ÉDITORIAL JUIN 2021

LA PENSÉE UNIQUE

Je me rappelle dans ma jeunesse qu’il existait une indépendance de pensée des aficionados et de la presse taurine vis-à-vis des toreros, même si en France la revue Toros qui avait un monopole de fait, était devenue le reflet de la pensée officielle de la tauromachie. C’étaient de bons aficionados, tant au niveau de leurs connaissances que de leur passion pour la corrida mais qui, à mes yeux, avaient le tort de vouloir imposer une vision unique. Ils montraient une connaissance et une culture indéniables mais restaient figés sur des idées arrêtées qui se transformaient parfois en diktat. Paquito, Francis Cantier, avait pris la suite de sa mère Miquelita, créatrice en 1925 de Biou y Toros dont le titre se contractera en Toros.

La nouvelle direction imposa à cette revue un style austère et parfois injuste à mes yeux. C’était la référence des aficionados français, même si nous avions aussi de grands journalistes indépendants : Paco Tolosa, Don Severo, Don Fernando, El Tio Pepe, Jean-Pierre Darracq… Pierre Dupuy devenu la référence de Toros, oh combien érudit et sévère, était très compétent mais partial. Ceux de ma génération se rappelleront certainement du jugement inique que Dupuy et ses inconditionnels ont porté pendant plusieurs années sur Damaso Gonzalez, le Maestro d’Albacete. Ils lui reprochaient son absence d’esthétique et se moquaient même de sa petite taille, de sa cravate dégrafée… Eux, les connaisseurs, auraient dû se rappeler du physique de Juan Belmonte et surtout se rendre compte de la capacité impressionnante du toreo de Damaso avec sa muleta qui s’imposait à la majorité des toros, même de face.

Plus tard, son succès grandissant dans le public libre, ils abandonnèrent leurs commentaires ridicules mais sans reconnaître leurs erreurs antérieures. C’était la pensée unique de l’aficion française endoctrinée par la pensée de leurs maîtres influenceurs. J’ai horreur de ce terme, de cette notion à la mode ces derniers temps, censée différencier les personnes aptes à donner des leçons pour orienter leurs lecteurs et les réseaux sociaux (en faisant parfois le négoce). Leurs déclarations antérieures avaient un effet préjudiciable pour certains toreros auprès des nombreux lecteurs fidèles de la revue nîmoise. Cela aboutit progressivement à la pensée unique, qui s’imposait comme une certitude, étant donné la confiance aveugle que les habitués avaient en ces spécialistes, la plupart du temps compétents mais qui souvent avaient trop d’a priori. Ils se basaient sur des critères aveuglés par une analyse trop personnelle et parfois erronée. De nos jours, Toros reste une revue sérieuse. Elle a perdu son monopole mais aussi son côté inquisiteur.

Le 28 juin dernier, je regardais à la télévision la corrida d’ouverture de la temporada 2021 de Las Ventas avec une corrida sérieuse de 6 Victorino Martin de plus de cinq ans. Manuel Escribano, chef de lidia, aborda la faena du 4ème Victorino, d’une noblesse sauvage, typique de l’encaste, par deux changements dans le dos au centre du ruedo, enchaînant de très bonnes naturelles. Le public sectaire du Sol de Las Ventas, essaya de le déstabiliser criant en permanence cruzate, oubliant que se croiser est important au début d’une série de muleta mais ignorant peut-être que se croiser entre toutes les passes est contraire à la ligazon. Lorsqu’elle se fit, la plaza rugit car toro et torero étaient en harmonie. Ils oubliaient que le toreo commence toujours à la deuxième passe (Semana Grande du 28 juin 2021). Après une grande estocade dans le haut, Escribano ne se vit attribuer qu’une oreille. Il est vrai que la pétition du public des tendidos 7 fut tiède contrairement au reste de la plaza. Depuis son époque de novillero, ces aficionados sont très exigeants envers Manuel ? La télévision nous permit de voir et d’entendre au callejon l’apoderado et ancien matador de toros, Jose Luis Moreno, qui commentait très ému les efforts prodigieux qu’avait dû faire le torero après les trois gravissimes blessures dont il avait souffert suite à son engagement extrême. Quand je constate que la presse spécialisée a quasiment passé sous silence le premier indulto par Manuel d’un toro de Miura, Tahonero, en juillet 2019, je m’interroge. Cette presse, connut par une collaboration facile, aurait fait des commentaires dithyrambiques dans d’autres circonstances, en fait dans d’autres mains plus médiatisées. C’est la Pensée Unique.

Manuel Escribano face à Atlas de chez Margé – Vuelta pour le bicho et deux oreilles !

Je me permets de conclure en demandant aux organisateurs d’ouvrir le système restreint qui gère les cartels de nos jours, limité aux relations empresariales et à l’intérêt de leurs propres protégés. Cela limite les competencias avec la nouvelle génération moins armée et l’émotion nécessaire à la vie de la tauromachie. Certains pourraient me faire remarquer mon amitié familiale avec Escribano depuis plus de 30 ans. Je puis vous parler aussi, parmi d’autres, du matador de toros de Salamanque, Juan Del Alamo. Il a coupé en tant que matador de toros, 10 oreilles en 20 actuations à Las Ventas dont celles de sa sortie en triomphe en 2017. Malgré ce, il ne fut classé que 50ème à l’escalafon 2019 ? Je sais pourquoi mais cela ne me convient pas ! Les aficionados influencés par la coalition de la presse spécialisée, dépendante du système et les accords des empresas, ont fait progressivement disparaître l’image de Juan. L’aficion est un complice involontaire. C’est la conséquence de la pensée unique. Elle devient dominante dans toute la société actuelle, amplifiée par les réseaux sociaux, parfois alliés sans le savoir. Afin de ne pas ouvrir le débat sur d’autres nombreux thèmes de société basiques mais conflictuels par les temps qui courent, je m’abstiendrai…

Revenons chez nous ! Je ne fuis pas ces débats mais je préfère me limiter au monde taurin qui est la motivation de ces lignes. Les cartels des corridas de la Feria de Béziers 2021 sont attractifs. La substitution d’Enrique Ponce par Daniel Luque donne, pour moi, encore plus d’intérêt à l’affiche du 13 août tant le torero de Gerena se montre profond et inspiré. Je me soucie davantage de l’effet de la corrida du 14 sur le public alors que celles des 12 et 15 août sont très attirantes, avec des toreros qui fonctionnent au plus haut niveau. Ils montrent leurs motivations depuis le début de la temporada pour reconquérir leurs places ou mieux se faire connaître, comme Rafi, dans cette terre si liée à l’histoire de sa famille.

El Rafi à Nîmes 12 juin 2021 face à Cantaor- 2 oreilles

Il est évident que la présentation et la force des toros restent inconnues, même parmi les élevages majeurs. J’ai particulièrement remarqué la présence des Victoriano del Rio qui ont brillé récemment à Burgos, Badajoz et Madrid le 7 juillet, tant par leur comportement que par leur trapio. Les maestros Roca Rey, Perera, Emilio de Justo, Ferrera, Manzanares, Luque… ont montré à plusieurs occasions leur volonté, leur inspiration et nous connaissons leur expérience. Prémices d’une temporada importante si les contraintes sanitaires le permettent.

