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SOIRÉE MARC LAVIE

Francis Adreu, Michel Hérail, Marc Lavie, Marie-Françoise Rouzier

Vendredi 2 décembre l’Union Taurine Biterroise en présence de l’Adjoint au Maire chargé de la tauromachie, recevait Marc Lavie fondateur et journaliste de Semana Grande et collaborateur régulier de la revue Planète Corrida. La présidente de l’UTB, Marie-Françoise Rouzier l’accueillait en ces termes :

« Cher monsieur, Il est de ces rencontres, comme celle d’aujourd’hui, qui avaient été plusieurs fois envisagées mais qui nous paraissaient très peu accessibles. Recevoir à l’UTB une telle personnalité faisait partie, pour nous, du domaine de l’impossible. Et puis, la magie a opéré et vous voilà monsieur Lavie, ici ce soir.
Je laisserai à Francis Andreu le soin de vous présenter mais je tenais à vous dire, monsieur, tout l’honneur que vous nous faites en ayant accepté de venir à l’UTB et au Musée Taurin évoquer l’actualité et bien évidemment notre avenir après cette péripétie Caronaise.
Lire vos éditos tous les lundis et poursuivre avec les anecdotes sur ce mundillo qui nous passionne, est un pur moment de plaisir, particulièrement pour ma part, lorsque vous écrivez sur les toreros du passé. Là, on découvre, je découvre, que je ne sais rien ou pas grand-chose.
Nous sommes le plus ancien club taurin de Béziers et dans notre ADN, nous retrouvons tout cet amour de la culture, de la recherche permanente de ce qui a fait l’histoire taurine et bien sûr celle de Béziers. Vous avez vu en visitant le musée, que la ville de Béziers nous a fait un cadeau royal en nous installant dans ce lieu chargé d’histoire. Béziers défend son passé taurin et le met en avant au travers de ce musée. Alors merci. Je suis fière de faire partie d’une association qui se donne les moyens de se procurer des instants magiques comme ceux que nous allons vivre ce soir grâce à vous. »

Marc Lavie, durant près de deux heures, face à un nombreux et attentif public, fit un tour d’horizon de la Temporada 2022. Après deux ans de pandémie tout était à craindre pour cette année écoulé, tant au niveau des professionnels du Mundillo que des aficionados. Et bien les craintes légitimes furent absentes. Les gradins des arènes espagnoles et françaises furent cette année mieux remplies qu’en 2019. L’attaque contre la corrida a été déjouée, mieux tous les acteurs du monde taurin ont fait front ensembles ; mais nous ne leurrons pas l’attaque contre notre passion reviendra…

Pour 2022, Marc Lavie retient notamment les lidias de Daniel Luque le 13 aout à Dax et de Thomas Dufau à Mont-de-Marsan. Et pour l’histoire de la tauromachie les cent corridas de Morante de la Puebla. Il note aussi avec satisfaction un bon retour des novilladas piquées particulièrement en Espagne avec les « Circuitos de Novilladas » organisés dans différentes provinces Ibériques cela avec l’aide de la Fundación del Toro de Lidia, Circuits permettant à de jeunes novilleros de concourir pour le haut de l’escalafon de leur catégorie. Certains jeunes sont très prometteurs pour l’avenir comme à Béziers Christian Parejo. À écouter Marc Lavie l’aficion peut être, pour l’avenir proche, optimiste mais de façon quand même mesuré.

La soirée s’est terminée autour des mets préparés par Jacques Petitcolin et son équipier.

AQUI AQUI ES BEZIERS !

SAMEDI 19 NOVEMBRE 2022

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Samedi 19 novembre, comme devant toutes les sous-préfectures et préfectures des villes taurines, se réunissaient les défenseurs de la corrida. Pas loin de deux cents aficionadas et aficionados du Biterrois se sont ainsi retrouvés devant la sous-préfecture de Béziers pour le dépôt d’une motion destinée au président de la république et à nos gouvernants. Motion « pour le droit à la liberté culturelle » lue par le torero Biterrois Tomas Cerqueira (texte en fin d’article).

