement des partis politiques espagnols qui évoluent dans un magma et une incohérence insupportables pour une vraie démocratie. Les mondes aficionados français, espagnols et portugais viennent certes de s’unir officiellement pour faire face à la fois au comportement des professionnels et des pouvoirs institutionnels. En effet, il est souhaitable, je dirai même indispensable, que le comportement du monde taurin espagnol devienne cohérent et crédible face aux politiques espagnols qui n’ont pas su défendre la démocratie et l’unité qu’ils avaient enfin obtenue en 1975, suivie de la première alternance politique avec le PSOE en 1982.J’ai l’habitude de dire parfois « Pauvre Andreu ». C’est une manière de me décontracter lorsque la journée devient compliquée. Je pense que leur chant de « Pobre de mi » est beaucoup plus préoccupant. Certes, mon ami Antonio Purroy m’a confirmé son intention de se battre pour défendre son authenticité taurine à Pamplona « On se battra et on gagnera mais il ne faut pas les laisser nous manipuler ».
Nous pouvons lui faire confiance.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 62 – Juin 2018

ÉDITORIAL MAI 2018

PARLONS DE LA SUERTE DE PIQUE

Nous avons souvent mis en valeur la nécessité de la bravoure du toro de combat pour maintenir l’intérêt de la corrida, tant dans l’agressivité naturelle, la combativité que la noblesse de la charge du toro bravo. Le comportement du toro à la pique est considéré par la majorité de l’aficion comme le test de base de la bravoure.

Revenons aux origines de la pique :
Dans la première moitié du XVIIIème siècle, la noblesse espagnole est poussée en dehors du combat du toro hispanique dans les plazas de l’époque par les décrets royaux du roi Felipe V, Plaza Mayor des villes, des pueblos ou dans les plazas organisées pour le combat taurin comme les Reales Plazas de Caballeria. Le nouveau combat en public de l’homme et du toro amène le peon à combattre le toro sauvage dans un lieu fermé, progressivement conçu pour l’organisation, en présence de spectateurs. Le peuple conserve sa passion pour ce combat parfois dantesque avec l’affrontement, les cornadas, l’hécatombe des chevaux et la mise à mort du toro par l’homme. Les membres des cuadrillas accompagnant les seigneurs afin qu’ils puissent approcher ce toro qui ne devait pas être propice à la collaboration, devinrent ensuite les premiers à s’organiser pour préparer et donner la mort au toro avec l’épée, munis d’un leurre : cape puis muleta pour leur faciliter leur tâche. Ils ont bien entendu compris que l’homme à pied ne pouvait pas l’affronter physiquement à cuerpo limpio. Dès le début, l’homme à cheval conserve le rôle primordial dans le combat. Les piqueros sont encore de nos jours, vêtus d’une chaquetilla et d’un chaleco parés d’or ce qui montre bien que dans la tauromachie d’avant 1750, ils jouaient un rôle protagoniste majeur. Certes, progressivement le piquero n’est plus comme les seigneurs du XVI, XVIIème et début du XVIIIème, les « varilargueros » porteurs de longues lances. A la différence de leurs prédécesseurs, ils ne s’attaquèrent plus ou n’évitèrent plus le toro à cheval mais ils l’attendaient, l’arrêtaient de sa lance avant l’intervention du torero qui avait mission de le tuer avec l’épée.

C’est vers 1750 que le rôle du piquero change pour devenir un subalterne du matador. C’est l’époque des sévillans Costillares, Pepe Hillo, qui se faisaient concurrence ave les frères Romero de Ronda qui, dans des styles différents, furent les protagonistes de la corrida jusqu’à Madrid. Les Rondeños, notamment le fameux Pedro Romero, ont mis au point la technique du coup d’épée a recibir, alors que Costillares inventa le volapie pour pouvoir tuer les toros qui arrivaient fuyards ou figés à la fin du combat. La pique a évolué dans le temps pour s’adapter à l’évolution de la corrida et du toro lui-même. Le toro évoluant dans son comportement combattant, il devint un adversaire mortel pour le groupe équestre, en particulier les chevaux. Le dégât sur la cavalerie devint de plus en plus inacceptable humainement et financièrement. Les Français les premiers, dès la fin du XIXème siècle, inventèrent un tablier de cuir épais garni de barres de fer. Progressivement ils utilisèrent une vraie protection du corps du cheval et même du poitrail. En Espagne, le caparaçon n’a été imposé qu’en 1928 par le général Primo de Rivera, premier ministre du roi Alphonse XIII.