Pour conclure : por favor, ne répétez pas toujours les mêmes toreros et ganaderos qu’imposent les groupes empresarios/apoderados. Ne soyez pas complices de la pensée unique ! Elle m’ennuie fortement en politique et dans ces médias qui reprennent les informations de ces doctrines de groupes sans le moindre doute ni défiance. Mais qu’ils ne l’imposent pas dans les ruedos. C’est certainement moins grave. Mais pour nous ce serait lassant et ne permettrait pas à des toreros hors système de démontrer leur talent, leur courage et pourquoi pas de bousculer l’ordre établi par ce système.
Ne nous laissons pas enlever nos illusions, nos émotions, nos visions personnelles que peuvent nous apporter certaines tardes dans les ruedos.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 97 – Juin 2021

ÉDITORIAL MAI 2021

LES ANCIENS ET LES MODERNES

Ce titre rappelle les chamailleries entre les écoles de la culture littéraire du XVIIème siècle en France. Ces controverses, ces querelles se reproduiront à d’autres époques et dans plusieurs pays majeurs de la civilisation occidentale. Dans l’époque compliquée que connait la tauromachie tant au niveau politique que culturel, sans oublier le sanitaire, nous alternons des moments d’abattement et des instants plus sereins que n’arrivent pas à stabiliser notre appréhension sur l’avenir de notre passion. Pendant la période des XIX et XXème siècles, les Anciens ont vécu l’âge d’or de la tauromachie moderne. Ils ont écrit l’histoire de notre aficion. Pourtant de nos jours, ce sont les Modernes qui vont devoir « relever le gant » pour survivre dans les années difficiles qui nous attendent, pour des raisons politico philosophiques souvent inadaptées à la réalité fondamentale de nos tracas. Espérons que la pandémie qui nous étouffe et nous paralyse ne sera que temporaire.

Ces dernières semaines m’ont apporté des points positifs non négligeables :

– Le tribunal correctionnel de Béziers a rejeté la plainte absurde déposée par la S.P.A. contre la corrida à Béziers : nominativement contre Sébastien Castella, le maire Robert Ménard et l’organisateur Robert Margé. Je pensais que cette attaque était vouée à l’échec. Le tribunal correctionnel de Béziers m’a conforté par des attendus fermes et sans équivoque. Merci à ceux qui ont su, au lieu de perdre leur temps dans des querelles et diatribes non efficaces, conforter légalement dans notre pays la corrida dans les zones de tradition. Restons vigilants mais ces dispositions sont solides et constitutionnelles. Seul l’éventuel référendum inspiré par les sollicitations des tenants de la « Convention citoyenne pour le climat » pourrait nous inquiéter, bien qu’elle n’ait rien à voir avec la corrida.

L’annonce du retour de la ville de Nîmes au sein de l’U.V.T.F. ne peut que me réjouir. L’Aficion Française avait besoin d’être unie pour faire face à nos adversaires dans toutes les démarches futures.
– En Espagne, la décision de Pablo Iglesias, leader politique du groupe PODEMOS, de quitter la politique après sa défaite cinglante aux élections de Madrid ne peut que satisfaire le monde de la tauromachie. Mon sentiment ne concerne pas la politique mais l’individu, imbu de son pouvoir par sa présence au gouvernement, m’a indigné par son comportement. Il a montré tant de haine et de volonté destructrice vis-à-vis du monde taurin espagnol en s’acharnant même contre les plus faibles : banderilleros et éleveurs touchés par les conséquences économiques de la pandémie. Les électeurs ont compris et l’ont sanctionné devant ses comportements aveuglés par son entrée au gouvernement et son acharnement destructif. Il est vrai que, depuis ces dernières décennies, les détenteurs du pouvoir dans l’organisation tauromachique (les Anciens) n’ont pas montré un comportement unitaire pour défendre  notre corrida contre les attaques qu’elle subissait.
Certains de ces Anciens restent encore attachés au pouvoir qu’ils ont si mal utilisé. Il n’y a qu’à voir les critiques inacceptables, venant du groupement des « grands » organisateurs espagnols, contre Victorino Martin Garcia qui est à la tête de la Fundacion del Toro de Lidia depuis 2017. Il a pourtant fait un travail considérable en prenant part dans la vie publique espagnole pour la promotion et la diffusion de la culture taurine. Il n’a pas craint d’intervenir devant la Commission de la Culture et des Sports au Sénat à Madrid où il a fait ressortir notamment les conséquences néfastes de l’animalisme sur la culture de son pays. Son objectif : promouvoir, maintenir, améliorer, défendre, divulguer le magnifique Toro de Lidia « élevé » en pleine nature dans le Campo et la Tauromachie comme culture et discipline artistique dans « tous les domaines matériels et immatériels ».

Depuis l’apparition du Covid-19 qui ruine l’activité économique européenne et la civilisation taurine en Espagne, la Fundacion s’ingénie avec les éleveurs et les organisateurs locaux volontaires à mettre en place une compétition dans toutes les régions espagnoles. Cela permet de récompenser les efforts des jeunes méritants et surtout talentueux avec l’aide des télévisions et des organismes des diverses autonomies tout en permettant aux ganaderos de lidier des novillos et des toros au lieu de faire abattre leur bétail en absence de spectacles, privés de public. Cette activité s’est maintenue dans la démarche des Modernes alors que les Anciens sont trop souvent intervenus pour défendre leur supériorité dans un monde où ils ont démontré leur incapacité d’agir, ruinant le travail de leurs prédécesseurs. A mes yeux il est indispensable que ces attitudes se développent pour maintenir la tauromachie face aux difficultés sanitaires et à ce monde agressif qui veut sa perte.

Certains Anciens détenteurs du pouvoir attendent que les solutions se règlent seules du moment qu’ils gardent leur place dans le système. Ils doivent pourtant craindre que si de nouveaux visages audacieux avec des idées novatrices apparaissent, ils soient rapidement opérationnels et risquent de les écarter de ce monde quand la situation du covid s’améliorera (?). A quelques exceptions près ils n’ont rien fait pour apporter des solutions aux problèmes qui progressivement ont touché la corrida, qu’ils proviennent des adversités extérieures ou de la désaffection d’une partie de notre public qui ne retrouvait plus l’émotion que leur apportait le combat taurin codifié par l’Espagne depuis le début du XIXème siècle. Ils espéraient que l’apparition naturelle d’un nouveau génie tous les dix ans permettrait de redonner l’illusion, l’exaltation à l’aficion et relancerait l’activité. Pendant ce temps ils géraient le symptôme pour le conserver à leur main sans aucune dynamique nouvelle. Ce sont ces adeptes de l’événementiel, toujours souhaitable, qui oublient que la tauromachie ne peut exister que si elle est nourrie de l’intérieur par les fondamentaux, tant au niveau du toro que des jeunes toreros ambitieux avec leur talent et leur passion. Ils ne veulent pas que la diversité déstabilise leurs acquis, sans se rendre compte qu’ils l’ont déjà trop affaibli. Cela n’a pas pour motivation de recréer les talents innés des créateurs qui ont montré le chemin. Je regrette ces personnages du passé qui, sans oublier leur propre ambition et leur logique intérêt lucratif ont agi pour que cette histoire fonctionne en prenant des risques :
– tant physiques comme les « initiateurs » : Pedro Romero, Pepe Hillo, Francisco Montes, Cuchares… comme les « monstres » : Joselito, Belmonte, Manolete et ceux que nous avons admirés dans notre jeunesse.
– que financiers comme Don Pedro Balaña Espinos à Barcelona, Don Livinio Stuyck à Madrid et plus près de nous le grand Manolo Chopera ou les Lozano…

Pour moi ces personnages ne rentrent pas dans la catégorie des Anciens mais des Précurseurs. Ne les oublions jamais. Je pense à eux quand j’entends les vers que Calogero fait chanter à Florent Pagny :
« Quand on n’est plus à la hauteur
Restent les Murs Porteurs
Des amis en béton…
Pour voir à l’horizon »
« Restent les Murs Porteurs
Pour tenir la longueur
Faire face aux tremblements »
« Restent les murs porteurs
Pour se protéger du froid
Pour conjurer le malheur
Et retrouver sa voie. »

