UNION TAURINE BITERROISE

Bienvenue sur le site du plus ancien Club Taurin de Béziers

VISITEZ-LE !

VISITEZ-LE !

CLIQUEZ SUR L'IMAGE

ÉDITORIAL MAI 2018

PARLONS DE LA SUERTE DE PIQUE

Nous avons souvent mis en valeur la nécessité de la bravoure du toro de combat pour maintenir l’intérêt de la corrida, tant dans l’agressivité naturelle, la combativité que la noblesse de la charge du toro bravo. Le comportement du toro à la pique est considéré par la majorité de l’aficion comme le test de base de la bravoure.

Revenons aux origines de la pique :
Dans la première moitié du XVIIIème siècle, la noblesse espagnole est poussée en dehors du combat du toro hispanique dans les plazas de l’époque par les décrets royaux du roi Felipe V, Plaza Mayor des villes, des pueblos ou dans les plazas organisées pour le combat taurin comme les Reales Plazas de Caballeria. Le nouveau combat en public de l’homme et du toro amène le peon à combattre le toro sauvage dans un lieu fermé, progressivement conçu pour l’organisation, en présence de spectateurs. Le peuple conserve sa passion pour ce combat parfois dantesque avec l’affrontement, les cornadas, l’hécatombe des chevaux et la mise à mort du toro par l’homme. Les membres des cuadrillas accompagnant les seigneurs afin qu’ils puissent approcher ce toro qui ne devait pas être propice à la collaboration, devinrent ensuite les premiers à s’organiser pour préparer et donner la mort au toro avec l’épée, munis d’un leurre : cape puis muleta pour leur faciliter leur tâche. Ils ont bien entendu compris que l’homme à pied ne pouvait pas l’affronter physiquement à cuerpo limpio. Dès le début, l’homme à cheval conserve le rôle primordial dans le combat. Les piqueros sont encore de nos jours, vêtus d’une chaquetilla et d’un chaleco parés d’or ce qui montre bien que dans la tauromachie d’avant 1750, ils jouaient un rôle protagoniste majeur. Certes, progressivement le piquero n’est plus comme les seigneurs du XVI, XVIIème et début du XVIIIème, les « varilargueros » porteurs de longues lances. A la différence de leurs prédécesseurs, ils ne s’attaquèrent plus ou n’évitèrent plus le toro à cheval mais ils l’attendaient, l’arrêtaient de sa lance avant l’intervention du torero qui avait mission de le tuer avec l’épée.

C’est vers 1750 que le rôle du piquero change pour devenir un subalterne du matador. C’est l’époque des sévillans Costillares, Pepe Hillo, qui se faisaient concurrence ave les frères Romero de Ronda qui, dans des styles différents, furent les protagonistes de la corrida jusqu’à Madrid. Les Rondeños, notamment le fameux Pedro Romero, ont mis au point la technique du coup d’épée a recibir, alors que Costillares inventa le volapie pour pouvoir tuer les toros qui arrivaient fuyards ou figés à la fin du combat. La pique a évolué dans le temps pour s’adapter à l’évolution de la corrida et du toro lui-même. Le toro évoluant dans son comportement combattant, il devint un adversaire mortel pour le groupe équestre, en particulier les chevaux. Le dégât sur la cavalerie devint de plus en plus inacceptable humainement et financièrement. Les Français les premiers, dès la fin du XIXème siècle, inventèrent un tablier de cuir épais garni de barres de fer. Progressivement ils utilisèrent une vraie protection du corps du cheval et même du poitrail. En Espagne, le caparaçon n’a été imposé qu’en 1928 par le général Primo de Rivera, premier ministre du roi Alphonse XIII.