La pique elle-même évolua avec la protection du cheval. Quand le toro affrontait avec bravoure le cheval, à partir de 1791, ils positionnent au bout de la hampe d’une longueur de plus de 2,50 m, la pique afin de limiter la pénétration dans le dos et même le corps du toro jusqu’en 1880 par une pelote de corde en forme de citron (pica alimada) où était fixée une pointe de fer qui fut remplacée plus tard par une pyramide aux arêtes coupantes. Cette pique qui peut rentrer (malgré le limon) de plus de 35 cm, est modifiée en 1917. Toujours surmontée d’une pyramide montée sur une hampe ficelée de 2 cm de largeur et de 30 cm de longueur, on installera ensuite une rondelle rajoutée sous la partie cylindrique encordée pour freiner la pénétration. Cette pique fut utilisée jusqu’en 1962 où le règlement taurin instaure la « cruceta » (la croix) de 14 cm pour empêcher la pique de pénétrer plus profondément. Le toro était devenu plus brave et la pénétration beaucoup trop importante avec cette rondelle inefficace. C’est la pique moderne qui, avec quelques modifications récentes, suivant les régions, est restée la même, la hauteur de la pyramide étant diminuée de 3 mm pour la novillada, alors que pour la corrida la pénétration est limitée (théoriquement) à 8 cm.
Le Musée taurin de Béziers (UTB) comprend une collection de piques très rares depuis 1917. Il manque seulement la pique « alimonada ».

La bravoure et la pique : Antonio Purroy que nous avons reçu à l’Union Taurine, considère que la pique est nécessaire et basique pour tester ou démontrer en public le combat, la volonté, l’allant du toro, mais aussi pour permettre et maintenir la charge et la noblesse indispensables jusqu’à la fin du combat. J’apprécie la charge magnifique d’un toro brave fixé à plus de 15 m ou plus, qui s’élance sollicité par le piquero sur la cavalerie, baisse la tête avant la rencontre et pousse par l’ensemble de son corps, morillo, reins, arrière train, sur le peto tout en acceptant la pénétration de la pique dans son dos. Une partie du public aficionado considère cette partie du combat comme l’essentiel de la corrida, oubliant trop que sans la deuxième partie de l’affrontement de l’homme à pied, la corrida perdrait une partie essentielle où le courage et parfois l’esthétique du torero ont permis de créer la corrida moderne depuis le XVIIIème siècle. Antonio Purroy lui-même, admet et demande que le rôle primordial de la pique soit, non seulement maintenu, mais accentué. Il est le fondement même de la race du toro bravo dans toute son acception : mobilité, agressivité mais aussi noblesse permettant une charge plus ou moins rectiligne si elle est dirigée par la muleta du torero et qui dure jusqu’à la mort. Moi aussi j’aime ce toro brave à la pique, je l’admire mais aussi sa charge, son galop qui permettent à un torero de le conduire, quand il en est capable, jusqu’au final de la faena. Mais j’aime moins le toro bravucon qui va s’employer avec beaucoup de volonté au cheval, démarrer la faena avec énergie et qui lorsque le torero aura pris le dessus, va progressivement « rajarse » enlevant tout intérêt au combat et coupant toute l’émotion de la première partie. Cher ami aficionado, les discussions et parfois oppositions entre l’aficionado torista et torerista, nous desservent : la bravoure, la caste, la charge et la noblesse sont un tout. L’essentiel est de conserver la volonté de combat qui peut s’exprimer de plusieurs manières suivant le type de l’encaste. Je respecte tous les goûts. Je n’aime pas les qualifications qui se terminent en « iste » lorsqu’elles classifient les défenseurs ou amateurs des extrêmes. Je comprends l’émotion du public devant une pique parfaite. Je la ressens aussi mais l’abus ne doit pas perturber la lidia ou la force du toro. La pique est un test nécessaire dans la sélection du toro bravo, tant au niveau de la tienta de macho que de vaca. Certaines ganaderias ont délaissé dans leur sélection, la partie de la pique dans les tientas et dans le ruedo au profit des faenas de muleta trop obéissantes. Beaucoup trop ont disparu pour avoir fait ce choix et pas seulement parce qu’elles étaient repoussées par les toreros. Il est facile de faire une liste. Les amoureux de la suerte de pique comme une fin en soi, aussi belle et spectaculaire qu’elle soit, ne doivent pas oublier qu’au départ la pique n’est pas un objectif propre mais une manière de permettre à l’homme de combattre le toro. Soyons défenseurs du toro bravo, soyons admirateurs de sa bravoure, de son agressivité, de sa charge, de sa solidité.