Depuis 2020 nous avons vu des toreros confirmés se remettre en cause. Julian « El Juli » démontre cette année sa recherche d’excellence exigible de son poste de leader comme s’il s’était rendu compte qu’il était un « Mur Porteur ».    Ce sont les exemples à suivre comme celui de Daniel Luque redevenu au niveau du jeune prodige surdoué qu’il était.
Les nouvelles générations comprennent qu’ils doivent faire un effort supplémentaire pour affronter leurs aînés prestigieux, pour maintenir la competencia : Fidel San Justo, Pablo Aguado, Juan Ortega. L’affrontement d’Antonio Ferrera face aux 6 Adolfo Martin relève de ce défi. Les empresas Modernes : Carlos Zuñiga, Tauroemocion, Lances de Futuro, Jean-Baptiste Jalabert… ont démontré leur volonté de résister. Je ne les cite pas tous : toreros, empresas, ganaderos, savent qu’ils peuvent, qu’ils doivent faire cet effort difficile et exigeant. Qu’ils soient Anciens ou Modernes.

Nous avons déjà vu comment Carlos Zuñiga a rendu cette année aux corridas des fêtes de San Fernando d’Aranjuez leur niveau de la fin des années 90. Le public a répondu positivement. Malheureusement l’initiative d’Antonio Matilla à Vistalegre pour la « San Isidro » vient de s’achever avec un public trop insuffisant. C’était un risque important puisque cette plaza madrilène, même après sa rénovation, n’a jamais connu une telle Feria. Souhaitons-lui un succès dans ses prochaines organisations à Castellon, Granada, Jerez…
Je ne suis pas pour une guerre d’empresas des Anciens et des Modernes mais pour une remise en cause de la profession qui permette aux jeunes générations d’assouvir leur passion et aux Figuras de leur montrer le chemin.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 96 – Mai 2021

ÉDITORIAL AVRIL 2021

LA CORRIDA DU SIÈCLE

J’ai lu récemment l’ouvrage du biterrois Pierre Alazard édité par le Chameau malin « D’un lustre à l’autre 1846-1946 Cent ans d’immigration espagnole et andorrane au Campnau” (Capnau). Ce livre, très documenté sur l’évolution de cette population, m’a permis de me rappeler que mon grand-père (Satgé) d’origine Tarnaise, me parlait du CAPNAU où ses ancêtres avaient résidé il y a plus de 200 ans. C’était un quartier peuplé de gens venus pour la plupart de zones rurales. C’était un quartier populaire où se regroupèrent progressivement les nouveaux arrivants qui cherchaient travail et subsistance.

Place Saint Esprit

Le Capnau est situé sur les hauteurs de Béziers au-dessus de l’Orb, le long de l’actuel Boulevard d’Angleterre entre les églises de La Madeleine et de Saint Aphrodise et le Couvent des Clarisses aujourd’hui disparu. A leur arrivée à Béziers, on retrouve dans les registres municipaux : des Carlistes fuyant les guerres fratricides espagnoles (1840-1875), des Catalans Pyrénéens de la province de Lérida, des Andorrans et les « Gavachs » du Tarn et de l’Aveyron. Beaucoup s’installèrent dans les humbles rues des Soeurs Grises, de la Vierge, du Calvaire, du Malpas, des Tisserands, des Pénitents Noirs, de la Porte Olivier… avant d’émigrer vers d’autres quartiers de la cité. Suivant les divers recensements on a pu évaluer la population du quartier de 1600 à 2200 habitants suivant les fluctuations dues aux crises viticoles du phylloxéra et de la mévente du vin jusqu’aux événements tragiques de 1907. Il faut rajouter les épidémies de choléra en 1854 suivies d’une importante mortalité de nourrissons et d’enfants en 1860 due à la variole et la chloroquine. Cela n’empêchera pas la population de Béziers de passer de 15 000 habitants en 1820 à plus de 50 000 habitants au recensement de 1901. Pierre Alazard fait remarquer que plus de 53% viennent de ces régions, de ce pays qu’il dénombre avec précision : l’Espagne, l’Andorre, l’Italie et les Gavachs du Sud du Massif Central.

Rue Sainte Claire

Cette lecture me rappela que dans les années 80 j’allais voir les Corridas de la San Isidro au Bar du Capnau, à l’angle de la rue Cassan et de la rue Charles Labor le long de l’église de la Madeleine. Ce bar, aujourd’hui fermé, était géré par le sympathique José MATEO d’origine espagnole. C’était le seul lieu public du quartier en-dehors des Églises. Il avait deux intérêts pour moi, voir les corridas à la télévision espagnole (T.V.E.) et boire le Fino, spécialité du Bar. J’avais choisi la date du 1er Juin 1982 car le Cartel présentait un intérêt majeur pour moi, les Toros de la Ganadería de Victorino Martin. L’éleveur de Galapagar, dans les abords de Madrid, a ramené l’élevage Sévillan de Don Escudero Calvo de pure origine Albaserrada par Saltillo et Santa Coloma, ces bêtes qui paissent de nos jours en Extremadura. Le Cartel des Toreros était parfaitement adapté aux critères exigeants de Toros exigeants de Victorino. Le chef de lidia était le chevronné Ruiz MIGUEL habitué aux corridas difficiles comme les toros de MIURA, Pablo ROMERO et encore plus VICTORINO MARTIN.

Vic Fezensac a immortalisé son triomphe de la Feria de Pentecôte 1970 face à ces toros (2 oreilles et la queue) par une statue grandeur nature implantée face à la grande porte des Arènes Gersoises. Lui qui sortit 10 fois en triomphe des Arènes de Las Vantas était le torero de ces Toros tant pour le Ganadero que pour ses compagnons de Cartel à qui il apportait maîtrise et expérience. Ce fut le cas ce jour là. Luis Francisco ESPLA fût un torero précoce préparé avec son frère Juan Antonio par leur père à Alicante. Bambi, comme l’appelaient ses proches, commença sa carrière de novillada avec picador en 1974 à 16 ans. Après un passage rapide comme novillero puntero il prit l’alternative dès le 20 mai 1976 à 18 ans des mains de Paco CAMINO, et NIÑO de la CAPEA comme témoin, tous toreros de la Casa Chopera qui l’apodèrait à ce moment là. Malheureusement le passage dans la catégorie majeure fut trop précoce malgré son talent et sa connaissance du toreo. Peut-être n’était-il pas le mieux adapté aux corridas des figuras et de leurs toros. La protection de ses débuts disparut. Il fallait se remettre en cause s’il voulait ressurgir. La corrida de Victorino MARTIN à Madrid durant la San Isidro était un pari (apuesta) risqué mais nécessaire pour donner un renouveau à sa carrière qui avait connu un bache dur à supporter même s’il n’avait que 24 ans. José Luis PALOMAR originaire de Soria prit une alternative de qualité en 1978 (26 ans) avec les maestros J.M. Manzanares et Capea. Bon torero classique et sérieux il connut un grand succès pour la Beneficiencia 1980 sortant en triomphe des Arènes de Las Ventas face aux Victorinos.