Juste avant prirent la parole le président de la Fédération des Clubs taurins du Biterrois Bernard Mula dénonçant cette proposition de loi liberticide, porte ouverte vers l’interdiction de la chasse, de la pêche, du foie gras, des zoos… pour terminer par la consommation de la viande. texte qui s’attaque en fait aux diversité régionales et culturelles ; il soulignait avec satisfaction l’échec subit par l’initiateur du texte Aymeric Caron « l’ami des rats parisiens et des moustiques » par le rejet de sa proposition devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale.

Puis, Patrice Sifflet pour Esprit du Sud, soulignait que la France à travers les mots « une et indivisible » était un gage du respect des libertés, particulièrement les libertés régionales. La tauromachie est plus qu’une tradition c’est une passion ancrée dans le Sud de la France, mais aussi partagée par des gens de l’Est, du Nord, du centre de la nation, et même par des parisiens.

Marie-Françoise Rouzier pour le Musée taurin de Béziers enchainait :« C’est Jean-Jacques Rousseau qui l’a dit : « La liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Notre liberté c’est de vivre avec notre culture ancestrale, de préserver cet héritage légué par nos prédécesseurs et dont nous retrouvons le témoignage dans ce Musée Taurin du Biterrois. Ce Musée c’est un outil de transmission à la société du patrimoine local. Grâce au Musée, qui permet de garder une trace du passé, nous aiderons nos enfants à comprendre l’histoire des hommes et celle de leur environnement. Ce Musée, c’est l’histoire de Béziers, notre histoire, c’est le lieu de valorisation de notre culture et personne, je dis bien personne, n’a le droit d’interdire l’accès à la culture. Monsieur Caron, vous devriez écouter plutôt ce que dit le grand écrivain et philosophe indien Baldoon Dhingra : « pour comprendre une autre culture, il faut se préparer à respecter la façon de vivre dans laquelle elle trouve son expression, il faut accepter cette conception de vie comme valable en soi et appropriée aux peuples en question ».

Olivier Margé ganadero et empresa des arènes biterroises rappelait le rôle important rempli par les élevages de taureau de combat pour la protection de la bio-diversité et le maintien de cette race exceptionnelle de taureau élevés dans le respect.

Chacun affirmant  sa détermination à défendre la Corrida dans toutes ses dimensions : culturelle, économique, écologique, artistique…

Il appartenait à Hugues Bousquet de clôturer ce rassemblement en lisant un éditorial du Midi Taurin du 2 mai 1920 intitulé « TOROS & POLITIQUE »  étrangement d’actualité :
« Il y a quelques .jours, devant la Chambre, M Magne a défendu nos belles corridas avec l’ardeur que lui suggère son tempérament combatif. Il a bien mérité de l’aficion et nous comptons que tous nos élus méridionaux se rallieraient, le cas échéant, et pour la cause sacrée des libertés communales, au fougueux député.  Nous, aficionados, n’avons qu’une politique : c’est qu’on nous foute la paix, la grande paix, avec cette fatigante question des corridas. Nos gouvernants ont, à l’heure actuelle, d’autres chats à fouetter que de venir nous molester dans le libre épanouissement de nos goûts. Chaque province a ses mœurs, ses coutumes, qui ne portent, en rien, préjudice aux autres, qu’on les respecte donc. Ces questions-là devraient être traitées par nos maires, responsables. Nous ne voyons pas pourquoi le gouvernement viendrait s’en mêler, sur la plainte de quelques déséquilibrés qui soignent les bêtes et laissent crever les gens. »

Le rassemblement c’est terminer par un e vibrante Marseillaise précédé par un sonore « Aqui ! Aqui es Béziers ! ».

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MOTION POUR LE DROIT À LA LIBERTÉ CULTURELLE

« En proposant l’interdiction des corridas, le député Caron demande à la représentation nationale d’abolir deux libertés fondamentales : la liberté et la diversité des expressions culturelles, le droit à la différenciation des collectivités territoriales, facteur de construction et de cohésion sociale.
Nous, représentants des associations et de la communauté taurine du Biterrois :

