ÉDITO OCTOBRE 2013

APRÈS L’ÉTÉ 2013…

Nous sommes forts inquiets de l’évolution du monde taurin qui, certes, n’a jamais été un paradis où la probité et l’angélisme régnaient. Le romantisme a quitté la tauromachie depuis longtemps mais, de nos jours, l’évolution est franchement préoccupante car 3 ou 4 personnes bloquent le système dans leur unique intérêt et leurs discours, parfois idéalistes, ne trompent que ceux qui veulent bien l’écou­ter. Ils ne laissent « passer » que ce (ou celui) qui leur convient car cela ne leur fait pas d’ombre et que « certains » pourraient être utilisés plus tard dans le cadre de nouveaux accords. Les toreros figuras et leurs représen­tants utilisent les techniques de marketing comme pour lancer un nouveau parfum ou une nouvelle voi­ture. Nous avons constaté les effets négatifs du système même si, soit par intérêt, servilité ou « compa­gneurisme », certains veulent nous faire croire qu’ils ont vu des « choses » extraor­dinaires. Les « montages », les mano a mano, les encerronas ont continué à marquer l’été taurin. Ils n’ont rien apporté, bien au contraire, car la répétition enlève toute surprise, lasse les vrais aficionados et même le grand public.

Si l’on veut entrer dans le détail, il est regrettable de constater que les figuras qui devraient être des loco­motives du système, ne le tirent pas vers le haut pour améliorer la situation face à la crise. Le statu quo leur va très bien. Les manœuvres enfantines de marketing qui ont fleuri dernièrement sur le net (place gratuite pour les jeunes, toreo de salon public avec les enfants, entrevistas…) ne trompent personne et n’ont aucune efficacité, car tout doit se résoudre dans les ruedos et non dans les « oficinas » de relations publiques.

El Juli qui avait démarré en trombe la temporada, a vu malheureusement son élan stoppé par la bles­sure de Séville dont il a tardé à se récupérer. Il est revenu sous la pression pour retrouver son état de grâce antérieur… Le reste de sa temporada (notamment juillet, août et septembre) a montré « Julian » avec son envie de rester le « leader » et le « patron » du système, triompher dans certaines arènes sans convaincre vraiment. Son toreo dominateur a perdu la sérénité et l’élégance qu’une figura de son rang doit conserver pour être le grand torero qu’il est, surtout devant des toros triés sur le volet.

Manzanares, de son côté, n’a pas connu la grande temporada que nous avons vue il y a 2 ans, avant ses blessures à répétition à la main de 2012. Lui aussi a perdu sa sérénité et surtout la « dimen­sion » de son toreo. Même sa très belle faena des Vendanges à Nîmes, pleine de majesté et d’esthé­tisme, n’a pas eu la profondeur que l’on pouvait attendre du magnifique torero d’Alicante devant un extraordinaire Garci­grande qui alliait une grande noblesse et un galop impressionnant qui ont donné à la faena une grande émotion.

La crise économique, très sensible en Espagne, accentue le phénomène car le gâteau à se partager est plus petit. L’intérêt des 5 « grands » est de maintenir l’équilibre existant et de ne donner un ticket d’entrée qu’à ceux qui ne gênent pas et qui en plus, pourront servir à l’avenir.

Malgré ce, nous avons noté des éléments positifs :

La montée en puissance de Perera dont les qualités techniques et la maîtrise devant le toro sont impressionnantes même si sa tauromachie manque « d’âme » et de « sentimiento » que l’on peut exiger d’un tel torero, surtout devant les ganaderias qu’il affronte. Sans vouloir diminuer sa tauromachie, c’est un numéro de « dompteur » sans la touche artistique et l’émotion que l’on peut en attendre. Le maestro Paco Ojeda, dans son époque de gloire, avait un rayonnement, une majesté que le torero d’Extremadura n’arrive pas à nous transmettre, même si sa tauromachie est inspirée de celle du torero de Sanlucar « ojala lo consiga » ! (pourvu qu’il y arrive)

Enrique Ponce nous a fait rêver à Bilbao et espérer qu’il veuille, avec la même ambition, se mêler à la lutte pour reprendre le leadership. Il est vrai que pour lui, le coso de VIstalegre (de Bilbao) a été un lieu de prédilection tout au long de sa carrière, avec un public qui « attend » le maestro de CHIVA avec admiration et chaleur. Il faut espérer que pour la temporada prochaine, PONCE revienne avec des intentions conquérantes car il pourrait « faire bouger les lignes » et pousser le reste de ses collègues vers l’excellence. Il n’est qu’à voir son effet dans la Goyesca d’Arles où ses deux compagnons au cartel ont montré une volonté et une détermination, certainement motivés par sa présence au paseo à leurs côtés.