La pique elle-même évolua avec la protection du cheval. Quand le toro affrontait avec bravoure le cheval, à partir de 1791, ils positionnent au bout de la hampe d’une longueur de plus de 2,50 m, la pique afin de limiter la pénétration dans le dos et même le corps du toro jusqu’en 1880 par une pelote de corde en forme de citron (pica alimada) où était fixée une pointe de fer qui fut remplacée plus tard par une pyramide aux arêtes coupantes. Cette pique qui peut rentrer (malgré le limon) de plus de 35 cm, est modifiée en 1917. Toujours surmontée d’une pyramide montée sur une hampe ficelée de 2 cm de largeur et de 30 cm de longueur, on installera ensuite une rondelle rajoutée sous la partie cylindrique encordée pour freiner la pénétration. Cette pique fut utilisée jusqu’en 1962 où le règlement taurin instaure la « cruceta » (la croix) de 14 cm pour empêcher la pique de pénétrer plus profondément. Le toro était devenu plus brave et la pénétration beaucoup trop importante avec cette rondelle inefficace. C’est la pique moderne qui, avec quelques modifications récentes, suivant les régions, est restée la même, la hauteur de la pyramide étant diminuée de 3 mm pour la novillada, alors que pour la corrida la pénétration est limitée (théoriquement) à 8 cm.
Le Musée taurin de Béziers (UTB) comprend une collection de piques très rares depuis 1917. Il manque seulement la pique « alimonada ».

La bravoure et la pique : Antonio Purroy que nous avons reçu à l’Union Taurine, considère que la pique est nécessaire et basique pour tester ou démontrer en public le combat, la volonté, l’allant du toro, mais aussi pour permettre et maintenir la charge et la noblesse indispensables jusqu’à la fin du combat. J’apprécie la charge magnifique d’un toro brave fixé à plus de 15 m ou plus, qui s’élance sollicité par le piquero sur la cavalerie, baisse la tête avant la rencontre et pousse par l’ensemble de son corps, morillo, reins, arrière train, sur le peto tout en acceptant la pénétration de la pique dans son dos. Une partie du public aficionado considère cette partie du combat comme l’essentiel de la corrida, oubliant trop que sans la deuxième partie de l’affrontement de l’homme à pied, la corrida perdrait une partie essentielle où le courage et parfois l’esthétique du torero ont permis de créer la corrida moderne depuis le XVIIIème siècle. Antonio Purroy lui-même, admet et demande que le rôle primordial de la pique soit, non seulement maintenu, mais accentué. Il est le fondement même de la race du toro bravo dans toute son acception : mobilité, agressivité mais aussi noblesse permettant une charge plus ou moins rectiligne si elle est dirigée par la muleta du torero et qui dure jusqu’à la mort. Moi aussi j’aime ce toro brave à la pique, je l’admire mais aussi sa charge, son galop qui permettent à un torero de le conduire, quand il en est capable, jusqu’au final de la faena. Mais j’aime moins le toro bravucon qui va s’employer avec beaucoup de volonté au cheval, démarrer la faena avec énergie et qui lorsque le torero aura pris le dessus, va progressivement « rajarse » enlevant tout intérêt au combat et coupant toute l’émotion de la première partie. Cher ami aficionado, les discussions et parfois oppositions entre l’aficionado torista et torerista, nous desservent : la bravoure, la caste, la charge et la noblesse sont un tout. L’essentiel est de conserver la volonté de combat qui peut s’exprimer de plusieurs manières suivant le type de l’encaste. Je respecte tous les goûts. Je n’aime pas les qualifications qui se terminent en « iste » lorsqu’elles classifient les défenseurs ou amateurs des extrêmes. Je comprends l’émotion du public devant une pique parfaite. Je la ressens aussi mais l’abus ne doit pas perturber la lidia ou la force du toro. La pique est un test nécessaire dans la sélection du toro bravo, tant au niveau de la tienta de macho que de vaca. Certaines ganaderias ont délaissé dans leur sélection, la partie de la pique dans les tientas et dans le ruedo au profit des faenas de muleta trop obéissantes. Beaucoup trop ont disparu pour avoir fait ce choix et pas seulement parce qu’elles étaient repoussées par les toreros. Il est facile de faire une liste. Les amoureux de la suerte de pique comme une fin en soi, aussi belle et spectaculaire qu’elle soit, ne doivent pas oublier qu’au départ la pique n’est pas un objectif propre mais une manière de permettre à l’homme de combattre le toro. Soyons défenseurs du toro bravo, soyons admirateurs de sa bravoure, de son agressivité, de sa charge, de sa solidité.

La pique est bien un élément de cette démarche, de ce désir mais n’en faisons pas une finalité. C’est mon idée mais je respecte lorsqu’on reste dans la dignité et la compréhension que la corrida a besoin de ses trois composantes :
Le Toro – Le Torero – Le Public

Le responsable de rédaction : Francis ANDREU – Édito n° 61 – Mai 2018

Voir tous les editoriaux