  • Revendiquons la dimension culturelle de la tauromachie, rite ancestral de passage et de partage qui permet à l’homme de se confronter à la précarité de l’existence et à la finitude de la vie lors d’un rituel éthique et esthétique respectueux du taureau.
  • Condamnons cette atteinte à la liberté culturelle, à l’identité et à l’économie des territoires ainsi qu’au mode de vie de leurs populations, au mépris de l’importance environnementale et écologique de l’élevage extensif du taureau en matière de préservation d’écosystèmes fragiles et de la biodiversité.
  • Demandons au gouvernement de protéger les nombreuses cultures et filières menacées par l’antispécisme radical représenté à l’Assemblée nationale par le député Caron qui, après la corrida, souhaite interdire toute forme d’interaction avec l’animal, telles que l’élevage, la chasse, la pêche, la consommation de viande, l’équitation, les animaux de compagnie en ville, les autres tauromachies…
  • Appelons la représentation nationale à rejeter cette proposition de loi porteuse d’une idéologie anti humaniste et discriminatoire dont l’objectif d’effacement des cultures populaires et de déconstruction des institutions n’est plus à démontrer.
  • Affirmons notre détermination à faire prévaloir le droit contre ce nouveau colonialisme liberticide impulsé depuis la capitale. 

Nos aînés surent défendre la tauromachie voici un siècle, nous saurons le faire avec la même fermeté aujourd’hui ! »

« L’HABIT DE LUMIÈRES- UN AUTRE REGARD » au Musée taurin de Béziers

Samedi 19 novembre l’Union Taurine Biterroise ouvrait les locaux du musée taurin pour accueillir l’Assemblée générale de l’Union des Bibliophiles Taurins de France. À cette occasion l’UTB avaient aussi invité les aficionados – venus en nombre – pour que l’UBTF leur présente sa dernière parution « L’HABIT DE LUMIÈRES – UN AUTRE REGARD ». Un ouvrage de Inca Virgoarte – disparue trop tôt – connue aussi des aficionados Biterrois, particulièrement des membres du club taurin l’Aficion, sous son nom  Encarnacion San Nicolas.

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Marie-Françoise Rouzier présidente de l’UTB ouvrit cette conférence  :
« Au nom de l’Union Taurine Biterroise, je voulais vous dire que nous sommes très heureux de vous recevoir ici dans les salons de l’UTB et de vous faire visiter ce magnifique Musée Taurin. La littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la haute couture, tous ces arts qui magnifient la tauromachie nous touchent particulièrement à l’UTB. Cette culture taurine dont Béziers peut s’enorgueillir depuis plus d’un siècle, fait partie de notre ADN et votre présence aujourd’hui nous conforte dans notre souhait de la défendre bec et ongles.

Aujourd’hui, c’est la littérature qui est à l’honneur après la sculpture cet été. Lire c’est s’évader, c’est apprendre, c’est mieux comprendre. Le romancier, dramaturge et académicien Jules Claretie disait : Vous aimez les livres ? Vous voici heureux pour la vie. Alors lisons, lisez ces œuvres qui garnissent notre bibliothèque et qui va s’enrichir encore grâce à vous. Lisez ce livre d’Encarnation San Nicolas, cette passionnée de tauromachie et de littérature à qui nous rendons hommage aujourd’hui.

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Nous avons la chance aussi ce soir, outre la littérature, de mettre en scène la haute couture car on peut parler de haute couture lorsqu’on contemple un habit de lumières. Merci Monsieur Fuentes de ce travail d’orfèvre que vous menez au sein de vos ateliers. Merci à Richard d’avoir si bien porté ce costume que nous pouvons admirer ici. C’est toujours un plaisir de vous recevoir à Béziers et particulièrement à l’UTB. »

« L’HABIT DE LUMIÈRES – UN AUTRE REGARD » Finalement il y a peu d’ouvrages consacrés uniquement à ce costume des toreros qui depuis sa mise au point, commencée par Francisco Romero et la « touche finale » de Paquiro Montes, est resté le même depuis le début du XIXème siècle. L’auteure aborde à travers l’histoire de l’habit de lumières en parallèle celle de l’Espagne, l’Espagne des humbles ceux des abattoirs qui par leur courage, leur ténacité deviendront avec cet habit une nouvelle « noblesse » non seulement du monde taurin mais du pays et particulièrement des humbles.
Inca Virgoarte poussera ses recherches sur ce costume d’or et de perles bien au-delà de sa confection et du savoir faire de tailleurs de haut niveau, elle les poussera pour déchiffrer, comprendre les symboles ornant l’habit de lumières ouvrant ainsi un autre regard sur ce costume véritable objet d’art de haute couture…