Nous retenons aussi la temporada d’Antonio Ferrera qui démontre que sa technique, sa maîtrise, jointes à son « pundonor » et à son ambition retrouvée, nous font espérer un renouveau inattendu. Comment oublier ses deux actuations devant les Adolfo Martin de la San Isidro. COLOSSAL. L’apoderamiento par Raul Gracia « El Tato » paraît avoir changé la mentalité du torero de Badajoz qui nous avait habitués à plus d’instabilité…

Manuel Escribano, la révélation 2013, tant en France qu’en Espagne, a été stoppé brutalement dans sa temporada par la très grave blessure infligée par un toro de Flor de Jara. Les mois d’août, septembre et octobre auraient pu lui permettre de confirmer cette année magnifique, en faisant le paseo à Arles, Nîmes (où il n’a jamais toréé même novillero ?), Albacete, Logroño, Zaragoza… même si Madrid n’avait pas encore prévu sa confirmation d’alternative que l’on pouvait espérer dans de bonnes conditions durant la Feria d’Octobre ? Découvert accidentellement par le grand public grâce à la substitution du Juli à Sévilla, le torero de Gerena a démontré que le système ne fonctionne pas puisqu’il écarte, depuis près de 10 ans, des talents et des ambitions qui peuvent faire évoluer le « marché » (excusez-nous d’employer un terme aussi déplacé mais malheureusement conforme à la réalité). Escribano, outre ses qualités « toreras », a la faculté naturelle de transmettre avec le public car son envie, sa joie de toréer ajoutées à son esthétisme, ne peuvent qu’impacter sur le spectateur. Il faut espérer que Manuel se rétablisse complètement de cette gravissime blessure afin, qu’en 2014, il puisse confirmer et se repositionner dans l’escalafon, comme pouvait le laisser espérer sa temporada. Il est de ceux, non atteints par le conformisme, dont nous avons besoin pour faire évoluer les choses, si on leur laisse le temps et les lieux pour le démontrer.

En ce qui concerne les toreros français :

Sébastien Castella continue à sa place dans le monde taurin, installé avec les « premiers ». Il est regrettable que le comportement des 6 toros affrontés le 16 août à Béziers ne lui ait pas permis d’atteindre dans sa ville les sommets qu’il espérait pour un telle journée, dans laquelle il avait beaucoup investi pour en faire un événement important dans sa carrière.

Jean Baptiste (Bautista) a démontré cet été, tant à Béziers qu’à Arles, qu’il était un excellent torero dont le classicisme et la pureté, qui s’appuient sur une technique éprouvée, sont remarquables, sans oublier sa régularité avec l’épée.

Les toreros restent des êtres « supérieurs » qui osent s’affronter à la bête extraordinaire qu’est le Toro Bravo, malgré les dérives de certains élevages. C’est leur entourage professionnel et leur volonté de fermer le système, afin de garantir aux uns et aux autres la maîtrise de leur « négoce » qui, avec la complicité passive ou active des médias, sont à l’origine de l’évolution que nous dénonçons.

La crise économique et ses conséquences (400 corridas ou novilladas de moins qu’en 2007-2008) ne font qu’accentuer leur volonté de maîtrise de la tauromachie en Europe. Cette « stabilité » recherchée à tout prix ne peut être que négative pour le public, l’aficion et le monde taurin dans son ensemble. L’aficionado a aussi sa part de responsabilité dans cette situation. Nous en reparlerons prochainement.

n° 7 – Octobre 2013

ÉDITO AOÛT 2013

LES TOROS DE LA SAN FERMIN 2013

Les organisateurs de la Casa de Misericordia de Pamplona ont toujours recherché, par leurs corridas de San Fermin, un toro avec des armures imposantes, parfois excessives à nos yeux, qui correspondent parfaitement à l’état d’esprit de l’aficionado navarrais et plus généralement à l’aficionado du nord de l’Espagne. Il est un fait que l’aficion et même les « pastores » du ganado bravo navarrais et basques sont habitués à approcher le toro à pied, à l’affronter parfois et à le courir dans les encierros sans autre arme qu’un baston pour les « pastores » ou un journal plié dans une main pour les « coureurs ».