Cartel parfait pour cette corrida du 1er juin 1982. L’émotion fut permanente toute la tarde. Le premier toro fut exceptionnel de puissance et de bravoure. De nom POBRETON, très bien présenté, sans poids excessif, il prit 3 piques en partant de loin avec alegria et en poussant sous le fer avec rectitude. Il permit à Ruiz MIGUEL de couper 1 oreille avec une très forte porte pétition de deuxième, influencée par le comportement hors norme du Toro. Le torero Gaditano de San Fernando fut supérieur devant son second, faisant briller son Victorino dans sa faena de muleta alors que Pobreton lui avait pris parfois le dessus dans la première : une oreille. Au fur et à mesure que la corrida se déroulait, le ton montait. Il y avait une grande émotion dans le public dès le premier tiers avec ces piques, cette bravoure franche qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir, surtout à cette époque là. L’exception fut le 2ème toro, puissant et brave, au cheval mais très compliqué et dangereux pour Espla. L’ensemble de la course fut « unique » avec des tercios de pique impressionnants par leur régularité et l’entrega vers le cheval sous le peto. Même dans le bar du Capnau devant la télévision je me rendais compte que nous assistions à un événement surprenant.

Luis Francisco ESPLA avait accepté le combat devant son premier adversaire dangereux. Il devait triompher devant le cinquième puisqu’il était seul à ne pas avoir coupé d’oreille. Heureusement pour lui ce toro sortit brave noble et plus suave. Le torero d’Alicante sut montrer à l’aficion ses qualités avec intelligence en cachant sa faiblesse grâce au temple de sa muleta. Le torero sut vendre au maximum son art, amélioré et embelli par ses adornos qui le caractérisaient. Le sommet arriva en fin de faena. En face du toro il lâche sa muleta, défait calmement son corbatin et l’attache délicatement et avec solennité à la corne impressionnante du toro. Ce geste ne plut pas trop à Victorino qui voyait son toro à ce point dominé, mais il transmit au public une ambiance de folie. Même dans la salle du Bar du Capnau les clients étaient enthousiasmés et je ne pouvais pas retenir cette sensation, pourtant je n’avais bu que deux verres de Fino! Devant le triomphe et les clameurs du public la présidence accorda les 2 oreilles

La pression sur José Luis PALOMAR est forte. Après une première oreille coupée au troisième et 2 vueltas al ruedo dans des arènes déchainées, il doit couper une oreille supplémentaire au dernier pour accompagner ses camarades sortants en triomphe. On put voir RUIZ MIGUEL se rapprocher de lui dans le callejon pour l’encourager et le tranquilliser à la sortie du sixième. José Luis PALOMAR, torero classique donna le maximum particulièrement avec la muleta. Ce fut un toreo dominateur embelli par des naturelles de face. Il termina la faena par des passes aidées par le haut en utilisant l’épée de muerte qu’il gardait durant toutes ses faenas. Après l’estocade qui suivit, l’oreille s’imposait avec un public déchainé.

La sortie en triomphe de Victorino MARTIN et des trois toreros est spectaculaire et émouvante. Cette image restera dans l’histoire : 6 oreilles devant une corrida complète de Victorino dont 5 toros resteront gravés dans les mémoires pour leur qualité et leur bravoure pendant toute leur présence dans le ruedo. Cette corrida devient historique et porta le nom de « CORRIDA DU SIÈCLE » que je n’ai pas oubliée comme tous ceux qui la virent en direct.

La salle du Bar était bruyante, tous impressionnés par un événement taurin aussi complet. Je suis parti les larmes aux yeux en courant, je n’avais que 40 ans, au siège de l’Union Taurine Biterroise sur les Allées Paul Riquet au-dessus du café Glacier ou les sociétaires  se réunissaient les mercredis soirs pour les tertulias où nous commentions avec passion l’actualité taurine et les vidéos que nous pouvions récupérer. Je fis le compte rendu sur la corrida historique que je venais de voir au BAR du CAPNAU. Cette année fut inoubliable pour Victorino.

Le 19 Juillet 1982 la Corrida de la Presse était organisée en corrida concours avec Manolo CORTES, J.A. CAMPUZANO et Ortega CANO. Des ganaderias historiques avaient été retenues : Hernandez Pla, Bohorquez, Victorino Martin, Miura, Guardiola, Cuadri. Le toro Belador de Victorino sort en troisième position pour Ortega CANO. Il renverse la cavalerie spectaculairement dès la première pique et les deux suivantes sont excellentes. Le public est enthousiaste et demande une 4ème pique que le Président n’accorde pas. Les spectateurs réclamant l’indulto dès la moitié de la faena de CANO, réservé devant la bravoure et la noblesse étonnante du Victorino. Le président confirme l’indulto de Belador, qui est le premier dans les Arènes de Las Ventas. Le Toro fixé au centre refuse de sortir pendant plus d’une heure. Ortega CANO se voit octroyer aucun triomphe, tant le public n’a d’yeux que pour Belador. Certains diront que l’indulto de ce Victorino était dû au succès de ses frères du 1er Juin.

Velador indulté dans les règles (avec une banderille)

Je regrette que la dernière corrida de Victorino Martin à Béziers ait été décevante même si deux Toros permettaient. J’espère que nous pourrons les revoir prochainement chez nous. C’est un élevage majeur de l’Histoire Taurine moderne !

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU -Édito n° 95 – AVRIL 2021

L’UTB remercie pour ses trois pastels du Capnau l’artiste Johanna Bouvarel.

ÉDITORIAL MARS 2021

LAS COSAS FACILES NUNCA TIENEN
UNA RECOMPENSA GRANDE
(Cristina Sanchez – Torero)

La matadora de toros Cristina Sanchez a fait cette déclaration pour commenter sa récente décision de se lancer dans un nouveau chemin professionnel : apoderamiento du jeune espoir de la tauromachie de Salamanque  Raquel Sanchez. Cet objectif est ambitieux dans le monde taurin. C’est un changement total pour elle qui a connu toutes les embûches dès ses débuts à l’âge de 12 ans à l’école taurine de Madrid, pour arriver à son alternative prestigieuse en 1996. Je résidais à Gerena au moment de ses débuts en novillada avec picador pendant l’été 1993. L’aficion sévillane avait appris la présence de la jeune Cristina au cartel annoncé à Aracena dans les collines de la Sierra Morena, sur la route qui relie Séville au Portugal. Le monde taurin était déjà informé du talent de la débutante madrilène qui avait toréé sa première becerrada au début 1986, toujours accompagné de son père Antonio Sanchez, banderillero. Cristina avait pris l’habitude, par aficion, de le suivre les dimanches où il toréait dans les cuadrillas de la région de Madrid. Je m’étais déplacé avec quelques amis à Aracena, capitale du fameux jambon pata negra de bellota (le gland des nombreux chênes de la Sierra), près du pittoresque pueblo de Jabugo. Dans les arènes, on pouvait voir sur les gradins et dans le callejon plusieurs taurinos venus assister à cette présentation en Andalousie. Les aficionados et les professionnels ont été étonnés de voir une jeune fille très esthétique, avec allure et classe dans un traje de luces, courageuse et avec un bagage technique étonnant. Contrairement à la réputation machiste des andalous, le public avait soutenu la jeune madrilène tout au long de ses faenas et pour la pétition des trophées.

Quelques semaines plus tard, j’étais à Osuna qui est une des villes les plus charmantes de la province de Séville, connue pour ses monuments et la beauté de ses belles maisons bourgeoises des siècles passés. J’accompagnais le novillero El Cobo qui venait de triompher à Séville. Ce soir-là, à Osuna, il alternait au cartel de la novillada avec Cristina Sanchez qui coupa les oreilles de ses novillos, avec un large soutien du public enthousiaste malgré quelques difficultés à l’épée. Le monde taurin andalou qui suivit ces deux novilladas, concluait qu’outre ses qualités artistiques, sa maîtrise, sans oublier sa grâce et son courage, la jeune Cristina avait un impact favorable auprès du public qui venait de découvrir la jeune débutante dont rapidement parlèrent la presse taurine et les revues grand public. Effectivement, dans le ruedo, encouragée et protégée par son père, Cristina toréait bien, avec aficion et habileté, sans abuser d’effets racoleurs. Pour expliquer sa passion, Cristina racontera que la première fois où elle commença à toréer une vachette : j’ai ressenti une émotion très forte, spéciale, ce genre de bonheur qui remplit totalement et qu’on se dit que rien d’autre pourra te l’apporter.