Édition de l’Union des Bibliophiles Taurins de France illustrations en couleur et noir et blanc – 110 pages format 16 X 24 – 20 € – à Béziers Librairie Clareton des Sources rue de la République et bon de commande http://ubtf.fr/wp-content/uploads/2021/06/bon-de-commande-ubtf-livre-sur-la-tauromachie-bibliophile-taureau.pdf

ÉDITORIAL

« IL ÉTAIT UNE FOIS…« 

Cet intitulé fut longtemps utilisé pour présenter les histoires et les contes merveilleux pour les enfants. Traduit en anglais Once Upon a Time, il a maintenu cet usage. Il eut plus récemment, en 1968, une utilisation commerciale pour présenter le film de Sergio Leone aux États-Unis Once Upon a Time in the West alors que son metteur en scène aurait préféré la version italienne C’era una volta… il west. La musique originale du film d’Ennio Morricone est un grand classique resté dans notre mémoire. Chaque fois qu’elle sonne à mes oreilles je l’écoute avec nostalgie, avec les images de cette histoire, référence des évènements mystiques et symboliques de l’histoire de l’Ouest américain au XIXème siècle. Le film de Sergio Leone est basé sur l’arrivée du chemin de fer dans les territoires nouvellement conquis de l’ouest des states américains, avec des personnages typiques de l’arrivée de ce modernisme et de la création de richesses dans ces lieux désertiques : les travailleurs, le truand et ses complices, la belle et le héros vengeur et redresseur de torts accompagné de l’inoubliable musique de son harmonica. Ce titre évoque une époque symbolique d’un changement du monde. Cette musique et ces images m’ont inspiré pour ouvrir l’évocation (il était une fois) du monde de l’auroch vers le toro de combat jusque dans les régions du Sud en commençant dans les territoires orientaux pour évoluer vers l’ouest méditerranéen.

IL ÉTAIT UNE FOIS LE BOS TAURUS 

C’est l’histoire de l’évolution des contacts entre l’Urus, ancêtre de l’auroch (Bos Primogenus) et l’homme de Cro-Magnon (Homo Sapiens) dont le but était de tuer cet animal puissant et dangereux pour vivre grâce à la ruse et à la force du groupe tribal. Pendant l’Antiquité, les peuples qui vivaient en Perse, en Mésopotamie, ont laissé des traces de ces rapports et des sacrifices de l’animal-Dieu. Le dernier livre d’André Viard « La Chair et le Sens, une religion du taureau » présenté à l’UTB le 16 juillet 2021, décrit avec précision cette époque. Plus tard, l’homme-chasseur va attaquer l’auroch pour le tuer en utilisant son intelligence basée sur son courage.

L’un d’entr’eux va même montrer sur les murs des grottes, cette lutte basée sur l’esquive il y a près de 25 000 ans (Villars – Dordogne) Roc de Sers (20 000 ans) ou périr comme à Lascaux 17 000 ans. Plus tard, le chasseur-cueillir, l’homme, tout en se dirigeant vers l’ouest, devient agriculteur-éleveur en commençant à domestiquer l’auroch et ses troupeaux pour se déplacer. L’auroch retrouvé souvent sur les murs des grottes et le bison d’Europe (Bos Benassus Linaeros) veut se cantonner dans le nord/nord-ouest de l’Europe. Si le dernier auroch sauvage a été officiellement tué en 1620 par l’homme qui le chassait à cheval, les populations des zones polonaises ont pu sauver ce bison qui existe de nos jours à l’état semi sauvage. On peut les évaluer à quelques milliers répartis dans les pays de l’est. Au sud de nos territoires, le Biù de Camargue, le Betizu basque, la Massanaise des Pyrénées-Orientales et les toros ensillados (ensellés) de Navarre : Carriquiris que Goya a dessiné au XIXème siècle, sont des races qui ont peu évolué depuis des milliers d’années. Les races espagnoles semi sauvages de la Morucha de Salamanque et la Retinta d’Andalousie seraient plutôt le résultat de la domestication de l’auroch.
Les chercheurs considèrent que le Bos Primogenius a évolué aussi dans l’implantation de ces peuples vers l’Afrique du Nord (Bos Primogenus africains et le mauritanien). Les spécialistes espagnols pensent que cette branche de Bos africanas aurait fait un apport non négligeable en Espagne par le Détroit de Gibraltar au cours de la Préhistoire.