Notre regretté ami Claude Pelletier, magnifique et passionné aficionado-revistero bayonnais, trop tôt disparu, faisait le commentaire suivant : cette caractéristique des traditions basques et surtout navarraises, influe dans la conception du toreo et dans l’attitude exigeante du public et de l’aficion populaire de cette région vis-à-vis des toreros. Ils savent ce que c’est d’approcher le toro, de l’affronter sans autre arme que leur fameux courage. Au contraire, l’aficion andalouse, moins populaire à ses débuts, était plus marquée par les jeux du toro avec le cheval réservé la noblesse et à la bourgeoisie, plus tournée vers l’expression artistique des toreros qui, plus tard, l’affrontèrent avec cape et muleta, même au campo.

Un de nos amis, Antonio Purroy Unanua, ingénieur agronome à l’Université de Pamplona, nous faisait remarquer il y a 30 ans, que contrairement à la situation préoccupante de la faiblesse des toros dans de nombreuses arènes, le toro à Pamplona ne tombait pas. Il estimait, preuves scientifiques à l’appui, que le fait de le faire courir dans l’encierro le matin de la corrida, le déstressait. Selon ses études, le manejo traditionnel du toro avant la corrida (camion, corrales, chiquero) provoque un stress énorme au toro bravo qui engendre des toxines qui atteignent la musculature du toro et peuvent provoquer les chutes et les génuflexions dans le ruedo, dont les aficionados ont beaucoup souffert pendant des années. Nous faisons confiance à l’analyse de notre éminent aficionado scientifique sur ces faits et il faut reconnaître qu’ils se sont souvent confirmés dans les San Fermin des années 1960 à 2000.

Le problème a changé puisque, depuis cette date, de nombreux ganaderos font courir les toros au campo dans d’affreux torodromes poussés par des cavaliers qui sont censés faire de ces toros des athlètes qui ne tomberont pas dans l’arène. Ce que nous constatons avec plaisir de nos jours. Cette modernisation est pour nous une arme à double tranchant. Il faut noter qu’en même temps, les mêmes ganaderos ont décidé de mettre des fundas pour les cornes des toros avant leurs 4 ans, afin de les protéger des accidents et des combats.

Nous estimons, avec d’autres, que cette nouvelle pratique est plutôt néfaste au comportement du toro qui, si l’on ajoute l’herradero, les traitements et prises de sang imposés par les services vétérinaires, la pose et dépose des fundas, le toro de 4 ans, avant d’être combattu, passe minimum 6 fois dans le mueco . Toutes ces manipulations ne peuvent qu’altérer la naturalité du comportement d’un toro bravo, animal très sensible à ces emprisonnements.
Tous ces éléments tendent à « déformer » la bravoure du toro.

Si nous revenons à la San Fermin 2013, nous avons assisté à un comportement désolant des toros, à l’exception de certains toros de Dolorès Aguirre, de certains Miura et surtout de deux excellents Fuente Ymbro. Par contre, les encierros de Pamplona n’ont jamais été aussi rapides, notamment avec des toros entraînés à courir sans but particulier pour la plupart (hors Miura et Dolorès Aguirre).
Nous estimons que l’apparition du torodrome dans l’élevage du toro bravo, s’il a un effet apparent sur la force du toro, sans oublier l’amélioration de l’état sanitaire et de l’alimentation, a des conséquences négatives. Le toro court comme un athlète mais n’embestit pas, ne charge pas comme un toro bravo qui, dans l’arène, doit attaquer franchement et répondre à la sollicitation du torero avec fixité et bravoure. Regardez bien le comportement de ces toros modernes qui se déplacent, courent de manière démotivée, sans manifester la codicia (l’envie exacerbée par la bravoure) typique du toro bravo.
A Pamplona, nous avons noté, cette année, des comportements qui nous amènent à penser qu’après cette course au sprint, apparemment autrefois salutaire, le toro se trouve enfermé dans le chiquero, séparé de ses congénères, frustré après une course qu’il est habitué à faire dans le campo plusieurs fois par semaine, en groupe, sans but véritable. Les téléspectateurs que nous étions, avons vu que la plupart des toros de Pamplona, en dehors des exceptions mentionnées, ne chargeaient pas mais couraient comme désintéressés autour du torero, sans donner d’émotion malgré leur trapio, « saliendo solo de los muletazos con la cara alta » (sortent seuls de la muleta avec la tête haute). A force de courir derrière la muleta, certains s’arrêtent, « se rajan » parce qu’ils ne veulent plus jouer.