Cristina Sanchez continua une carrière de novillera très appliquée en Espagne où l’on remarquait sa volonté de devenir torero. Surprenant ses interlocuteurs, elle a toujours déclaré qu’elle voulait être torero car ce nom n’a pas de féminin mais sans renier sa féminité. C’était son ambition, sa recherche, sa fierté de prendre l’alternative. Dans ma vie je suis femme mais dans l’arène je suis torero. Il est vrai que si l’on écarte les concours hippiques ou les courses de voile, les femmes ne participent pas à la même compétition que les hommes, à part les relais mixtes. Certes, une corrida n’est pas une épreuve sportive entre des participants mais comme Ernest Hemingway la décrivit la première fois à ses lecteurs de la presse yankee : C’est une tragédie. Pour autant, on ne peut nier, outre le combat avec le toro, la competencia qui existe entre les toreros pour prendre le dessus sur leurs partenaires au cartel ou dans le classement à l’escalafon. Quand je lis les déclarations de Cristina Sanchez, j’entends la voix de Jacques Brel chanter ces paroles de Mitch Leigh dans la quête de Don Quijote :
Rêver comme un impossible rêve
Tenter, sans force et sans armure, d’atteindre l’inaccessible étoile
Telle est ma quête, suivre l’étoile
Et puis lutter toujours…
Heureusement, pour Cristina, son ambition fut récompensée par une prise d’alternative mémorable et glorieuse, après 121 novilladas, notamment dans des arènes majeures comme Séville, Quito et son succès à la San Isidro en 1995.

AlternativEa de Cristina Sánchez, avec Curro Romero parrain et Manzanares témoin.
photo de B. RIVAS

Le 25 mai 1996, dans les arènes de Nîmes, elle fit le paseo avec son parrain Curro Romero accompagné de Jose Maria Manzanares. Elle sortit en triomphe après avoir coupé 2 oreilles à chacun de ses deux toros d’Alcurrucen. Sa personnalité, sa maîtrise de torero et son exception ont incité trois médias majeurs de la presse française à titrer sur l’exploit de cette alternative unique, sur sa personnalité et ses capacités techniques qui résumaient la force de sa volonté pour arriver à sa recherche, sa quête vers ce qui pouvait paraître à ses débuts son inaccessible étoile. Le Monde, Libération et l’Express ont donné, au niveau atteint par cet évènement, la récompense et la notoriété qu’il méritait.

En Espagne, après sa première corrida de torero d’alternative avec Oscar Higares et Javier Conde, il n’a pas toujours été facile d’entrer dans les cartels des figuras, malgré le soutien inconditionnel de Manuel Diaz El Cordobes que suivirent Emilio Muñoz, Enrique Ponce, Finito de Cordoba… En Amérique Latine, après l’échec en 1996 de Caracas (Vénézuela) annoncée avec Ortega Cano et malheureusement annulée par la pluie, elle confirma son alternative à la Mexico le 12 janvier 1997 avec Armillita Chico et Alejandro Silveti. Malgré l’opposition initiale de Jesulin de Ubrique, elle torera enfin avec lui en mano a mano en 1997 à Castellon. Elle se retira du toreo actif en 1999 après avoir coupé 316 oreilles dans sa carrière. Elle s’est mariée avec un taurin portugais, Alejandro da Silva avec lequel elle a 2 garçons de 16 et 14 ans, Alejandro et Antonio. Cristina réapparut exceptionnellement à la Feria de Cuenca 2016 avec Enrique Ponce et El Juli, en faisant cadeau de son cachet à l’hôpital de Madrid spécialisé dans la lutte contre le cancer des enfants. Elle sortit en triomphe avec El Juli, portée par ses enfants, après avoir coupé 2 oreilles à son premier qu’elle leur avait brindé. Elle leur promit ce jour-là de ne plus participer à une corrida.
Sa tâche a toujours été difficile jusqu’à cette alternative exceptionnelle, tant par l’importance de l’arène que par ses illustres compagnons de cartel et pour sa répercussion médiatique. Il est évident que d’autres femmes ont essayé de toréer à pied à partir de 1973, incluses dans des cartels de toreros comme Maribel Atienzar, Marie-Paz Vega, Hilda Tenorio (Mexique)…

Je dois citer particulièrement le cas historique de Juanita Cruz. Après des succès comme novillera à partir de 1934, elle dut s’exiler en 1937 en Amérique Latine à cause de ses convictions républicaines. Elle remporta de nombreux succès dans tous ces pays de tradition taurine où elle toréa plus de 700 corridas et prit son alternative au Mexique en 1940. Elle dut arrêter sa carrière en 1944 après une grave blessure à Bogota. Les commentaires sur son toreo étaient élogieux. Elle marqua aussi la tauromachie par ses habits de lumières personnels où une jupe longue fendue remplaçait la taleguilla traditionnelle. On peut la voir sur la magnifique statue érigée sur sa tombe à Madrid.

De nos jours, après Conchita Cintron et Marie Sara, la rejoneadora française Léa Vicens est en tête de l’escalafon du toreo à cheval. Même si la corrida à pied me paraît encore plus exigeante pour une femme, je ne puis que reconnaître qu’elle a atteint ce niveau exceptionnel par ses efforts, sa maîtrise du cheval et sa connaissance du toro qui lui ont permis de réaliser son objectif, sa quête.
Aujourd’hui, quelques jeunes filles continuent, inscrites dans les écoles taurines, avec plus ou moins d’aptitudes alors que Cristina Sanchez avait toujours vécu dans le monde taurin, accompagnée de son père. Cela lui apporta jeune, des sensations émotionnelles et une sûreté qui lui forgeront un mental admirable et un savoir-faire de haut niveau lui permettant d’affronter avec succès le toro de 4 ans. Le public, étonné de la maîtrise de cette jeune femme, a soutenu sa carrière provoquant la jalousie de certains toreros.

Les jeunes novilleros qui essayent de commencer sérieusement l’aventure de matadors de toros, peuvent prendre à leur compte la déclaration de Cristina Sanchez. Ils doivent se persuader que le chemin qu’ils choisissent ne sera pas facile et que c’est dans la difficulté et l’engagement permanent qu’ils pourront arriver à cette recompensa grande qu’elle a ressentie.La situation n’était déjà pas facile, malgré les efforts des écoles taurines bien organisées. Le nombre de festejos a fortement diminué depuis 10 ans à cause de l’économie et la pandémie actuelle a rendu leur objectif encore plus difficile.
La volonté de Cristina Sanchez d’apoderer la jeune Raquel Martin est encore plus méritoire et semée d’embûches. Même après son engagement dans le monde de la mode féminine ainsi que dans la presse télévisée pendant près de 20 ans, elle a pris sa décision, motivée certainement par la qualité et la volonté extrême de cette jeune salmantina. Pour autant elle n’a pas choisi la facilité alors qu’elle n’avait plus rien à prouver. Cela va lui demander à nouveau générosité, altruisme, sacrifices pour permettre à sa protégée de réussir son objectif : être torero d’alternative avec brio.