Le toro de combat ou toro de lidia est le résultat des échanges entre toutes ces races migratoires et la race spécifique ibérique qui s’installe surtout dans le Sud (Andalousie, Extremadura jusqu’aux limites des territoires de la Mancha). Dans la Tauromaquia, Goya montre le rôle majeur qu’ont joué les envahisseurs arabes pendant 5 siècles en utilisant ces Bos pour des jeux et combats sanglants. Après la Reconquista, les combats sont réservés aux seigneurs à cheval avec la lance comme ont pu le faire les seigneurs francs et wisigoths dans les forêts du nord et de l’est de l’Europe avec les aurochs. La décision du Roi d’Espagne Felipe V de nier ce droit à la jeunesse des nobles ibériques va être l’évènement majeur de la culture tauromachique en Espagne pour la faire évoluer vers la corrida. Il faut évoquer le rôle d’Hernan Cortes dans le rôle que va jouer la corrida dans l’implantation de nouvelles normes spirituelles dans les Amériques du Sud. En 1520, Hernan Cortes et ses compagnons espagnols s’emparent du Mexique pour le compte du Roi d’Espagne. Quelques années plus tard, il amène des toros pour le combat. En implantant la corrida de toros présentée aux populations indigènes comme un nouveau sacrifice opposé aux sacrifices humains pratiqués dans ces terres : il devint le Toro de Lidia.

Progressivement, les jeux pratiqués avec les toros de races hispaniques : Navarrais, Castilla, Salamanca et Andalous vont démontrer une agressivité au combat que la noblesse va affronter dans les Plazas Mayors ou les Plazas de Toros conçues à cet effet dans les pueblos. Les exemples les plus fameux de ces combats sont : Le Cid (Rodrigo Diaz de Vivar en 1090 ( ?) et l’Empereur Charles Quint dans la Plaza Mayor deValladolid en 1095. La disparition du combat à mort avec le toro sauvage et bravo dans les arènes pour les seigneurs espagnols va accentuer la volonté du combat à pied avec le picador, ancêtre de la corrida moderne. Le personnage le plus connu de cette période est Pedro Romero qui commença comme seconde épée dans la cuadrilla de son père Francisco Romero connu pour être l’inventeur de la mise à mort à l’épée avec l’aide de la muleta. Pedro Romero terminera comme Directeur de l’Ecole Taurine de Séville créée en 1830 par le Roi Ferdinand VI.