Les trophées ont été nombreux, mais hors exception, ils ont été attribués généreusement, sur pétition d’un public festif, moins exigeant qu’autrefois devant ce spectacle trop souvent banal. Le toro doit se déplacer dans le campo pour boire, s’alimenter, changer de territoire, conduit si nécessaire par les vaqueros ; avoir un « exercice » naturel. Pour éviter la faiblesse, il faut d’abord nourrir les toros progressivement pendant 4 ans, mais les mères elles aussi doivent avoir une alimentation équilibrée pour bien « porter » et ensuite nourrir les jeunes. Le torodrome n’est pas une solution naturelle. Il enlève au toro sa spontanéité, sa liberté, son instinct sélectionné, dans l’approche de son adversaire qu’il affronte dans le ruedo des arènes. Mais, ne vous y trompez pas. Viva Pamplona, viva San Firmin, viva !

P.S.  Antonio Purroy Unanua, devenu une personnalité importante en Navarra, est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le toro bravo.

ÉDITO n° 6 – Août 2013

 

ÉDITO JUILLET 2013

NOS COMMENTAIRES APRES LA SAN ISIDRO

Comme nous l’avions prévu dans notre édito de février, les premières ferias, tant en France qu’en Espagne, ont vu la multiplication d’encerronas (seul contre six) et de mano a mano artificiels qui pour le moment, n’ont rien apporté de positif au spectacle et à l’aficion. Nous avons déjà évoqué les raisons économiques et monopolistiques qui motivent ce type d’organisation. Les résultats ont été décevants, tant au niveau artistique qu’évènementiel malgré la médiatisation effrénée (le succès particulier de la fréquentation d’Istres et l’actuation très professionnelle de JEAN-BAPTISTE ne changent rien à l’ensemble du problème).

En dehors de justifications symboliques et émotionnelles comme pour CASTELLA dans ses arènes de Béziers en août, nous regrettons à nouveau cette évolution ajoutée à la diminution du nombre de corridas pour raison de crise économique (Séville, Murcia, Almeria, Alicante, Bayonne…). Après la feria de Séville qui a vu triompher l’inattendu Manuel ESCRIBANO, la feria de Madrid vient de mettre en valeur comme triomphateurs indiscutables  ceux qui toréent peu comme Antonio FERRERA (énorme devant les Adolfo MARTIN) et Joselito ADAME (torero mexicain le moins protégé dans son pays), sans oublier Alberto AGUILAR et le jeune PEREZ MOTA qui torée encore moins (moins de 10 corridas en 2012). Cela démontre que la solution de concentrer la temporada sur une dizaine de toreros n’est pas la bonne alors que les cartels doivent inclure la nouveauté et les opportunités offertes aux jeunes.

En même temps à Madrid, les figuras ont certes conforté leur place dans le « marché » taurin coupant 1 ou 2 oreilles grâce à leur oficio, leur professionnalisme et leurs qualités foncières rodées par leur nombre d’actuations, sans oublier leur talent. Par contre, aucune figura n’a révolutionné le monde taurin et n’a mis le coup de pied dans la fourmilière. Le seul torero parmi les figuras qui après et malgré sa blessure de Séville, a démontré qu’il était au dessus du lot, reste El JULI par son poder, sa toreria, tant devant les seuls mauvais toros de Victoriano del Rio à Nîmes, que par son extraordinaire faena devant un GARCIGRANDE dans la corrida de SAN FERNANDO à ARANJUEZ. Aveugle celui qui ne veut pas voir. Il était absent volontairement cette année de la San Isidro car, contrairement à son collègue MANZANARES, il ne voulait pas affronter les sifflets anticipés et malintentionnés d’une partie minoritaire (mais très bruyante) du public de Las Ventas. Ils n’ont comme objectif que déstabiliser certaines figuras comme l’ont déjà fait par le passé leurs ancêtres avec MANOLETE, JOSELITO, El GALLO…