Nous commençons à avoir des informations sur des projets d’ouverture de temporada mais qu’en sera-t-il dans quelques mois ? Les empresas et les toreros paraissent décidés mais personne ne peut nous assurer sur l’avenir proche de la pandémie.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU -Édito n° 94 – Mars 2021

ÉDITORIAL FÉVRIER 2021

Édito n° 93 – Février 2021

LE COURAGE DE LA VÉRITÉ

La baisse de l’activité taurine à cause du Covid 19 ne peut m’inciter à des débats sur les diverses conceptions de la corrida, tant en ce qui concerne les toreros que les toros et leurs encastes. Je ne puis m’enfermer dans la défense de nos traditions pour répondre aux attaques inacceptables et méprisables motivées par des objectifs majoritairement faux. Je pense que nous devons arrêter de réagir pour résister, en nous repliant sur nos lignes de défense. Nous devons avoir le Courage de la Vérité. Certes pour la maintenir mais surtout pour l’affirmer en apportant dans notre démarche tous les éléments que le passé et le présent témoignent de nos personnages prestigieux anciens et modernes en les honorant. Il faudrait laisser nos adversaires sans justifications valables, malgré les appuis affichés ou cachés de ceux qui veulent imposer la pensée unique la plus absurde et surtout la plus injuste. Bien entendu, je reconnais le droit de ceux qui, soit par sensibilité, soit par sensiblerie, n’aiment pas la corrida. Mais qu’ils ne se laissent pas manipuler et nous laissent vivre notre passion qui date de plusieurs siècles. Qu’ils ne se laissent pas récupérer par des individus ou des groupes en recherche de notoriété ou de pouvoir. J’ai appris à les connaître et je ne néglige pas le danger qu’ils représentent avec les appuis qui n’ont rien à voir avec la corrida ni la vraie écologie.

En premier lieu, ils doivent admettre que la corrida que l’Espagne a vu évoluer depuis près de 500 ans, est précédée par la tauromachie populaire que l’on retrouve déjà dans les fresques de l’Antiquité de près de 5000 ans. Cette tauromachie qui en Espagne se déroulait dans les rues, sur les places de village et continue à se pratiquer de nos jours. Elle représente actuellement plus de 20 000 évènements locaux ou de notoriété internationale comme les lâchers de toros de Pamplona, de la Communauté de Navarre ou les encierros a campo abierto de Castilla comme ceux de Cuellar ou de Ciudad Rodrigo, sans oublier les Bous al Carrer méditerranéens de Valencia et Castellon ou les capeas de nombreux pueblos, sans négliger aussi les abrivados et les courses libres de Camargue. Le festejo popular n’est pas le parent pauvre, c’est le frère ainé et la mère de tout le toreo. Toutes ces fêtes de rue, de campo abierto ou les recortadores dans le ruedo, se terminent le plus souvent par la mort du toro bravo, comme pour la corrida formelle, mais dans le secret de l’abattoir. Après cette compétition, ce jeu ou ce combat, l’homme ne peut plus affronter le toro, qu’il soit recortador, coureur d’encierro ou torero. Le toro bravo, pendant ces minutes de proximité avec cet adversaire qui sollicite son instinct de bravoure, a en assimilé les ruses et les limites. S’il était sollicité à nouveau, il l’attaquerait directement comme une proie. L’expérience de cet homme ne pourrait rien faire pour l’éviter et le dominer dans la rue ou à l’intérieur du ruedo.

La volonté de m’exprimer sur la corrida dans ma revendication de la Vérité, a été provoquée par la citation d‘Albert Camus : La vérité n’est pas une vertu mais une passion. Cette déclaration n’est pas étonnante dans l’œuvre, la pensée et l’action du prestigieux penseur, de l’écrivain et même du journaliste de combat que j’ai retrouvée aussi dans La démocratie n’est pas la loi de la majorité mais la protection des minorités. Cette affirmation basique chez Camus n’est pas inspirée directement par la corrida mais elle correspond à sa vision de l’Homme Méditerranéen qui l’a toujours motivé (édito de novembre). De nos jours, je ne puis accepter, en tant que citoyen à part entière, que les 150 tirés au sort de la Convention pour le climat veuillent imposer à toute la population, par référendum ou sondages d’opinion, les idées imposées par les penseurs à la mode. Ils voudraient profiter de cette démarche pour faire interdire la chasse, la pêche, la corrida… alors que nos traditions millénaires ne représentent aucun danger pour la société ni pour les enfants, contrairement aux stupidités mensongères voulant supprimer notre volonté.
Durant toute sa vie publique littéraire, de philosophe et de penseur, Albert Camus sut être exigeant contre ce qu’il combattait. Pourtant, alors qu’il avait été résistant pendant l’Occupation, il eut le Courage de sa liberté et de sa volonté, notamment à la Libération, contre certains abus de l’épuration : le peuple continuera à intervenir dans des affaires qui ne devraient plus le regarder. Il en fut de même dans ses oppositions à l’existentialisme et bien que membre du P.C.F., à certaines déviances du marxisme et du totalitarisme. Ce n’était pas une infidélité, mais son Courage de la Vérité. De même, il fit comprendre sans ambiguïté, qu’il n’acceptait pas de céder aux pressions des adversaires de la corrida car il était aficionado.

Le cas de Jean Cocteau et l’évolution de sa pensée sont encore plus étonnants. L’Académicien français né en 1889, a eu une vie artistique majeure, tant par ses œuvres de peintre, dessinateur, dramaturge et cinéaste, alors que lui-même se considérait comme poète.

Dans les années 50, grâce à son amitié inaltérable avec Pablo Picasso qui vivait dans le sud à Vallauris, il put assister à plusieurs corridas en France, notamment à Nîmes et Arles, écouter ses commentaires, rencontrer Luis Miguel Dominguin et le monde taurin. Il ne se considérait pas comme un aficionado compétent car insuffisamment connaisseur pour tout comprendre. L’évènement survenu à Séville pendant la corrida du 1er mai 1954, changea sa perception de la corrida. Assis dans les tendidos de la Maestranza, le Maestro Damaso Gomez lui brinda son toro. Cocteau posa la montera sur ses genoux et suivit la faena. Il ressentit un choc violent et garda un souvenir inaliénable de ses sensations. Je précise que Damaso, torero connu pour son courage et sa maîtrise, avait un toreo très lucide et précis qui lui permettait d’affronter les corridas difficiles tout en conservant son allure majestueuse. Jai eu la chance de le voir toréer à Bilbao entre 1968 et 1970. J’avais été étonné par son attitude et sa maîtrise. Je garde encore cette image de capitaine de vaisseau impassible au milieu du combat ou des tempêtes.

Jean Cocteau écrivit en 1957 le livre La corrida du 1er mai qu’il dédia à Luis Miguel. Cocteau avait compris alors le secret de ces noces entre la Dame Blanche (la Mort, représentée par le toro, son ambassadeur et le torero où l’homme devient la bête afin de le comprendre. Dès lors, Jean Cocteau comprit l’Espagne et l’aima avec respect et passion. Cet ouvrage comprend en outre : Hommage à Manolete en 3 poèmes et une Lettre d’Adieu à Federico Garcia Lorca. C’est un déclic chez lui qui va se transmettre dans son livre le Passé défini paru en1958, plusieurs commentaires courageux et précis démontrant sa passion pour la corrida authentique tout en appréciant la beauté artistique et l’émotion qu’il ressentait devant une faena. Il sut écrire sur une corrida des vendanges à Nîmes Corrida honteuse. Si la corrida n’est plus une tragédie, elle devient une comédie, une corrida dégoutante ; mais aussi après une corrida arlésienne La plus belle corrida que je puisse voir. Luis Miguel a donné une leçon parfaite de tauromachie. Sans une faute, sans grimaces, sans bravades. C’était un spectacle superbe.