Ses meilleurs élèves, Pepe Hillo et Cuchares, vont inventer l’estocade al volapie alors que les Rondeños tuaient al recibir. La corrida va s’institutionnaliser avec les écrits des maestros de l’époque, Pepe Hillo et surtout Francisco Montes Paquiro qui écrivit en 1836 La Corrida completa o el Arte de Torear en Plaza. J’ai retrouvé une parution d’Alexis de Valon de 1846 dans la Revue des deux mondes qui continue de nos jours à paraître par des articles de qualité commentant les actualités. M. de Valon intéressé par les écrits de ses fameux prédécesseurs, Prosper Mérimée et Théophile Gautier, décide d’aller voir cette corrida à Madrid qu’il décrira dans La 10ème corrida de la temporada. Cet intellectuel voyageur français estime que l’ancienne tradition de combattre le taureau à la lance, interdite par Felipe V, est beaucoup moins dangereuse en comparaison avec l’actuelle intervention du lidiador qui pour tuer doit attaquer le toro de front, frapper en face, à une place donnée, en passant le bras entre les deux cornes. Valon nous décrit la course qui selon lui fut la plus belle de l’année : C’était un animal énorme, presque noir, dont chaque mouvement trahissait à la fois la force prodigieuse et la légèreté surprenante. Il nous décrit deux hommes exceptionnels à ses yeux : le picador Gallardo et le matador Chiclanero, neveu du grand Montes qui sauva la vie du varilarguero dans les affrontements terribles avec la cavalerie, le même toro tuant 3 chevaux. Pour lui, la scène de la mise à mort : C’est le moment de l’une des émotions les plus violentes qu’il soit possible de supporter. Le récit d’Alexis de Valon est passionnant. Cet homme, en plus des références visuelles de la corrida, s’est très bien informé sur les détails auprès des acteurs directs du spectacle et décrit et explique parfaitement la sauvagerie, l’agressivité et la puissance de ce toro bravo du XIXème siècle ainsi que le courage exceptionnel du picador Gallardo et l’habileté, la prestance, l’ardeur et l’héroïsme du torero El Chiclanero, notamment au moment de l’estocade. L’homme et la bête se mesurent avec une rage muette. En ce moment, votre cœur roule dans votre poitrine et votre respiration s’arrête.
C’est la corrida du toro bravo et de ses personnages principaux. Sans ces fondements, la corrida n’aurait pas existé et ne se serait pas maintenue. Sans cet animal exceptionnel et sans ces héros, nous n’aurions pas assisté de nos jours à la corrida : ce combat entre l’homme et le taureau sauvage. La corrida de toros continua selon les mêmes principes, basée sur la volonté d’affrontement pour le toro, la témérité et l’intelligence pour le torero.
Les seules évolutions sur les principes de la corrida jusqu’à nos jours ont été :
– l’apparition en 1920 du peto protecteur pour le cheval du picador alors que la corrida pouvait se terminer par une hécatombe de chevaux de pique ;
– plus tard dans les années 60, le marquage au fer des toros du dernier chiffre de l’année de naissance qui doit avoir 4 ans pour être considéré comme animal adulte et 6 ans maximum.
De 1850 à 1900, la corrida a suivi une lente évolution par l’éclosion de toreros majeurs qui ont marqué leur temps par leur technicité et leur personnalité face au toro. Je choisirai Bombita, Cuchares, El Espartero, Frascuelo, Guerrita, Lagartijo, Mazzantini… Le toro a évolué lentement dans sa bravoure par la volonté des ganaderos. Pour autant, il est toujours difficile à fixer pour des faenas maîtrisées pleinement par le torero.
Nous arrivons début du XXème siècle lorsqu’en 1908 un jeune sévillan connu du nom de Gallito se fait connaître à 13 ans dans les tientas en Andalousie. Il est le frère du matador Rafael El Gallo torero connu pour sa tauromachie inventive mais fantasque. Très précoce à 15 ans, Joselito El Gallo va occuper la première position dans le toreo de l’époque par sa facilité, sa connaissance et ses qualités physiques. On dit que les fameux Machaquito et Bombita se retirèrent du toreo face à cet adversaire exceptionnel.
En 1910, un jeune du barrio de Triana, Juan Belmonte, torée son premier becerro. Dès le début, il étonne tout le monde taurin par sa conception statique de positionner son corps face à l’animal, avec des gestes étonnants et impressionnants. A ses débuts, personne ne croit qu’il puisse maintenir cette tauromachie novatrice. En fait, la rivalité entre Jose Gomez Joselito et Juan Belmonte, dans leur tauromachie si différente, va bouleverser le public entre 1914 et 1920.

IL ÉTAIT UNE FOIS L’ÂGE D’OR DU TOREO

Les aficionados admiratifs de ces deux phénomènes vont assister à un changement total apporté par Juan Belmonte au toreo et au toro. Toujours impassible, il aurait déclaré que la bravoure du toro devait évoluer vers la noblesse. Dans les années 20, plusieurs toreros vont mourir des suites de leurs blessures en voulant suivre la tauromachie du Pasmo de Triana, Domingo Dominguin, le père de Luis Miguel et de la fameuse fratrie, abandonna les ruedos en 1922 et prend en main le jeune Domingo Ortega déclarant que la tauromachie de l’immobilisme de Juan Belmonte est insoutenable devant les toros de cette époque. Il formera la technique très personnelle du Maestro de Borox qui toréait en marchant avec une maitrise et une classe étonnantes.