Il faut noter à Madrid le 1er juin, le triomphe, inédit à un tel niveau, des banderilleros de Javier CASTAÑO : Marco GALAN, David ADALID et Fernando SANCHEZ et du piquero « TITO » SANDOVAL unis dans une vuelta al ruedo commune. Heureusement, les grandes ferias du nord de l’Espagne paraissent revenir à des solutions plus classiques tout en donnant par leurs cartels, des opportunités à la nouvelle génération (excepté ADAME absent de Bilbao). Il est vrai que la Junta Administrativa de Bilbao et la Casa de Mesirecordia de Pamplona, tout en ayant des objectifs de rentabilité, ont aussi des conceptions moins mercantiles et monopolistiques que l’association des grands groupes qui domine le système.

La corrida a toujours besoin de vraies nouveautés et de competencia qui permettent à certains de se remettre en selle et à des jeunes de se faire connaître, contrairement aux accords des oficinas qui souhaitent maintenir le statu quo ou ne faire apparaître, au gré des besoins, que ceux qui ne les perturberont pas. N’oublions pas que lorsque Paco OJEDA a triomphé et étonné l’aficion française à Béziers en 1982, il était inconnu du grand public. Il venait juste de confirmer son alternative à Madrid au mois de juillet devant les CORTIJOLIVA (quel cadeau…). Il avait déjà 28 ans.

En ce qui concerne les toros, la ganaderia qui domine ce début de temporada par sa constance dans la qualité selon tous les critères du toro bravo, est incontestablement celle de VICTORIANO DEL RIO qui s’est fait remarquer à Séville, Madrid et Nîmes (présenter 4 toros brillants sur 6 est particulièrement notable). Nous remarquerons également le comportement très intéressant du lot d’Adolfo MARTIN à Madrid, exigeant mais brave et très encasté. Dans un autre style, nous pouvons nous réjouir du comportement du lot de BOHORQUEZ à la San Isidro. Après les ganaderias du maestro CAPEA, ces ganaderos démontrent que grâce à plusieurs années de travail, le renouveau de l’encaste MURUBE, avec ses caractéristiques, n’est pas limité aux corridas de rejoneo. Les autres ganaderias se sont montrées, soit déficientes, soit trop inégales pour être remarquées.

Par contre, nous devons mentionner le lot exceptionnel de bravoure, d’embestida (avec 5 toros hors norme) de Dolorès AGUIRRE après 3 ou 4 piques. Ces toros sont sortis dans le ruedo de St-Martin de Crau avec la devise noire, portant le deuil de leur ganadera décédée 20 jours avant. A croire que ces toros savaient qu’ils devaient être supérieurs pour l’honorer. Ils l’ont été et les aficionados présents s’en souviendront longtemps.

Nous constatons avec satisfaction que certains, et non des moindres, commencent à se faire entendre pour dénoncer eux aussi ces déviations dans les cartels de ferias qui ne peuvent aboutir qu’à un déclin progressif et au désintérêt du vrai public aficionado, quel que soit son ancienneté Ce ne sont pas les effets de la communication moderne que développent actuellement les figuras pour améliorer leur image médiatique, qui pourront cacher longtemps les effets négatifs de cette évolution.

Edito n° 5

ÉDITO MAI 2013

CHRONIQUE D’UNE COMMUNICATION MANQUÉE !

Le monde de la tauromachie a toujours été caractérisé par l’influence de la presse et de la communi­cation. Par le passé, on a vu les « critiques taurins » prendre partie en faveur de telle ou telle figura du moment, ce qui entretenait la polémique et même des engouements qu’après coup, on peut esti­mer excessifs. L’influence de cette communication dépendait de « signatures » éminentes qui don­naient plus ou moins de répercussion aux comptes-rendus « partisans » des corridas, notamment dans les plus grandes plazas espagnoles. C’est ainsi qu’après le duel « Joselito-Belmonte », la presse mo­bilisa 25 ans plus tard, les « partidarios » de Manolete et Luis Miguel Dominguin. Comme nous le savons, ces deux competencias exacerbées s’achevèrent tragiquement. Plus tard, Ernest Hemingway s’impliqua directement dans la concurrence des deux beaux-frères, Luis Miguel et Antonio Ordoñez.