Les exemples sont nombreux et crédibles, tant dans l’expression littéraire que dans la connaissance de l’art taurin. Cocteau ne craignait pas les pressions d’une partie de l’intelligentsia parisienne qui intervenait déjà contre la corrida. Il s’affichait, tant dans ses écrits, dans ses peintures et dessins que par sa présence dans les arènes. On le voyait en France, accompagné de Picasso qui n’a jamais accepté de revenir en Espagne malgré les tentatives de Franco de le recevoir pour améliorer son image par une réconciliation.
Cette volonté et ces propos ne peuvent qu’inclure le prestigieux Ernest Hemingway. La corrida qu’il découvrit en 1923 à Pamplona, tient une place importante dans ses romans et dans ses reportages qu’il veut transmettre à ses lecteurs des USA. J’ai choisi trois citations parmi tous ses fameux écrits qui montrent son intégrité envers la corrida et le torero :
la Corrida est le seul art dans lequel l’artiste est en danger de mort
– Bulfighting is not a sport is a tragedy : La corrida n’est pas un sport, c’est une tragédie
– un torero ne peut jamais voir l’œuvre d’art qu’il crée, il n’a pas l’occasion de se corriger comme un peintre ou un écrivain. Il ne peut en avoir que le sentiment et entendre le soutien du public.

Hemingway, Prix Nobel de Littérature 1954, a écrit trois œuvres majeures sur le thème de la corrida : Le Soleil se lève aussi (1926) – Mort dans l’après-midi (1932) et l’Eté dangereux (1959). Il décrit le monde taurin et l’évolution du comportement du torero, avant, pendant et après son affrontement avec le toro. Ses écrits sont concis et détaillés. Plusieurs l’ont comparé à Goya, notamment La Tauromaquia. Hemingway affichait son admiration pour le Maître aragonais de Fuendetodos. Ils démontrent dans leurs œuvres, sans ambiguïté, leur intérêt avec précision pour l’art taurin. Les deux artistes offrent une vision poétique, grave et éternisée d’un art éminemment tragique et éphémère. La mort certaine de l’animal et celle risquée de l’homme constituent le fondement de cette tragédie (Ozvan Bottois).

Il est évident, à mes yeux, que Pablo Picasso est l’artiste qui a marqué le plus l’importance du combat de l’homme, torero et piquero, avec le toro. Lui qui déclara El toro soy yo avait la passion pour le toro-animal sacré, durant toute sa vie, de son enfance malagueña à sa mort en exil. Le thème taurin est présent dans une grande partie de son œuvre où il utilise une multitude de sources formelles ou idéologiques pour créer des symboles taurins d’une énorme puissance.

J’ai noté trois expressions différentes pour démontrer cet attachement :
– Picasso s’identifie au Minotaure, l’homme avec une tête de toro ou l’inverse (moitié homme et moitié toro). Selon Rhanweler, Le minotaure de Picasso qui prend du plaisir, aime et lutte, c’est Picasso lui-même.
– Dans Guernica, le symbole taurin est central. Il s’identifie au toro, animal noble qui, involontairement blesse le cheval blanc entouré de la souffrance du peuple.
– La fameuse statue du Christ du pueblo de Torrijos a inspiré Picasso pour reprendre à sa manière un ex-voto anonyme. Le Christ a le bras droit détaché de la croix avec une cape en main pour dévier la charge du toro, faisant un quite au cheval et au picador, au sol sans défense. N’oublions pas que Picasso a déclaré : Si j’avais été torero, j’aurais voulu être picador. C’est en 1959 qu’il va dédier à cette vision, tout un carnet d’esquisses avec notamment la Tête du Christ qui sert de cartel à la Semaine Sainte de Malaga en 1998. Pablo Picasso affirmait son aficion et l’on peut dire son amour de la corrida lorsqu’il allait aux arènes, se mêlant à la foule des aficionados sans la moindre retenue, abrazando l’un, adressant une blague à l’autre. Cette indépendance, ce plaisir du Maître lui firent installer à Vallauris une arène pour des spectacles taurins certes mineurs, sans mise à mort. Pourtant, le 29 octobre 1961, pour son 80ème anniversaire, Luis Miguel Dominguin et le Maestro Domingo Ortega son ami, toréeront avec mise à mort. Cette corrida put se réaliser grâce à l’intervention directe d’André Malraux, Ministre de la Culture, auprès du Préfet du Var. Ce fut le dernier spectacle avec mise à mort à Vallauris où les spectacles taurins continuèrent sans mise à mort jusqu’en 1980.

Plus proche de nous, l’intellectuel français François Zumbielh est intervenu pour tenter de comprendre la décision du Tribunal suprême espagnol qui n’a pas voulu enregistrer une faena que Miguel Angel Perera voulait classer symboliquement comme œuvre artistique. Zumbielh considère que le Tribunal, dans sa réponse, a reconnu de manière implicite l’œuvre artistique sublime d’un instant. Tout ou presque tout dans le toreo est éphémère bien que les beautés désirées par le torero se référent à une perfection éternelle et obsessive. Cette faena idéale que chaque torero porte en lui, que jamais il n’arrive à réussir totalement dans le ruedo en tenant compte de l’environnement, des conditions climatiques, du public… et du toro. François Zumbielh qui fut Directeur de l’Union Latine en 2004, est un des plus éminent et efficace représentant de la tauromachie, reconnu tant en Espagne et en France, qu’en Amérique Latine. Face aux déclarations indignes et peut-être provocatrices d’un penseur reconnu comme Michel Onfray, Zumbielh ne rentre pas dans une polémique infructueuse. Il confirme ses idées et garde le courage de ses vérités.

Enfin, le philosophe aficionado Francis Wolff a démontré dans plusieurs ouvrages ses conceptions et sa vision de son aficion La Corrida comme son nom l’indique, consiste à laisser le toro courir, attaquer, combattre. Elle n’a aucun intérêt, ni sens, ni valeur si le toro n’était pas naturellement combatif. L’éthique animaliste de la corrida consiste à permettre à la nature du toro de s’exprimer. Doublement dans sa vie et dans sa mort. J’approuve le Courage de sa Vérité et je confirme que la tauromachie n’est ni de droite ni de gauche. Il est dommage que les partis verts et écologistes soient souvent imprégnés d’une idéologie animaliste bien peu écologiste… ignorants de la vie du toro bravo au champ. Le campo que nous aimons tant, avec ses espaces et cet animal merveilleux.

