ÉDITORIAL FÉVRIER 2021

Édito n° 93 – Février 2021

LE COURAGE DE LA VÉRITÉ

La baisse de l’activité taurine à cause du Covid 19 ne peut m’inciter à des débats sur les diverses conceptions de la corrida, tant en ce qui concerne les toreros que les toros et leurs encastes. Je ne puis m’enfermer dans la défense de nos traditions pour répondre aux attaques inacceptables et méprisables motivées par des objectifs majoritairement faux. Je pense que nous devons arrêter de réagir pour résister, en nous repliant sur nos lignes de défense. Nous devons avoir le Courage de la Vérité. Certes pour la maintenir mais surtout pour l’affirmer en apportant dans notre démarche tous les éléments que le passé et le présent témoignent de nos personnages prestigieux anciens et modernes en les honorant. Il faudrait laisser nos adversaires sans justifications valables, malgré les appuis affichés ou cachés de ceux qui veulent imposer la pensée unique la plus absurde et surtout la plus injuste. Bien entendu, je reconnais le droit de ceux qui, soit par sensibilité, soit par sensiblerie, n’aiment pas la corrida. Mais qu’ils ne se laissent pas manipuler et nous laissent vivre notre passion qui date de plusieurs siècles. Qu’ils ne se laissent pas récupérer par des individus ou des groupes en recherche de notoriété ou de pouvoir. J’ai appris à les connaître et je ne néglige pas le danger qu’ils représentent avec les appuis qui n’ont rien à voir avec la corrida ni la vraie écologie.

En premier lieu, ils doivent admettre que la corrida que l’Espagne a vu évoluer depuis près de 500 ans, est précédée par la tauromachie populaire que l’on retrouve déjà dans les fresques de l’Antiquité de près de 5000 ans. Cette tauromachie qui en Espagne se déroulait dans les rues, sur les places de village et continue à se pratiquer de nos jours. Elle représente actuellement plus de 20 000 évènements locaux ou de notoriété internationale comme les lâchers de toros de Pamplona, de la Communauté de Navarre ou les encierros a campo abierto de Castilla comme ceux de Cuellar ou de Ciudad Rodrigo, sans oublier les Bous al Carrer méditerranéens de Valencia et Castellon ou les capeas de nombreux pueblos, sans négliger aussi les abrivados et les courses libres de Camargue. Le festejo popular n’est pas le parent pauvre, c’est le frère ainé et la mère de tout le toreo. Toutes ces fêtes de rue, de campo abierto ou les recortadores dans le ruedo, se terminent le plus souvent par la mort du toro bravo, comme pour la corrida formelle, mais dans le secret de l’abattoir. Après cette compétition, ce jeu ou ce combat, l’homme ne peut plus affronter le toro, qu’il soit recortador, coureur d’encierro ou torero. Le toro bravo, pendant ces minutes de proximité avec cet adversaire qui sollicite son instinct de bravoure, a en assimilé les ruses et les limites. S’il était sollicité à nouveau, il l’attaquerait directement comme une proie. L’expérience de cet homme ne pourrait rien faire pour l’éviter et le dominer dans la rue ou à l’intérieur du ruedo.

La volonté de m’exprimer sur la corrida dans ma revendication de la Vérité, a été provoquée par la citation d‘Albert Camus : La vérité n’est pas une vertu mais une passion. Cette déclaration n’est pas étonnante dans l’œuvre, la pensée et l’action du prestigieux penseur, de l’écrivain et même du journaliste de combat que j’ai retrouvée aussi dans La démocratie n’est pas la loi de la majorité mais la protection des minorités. Cette affirmation basique chez Camus n’est pas inspirée directement par la corrida mais elle correspond à sa vision de l’Homme Méditerranéen qui l’a toujours motivé (édito de novembre). De nos jours, je ne puis accepter, en tant que citoyen à part entière, que les 150 tirés au sort de la Convention pour le climat veuillent imposer à toute la population, par référendum ou sondages d’opinion, les idées imposées par les penseurs à la mode. Ils voudraient profiter de cette démarche pour faire interdire la chasse, la pêche, la corrida… alors que nos traditions millénaires ne représentent aucun danger pour la société ni pour les enfants, contrairement aux stupidités mensongères voulant supprimer notre volonté.
Durant toute sa vie publique littéraire, de philosophe et de penseur, Albert Camus sut être exigeant contre ce qu’il combattait. Pourtant, alors qu’il avait été résistant pendant l’Occupation, il eut le Courage de sa liberté et de sa volonté, notamment à la Libération, contre certains abus de l’épuration : le peuple continuera à intervenir dans des affaires qui ne devraient plus le regarder. Il en fut de même dans ses oppositions à l’existentialisme et bien que membre du P.C.F., à certaines déviances du marxisme et du totalitarisme. Ce n’était pas une infidélité, mais son Courage de la Vérité. De même, il fit comprendre sans ambiguïté, qu’il n’acceptait pas de céder aux pressions des adversaires de la corrida car il était aficionado.

Le cas de Jean Cocteau et l’évolution de sa pensée sont encore plus étonnants. L’Académicien français né en 1889, a eu une vie artistique majeure, tant par ses œuvres de peintre, dessinateur, dramaturge et cinéaste, alors que lui-même se considérait comme poète.

Dans les années 50, grâce à son amitié inaltérable avec Pablo Picasso qui vivait dans le sud à Vallauris, il put assister à plusieurs corridas en France, notamment à Nîmes et Arles, écouter ses commentaires, rencontrer Luis Miguel Dominguin et le monde taurin. Il ne se considérait pas comme un aficionado compétent car insuffisamment connaisseur pour tout comprendre. L’évènement survenu à Séville pendant la corrida du 1er mai 1954, changea sa perception de la corrida. Assis dans les tendidos de la Maestranza, le Maestro Damaso Gomez lui brinda son toro. Cocteau posa la montera sur ses genoux et suivit la faena. Il ressentit un choc violent et garda un souvenir inaliénable de ses sensations. Je précise que Damaso, torero connu pour son courage et sa maîtrise, avait un toreo très lucide et précis qui lui permettait d’affronter les corridas difficiles tout en conservant son allure majestueuse. Jai eu la chance de le voir toréer à Bilbao entre 1968 et 1970. J’avais été étonné par son attitude et sa maîtrise. Je garde encore cette image de capitaine de vaisseau impassible au milieu du combat ou des tempêtes.

Jean Cocteau écrivit en 1957 le livre La corrida du 1er mai qu’il dédia à Luis Miguel. Cocteau avait compris alors le secret de ces noces entre la Dame Blanche (la Mort, représentée par le toro, son ambassadeur et le torero où l’homme devient la bête afin de le comprendre. Dès lors, Jean Cocteau comprit l’Espagne et l’aima avec respect et passion. Cet ouvrage comprend en outre : Hommage à Manolete en 3 poèmes et une Lettre d’Adieu à Federico Garcia Lorca. C’est un déclic chez lui qui va se transmettre dans son livre le Passé défini paru en1958, plusieurs commentaires courageux et précis démontrant sa passion pour la corrida authentique tout en appréciant la beauté artistique et l’émotion qu’il ressentait devant une faena. Il sut écrire sur une corrida des vendanges à Nîmes Corrida honteuse. Si la corrida n’est plus une tragédie, elle devient une comédie, une corrida dégoutante ; mais aussi après une corrida arlésienne La plus belle corrida que je puisse voir. Luis Miguel a donné une leçon parfaite de tauromachie. Sans une faute, sans grimaces, sans bravades. C’était un spectacle superbe.