L’époque de la médiatisation est arrivée avec l’apparition, dans les années 60, de la télévision en Espagne qui permit d’atteindre plus facilement les masses populaires. Cette période fut marquée par l’apogée de Manuel Benitez « El Cordobes » qui n’eut pas de véritable concurrent à ce niveau, car les autres maestros de l’époque et leurs mentors ne souhaitaient pas rentrer dans ce jeu médiatique. Pourtant Paco Camino, Santiago Martin « El Viti » et leur compagnon Diego Puerta étaient aussi les maestros prestigieux de la fin des années 60 et début 70.

De nos jours, la généralisation de la télévision des grandes ferias et l’invasion d’internet, magnifique invention qui est trop souvent pervertie, ont complètement modifié le rôle de la presse et de la com­munication. Cela nous a amenés à l’ère d’un marketing effréné, tout autant dans le lancement des no­villeros, dans la communication des figuras, que dans le montage des ferias pour « inventer » l’évè­nement. Depuis 2012, on assiste aussi à des activités promotionnelles en tous sens (places gratuites offertes par les toreros, toreo de salon dans les lieux publics avec la jeunesse, invitation des practicos aux tientas…), sans oublier la touche glamour. Il est vrai que Luis Miguel, grand précurseur, avait devancé tout le monde sur ce terrain. Heureusement le toro, avec ses impondérables et ses surprises, est là pour rappeler que tout n’est pas dans la « com » et que les meilleurs montages peuvent être chamboulés.

La feria d’avril de Séville 2013 est l’exemple même de cet échec. L’empresa avait bâti son pro­gramme (sans la télévision), sur l’encerrona de Manzanares, le mano a mano El Cid-Luque et la présence d’El Juli dans 3 corridas, dont les Miura qui, traditionnellement, clôturent la feria le « Dimanche des Farolillos ». El Juli avait démarré en trombe cette féria en « ouvrant » la Porte du Prince le dimanche et paraissait devoir tout écraser. Malheureusement, la cornada sérieuse infligée par le Victoriano del Rio a tout remis en cause. Surtout que le mano a mano des toreros sévillans, face aux Victorino, fut ennuyeux ainsi que l’encerrona de Manzanarès dont on attendait tant. Les fi­guras motivées par le succès du Juli n’ont pu « remater » leurs actuations. Malgré une envie évidente (ex : Castella, Talavante, Perera), ils n’ont pu compenser le comportement des toros choisis pas l’empresa et leurs veedors.

Même le succès méritant du jeune Nazare ainsi que l’oreille de Manzanares face aux Victoriano del Rio, ne resteront pas dans l’histoire. Seul Morante de la Puebla s’était positionné, par ses « passages » géniaux, à la hauteur d’El Juli. Tout le plan de marketing qui devait se conclure par la présence du maestro madrilène, face aux mythiques Miura, s’écroulait. L’empresa Pages n’avait pas d’autres solutions que d’appeler Manuel Escribano, réclamé par la « vraie » aficion sévillane et les journalistes indépendants. Les Miura, choisis par El Juli, permettaient (5 sur 6) des faenas adaptées pour des toreros spécialistes comme Rafaelillo et Javier Castano, qui ont réalisé des prestations inté­ressantes, même si le très bon deuxième méritait mieux.

Par contre, Manuel Escribano, qui n’avait rien à perdre, est rentré dans cette corrida sans à priori, avec « sa » tauromachie, sa fraîcheur, sa détermination, son élégance (oui !) pour une tarde qui s’est terminée crescendo devant le sixième par trois séries de naturelles inattendues et un coup d’épée im­pressionnant (prix de la meilleure faena et de la meilleure estocade). Manuel Escribano a non seule­ment triomphé, mais il a démontré que la vraie tauromachie ne se fait pas dans les « oficinas » ou dans les salons des hôtels, mais dans le ruedo, par un affrontement entre un torero décidé et inspiré et un toro bravo. Car les Miura de Séville n’étaient ni « toristes » ni « toreristes », mais « bravos », avec l’exigence qui caractérise les toros de cette ganaderia qui même, et surtout, quand ils sont braves, de­mandent et méritent un énorme respect, tant du torero que du public qui doit savoir valoriser leur lidia. Celui de Séville ne s’y est pas trompé.

