ÉDITORIAL JUILLET 2021

MAL NOMMER UN OBJET,
C’EST AJOUTER AU MALHEUR DU MONDE

Cette phrase est attribuée par les spécialistes à Albert Camus, philosophe majeur de la Pensée Française du XXème siècle, mort accidentellement à 47 ans. Il a eu le temps de marquer la compréhension du monde notamment dans la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale et par la suite, dans des ouvrages majeurs : L’étranger (1942), Le Mythe de Sisyphe (1942), La Chute (1946), l’Homme Révolté (1951)… Il lutta sans cesse et toute sa vie contre les idéologies qui éloignent de l’humain. Il refusa l’existentialisme mais aussi les totalitarismes, ce qui l’amena à couper les ponts avec Jean-Paul Sartre et ses anciens amis politiques.

Je n’ai pu que réagir récemment selon ces principes devant l’initiative calculée et perfide de la Fondation Brigitte Bardot sur les affiches publiques anti-corridas où ils revendiquent par la phrase Spectacle garanti avec la souffrance animale leurs slogans habituels dénonçant la cruauté, la barbarie et les longues tortures organisées.
L’analyse que je fais de cette phrase correspond parfaitement au commentaire d’Albert Camus sur l’utilisation volontaire de termes provocateurs pour aveugler la pensée de personnes impressionnables, renforcer celle des antis mais surtout heurter les férus passionnés des territoires concernés par la corrida de toros. Ces termes sont non seulement provocateurs mais mensongers car si la corrida est une activité publique organisée où l’être humain et le toro bravo s’affrontent depuis des milliers d’années, elle n’est en aucun cas animée par la cruauté et la souffrance animale. Ce sont bien ces mots qui sont mal nommés pour ajouter au malheur du monde. Ils ne peuvent qu’abîmer le souvenir de nos ancêtres et révolter les aficionados affectés par cette terminologie. Ils cherchent à pervertir la pensée des âmes sincères pour les entraîner vers des incidents majeurs.

En fait, la phrase de Camus est extraite d’un commentaire sur la pensée du philosophe français Brice Patain dont l’œuvre est marquée par son mépris et son rejet du mensonge. Sans savoir ou sans dire comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l’homme est de ne pas servir le mensonge comme l’ont fait ces affiches conçues par les amis de Brigitte Bardot d’autant plus que nous savons que l’actrice, dans son époque brillante, n’a pas toujours eu un comportement aussi violent contre le monde taurin.

Pablo Picasso a certainement été le plus grand peintre du XXème siècle inspiré par la tauromachie et le culte du toro. Les exemples sont multiples. En 1956, l’artiste qui vivait à Vallauris, s’affichait sans retenue avec ses proches, Jean Cocteau et Luis Miguel Dominguin, dans les arènes du sud-est de la France comme Arles et Fréjus, sans oublier Vallauris où avaient lieu aussi des spectacles taurins. Personne ne pouvait méconnaître la passion pour le Maître de Malaga pour le monde de la tauromachie dont on voit tant d’œuvres à plusieurs époques de sa vie. A sa demande, Brigitte Bardot fut reçue à Vallauris chez Picasso à l’occasion du 9ème Festival de Cannes pour la présentation du film de Clouzot Le Mystère Picasso. (voir les photos de Jérôme-Brierre)

Sylvette David

Certains affirment qu’elle souhaitait que le grand artiste fasse son portrait attirée par le succès des tableaux réalisés avec le modèle Sylvette David qui avait un physique similaire. Il existe plusieurs photos où la jeune sex-symbol du cinéma français de l’époque s’affiche avec le grand peintre des combats de l’homme, du toro et de la femme sous des formes les plus diverses. Ni la jeune Brigitte, ni ses représentants artistiques ne pouvaient méconnaître la carrière, les œuvres de Picasso. C’était certainement pour eux une manière de se mettre en valeur auprès de ce représentant majeur de l’art dont l’inspiration tauromachique était mondialement connue. Il n’accepta de faire ces tableaux par excès de ressemblance avec le modèle antérieur. Je ne donne aucune importance à l’histoire de cette vingtaine de photos. Je fais simplement remarquer que les mots inacceptables utilisés sur l’affiche des amis de l’actrice tropézienne contre la corrida ne font pas honneur à leurs auteurs qui auraient dû se rappeler de l’épisode des photos de la Villa de la Californie de Vallauris. Il est vrai que la Brigitte Bardot que nous connaissons depuis quelques années n’est plus la sémillante jeune BB que nous avons connue dans notre jeunesse. J’admets que des personnes n’aiment pas la corrida mais je ne puis accepter que des mots aussi agressifs et malveillants soient utilisés sur des affiches publiques pour nuire et certainement faire pression sur le pouvoir actuel et une partie de la population.
Rappelons-nous que le néo-philosophe Michel Onfray, membre de l’Alliance anti-corrida, a écrit un ramassis d’insultes qui mérite le bannissement du titre d’intellectuel que certains lui ont attribué lorsqu’il écrit les mots cerveau reptilien qu’il attribue aux tortionnaires, aux inquisiteurs et autres gens qui font couler le sang dont les toreros. Dans l’arène, il y a tout ce que l’on veut sauf de la vertu. Il y a du sadisme, des passions tristes, de la joie mauvaise, de la cruauté, de la férocité, de la méchanceté. Je préfère arrêter la liste inqualifiable des adjectifs ou des mots qu’il nous attribue. Mais pour qui se prend-il pour utiliser un tel langage rattaché tant aux toreros qu’aux aficionados ? Ce personnage qui se qualifie de philosophe, avec la complicité des détenteurs de la pensée unique ou moderne, est un intellectuel qui a besoin de faire parler de lui pour faire adhérer ses fidèles à ces mots inqualifiables, sensés nous décrier et nous déshonorer.