La pique est bien un élément de cette démarche, de ce désir mais n’en faisons pas une finalité. C’est mon idée mais je respecte lorsqu’on reste dans la dignité et la compréhension que la corrida a besoin de ses trois composantes :
Le Toro – Le Torero – Le Public

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 61 – Mai 2018

ÉDITORIAL – AVRIL 2018

MY WAY – A MI MANERA

L’historique Paul Anka se fit connaître à ses débuts par ses succès fameux You are my destiny DianaShe’s a lady – sans oublier la musique et la chanson du célèbre Jour le plus Long. Il a donné plus tard en 1969 à la chanson de Claude François Comme d’habitude, une autre dimension en réécrivant, sur la mélodie composée par Jacques Revaux, un texte avec une philosophie d’un tout autre niveau My Way qui devint rapidement au Mexique A mi Manera.
Cette chanson a été chantée par plusieurs interprètes qui en ont fait un succès mondial. Je considère que ce sont Franck Sinatra et le mexicain Vicente Fernandez qui, surtout à la fin de leur carrière, ont donné une profondeur à l’esprit du texte et ont su l’inscrire au plus haut niveau de l’histoire des chansons de ces 30 dernières années. C’est un personnage qui a vécu, qui revendique ses racines et son comportement qu’il voulait indépendant, sans se mettre à genoux. Je ne suis pas mégalo et je ne prétends surtout pas me comparer à ces compositeurs et à ces artistes historiques. J’ai cependant choisi ce thème, cette mélodie, ces titres que j’apprécie et que j’écoute souvent. Déçu par l’évolution du monde taurin qui nous entoure, j’aurais pu décider d’arrêter sur le chiffre symbolique de 60 (5 ans), mes éditos mais mon attachement à l’UTB et les attaques inacceptables des extrémistes anti me poussent à continuer. Ils avaient perdu devant la justice leurs tentatives lancées contre notre tradition. Confortés par la présence du chouchou de l’écologie française au Gouvernement, ils sont confortés dans leurs démarches pour nous imposer leur pensée unique par leurs derniers succès de Nantes. Il est vrai qu’il y a des parties très communes chez les extrémistes politiques de gauche et de droite (nous en avons connu dans l’histoire moderne) et les animalistes, végans et gauchistes reconvertis, sans oublier les bobos bien pensants qui ne connaissent rien à l’histoire réelle de nos traditions et de notre monde. Ils se satisferaient d’une société soft, sans aspérités ni différences. Je reconnais aussi que localement, je me désespère du comportement de nos aficionados qui, dans leur majorité, se contentent d’un monde taurin fade et sans âme, où ils ne jouent aucun rôle de contre pouvoir qualitatif à la médiocrité qu’exige l’appellation Aficionado. Ils ne comprennent pas que ce milieu est une lutte permanente entre les entreprises organisatrices modernes réunies en 2 groupes monopolistiques qui utilisent nos arènes pour faire fonctionner leur système tant qu’il y a de l’argent à gagner – toreros à leur solde – Négoce de toros à leur guise pour permettre de vendre quasiment des cartels tout faits pour maintenir leur marge et leur maîtrise de la situation. Il existe pourtant des arènes représentatives qui, tout en s’intégrant dans le système, gardent leur indépendance pour conserver leur personnalité qui permet à ceux qui les entourent de se retrouver dans une dynamique leur permettant de maintenir leurs racines. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je ne supporte plus cette situation, cet immobilisme qui risque progressivement de nous ramener à la fin des années 60 ou au début des années 80, quand nos corridas avaient perdu toute leur substance vis-à-vis du travail de nos anciens et du prestige de l’édifice qui demanda tant d’efforts pour le réaliser et le sauver une 1ère fois.

Il faut se rappeler que la tauromachie à Béziers a connu des crises qui ont mis en danger la continuité de sa tradition et de ses arènes. Ce sont les aficionados biterrois qui, chaque fois, ont su prendre leurs responsabilités pour les relancer. Dès 1904, M. Cauba, grand aficionado biterrois, assura le financement et l’organisation des corridas de qualité qui permirent à Béziers de se faire connaître, au point de mériter le nom de Séville Française que lui reconnut l’aficion française. En 1919, ce sont Louis Azaïs et la Société Tauromachique qui surent convaincre Achille Gaillard et ses amis de constituer la Société des Arènes pour sauver l’édifice du Plateau de Valras qui était destiné à la démolition. En 1946, les arènes se remplissent lors des 2 corridas organisées avec des toros imprésentables de Pouly. Les 3 clubs taurins biterrois réagissent violemment et créer le Consortium présidé par Jules Durand qui fut autorisé par la Société des Arènes et la Municipalité à organiser la temporada 1947.