Mai 2013 – n°4

ÉDITO AVRIL 2013

TEMPORADA 2013 : PREMIERES IMPRESSIONS

La Temporada 2013 a commencé en Europe avec les ferias de Castellon, Valencia et Arles sans ou­blier la « jolie » Feria d’Olivenza en Extremadura. Économiquement, on a constaté que les corridas « Toristas » ont enregistré une faible affluence (crise ?) tant à Castellon qu’à Valencia alors que les mauvaises conditions atmosphériques ont pénalisé la feria d’Arles.

Les aficionados ont remarqué le départ en trombe du JULI qui, après ses triomphes à la « Mexico » et Olivenza, a éclaboussé de sa classe, de son entrega (deux puerta gayola), de son énorme poder, la corrida du Dimanche de Pâques à Séville.El JULI, qui a déjà récupéré des conséquences de son acci­dent de la route, veut faire oublier sa polémique temporada 2011 et les conséquences néfastes du G 10, tant pour lui que pour l’ensemble du monde taurin. Il faut s’attendre à une temporada pléthorique de « Julian LOPEZ » même s’il a décidé de choisir ses Plazas puisqu’il ne sera pas à Madrid, avec un objectif de limiter le nombre de ses actuations et d’éviter des conflits désagréables avec le public de Madrid qui a démontré plusieurs fois à son égard, une adversité injuste sans oublier les attaques d’une partie de la presse agacée par l’épisode du G10…

Nous ne pensons pas que JULI cherche à éviter le trapio des corridas de Madrid, ni les difficultés des encastes « Toristas » puisqu’après les Santa Coloma de La Quinta et Ana Romero en 2009 et 2010, il va affronter les Miura de Séville. Nous attendons avec intérêt la suite de sa temporada 2013 qui s’annonce intéressante.

Sébastien CASTELLA a démarré très fort en Arles (3 oreilles) dans son mano a mano avec Jean­-Baptiste JALABERT. Le Torero de Béziers paraît lui aussi très motivé à confirmer sa place dans le « classement » des Figuras.

Nous remarquerons également les incomparables moments de MORANTE de la PUEBLA à Valen­cia et Séville, tant avec la Cape qu’avec la Muleta, même si le Torero de la Puebla Del Rio a des dif­ficultés à « remater » ses faenas. Ce sont des moments inénarrables qu’il faut savoir regarder et savourer sans lui de­mander de « lut­ter » pour justifier son classement parmi les « grands ».

Nous avons noté, dans un autre registre, la constance de Javier CASTAÑO et de sa cuadrilla face aux corridas toristas ainsi que la pugnacité d’Ivan FANDIÑO qui a l’ambition de rentrer dans la catégo­rie des Figuras, tout en affrontant des ganaderias très encastées où sa détermination et son poder lui permettent de s’imposer à des ad­versaires exigeants. D’autres Toreros se sont fait remarquer (Mora, Luque, Padilla…). Notre « discours » ne cherche pas à être exhaustif mais à mettre en avant les faits qui nous paraissent majeurs. Au niveau des ganaderias, nous avons constaté les sorties convaincantes des Cuadri, Fuente Ymbro, Alcurrucen et Garcigrande.

En ce qui concerne la structuration des Ferias de la temporada 2013, nous avons le re­gret de constater, même en France, que les inquiétudes que nous anticipions dans notre premier éditorial, se confirment : multiplication des mano a mano, des en­cerronas, tant dans les corridas de Figuras que dans les cartels toristas qui pour la plupart ne se justifient pas, tant au niveau artistique que de la competencia.