Les exemples sont nombreux et crédibles, tant dans l’expression littéraire que dans la connaissance de l’art taurin. Cocteau ne craignait pas les pressions d’une partie de l’intelligentsia parisienne qui intervenait déjà contre la corrida. Il s’affichait, tant dans ses écrits, dans ses peintures et dessins que par sa présence dans les arènes. On le voyait en France, accompagné de Picasso qui n’a jamais accepté de revenir en Espagne malgré les tentatives de Franco de le recevoir pour améliorer son image par une réconciliation.
Cette volonté et ces propos ne peuvent qu’inclure le prestigieux Ernest Hemingway. La corrida qu’il découvrit en 1923 à Pamplona, tient une place importante dans ses romans et dans ses reportages qu’il veut transmettre à ses lecteurs des USA. J’ai choisi trois citations parmi tous ses fameux écrits qui montrent son intégrité envers la corrida et le torero :
la Corrida est le seul art dans lequel l’artiste est en danger de mort
– Bulfighting is not a sport is a tragedy : La corrida n’est pas un sport, c’est une tragédie
– un torero ne peut jamais voir l’œuvre d’art qu’il crée, il n’a pas l’occasion de se corriger comme un peintre ou un écrivain. Il ne peut en avoir que le sentiment et entendre le soutien du public.

Hemingway, Prix Nobel de Littérature 1954, a écrit trois œuvres majeures sur le thème de la corrida : Le Soleil se lève aussi (1926) – Mort dans l’après-midi (1932) et l’Eté dangereux (1959). Il décrit le monde taurin et l’évolution du comportement du torero, avant, pendant et après son affrontement avec le toro. Ses écrits sont concis et détaillés. Plusieurs l’ont comparé à Goya, notamment La Tauromaquia. Hemingway affichait son admiration pour le Maître aragonais de Fuendetodos. Ils démontrent dans leurs œuvres, sans ambiguïté, leur intérêt avec précision pour l’art taurin. Les deux artistes offrent une vision poétique, grave et éternisée d’un art éminemment tragique et éphémère. La mort certaine de l’animal et celle risquée de l’homme constituent le fondement de cette tragédie (Ozvan Bottois).

Il est évident, à mes yeux, que Pablo Picasso est l’artiste qui a marqué le plus l’importance du combat de l’homme, torero et piquero, avec le toro. Lui qui déclara El toro soy yo avait la passion pour le toro-animal sacré, durant toute sa vie, de son enfance malagueña à sa mort en exil. Le thème taurin est présent dans une grande partie de son œuvre où il utilise une multitude de sources formelles ou idéologiques pour créer des symboles taurins d’une énorme puissance.

J’ai noté trois expressions différentes pour démontrer cet attachement :
– Picasso s’identifie au Minotaure, l’homme avec une tête de toro ou l’inverse (moitié homme et moitié toro). Selon Rhanweler, Le minotaure de Picasso qui prend du plaisir, aime et lutte, c’est Picasso lui-même.
– Dans Guernica, le symbole taurin est central. Il s’identifie au toro, animal noble qui, involontairement blesse le cheval blanc entouré de la souffrance du peuple.
– La fameuse statue du Christ du pueblo de Torrijos a inspiré Picasso pour reprendre à sa manière un ex-voto anonyme. Le Christ a le bras droit détaché de la croix avec une cape en main pour dévier la charge du toro, faisant un quite au cheval et au picador, au sol sans défense. N’oublions pas que Picasso a déclaré : Si j’avais été torero, j’aurais voulu être picador. C’est en 1959 qu’il va dédier à cette vision, tout un carnet d’esquisses avec notamment la Tête du Christ qui sert de cartel à la Semaine Sainte de Malaga en 1998. Pablo Picasso affirmait son aficion et l’on peut dire son amour de la corrida lorsqu’il allait aux arènes, se mêlant à la foule des aficionados sans la moindre retenue, abrazando l’un, adressant une blague à l’autre. Cette indépendance, ce plaisir du Maître lui firent installer à Vallauris une arène pour des spectacles taurins certes mineurs, sans mise à mort. Pourtant, le 29 octobre 1961, pour son 80ème anniversaire, Luis Miguel Dominguin et le Maestro Domingo Ortega son ami, toréeront avec mise à mort. Cette corrida put se réaliser grâce à l’intervention directe d’André Malraux, Ministre de la Culture, auprès du Préfet du Var. Ce fut le dernier spectacle avec mise à mort à Vallauris où les spectacles taurins continuèrent sans mise à mort jusqu’en 1980.

Plus proche de nous, l’intellectuel français François Zumbielh est intervenu pour tenter de comprendre la décision du Tribunal suprême espagnol qui n’a pas voulu enregistrer une faena que Miguel Angel Perera voulait classer symboliquement comme œuvre artistique. Zumbielh considère que le Tribunal, dans sa réponse, a reconnu de manière implicite l’œuvre artistique sublime d’un instant. Tout ou presque tout dans le toreo est éphémère bien que les beautés désirées par le torero se référent à une perfection éternelle et obsessive. Cette faena idéale que chaque torero porte en lui, que jamais il n’arrive à réussir totalement dans le ruedo en tenant compte de l’environnement, des conditions climatiques, du public… et du toro. François Zumbielh qui fut Directeur de l’Union Latine en 2004, est un des plus éminent et efficace représentant de la tauromachie, reconnu tant en Espagne et en France, qu’en Amérique Latine. Face aux déclarations indignes et peut-être provocatrices d’un penseur reconnu comme Michel Onfray, Zumbielh ne rentre pas dans une polémique infructueuse. Il confirme ses idées et garde le courage de ses vérités.

Enfin, le philosophe aficionado Francis Wolff a démontré dans plusieurs ouvrages ses conceptions et sa vision de son aficion La Corrida comme son nom l’indique, consiste à laisser le toro courir, attaquer, combattre. Elle n’a aucun intérêt, ni sens, ni valeur si le toro n’était pas naturellement combatif. L’éthique animaliste de la corrida consiste à permettre à la nature du toro de s’exprimer. Doublement dans sa vie et dans sa mort. J’approuve le Courage de sa Vérité et je confirme que la tauromachie n’est ni de droite ni de gauche. Il est dommage que les partis verts et écologistes soient souvent imprégnés d’une idéologie animaliste bien peu écologiste… ignorants de la vie du toro bravo au champ. Le campo que nous aimons tant, avec ses espaces et cet animal merveilleux.

L’Union Taurine Biterroise sera heureuse de le recevoir à Béziers, dès que les conditions sanitaires le permettront, pour présenter ses ouvrages Philosophie de la Corrida et Francis Wolff, moments de Vérité, ainsi que pour commenter le film Un filosofo en la arena.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREUÉdito n° 93 – Février 2021

ÉDITORIAL JANVIER 2021

ON FAIT COMME SI…

Le talentueux chanteur-compositeur Calogero a écrit, sous ce titre symbolique, cette chanson en mars 2020 au début du confinement de la Covid 19. Il se joignit aux citoyens des villes qui pensèrent encourager en premier les soignants qui sont devenus les héros de cette pandémie inconnue :
Un homme chante là-bas sur un balcon
Sa voisine l’accompagne au violon…
Lorsque j’ai entendu la mélodie et les paroles, je me suis mis à penser comme lui :
On a dit aux enfants des mots qui rassurent
C’était comme une aventure…

J’ai passé ce premier confinement avec les jeux de mes petits-enfants dans la garrigue et au bord de l’étang. Nous parlions des indiens, des bisons, des loups que nous pourrions voir quand on nous rendrait la liberté ou plutôt quand la neige aurait fondu dans nos montagnes…
On fait comme si ce n’était qu’un jeu
On a fait comme si, on fait comme on peut…
Nous sommes encore comme des enfants auxquels la pandémie a fait quitter leurs jeux. Nous vivons ensemble, entourés par les peurs et frustrés par les pertes d’émotions que ne nous apporte plus ce monde qui nous entoure. Il est évident que nous ne pouvons pas vivre le temps présent avec l’intensité que chacun donne habituellement à sa vie. Malheureusement, pour certains, le but n’est plus de vivre, il est de survivre. Pendant l’été, le déconfinement et la volonté de vivre notre passion avec les nôtres, nous ont rendu en août ces deux jours du Sud est à Béziers et leurs émotions. Je savourai, heureux, dans l’amphithéâtre biterrois, accompagné de nos jumeaux qui voulaient voir Tonton Manuel dans le ruedo, alors qu’ils l’avaient déjà vu s’habiller en torero alors qu’ils n’avaient même pas 2 ans. Je n’oublierai jamais ces instants dont je me rappelle les moindres détails. Sur la lancée, malgré les incertitudes, nous sommes allés en Andalousie, au bord de la Bahia de l’embouchure du Guadalquivir. L’empresa et la télévision andalouse avaient organisé la corrida magallanica pour fêter l’anniversaire de l’arrivée à Sanlucar de Barrameda de la caravelle survivante de l’expédition autour du monde de Magellan à son point de départ le 9 septembre 1522 (1519-1522).