Oui ! Camus après Brice Patain écrit que la grandeur de l’homme est de ne pas servir le mensonge car mal nommer un objet (une idée) c’est ajouter au malheur du monde. Michel Onfray lui, n’a pas d’autre objectif que de nuire, de détruire ce que son petit esprit est incapable de ressentir, quand il insulte ou prononce une disqualification délétère. Ce personnage n’apporte rien au monde qui l’entoure sauf de vendre son image à ses lecteurs clientélistes. C’est pour ces penseurs mensongers que Camus écrit La vérité n’est pas une vertu mais une passion. Pour lui, la solution c’est la révolte contre la haine et le mensonge. Par contre, il refuse que cette révolte soit une revendication destructrice, une revendication de liberté totale qu’il appelle révolution.

Il nous a déjà demandé à nous, peuples du Sud, s’il le faut de défendre nos idées par rapport aux dominants. Je n’incite personne à la violence mais à une détermination à défendre nos libertés. Il nous incite à résister face aux antis et à leurs penseurs qui veulent nous présenter comme des arriérés. J’ai lu avec étonnement le 15 août, dans l’édition locale du Midi Libre, une page anti-taurine avec les interventions des leaders anti-corridas locaux et nationaux, qui ont utilisé le langage habituel du Colbac, de la Fondation Brigitte Bardot et la représentante du parti animaliste. Rien de nouveau malgré leurs défaites devant les tribunaux de la République. Ils ont des moyens financiers extérieurs et espèrent qu’un jour le pouvoir central, à la recherche de voix avant des échéances électorales, puisse trouver des arguments dans des projets de loi à l’encontre de la corrida chez nous. J’ai été encore plus désabusé, mais pas abattu, par l’aide inattendue, dans cette même page anti-taurine, de l’apparition d’un nouvel intervenant recruté par les animalistes. Le dénommé Loïc Fertin y déclare Le spectacle ne m’a pas du tout séduit. Il a eu recours à des extraits du texte de Francis Cabrel sur la Corrida, pour illustrer ses affirmations. Apparemment, il ne connaît pas la corrida ou fait semblant de ne pas la connaître pour apporter un témoignage d’un authentique candide qui conclue banalement la corrida n’a pas sa place dans notre société. Je lui réponds que les derniers abus utilisés de nos jours pour tromper la jeunesse qu’ils sont sensés protéger, sont dangereux et pervers. La comparaison ne mérite pas de rentrer dans le détail tant ces nouvelles pratiques en tout genre sont destructrices de la pensée humaine et de la santé mentale. Pourtant, elles ne les gênent pas.

Je constate, avec satisfaction, qu’à l’occasion de la Feria 2019, Béziers a repris la tradition de notre chant national chanté à pleine voix par son peuple pour ouvrir les corridas. La clôture par le Se Canto occitan rappelle à nos adversaires en tout genre que chanter avec force deux hymnes anciens illustre l’histoire et la culture de nos terres du Sud : sans insulte mais suffisamment guerriers pour nous défendre devant les infamies, les offenses et les ignominies nous concernant.
La Feria qui s’achève a souffert des diverses conséquences sanitaires et économiques mais elle s’est défendue, tant pour les participations sur les gradins que pour la qualité des spectacles dont les résultats auraient pu être plus éclatants sans les échecs à l’épée du jeudi et du vendredi. Ce n’était pas parfait mais je ne suis pas là pour rabaisser ces efforts dans ces moments difficiles. Je préfère positiver après avoir vu les triomphes de trois jeunes des élèves de l’École Taurine Biterroise en présence, à divers titres, de nos trois matadors de toros à leurs côtés.

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 98 – Juillet 2021