Nous avons déjà fait nos commentaires sur les motivations de ces organisations et nous relevons l’effet négatif qu’elles apportent pour l’avenir de la Corrida. Malgré ce, nous conservons nos illu­sions d’aficionados. Nous attendons avec impatience les dé­buts de la Feria de Séville (non télévisée) qui laissera peu de place aux Toreros sé­villans ainsi que les moments forts de la temporada madri­lène (Feria de San Isidro et de l’Aniversario) que nous commenterons prochainement.

Avril 2013 – n°3

ÉDITO MARS 2013

TORISTE ET TORERISTE

Cette classification, par une terminologie empreinte d’exagération et même d’extrémisme, est censée distinguer les amateurs de corridas selon leur goût :

  • par les ganaderias et les corridas dites « dures » pour les toreros « vaillants » (toristes)
  • par les ganaderias et les corridas dites « faciles » pour les toreros vedettes ou « artistes » (toreristes).

Cette séparation, qui divise les aficionados, nous paraît regrettable car basée sur un malentendu. Le Toro bravo est cet animal exceptionnel qui, par son agressivité naturelle génétiquement « améliorée » par la sélection, combat l’homme (le torero) dans le milieu fermé de l’arène de­puis des siècles. La vraie bravoure le pousse vers un combat « loyal » atteignant parfois « la no­blesse », quand son agressi­vité ne se transforme pas en « genio » ou en « mansedumbre » ;

L’aficionado doit savoir apprécier le comportement du Toro pendant les trois phases de la corri­da qui ont été codifiées au XVIIIème siècle, notamment par les « historiques » Pedro Romero, Pepe Hillo et Francisco Montes « Paquiro ». Ces hommes ont voulu affronter la force brute, parfois violente, avec progressivement l’objectif de l’approcher, de mai­triser sa charge, de la conduire et si possible, de la « templer » pour conclure sa faena par l’estocade.

Le but du Torero ne doit pas être de se battre avec le Toro. Cette lutte avec la force de l’animal serait perdue d’avance. Il doit utiliser sa connaissance, sa technique acquise et améliorée dans le temps par le travail et l’intelligence de générations de Toreros. Cette technique s’exprimera dif­féremment selon les caractéristiques du Toro et surtout les capacités du Torero, son intelligence, son courage et sa sensibilité.

 Comment caractériser les Toros?

Si nous voulons rester sur des références des arènes biterroises, le Toro Bravo n’est pas seulement l’historique Mirlito de Miura en 1983 ou certains de ses congénères de Zahariche qui ont marqué la décennie de 1990 à 2000, mais aussi l’extraordinaire Cara Alegre de Valdefresno indulté par Yvan Garcia en 2006 ou son frère de camada combattu le même jour par Antonio Ferrera.

De même pour le Toro complet d’Alvaro Domecq toréé par Victor Mendes en 1992. Nous ajoute­rons volontiers le magnifique « castaño » de Gracigrande pour David Mora (meilleur toro de la feria 2012), sans oublier « Peleon » des Héritiers de Salvador Guardiola dont les qualités exceptionnelles furent mises en valeur par Emilio Oliva et son picador Michel Bouix lors du Festi­val des Clubs Taurins en 1992.

Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive mais démontre la diversité des encastes de réfé­rence. Ce n’était pas des Toros pour « Toristes » ou pour « Toreristes » mais des authentiques Toros Bravos. Certes les aficionados ont parfaitement le droit d’apprécier des combats, des faenas des Toreros de type différent, suivant leur sensibilité. Mais ils ne doivent pas oublier que l’essentiel dans la corrida est l’émotion, qu’elle vienne du Toro (s’il est brave) du Tore­ro (« Artiste » ou « Gladiateur ») et surtout de la symbiose des deux. C’est le seul critère valable qui justifie notre aficion.

Si les aficionados se mettent d’accord sur ce principe, le respect entre les deux tendances est possible en refusant les extrémismes des « ayatollahs » ou l’aveuglement de certains esthètes. Si nous restons lucides, nous pouvons maintenir vivante, au XXIème siècle, notre passion, tant face aux « anti » de l’extérieur, qu’aux effets néfastes des manœuvres à l’intérieur du système.

Les aficionados sont condamnés à « vivre ensemble » leur passion s’ils veulent que la Corrida conti­nue, car ces querelles ne profitent qu’à ceux qui les suscitent.

1er mars 2013 – n° 2