Sanlucar de Barrameda

Certes, la distanciation imposée limitait le public à moins de 1000 spectateurs dans la plaza de Sanlucar. Mais l’ambiance était très solennelle, les décorations du ruedo spectaculaires et les deux grandes faenas de Daniel Luque face à ses Miura de près de 600 kg (4 oreilles) resteront dans les mémoires.
Plutôt que d’assister aux ferias de Nîmes et Arles, j’ai préféré revenir dans la Mancha à Ossa de Montiel, bourgade typique de la sierra d’Albacete. Il y avait une corrida organisée grâce au concours de la télévision de Castilla la Mancha avec Manuel Escribano et Esau Fernandez au cartel. J’ai pu voir la veille, le Maire et son Conseil municipal repeindre les talanqueras et aménager les gradins avec la localisation des places autorisées. Le lendemain, malgré la pluie et le vent, les spectateurs qui respectaient la distanciation sanitaire, ont participé, reconnaissants, à cette tarde insolite. Ils ont positivé, dans ce peu de sensations naturelles que nous apporte cette époque, ce que leur ont donné ces toreros venus d’Andalousie, ces toros venus de Navarre dans les terres du magnifique Parque Nacional de las Lagunas de Ruidera où l’on croise fréquemment les cerfs et les biches. Ils ont fait comme si…

Le poète nous a dit :
Et même si ce printemps s’en va
Juré, promis le monde recommencera…

Il est essentiel que nous puissions revivre ces moments pour retrouver nos racines et vider notre mémoire des peurs, de toutes les turpitudes et les bassesses du monde qui domine ce qui nous entoure. Je suis sûr que les figuras vont revenir avec des intentions, avec des motivations ravivées, tant pour eux-mêmes que pour leur public. Je suis sûr que les jeunes que l’on attend : Pablo Aguado, Juan Ortega… ou Roca Rey arrêté depuis 2 ans, sont déterminés à gagner ou à retrouver leur place.

Daniel Luque

Je sais que le surdoué Daniel Luque veut confirmer son talent sur une vraie temporada. Je sais que les plus modestes qui savent qu’ils affronteront les corridas les plus exigeantes, ont l’intention de faire face à ces toros bravos avec leur passion, leur joie et leurs illusions de revenir dans les ruedos. Je crois en eux comme je crois dans les ganaderos qui ont conservé leurs meilleurs toros pour reconquérir les plazas et j’espère les ferias. Il reste pourtant deux responsables dont tout dépend :
– les gouvernants et les laboratoires qui doivent faire profiter aux populations paralysées et prisonnières, toute leur science en oubliant leurs intérêts politiques ou mercantiles. C’est une nouvelle étape que nos populations doivent franchir grâce à leurs pouvoirs et aux magnifiques soignants ;
– les empresarios taurins qui doivent confirmer enfin par des actes, leur volonté de travailler ensemble, même concurrents, pour reconquérir nos traditions. Nous devons convaincre les pouvoirs politiques d’arrêter leurs agressions honteuses et indignes pour des motifs électoralistes.

J’espère que des personnages prestigieux de culture, d’art et de pensées comme Pablo Picasso, Garcia Lorca, Albert Camus, Henry de Montherlant, Ernest Hemingway… après nos généreux Romantiques aficionados du XIXème siècle, reviendront pour imposer le respect à ces manipulateurs. Nous n’oublions pas nos références françaises actuelles Francis Wolff et François Zumbiehl.

Garcia Lorca

L’utilisation banale du terme influenceur ou influenceuse, même utilisé dans un autre domaine, démontre bien dans quelle situation se trouve la communication de nos jours. Les réseaux sociaux sont trop souvent pervertis par des objectifs méprisables ou intéressés. La situation est préoccupante et même écœurante quand on voit l’évolution des déclarations de certains personnages en vogue qui relèvent de la calomnie et de la malveillance de bas étage. Ils pontifient pour occuper le terrain, pour plaire à un public influençable. La pertinente plume d’Aliocha, a attiré mon attention par son titre Michel Onfray s’est pris les pieds dans la muleta. Effectivement, celui que l’on qualifie parfois de philosophe médiatique, devait être en manque d’inspiration et de buzz pour s’attaquer à la corrida d’une manière absurde et indigne. Il a démontré que le terme de penseur lui était attribué spécieusement car comme le déclare Aliocha, il n’a pas vraiment étudié la corrida, ses racines, ses personnages, son histoire. Il ne s’est pas rendu compte que son argumentation est déplacée, ridicule et même scandaleuse. Il cohabite en chacun de nous un cerveau de l’intelligence et un cerveau de serpent. On doit au premier les artistes, écrivains, philosophes, musiciens… au second les tortionnaires, les tueurs, les inquisiteurs, les guillotineurs et… les toreros.
Quant à ceux qui comme nous payent leur place pour assister à la corrida, il nous traite de sadiques. Je vous passe certains détails scabreux. Ce personnage, qualifié d’intellectuel, a montré que son analyse n’est qu’indignité dont l’objectif est de nuire ou de plaire à certains. Il ignore tous les personnages majeurs qui depuis le XIXème siècle se sont passionnés, sans être des sanguinaires mais plutôt des penseurs, des écrivains, des philosophes plus éminents que lui, sans parler des artistes en commençant par ceux des cavernes. Je suis déçu et même écœuré, autant par ses affirmations ridicules, que par son manque de professionnalisme, de lucidité, à moins qu’il ne remplisse un contrat qu’il doit satisfaire. Je dirai comme Alliocha, qu’il s’est pris les pieds dans le tapis et s’est ridiculisé vis-à-vis des personnes sensées. Il a cependant fait du mal pour conforter son pouvoir sur ses lecteurs habituels et sa clientèle indéfectible qui participent déjà à cette mouvance.

J’espère vous retrouver tous dans les mois prochains.
Nous devons faire, à notre niveau, ce qui nous incombe pour faire vivre nos fêtes et nos émotions autour des ruedos !
Etre si loin nous rapproche
Même pour parler de rien, du bleu du ciel
Surtout donne-moi des nouvelles
(Calogero)

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n°92 janvier 2021

ÉDITORIAL DÉCEMBRE 2020

C’ÉTAIT LE TEMPS D’AVANT !