L’Union Taurine Biterroise sera heureuse de le recevoir à Béziers, dès que les conditions sanitaires le permettront, pour présenter ses ouvrages Philosophie de la Corrida et Francis Wolff, moments de Vérité, ainsi que pour commenter le film Un filosofo en la arena.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREUÉdito n° 93 – Février 2021

ÉDITORIAL JANVIER 2021

ON FAIT COMME SI…

Le talentueux chanteur-compositeur Calogero a écrit, sous ce titre symbolique, cette chanson en mars 2020 au début du confinement de la Covid 19. Il se joignit aux citoyens des villes qui pensèrent encourager en premier les soignants qui sont devenus les héros de cette pandémie inconnue :
Un homme chante là-bas sur un balcon
Sa voisine l’accompagne au violon…
Lorsque j’ai entendu la mélodie et les paroles, je me suis mis à penser comme lui :
On a dit aux enfants des mots qui rassurent
C’était comme une aventure…

J’ai passé ce premier confinement avec les jeux de mes petits-enfants dans la garrigue et au bord de l’étang. Nous parlions des indiens, des bisons, des loups que nous pourrions voir quand on nous rendrait la liberté ou plutôt quand la neige aurait fondu dans nos montagnes…
On fait comme si ce n’était qu’un jeu
On a fait comme si, on fait comme on peut…
Nous sommes encore comme des enfants auxquels la pandémie a fait quitter leurs jeux. Nous vivons ensemble, entourés par les peurs et frustrés par les pertes d’émotions que ne nous apporte plus ce monde qui nous entoure. Il est évident que nous ne pouvons pas vivre le temps présent avec l’intensité que chacun donne habituellement à sa vie. Malheureusement, pour certains, le but n’est plus de vivre, il est de survivre. Pendant l’été, le déconfinement et la volonté de vivre notre passion avec les nôtres, nous ont rendu en août ces deux jours du Sud est à Béziers et leurs émotions. Je savourai, heureux, dans l’amphithéâtre biterrois, accompagné de nos jumeaux qui voulaient voir Tonton Manuel dans le ruedo, alors qu’ils l’avaient déjà vu s’habiller en torero alors qu’ils n’avaient même pas 2 ans. Je n’oublierai jamais ces instants dont je me rappelle les moindres détails. Sur la lancée, malgré les incertitudes, nous sommes allés en Andalousie, au bord de la Bahia de l’embouchure du Guadalquivir. L’empresa et la télévision andalouse avaient organisé la corrida magallanica pour fêter l’anniversaire de l’arrivée à Sanlucar de Barrameda de la caravelle survivante de l’expédition autour du monde de Magellan à son point de départ le 9 septembre 1522 (1519-1522).

Sanlucar de Barrameda

Certes, la distanciation imposée limitait le public à moins de 1000 spectateurs dans la plaza de Sanlucar. Mais l’ambiance était très solennelle, les décorations du ruedo spectaculaires et les deux grandes faenas de Daniel Luque face à ses Miura de près de 600 kg (4 oreilles) resteront dans les mémoires.
Plutôt que d’assister aux ferias de Nîmes et Arles, j’ai préféré revenir dans la Mancha à Ossa de Montiel, bourgade typique de la sierra d’Albacete. Il y avait une corrida organisée grâce au concours de la télévision de Castilla la Mancha avec Manuel Escribano et Esau Fernandez au cartel. J’ai pu voir la veille, le Maire et son Conseil municipal repeindre les talanqueras et aménager les gradins avec la localisation des places autorisées. Le lendemain, malgré la pluie et le vent, les spectateurs qui respectaient la distanciation sanitaire, ont participé, reconnaissants, à cette tarde insolite. Ils ont positivé, dans ce peu de sensations naturelles que nous apporte cette époque, ce que leur ont donné ces toreros venus d’Andalousie, ces toros venus de Navarre dans les terres du magnifique Parque Nacional de las Lagunas de Ruidera où l’on croise fréquemment les cerfs et les biches. Ils ont fait comme si…

Le poète nous a dit :
Et même si ce printemps s’en va
Juré, promis le monde recommencera…

Il est essentiel que nous puissions revivre ces moments pour retrouver nos racines et vider notre mémoire des peurs, de toutes les turpitudes et les bassesses du monde qui domine ce qui nous entoure. Je suis sûr que les figuras vont revenir avec des intentions, avec des motivations ravivées, tant pour eux-mêmes que pour leur public. Je suis sûr que les jeunes que l’on attend : Pablo Aguado, Juan Ortega… ou Roca Rey arrêté depuis 2 ans, sont déterminés à gagner ou à retrouver leur place.

Daniel Luque

Je sais que le surdoué Daniel Luque veut confirmer son talent sur une vraie temporada. Je sais que les plus modestes qui savent qu’ils affronteront les corridas les plus exigeantes, ont l’intention de faire face à ces toros bravos avec leur passion, leur joie et leurs illusions de revenir dans les ruedos. Je crois en eux comme je crois dans les ganaderos qui ont conservé leurs meilleurs toros pour reconquérir les plazas et j’espère les ferias. Il reste pourtant deux responsables dont tout dépend :
– les gouvernants et les laboratoires qui doivent faire profiter aux populations paralysées et prisonnières, toute leur science en oubliant leurs intérêts politiques ou mercantiles. C’est une nouvelle étape que nos populations doivent franchir grâce à leurs pouvoirs et aux magnifiques soignants ;
– les empresarios taurins qui doivent confirmer enfin par des actes, leur volonté de travailler ensemble, même concurrents, pour reconquérir nos traditions. Nous devons convaincre les pouvoirs politiques d’arrêter leurs agressions honteuses et indignes pour des motifs électoralistes.

J’espère que des personnages prestigieux de culture, d’art et de pensées comme Pablo Picasso, Garcia Lorca, Albert Camus, Henry de Montherlant, Ernest Hemingway… après nos généreux Romantiques aficionados du XIXème siècle, reviendront pour imposer le respect à ces manipulateurs. Nous n’oublions pas nos références françaises actuelles Francis Wolff et François Zumbiehl.

Garcia Lorca

L’utilisation banale du terme influenceur ou influenceuse, même utilisé dans un autre domaine, démontre bien dans quelle situation se trouve la communication de nos jours. Les réseaux sociaux sont trop souvent pervertis par des objectifs méprisables ou intéressés. La situation est préoccupante et même écœurante quand on voit l’évolution des déclarations de certains personnages en vogue qui relèvent de la calomnie et de la malveillance de bas étage. Ils pontifient pour occuper le terrain, pour plaire à un public influençable. La pertinente plume d’Aliocha, a attiré mon attention par son titre Michel Onfray s’est pris les pieds dans la muleta. Effectivement, celui que l’on qualifie parfois de philosophe médiatique, devait être en manque d’inspiration et de buzz pour s’attaquer à la corrida d’une manière absurde et indigne. Il a démontré que le terme de penseur lui était attribué spécieusement car comme le déclare Aliocha, il n’a pas vraiment étudié la corrida, ses racines, ses personnages, son histoire. Il ne s’est pas rendu compte que son argumentation est déplacée, ridicule et même scandaleuse. Il cohabite en chacun de nous un cerveau de l’intelligence et un cerveau de serpent. On doit au premier les artistes, écrivains, philosophes, musiciens… au second les tortionnaires, les tueurs, les inquisiteurs, les guillotineurs et… les toreros.
Quant à ceux qui comme nous payent leur place pour assister à la corrida, il nous traite de sadiques. Je vous passe certains détails scabreux. Ce personnage, qualifié d’intellectuel, a montré que son analyse n’est qu’indignité dont l’objectif est de nuire ou de plaire à certains. Il ignore tous les personnages majeurs qui depuis le XIXème siècle se sont passionnés, sans être des sanguinaires mais plutôt des penseurs, des écrivains, des philosophes plus éminents que lui, sans parler des artistes en commençant par ceux des cavernes. Je suis déçu et même écœuré, autant par ses affirmations ridicules, que par son manque de professionnalisme, de lucidité, à moins qu’il ne remplisse un contrat qu’il doit satisfaire. Je dirai comme Alliocha, qu’il s’est pris les pieds dans le tapis et s’est ridiculisé vis-à-vis des personnes sensées. Il a cependant fait du mal pour conforter son pouvoir sur ses lecteurs habituels et sa clientèle indéfectible qui participent déjà à cette mouvance.

J’espère vous retrouver tous dans les mois prochains.
Nous devons faire, à notre niveau, ce qui nous incombe pour faire vivre nos fêtes et nos émotions autour des ruedos !
Etre si loin nous rapproche
Même pour parler de rien, du bleu du ciel
Surtout donne-moi des nouvelles
(Calogero)

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n°92 janvier 2021