C’EST LE TEMPS DE LA BRAVOURE ET DE LA NOBLESSE DU TORO

A partir de Manolete, la tauromachie va exploiter cette évolution du toro marquée par le stoïcisme et le toreo sacrificiel grâce au temple exceptionnel du Maestro de Cordoba. L’évolution de la bravoure vers la noblesse ne consiste pas à supprimer l’agressivité indispensable à la charge du toro, son galop, sa bravoure face au cheval. Il ne faut surtout pas en faire un adversaire tontito, mollasson et simplement obéissant. J’ai pu constater dans mon parcours d’aficionado, l’apparition des maestros qui ont fait faire une transformation étonnante à l’expression tauromachique exigeant des autres un effort pour les suivre.

J’ai personnellement admiré le toreo complet, tant à la cape qu’à la muleta, de Paco Camino avec un temple naturel moins compassé que celui du Faraon de Camas Curro Romero dont je reconnais la majesté que l’on ne retrouve pas chez ses élèves actuels, Diego Urdiales et le jeune Pablo Aguado. Rafael de Paula, lui, est resté inimitable dans son toreo de cape jerezano. L’arrivée en 1985 de Paco Ojeda a créé un choc important dans le monde taurin. La tauromachie d’Ojeda ne se limite pas à l’encinisme que l’on voit un peu trop de nos jours. Son toreo est empreint de puissance et de majesté.
Jose Tomas a voulu tout bouleverser dès son apparition à la fin des années 90 par son toreo fait de temple, d’immobilisme, en se positionnant dans le terrain du toro afin de l’obliger à charger sa muleta. Cette volonté a entraîné des blessures très graves qui l’ont certainement amené à arrêter précocement sa carrière. C’est le seul torero à remplir plusieurs fois de nos jours les arènes dans tous les pays des mondes taurins. Certains l’ont appelé l’extra terrestre, lui qui déclara : Quand je vais toréer, je laisse mon corps à l’hôtel. Il affronta le danger sans concessions ni artifices. La temporada 2022 exceptionnelle de Morante de la Puebla et la confirmation du jeune Andrès Roca Rey démontrent que la corrida est vivante. Ce n’est pas du passé même si les prédécesseurs créateurs étaient nécessaires.

Je conclurai qu’il existe cet art particulier dans nos terres du Sud depuis des siècles, issu d’une tradition d’admiration du toro de combat que les hommes exceptionnels, toujours régénérés, ont accepté de combattre depuis des siècles pour le magnifier, sans esprit de cruauté comme veulent le faire croire nos adversaires animalistes, végans, soutenus par des politiques opportunistes.
Je laisse à nos représentants de l’Observatoire National des Cultures Taurines et de l’UVTF le soin de prendre toutes les initiatives pour faire face à l’attaque ignoble d’un député végan et antispéciste dont la carrière à ce jour dans la presse et le petit monde du spectacle (?) démontre des à priori dangereux. Nous devons êtres prêts à toutes les actions pour défendre notre vie, même imparfaite et les souvenirs des pays de nos anciens.

Qu’em d’aqueth pais deus qui nos an aimat !! (Nadau)
Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimés !!

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 108 – 2022
(Images extraites du catalogue de l’expo Tauromachies universelles de l’UVTF)

BÉZIERS «L’habit de lumières, un autre regard»

Dans le cadre du programme de son assemblée générale qui se tiendra SAMEDI 19 NOVEMBRE 2022 dans les locaux de l’Union Taurine Biterroise et du Musée taurin de Béziers, l’Association des Bibliophiles Taurins de France (UBTF) organise une conférence ouverte au public sur l’habit de lumières avec Antonio Lopez Fuentes du célèbre atelier Fermin de Madrid et le Maestro Richard Milian.
Ils parleront de leur vision du « Costume de Lumières » à l’occasion de la sortie du livre d’Encarnacion San Nicolas « L’habit de lumières, un autre regard » publié sous le pseudo d’Inca Virgo Arte par l’UBTF.

Cette après-midi commencera au Musée taurin par un accueil à 14 h et la conférence débutera à 14 heures 30.

Le livre sera en vente sur place (20€).

Entrée gratuite. Musée taurin de Béziers 7 rue Massol.