L’HISTOIRE D’UNE TRADITION EXCEPTIONNELLE NÉE EN ESPAGNE

Estampe de Gustave Doré

J’ai déjà évoqué l’émotion suscitée par la Corrida de Toros auprès d’intellectuels ou chroniqueurs français qui la découvrirent à partir de 1830 dans leurs voyages initiatiques en Espagne. La grandeur de cette vision poignante se révéla à eux et les impressionna malgré la violence extrême qu’elle pouvait dégager. Après les personnages importants de leur temps comme Prosper Mérimée, Théophile Gautier, Alexandre Dumas… sans oublier les prestigieux artistes peintres Gustave Doré, Édouard Manet ou Delacroix, j’ai découvert la description d’Alexis de Valon de la Decima Corrida. Il s’était rendu à Madrid expressément en 1840 pour réaliser cette chronique inouïe par sa passion et ses connaissances : Je m’étais bien attendu à un combat véritable mais j’avais mal deviné et il est impossible de pressentir l’émotion poignante si différente des émotions du théâtre… Plus étonnante que tous les drames de Shakespeare. Quant à Victor Hugo, il fut très marqué dans sa prime jeunesse par Madrid. Il avait accompagné son père général d’Empire qui suivait le roi Joseph Bonaparte désigné par son frère (1808-1813). Hugo put même connaître et assister à ces scènes terribles après les combats entre les révoltés espagnols et les troupes françaises, dignes des gravures sombres et brutales de Goya Les désastres de la Guerre. Il ne pouvait qu’être influencé par ce combat sauvage de l’homme espagnol et du toro sauvage. Pour autant, il ne déclara jamais ouvertement son attirance pour la Corrida où il n’arrivait pas à trouver sa place entre la magnificence du combat et l’extrême violence subie par les chevaux des picadors. Pourtant, la civilisation espagnole inspirera plusieurs de ses œuvres et même la corrida éveilla les échos les plus profonds en lui-même. Toujours aussi habile et brillant, il les exprima souvent au second degré. Le poème La Légende de la Nonne écrit en 1828 sur une inspiration profondément hispanique, est remarquable par son éblouissante virtuosité et par le texte du refrain répété pour clôturer chacune des 24 strophes :
Enfants, voici les bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
Le toro et le leurre de la muleta sont présents dans cette image répétitive par les bœufs et les rouges tabliers. Ce n’est pas un hasard si ces vers répétitifs s’ajoutent à la tragique et symbolique fin de la Nonne Doña Padilla del Flor. J’apprécie l’adaptation musicale, fidèle au texte, de ce poème par l’inoubliable chanteur poète sétois Georges Brassens en reprenant neuf strophes dans sa chanson. C’est lui qui m’a fait connaître cette complainte et savourer les vers du Maître de la littérature française du XIXème siècle avec les nuances qui prouvent encore son talent inné.

C’était un temps déraisonnable, Et pourtant ils surent évoluer !
Pour arriver à créer un spectacle authentiquement artistique à partir d’un élément traditionnel imprévisible, il fallut une longue évolution de plusieurs siècles influencés par des évènements politiques majeurs et le génie de personnages hors du commun.

La lecture du livre de Francisco Montes Paquiro, ordonnateur de la corrida de toros (1843), nous explique l’évolution des combats contre le descendant direct de l’auroch et parfois vivre à ses côtés jusqu’à la phase des jeux de combat sauvage qui s’organisèrent progressivement autour de la noblesse espagnole. Elle démontra sa maîtrise et son courage dans des combats épiques avec la lance, montés sur des chevaux sans protection dans cette lutte à mort. Ces combats impressionnants attiraient cette noblesse espagnole malgré le danger mortel pour les cavaliers les plus émérites. Ce spectacle eut un écho important dans les terres méditerranéennes. Au point que les jeunes seigneurs italiens qui disposaient de cirques romains compatibles, voulurent même l’adapter au début du XIVème siècle. Les taureaux affrontés étaient certainement issus de la race rustique Maremana implantée dans la région d’Orbetello en Toscane, zone marécageuse au bord de la mer, appelée la Camargue italienne. De nos jours, il ne reste que quelques centaines de bovins restés proches de leur typicité d’origine avec leurs cornes développées, leur stature et leur force. Devant le manque de pratique des cavaliers à s’adapter à ce combat, les taureaux sortaient souvent vainqueurs. En 1332, dix-neuf seigneurs romains périrent dans leur cirque, entraînant l’interdiction de ces pratiques en Italie.
Les premières interdictions en Espagne viennent d’Isabelle la Catholique (1451-1504) qui, après avoir assisté à un de ces spectacles très populaires, annonça son intention de les supprimer dans tout le royaume. Après de longs conflits avec la noblesse, la reine abandonna et laissa au combat son caractère meurtrier où il fallait de la dextérité mais surtout du courage, de l’énergie et de la fermeté. Ce fut Philippe V, petit-fils de notre Louis XIV, devenu Roi d’Espagne après la guerre de Succession en 1713, qui prenant de l’hostilité pour cette pratique, l’interdit avec l’appui de l’église. Le peuple ne renonça pas à ses traditions séculaires malgré les interdictions.

Ce fut le temps où le peuple ne renonça pas à ses traditions, Le combat changea de caractère avec l’abandon de la noblesse !

Ce sont d’autres personnages qui les remplacèrent dont le fameux Pedro Romero de Ronda qui aurait été le premier à tuer le toro à pied, face à face, d’une seule estocade, sans d’autres défenses que l’épée et le leurre qui deviendra la muleta actuelle. La passion des combats de toros augmente dans la population avec la participation des hommes à pied aidés du picador.

C’était le temps d’un combat très violent, inscrit progressivement dans un fonctionnement codifié par les toreros qui marquèrent cette époque :

Pepe Hillo écrit La Tauromaquia o el arte de torear en 1796, avant d’être tué en 1801 à Madrid par le toro Barbudo. Plus tard, c’est la grande figura du XIXème siècle, Francisco Montes Paquiro qui dans la Tauromaquia Completa, créé dans le détail la corrida moderne en 1836. Ce fut le temps où cette corrida va s’implanter en France à partir de 1850, alors que les espagnols l’introduisirent au Mexique en 1530 et progressivement dans la quasi-totalité de l’Amérique Latine. Ces pays se libérèrent du pouvoir espagnol à partir de 1815 derrière Simon Bolivar, conservant la tradition tauromachique, contrairement à l’argumentaire actuel des néos Bolivariens.
Plusieurs Maestros ont marqué cette époque. Je m’interdis de les citer car il serait injuste d’oublier le rôle que tous ont joué dans l’installation progressive de ce combat transformé. Les historiens de la Tauromachie du XIXème siècle nous ont appris qu’en 120 ans, (1800-1920), plus de 30 personnages exceptionnels ont subi des cornadas mortelles. J’ai choisi ces dates car ces issues fatales ont même touché des figuras historiques de cette époque : Pepe Hillo en 1801 et Joselito en 1920.

Ce fut le temps où la Corrida changea ses fondamentaux avec l’émergence d’un toreo nouveau basé sur l’attente immobile de la charge du toro pour essayer de l’entraîner et même d’enchaîner des passes sans céder de terrain. Lorsque Juan Belmonte apparaît dès 1913 dans le monde taurin, avec cette volonté exceptionnelle et cette technique inattendue, que les toreros, dont le fameux Guerrita vedette de la fin du XIXème, déclarèrent ouvertement que cette tauromachie était impossible. En même temps, Joselito, jeune torero sévillan (frère d’El Gallo), s’est déjà fait remarquer par ses recours privilégiés basés sur sa connaissance prodigieuse du toro et ses qualités physiques et esthétiques qui firent l’admiration de tous. Malgré leur amitié, ils assumèrent leur concurrence, leur competencia. Ils avaient accepté leur saine rivalité que le public recherchait. Contrairement à la prévision de Guerrita, c’est Joselito qui sera tué dans l’arène le 16 mai 1920 par le toro Baïlador, créant une grande stupéfaction tant il paraissait dominer toutes les suertes du toreo, même les banderilles. Ce fut une véritable tragédie nationale.