C’est Jean Cavaillès Perdigon, aficionado historique biterrois qui se déplaça au campo portugais pour donner son accord aux lots de toros de Claudio Moura et Infante de la Camara très bien présentés. En 1968, Jules Faigt, adjoint au maire, aficionado convaincu, relança l’activité taurine des arènes, quasiment arrêtée pendant 2 ans, en créant la Feria dont nous fêterons cette année le 50ème anniversaire. Ce fut aussi la création de l’UTB, réunion des deux clubs taurins biterrois. En 1980, déçus par l’organisation de l’empresa AYME, les aficionados de l’UTB furent, pendant 9 ans, associés par les municipalités à l’organisation des corridas par le Comité Feria et ensuite par la Régie Municipale des Arènes et de la Feria mieux adaptée à la gestion d’un tel budget. Ce fut le départ d’un renouveau de la qualité des spectacles taurins, de la fréquentation des arènes qui en découle toujours et de l’aficion motivée par des évènements exceptionnels et par l’émotion. Cela dura près de 25 ans. Ces années, sans être parfaites, enregistrèrent une qualité suffisante et des initiatives qui rempliront l’édifice et entraîneront une fierté et une dynamique de l’aficion biterroise. Par la suite,nous avons constaté progressivement, avec la complicité passive d’une partie de l’aficion (?), un tassement évident de cette dynamique et une baisse progressive de la qualité et de l’affluence dans nos arènes, entraînant une perte d’image auprès de l’aficion nationale et régionale que nous ne reverrons plus à Béziers. Pourtant, sur le plan local, nous n’avons jamais enregistré autant de clubs taurins et d’aficionados (diviser pour mieux régner).

En fait, à ce jour, je ne perçois aucune démarche concertée, aucune volonté parmi cette aficion pour inciter les responsables de la Feria et de ses arènes à apporter un souffle nouveau. Après les grandes déclarations d’intentions du monde taurin officiel biterrois qui suivirent les très décevantes ferias 2016 et encore plus 2017, nous constatons depuis des mois un silence assourdissant de notre aficion, soi-disant fédérée, de la Commission Taurine et de l’Empresa. Nous avions constaté en 2016 une déclaration de la Fédération qui nous paraissait réaliste mais elle fut rappelée à l’ordre. Je vous inviterai, si vous le souhaitez, à suivre les comptes-rendus des réunions de nos clubs taurins du passé, les interventions auprès des municipalités, les lettres et réunions avec l’empresa pour apporter des modifications qu’ils estimaient essentielles. Je ne puis accepter cette situation et cet immobilisme. Comment se contenter de voir et d’entendre des inepties sur ce monde qui les manipule et qui profite de cette situation ? Mon attitude n’est motivée par aucune ambition personnelle, ni aucun projet.

J’ai choisi les paroles des 3 dernières strophes de My Way pour illustrer mon état d’esprit devant cette situation désolante même si comme dans la chanson, mon âge devrait me pousser à la sérénité. On ne se change pas !

I’ve loved, I’ve laughed and cried
J’ai aimé, j’ai ri et pleuré
I’ve had my fill ; my share of losing
J’ai eu ma part d’expériences, ma part d’échecs
And now, as tears subside,
Et maintenant que les larmes disparaissent
I find it all so amusing
Tout cela me semble si amusant
And did it my way – A mi manera
Je l’ai fait à ma façon

To think I did all that
Penser que j’ai fait tout cela
And may I say – not in a shy way
Et je me permets de le dire – sans timidité
oh no not me
Oh non, la timidité ce n’est pas de moi
I did it my way – A mi manera
Je l’ai fait à ma façon

For what is a man, what has he got ?
Car qu’est-ce qu’un homme, que possède-t-il ?
If not himself, then he has naught
Si ce n’est lui-même, il n’a rien
To say the things he truly feels
Pour dire ce qu’il ressent sincèrement
And not the words of one who kneels
Et non les mots de celui qui est à genoux
The record shows I took the blows
L’histoire retient que j’ai encaissé les coups
nd did it my way ! A mi manera !
Et que je l’ai fait à ma façon !

Mais si vous le pouvez, retrouvez sur Internet My Way chanté par Sinatra, sous-titré en espagnol et A mi manera par Vicente Fernandez dans sa soirée d’adieu à 76 ans dans l’Azteca de Mexico (2016). C’est beau et émouvant. Ceux qui ont lu et écouté Reggiani après l’édito d’août 2016 Ma Liberté, comprendront.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 60 – Avril 2018