Belmonte (a droite) avec Joselito « El Gallo) »en la Plaza de Murcia en avril 1920

Certes, le toreo n’était plus celui du siècle antérieur, mais dans les 20 ans qui suivirent, près de 20 matadors décédèrent des suites de cornadas dont les toreros majeurs comme Granero, Manuel Baez Litri, Gitanillo de Triana et Ignacio Sanchez Mejias. Cette période vit naître dans les années 20, le caparaçon pour protéger les chevaux ainsi que l’adoucissement progressif de la pique sur le toro. Juan Belmonte continua de dominer la tauromachie avant de se retirer en 1935. Il avait su approfondir sa technique, sa capacité à toréer si près, liant les passes qu’il savait conclure par des passes de pecho dominatrices, dans son style personnel qu’il fit apprécier aussi avec ses fameux molinetes ou ses demi-véroniques. Il a imposé cette nouvelle tauromachie très exigeante et dangereuse pour les autres qui voulaient le suivre.
Domingo Ortega, torero important des années 30, adopta une technique très personnelle, dominatrice et templée, qui était très goûtée par le public puriste qui appréciait sa sobriété et sa dignité si particulière. Il déclara Il est impossible de toréer ces toros comme Belmonte. Il est vrai que vous avez pu constater que dans les années 20, plusieurs toreros ou novilleros qui ne dominaient pas leur technique comme le torero sévillan de Triana, périrent dans les arènes. Malgré ce, le toreo avait changé définitivement, sans arriver à sa perfection. La Tauromachie du XIXème siècle était terminée.

Après les premiers conflits à partir de 1934, Ce fut le temps de la Guerre Civile (1936-1939) qui brisa la vie de nombreux espagnols des deux bords. Elle porta aussi atteinte à l’intégrité de l’élevage du toro bravo dans ses terres de prédilection, soit par des abattages punitifs ou alimentaires causés par les belligérants, soit par l’abandon des ganaderias dans les zones les plus virulentes. Ce combat fratricide appuyé par des forces étrangères, laissa des traces indélébiles dans le pays. Alors que la deuxième guerre mondiale éclatait en 1939, les corridas reprirent en Espagne. Ce fut l’arrivée de Manolete qui, dès la cessation du conflit armé, va changer la tauromachie. Il prit l’alternative en juillet 1939 à Séville avec les Maestros Chicuelo et Gitanillo de Triana, confirmée rapidement des mains de Martial Lalanda.

Ce fut le temps d’une nouvelle tauromachie !
L’apport de changement amené par Manolete est majeur, considéré comme le fondateur de la tauromachie moderne. Il est vrai qu’après les effets négatifs de la guerre civile, Manolete et ses concurrents vont affronter un toro plus jeune, moins charpenté, que les puristes reprochèrent aux triomphes du cordouan. Sa tauromachie va privilégier la faena de muleta, avec un toreo à la recherche du sitio idéal, du positionnement de son corps par rapport à son adversaire devant lequel le matador ne fera qu’un, en contrôlant et en templant sa charge. Manolete par son physique, son visage, sa personnalité austère et sa mort tragique, est resté LA figura légendaire qui a marqué la corrida jusqu’à nos jours.

Manolete et le toro Islero à Linares – 29/08/1947

Ce fut le temps que les gens de 20 ans ne peuvent pas connaître !
Manolete n’a jamais toréé en France, suite aux conflits armés que connurent nos deux pays taurins voisins de 1936 à 1945 et la fermeture des frontières jusqu’en 1948. Sa mort violente devant le Miura Islero en 1947 ne permit pas à la grande majorité des aficionados français de le voir toréer. Malgré ce, son mythe va marquer fortement les années 50 qui virent revenir à la corrida l’aficion et même le grand public.

Ce fut le temps où des intellectuels, des personnages publics importants, des artistes, à côté de l’aficion, vécurent enfin libres notre tradition sudiste qui leur avait manqué pendant près de 10 ans. Ce fut le temps de Picasso, de Jean Cocteau et de personnages qui, comme leurs ancêtres du XIXème siècle, surent reconnaître le côté exceptionnel de la corrida. N’oublions pas que de 1850 à 1900, l’aficion française dut subir les brimades qui portaient atteintes à leur liberté. Le pouvoir parisien prenait les excuses de la sensiblerie d’une partie de la population pour imposer interdictions et contraintes.

Ce fut le temps de personnages taurins majeurs contemporains de Manolete qui arrivèrent chez nous à partir de 1945 : Luis Miguel Dominguin, Domingo Ortega, Antonio Bienvenida, Antonio Ordoñez, la Déesse blonde Conchita Cintron et les fameux mexicains Fermin Rivera et Carlos Arruza.

Il faut préciser que Manolete était une idole pour les mexicains et particulièrement celui que l’on appelait Le Cyclone de Mexico qui, bien que rival auprès du public, avait une admiration pour lui. Arruza, contrairement à Manolete, était un athlète, torero puissant tant à la muleta qu’aux banderilles et inventeur d’une passe de muleta revenue à la mode de nos jours l’Arrucina. Nous connaissons maintenant cette anecdote qui se déroula à Béziers le 5 octobre 1947 où il alternait avec Fermin Rivera et Parrita. Son mozo d’espada, inquiet du comportement du torero pendant la corrida lui demanda Qu’est-ce que tu as Carlos ? : J’ai rêvé qu’un toro me détruisait comme le Miura a détruit mon frère Manolete. J’ai continué ce rêve en piste. Arruza, très touché, abandonna rapidement le toreo à pied pour devenir un excellent rejoneador et même un acteur de cinéma chez les Yankees.

Ce fut le temps d’une nouvelle génération de toreros éminents qui apparut dans les années 60 et 70 !
Je retiens l’image et le toreo de figuras qui marquèrent cette époque très active : la paire Julio Aparicio et Litri (pères), le duo sévillan Diego Puerta et Paco Camino si différents mais complémentaires, Santiago Martin El Viti, la Majesté historique de Salamanque qui sortit 16 fois en triomphe par la grande porte de Las Ventas, sans oublier Sebastian Paloma Linares, dernier matador de toros à sortir des arènes madrilènes en 1972 en apothéose après avoir coupé le rabo à un toro d’Atanasio.

Curro Romero et Rafaël de Paula

Les toreros Curro Romero et Rafaël de Paula ont marqué la tauromachie artistique de leur Andalousie. Il serait injuste, malgré les polémiques, d’oublier le torero révolutionnaire Manuel Benitez El Cordobes qui bouleversa toutes les arènes d’Espagne des années 60. Le public apprécie ses excentricités alors que j’ai aimé son toreo de ceinture prodigieux qui était la vraie base de sa tauromachie. Plus tard, se dégageront deux toreros qui ont marqué leur passage dans les ruedos :
– à partir de 1982, Paco Ojeda dont le style se rapprochait le plus de Belmonte par la puissance, l’immobilité et la cercania de son toreo,
– à la fin des années 90, Jose Tomas surprend par son toreo extrême, son temple exceptionnel, sa proximité avec son adversaire, sa classe proche de celle de Manolete avec un impact maximum sur le public. Je peux me risquer à écrire : on en redemande !

Ce fut le temps des Ferias !
Elles surent mêler le festif et les corridas, tant dans les grandes villes taurines, Madrid, Sevilla, Valencia, Pamplona, Bilbao, Murcia, Malaga… que dans les plus modestes. L’exemple le plus frappant est Madrid : 4 corridas par an en 1947, 17 en 1969 et 30 à la San Isidro des années 80. Les arènes françaises surent profiter de l’ambiance qu’engendraient les férias comme à Nîmes, Arles, Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan… La reprise des corridas à la fin des années 60 à Béziers est due à la création de la Feria en 1968 qui généra un mouvement inattendu et une expansion du nombre de corridas. Certaines villes organisent même deux ferias par an. Les aficionados biterrois de cette époque se rappellent encore le mano a mano Paco Camino/Francisco Rivera en 1971 qui vit le triomphe de Paquirri qui devint l’idole de nos arènes et de nos ferias pendant plus de 10 ans. Les Ferias sont devenues essentielles à la tauromachie.

Ce fut le temps des toreros français !
Les courageux et admirables ancêtres Félix Robert (1894) et Pierre Pouly III (1921) avaient déjà pris l’alternative. C’est Robert Pilès qui va donner en 1971 le véritable départ à cette aventure, suivi de Christian Nimeño en 1977 qui torea dans tous les pays de la Planète Toro.
En 2020, ce sont 50 toreros qui ont passé ce cap, avec plus ou moins de succès et de continuité. Cette jeunesse a pu franchir cette nouvelle étape de sa passion grâce aux écoles taurines, aux becerradas et novilladas organisées avec le bétail brave de 40 élevages français.
Béziers peut s’enorgueillir du parcours de Sébastien Castella, un des premiers toreros mondiaux après plus de 20 ans d’alternative. Espérons le revoir prochainement à Béziers, dans de nouvelles fonctions et pourquoi pas officiant à nouveau dans le ruedo. Nous pouvons être fiers du rôle qu’ont décidé de jouer les deux autres jeunes matadors biterrois, Tomas et Gaëtan, en encadrant les élèves de l’école taurine.

Avant de conclure, je voudrais attirer votre attention sur le fait que, malheureusement, les toros ont continué à tuer dans les arènes. Dans les années 80, Francisco Rivera Paquirri, figura pendant 15 ans et le jeune prodige Jose Cubero Yiyo (21 ans) en pleine ascension, Ivan Fandiño (2017) prometteur d’une grande carrière et le jeune Victor Barrio (2016) ont subi des cornadas mortelles. Je ne puis oublier le vétéran mexicain El Pana, torero fantasque et génial qui décéda des suites d’une cojida impressionnante et la grave blessure de Julio Robles dans les arènes de Béziers le 13 août 1990. Heureusement, de nos jours, les chirurgiens les plus compétents et les moyens techniques ont pu sauver plusieurs toreros après des cornadas gravissimes.

Et maintenant ?
Le monde vient de connaître une année démoralisante avec la pandémie, malgré les efforts réalisés par certains organisateurs et les télévisions espagnoles. Nous devrons encore attendre plusieurs mois, même si les mesures sanitaires sont efficaces. Espérons que la vie normale reviendra d’ici la fin 2021, tant pour les familles que pour les activités économiques. Je suis persuadé que dans le monde taurin, le travail et la persévérance des ganaderos vont porter leurs fruits et que la nouvelle génération de toreros est prête à revenir dans les ruedos, avec une volonté et des qualités qui nous surprendront. Les grandes empresas doivent préparer une évolution qui respecte les autres composantes et l’aficion, en jouant sur la qualité et les prix, pour que cette dernière soit prête à revenir aux arènes. Pourtant, je suis inquiet à cause des manœuvres anti-taurines incitées ou approuvées par les Pouvoirs Publics qui cherchent à récupérer des voix. Autant les préoccupations écologistes pour la santé des populations peuvent être positives, autant les motivations de militants surexcités et d’illuminés végans et antispécistes ne sont pas réalistes. En Espagne, les activités de Podemos sont dangereuses. Leur leader ayant déclaré La Tauromaquia no es cultura pour refuser des aides comme aux autres secteurs sinistrés, le Ministre de la Culture le contredit en déclarant La Tauromaquia es Patrimonio Immaterial. Le monde taurin espagnol connaît leur double jeu dans des moments très tendus dans le monde public et politique. Chez nous, la convocation des 150 citoyens désignés par le Gouvernement ( ?) cornaqués par le Directeur de Terra Nova, me fait craindre les motivations du pouvoir. Les 149 propositions et le projet de référendum présentés au Président de la République par ces citoyens indépendants ( ?) exigent de nous tous d’être vigilants derrière les initiatives de l’UVTF et de la Fédération des Sociétés Taurines de France.

Les arènes de Béziers vont connaître une nouvelle organisation présentée par M. le maire. Sa composition est crédible. Le plus important est son fonctionnement. L’empresa devra travailler en relation avec l’aficion et la Commission Taurine. C’est la condition essentielle si nous voulons retrouver nos succès passés en remplissant à nouveau le Plateau de Valras.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 91

Édito – Novembre 2020

VA PENSERO SULL ALLI DORATE
VA PENSÉE SUR TES AILES DORÉES

Si ce n’est avec les miens et les amis proches, j’ai peu d’occasions de me féliciter des temps actuels en raison de la tristesse des confinements dus à la pandémie, des menaces du terrorisme et de la vie irritante qu’imposent à la tauromachie les anti-corridas. Ils utilisent toutes les fourberies et les impostures pour nous enlever nos traditions séculaires et nous décourager. Je n’accepte plus de lire ou d’entendre leurs boniments écœurants, avec la complicité des médias prédominants. Heureusement, le Net découverte géniale, même si elle est trop souvent pervertie, me permet de voir et d’entendre des bons souvenirs musicaux de chanteurs et de compositeurs dont une majorité nous a déjà quittés. J’apprécie notamment les chants et les interprètes italiens, tant pour leurs mélodies, leurs voix, que leur langue si musicale. Dernièrement, je me suis pris à écouter plusieurs fois, avec émotion et admiration, deux complices pourtant si différents dans leur admirable tradition.

Va Penserio du 3ème acte de Nabucco
https://www.youtube.com/watch?v=DEKVG_RX7TI

Le Maître inégalé Luciano Pavarotti a accepté plus fois l’invitation de son voisin d’Émilie-Romagne, Zucchero Fornaciari, pour chanter en duo dans des spectacles exceptionnels. Ce fut le cas lors d’évènements majeurs comme le Festival de Reggio ou dans des salles majestueuses comme le Royal Albert Hall de Londres. J’ai pu écouter le splendide Miserere et surtout Va Penserio extrait du 3ème acte de Nabucco de Giuseppe Verdi. Ce chant choral est devenu la référence de cet opéra lyrique joué pour la première fois à la Scala en 1842. Le grand compositeur milanais s’est inspiré du psaume 137 de la Bible qui relate la vie et les souffrances des hébreux exilés en esclavage après leur défaite face à Nabuchodonosor, roi de Babylone (600 ans avant JC). C’est un peuple qui subi l’oppression d’une civilisation dominante, nostalgique de sa grandeur passée et qui pense à sa liberté perdue. Cette mélodie majestueuse que l’on connaît de nos jours sous le nom de Chant des Esclaves, s’adapte à la situation du peuple italien du début du 19ème siècle, avide de liberté, je dirai même d’unité. En fait, en dehors du Royaume de Savoie-Sardaigne, les territoires transalpins étaient divisés sous la coupe des autrichiens. Ce chant est devenu un symbole vers leur libération qu’ils obtinrent progressivement dans la deuxième partie du 19ème siècle appelé le mouvement de Risorgimiento (Renaissance). Dans leur intervention en duo à l’Albert Hall de Londres, le message de Verdi interprété en italien par Pavarotti, est plus nostalgique que revendicatif alors que Zucchero, chantant son texte en anglais, fait ressortir dans sa strophe, avec son intonation naturelle de rocker, la colère jusqu’à la révolte.
Dans les temps que nous vivons, j’ai pris conscience sans chercher à dramatiser, de la volonté mondialiste à nous faire perdre progressivement les traditions sudistes méditerranéennes du monde occidental. Dans mes recherches, j’ai trouvé Il Pensiero Meridiano de Franco Cassano, sociologue contemporain originaire des Pouilles au sud de la botte italienne. Cassano nous démontre que le bassin méditerranéen du sud a perdu son statut de sujet de pensée pour celui d’objet de pensée. Pour lui, il faut que le Sud affirme son droit à s’émanciper des pensées préconçues dominantes qui le confinent dans un monde subalterne et le présentent comme un monde arriéré, pour promouvoir un monde autonome. Cassano rejoint la pensée sudiste d’Albert Camus que l’on retrouve dans l’Homme Méditerranéen. Il voit une pensée de la mesure, de l’équilibre qui permet d’échapper aux extrémismes du progrès et aux fondamentalistes notamment économiques : Money is money. Cassano ne refuse pas nos défaillances et nos erreurs. Il demande simplement un rééquilibre de la pensée européenne qui sache reprendre en compte notre héritage méditerranéen et demande à nos peuples du sud de se réapproprier leur histoire et leur devenir.

Albert Camus dans l’Homme Méditerranéen, défend cette culture qui est la base de ses propres fondements. S’il n’est pas connu comme un aficionado éminent, il est évident que tant dans sa vie que dans ses écrits, il montre sa sympathie dans ses références à la corrida. On retrouve cette affinité avec la tradition des combats taurins dans une déclaration qu’il fit en 1950 : Je ne peux admettre le bannissement des (courses) de taureaux étant membre du Club Taurin de Paris.

Albert Camus matador 1ere minute de la vidéo :
https://archive.org/details/AlbertCamusUneTragedieDuBonheurHistoireFev.2008

Le prix Nobel 1957 est plus rassembleur que diviseur, contrairement à certains médias ou penseurs modernes français, comme nous le constatons dans plusieurs domaines. Alors que Verdi termine Va Pensiero par le Chant des Hébreux qui demandent au Seigneur de leur inspirer une harmonie divine qui leur donne le courage de supporter les souffrances, Albert Camus, plus volontariste, se référant à d’autres circonstances, écrivit Allons-nous accepter le désespoir sans rien faire et Cassano fait appel à la resistenza.

Je ne puis me comparer à ces personnalités du 19ème et 20ème siècle. Je me retrouve dans leur amour de la liberté et de leur attachement à leurs racines méditerranéennes et à nos traditions du sud. Je me reconnais aussi dans la confiance divine du Chant des Esclaves et j’y ajouterai mon droit à défendre mes origines que l’on peut retrouver dans l’interprétation de Zucchero. Nous devons démontrer à ces adversaires sin verguenza, qui n’ont aucune limite tant dans leurs boniments que dans leur agressivité et leur bassesse habituelles, que nous résisterons. J’approuve, malgré les imperfections et la tristesse de voir des arènes quasiment vidées par les injonctions sanitaires, les initiatives prises par les télévisions espagnoles tant par les Autonomes que par la Gira de Reconstrucion qui nous montrent en direct des corridas et des novilladas. Il était indispensable de les maintenir car si la pandémie dure, la résignation et le renoncement peuvent atteindre une partie de l’aficion. Nous pouvons perdre du monde en route.

Il sera difficile de nous réunir à nouveau dans nos associations et dans nos tertulias indispensables à la vie de notre passion. Les penseurs, les compositeurs, les interprètes précités montrent que c’est dans leur résistance dans le passé et avec des initiatives motivantes, que nous pourrons envisager de rendre à la pensée méditerranéenne son statut de sujet de pensée. Les antis, leurs penseurs font tout pour nous présenter comme un monde arriéré. La volonté et la qualité des novilleros, que certains ont pu suivre dernièrement à la télévision, prouvent que l’avenir de notre tradition taurine est vivante chez ces jeunes prêts à prendre la relève des figuras actuelles et passées. Il faut agir dès que nous le pourrons, pour les aider et démontrer notre attachement à notre tradition de la lutte magnifiée entre l’homme et le toro bravo depuis des siècles.

Chez nous, j’approuve le rôle majeur que joue l’Union des Villes Taurines Françaises (UVTF) dans cette époque difficile, pour préparer le futur, pour montrer aux autorités en place mais aussi aux professionnels taurins, qu’ils sont conséquents, motivés et représentatifs de leurs territoires. Ils n’accepteront pas que nous soyons détruits et mis en esclavage. C’est le monde méditerranéen, grec et romain, qui est à l’origine de la naissance de la démocratie, même imparfaite, alors que de nos jours nous voyons qu’ils s’en servent contre nous. Les compromis avec des groupes dont les objectifs mis en avant par les pensées dominantes du 21ème siècle sont véhiculés par les réseaux sociaux toujours aussi anonymes et leurs médias manipulateurs à la recherche des idées au goût du jour.
Montrons-leur nos valeurs, mettons-les en avant sans complexe.

Alors que Pavarotti est exceptionnel dans le chant grandiose des esclaves de Va Pensiero… Zucchero s’il pleure avec eux, nous fait comprendre par son cri qu’il faut lutter pour éviter ce monde où certains voudraient nous exiler.
Il est regrettable que l’Association Nationale des Organisateurs Taurins (ANOET), décevante dans son silence assourdissant, le soit encore plus dans cette période difficile. Ils ont autre chose à faire que d’attaquer l’empresario Jose Maria Garzon dans ses initiatives au Puerto de Santa Maria et à Cordoba pour préserver leur suprématie inactive.

Je suis conforté dans mon analyse par la déclaration de l’écrivain et journaliste José Carlos Arevalo dans son dernier ouvrage La Tauromaquia en tela de juiao (la tauromachie remise en cause).
La Tauromaquia debe de aprender a defenderse

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – édito n° 90

ÉDITO OCTOBRE 2020

SÉBASTIEN : SE DESPIDE DEL TOREO !

J’ai pris connaissance le 30 septembre avec étonnement et regret, de l’annonce par un communiqué personnel de Sébastien Castella, de sa décision Je me retire du toreo. Cette information a créé un choc pour la grande majorité du monde taurin et pour les aficionados Biterrois. Cette décision est d’autant plus surprenante qu’il s’était investi dans les journées Le Sud est à Béziers du 15 août 2020 et surtout du 16 août derniers dans le Festival Caritatif organisé en faveur de l’Hôpital de Béziers et de ses soignants.

Cette tarde émouvante restera gravée dans ma mémoire et m’a rendu confiance en la possibilité pour la tauromachie de réagir chez nous face à l’adversité qui nous entoure et aux faiblesses que nous avons montrées trop souvent pour y résister. La grande majorité de l’aficion biterroise présente dans les arènes, a ressenti une émotion saine et authentique. Nous la devons en grande partie à la volonté de Sébastien Castella qui s’était mobilisé, avec ses amis toreros, pour que cette tarde soit une vraie réussite. C’était le résultat de sa détermination et de l’engagement de la Ville de Béziers et de l’Empresa. Sébastien dans son annonce n’a apporté aucune raison à sa décision inattendue. Il a remercié l’ensemble des personnes qui l’ont aidé, en mentionnant spécialement sa cuadrilla qui traverse un moment difficile, comme l’ensemble des acteurs de la tauromachie. Il a tenu à préciser ce que je sais et ce que j’ai obtenu, je le dois au monde du toro.

J’ai connu Sébastien à ses débuts de jeune débutant lors des spectacles nocturnes que j’organisais à Palavas où il toréait devant des anoubles à l’occasion des toros piscines traditionnels. C’était en 1995. Il était accompagné du regretté Claude Naquer qui m’avait parlé du fils d’André Castella, ex novillero et éleveur bien connu à Béziers. L’idée était de faire intervenir Sébastien face à un jeune mâle sélectionné par l’éleveur en complément des jeux taurins nocturnes dans le ruedo palavasien. C’était un gamin discret mais on pouvait déjà deviner sa passion de toréer. Quelques mois plus tard, lors d’une becerrada capea organisée à Portiragnes par l’Ecole Taurine Biterroise, je fus surpris de ses progrès que je trouvais étonnants pour un jeune biterrois. Plus tard, les confirmations de ses interventions au campo au Portugal, en Espagne et en France, me décidèrent d’inclure Sébastien Castella dans le cartel de sa première novillada sans picador, vêtu de lumières, avec David Fandilla (El Fandi) à Aignan dans le Gers où j’organisais l’après-midi de la corrida de Pâques 1997. Il revint à Aignan en juillet 1998, face aux novillos de Darré, accompagné du débutant du sud-ouest Julien Lescarret. Le Maestro Antonio Ordoñez, empresario des arènes de Ronda, l’avait engagé dans des novilladas de promotion en 1998 dans ce ruedo mythique. Impressionné, il lui voyait un avenir très prometteur. Après ses débuts avec picador au Mexique et le 1er mai 1999 à Aire sur Adour, le jeune Castella a franchi progressivement toutes les étapes de novillero, en France, en Espagne (vainqueur du concours de San Sebastian), sans oublier Mexico.

Sébastien a toujours réalisé une tauromachie marquée par la recherche du temple et par la pureté de son toreo, sans omettre son courage froid et sa volonté de rester quieto pour affronter le danger. Il a toujours recherché une interprétation de toreo classique en apportant plus tard une émotion supplémentaire en fin de faena, en se positionnant de plus en plus près du toro, sans oublier au début ses réceptions immobiles au centre du ruedo et ses passes de muletas cambiadas.

Dès ses débuts, il fut aidé par l’apoderamiento majeur de Robert Margé, suivi par le rôle primordial du Maestro Jose Antonio Campuzano, torero classique qui peaufina la technique et la profondeur du toreo. Alors que notre ville avait pour la première fois un torero à un niveau inespéré, il lui fallut plusieurs années pour s’imposer pleinement auprès d’une partie de l’aficion locale, sans raisons tauromachiques valables. Cela me valut pendant les premières années, même après l’alternative, des discussions passionnées, parfois virulentes, durant les tertulias ou des discussions inopinées. Il est vrai que Sébastien résidait à Séville ou en Amérique du Sud, loin de nos terres, créant peut-être des ressentis inappropriés. Le torero biterrois conservait aussi chez nous sa typique retenue vis-à-vis de l’aficion locale. Malgré ce, nous étions plusieurs à soutenir sa démarche et nous suivions avec intérêt sa progression, sa volonté et ses succès déjà dans toutes les plazas du monde grâce à sa ténacité et à son toreo esthétique, parfois même majestueux.

Après son alternative à Béziers le 12 août 2000 avec les Maîtres du toreo Enrique Ponce et Jose Tomas, Sébastien, accompagné de son nouvel apoderado Luis Alvarez et le soutien de son préparateur technique Campuzano, va entamer cette nouvelle étape de sa carrière avec la même détermination qui va lui permettre de rentrer rapidement dans le groupe des 10 premiers toreros en activité. Il avait su créer l’admiration du public français, tant dans le sud-ouest qu’à Béziers, Nîmes et même auprès des arlésiens, malgré sa concurrence avec Juan Bautista. Son impact va s’accroître en Espagne ainsi qu’aux Amériques. L’année 2006 représenta un déclic majeur avec l’attribution du prix Cossio de la Fédération Taurine espagnole en tant que meilleur Matador de Toros de la temporada. La presse française titrera le jour de la remise du trophée Pour la beauté du geste. Ce jour-là, il répondit à celui qui lui demandait si El Juli était son adversaire majeur pour l’attribution de ce titre Le seul adversaire, c’est le toro. Ce triomphe de 2006 fut conforté par l’attribution du prix Oreja de Oro décerné par tous les correspondants de Radio Nacional (RNE).

La temporada 2009 se termina par une nouvelle attribution de l’Oreja de Oro qui conforta sa place parmi les 5 premiers toreros du monde. Cette place au sommet mondial de la tauromachie fut confirmée par l’accumulation des triomphes et des récompenses dans les arènes de la planète corrida. En 2007, il remporte son triomphe historique à Béziers dans son mano a mano avec César Rincon : 5 oreilles et une queue.

Ces succès lui imposaient d’être toujours plus exigeant envers lui-même, avec ses prises de risques et les blessures comme celle de Cali avec des images impressionnantes, restant épuisé dans le ruedo jusqu’à l’estocade avec 5 fractures des côtes et une atteinte du poumon.

A partir de 2015, les succès majeurs s’accumulent : – 2015 : triomphateur et meilleure faena de la Feria de la San Isidro. Même la presse française non spécialisée, le Monde, Libération, Le Point, va mettre en valeur la place d’un torero français au plus haut niveau mondial ;
– 2016 : Sébastien Castella reçoit les prix de triomphateur et de la meilleure faena de Las Ventas attribués conjointement par le Casino de Salamanque et le Casino de Madrid ;
– 2018 : Cinquième Grande porte de sa carrière à Las Ventas confirmée par le triomphe de la Feria de Nîmes le 20 mai : 4 oreilles.
Il serait trop long de citer toutes les tardes exceptionnelles de Sébastien. Je risquerais d’en oublier. Tous ces triomphes et récompenses depuis 2006 ont certainement joué un rôle chez Sébastien pour se rapprocher de l’aficion française et surtout biterroise qui l’admirait depuis plusieurs années. Le Torero de Béziers se montra beaucoup plus à Béziers. Il confirma son attachement à sa ville natale en léguant au Musée Taurin, dans les collections de l’UTB, deux trajes magnifiques placés dans des vitrines :
– le Rose et Or installé à côté de la photo de sa sortie en triomphe de nos arènes en solitaire.
– le traje goyesque qui trône dans la salle dédiée à l’artiste aragonais Francisco Goya y Lucientes, entouré des eaux-fortes de la fameuse Tauromaquia.

Dès avril 2019, le Maestro biterrois fit part de son intention de postuler en 2021 à la direction des arènes de sa ville natale. Lors de sa venue pour la Feria 2019, il confirma officiellement cette volonté d’accéder à la gestion des corridas à Béziers après la fin du contrat de Robert Margé. C’était une décision importante et légitime qui confirmait la volonté de rapprochement de notre grand torero historique avec sa ville et ses arènes à qui il peut apporter à l’avenir des services majeurs dans l’avenir. Par ailleurs, ces derniers temps, il a pris des initiatives qui marquent sa volonté de défendre la tauromachie dans son pays face aux attaques indignes, indécentes et malheureusement politisées pour récupérer électoralement nos adversaires illuminés et même fanatiques. Je vous rappelle deux interventions majeures :
– en septembre 2019, il adresse une lettre à la Députée Aurore Bergé avec autant de respect que de colère après avoir pris connaissance de votre aberrante proposition d’interdire en France l’entrée des mineurs aux corridas. Son intervention est argumentée et il ne cache pas ses affirmations devant les intentions politiciennes de la Députée. – après sa dernière corrida à Nîmes pour la Feria, il fait un appel à tout le monde taurin sur la nécessité de se remettre en cause et de se réunir pour faire face à l’ensemble des problèmes dont il est en partie responsable.

Il avait décidé de commémorer son alternative du 12 août 2000 à Béziers en toréant les 4 corridas de la Feria 2020 et en se produisant dans le plus grand nombre d’arènes du monde. Malheureusement la Covid 19 l’a empêché de réaliser ses projets, les reportant en 2021. Depuis, nous avons appris sa décision de se retirer du toreo. Elle est ferme malgré son âge et le fort potentiel qu’il a de triompher encore. Nous devons la respecter. J’espère qu’il confirmera rapidement la décision de son projet pour nos arènes. Ses intentions paraissaient très motivées même si la temporada 2021 parait encore incertaine à cause de l’épidémie.

Je m’abstiendrai de tout autre commentaire mais, pour ma part je l’espère, en reprenant à mon compte cette citation qui correspond au personnage et à sa classe dans les ruedos : Pour la beauté du geste !!!

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Edito n° 89 – Octobre 2020